CHAPITRE IX
Les témoignages de la divine Providence qui nous sont donnés dans le saint Evangile. L'autorité infaillible de la divine parole sacrée^au sujet de la divine Providence est si expresse dans toute l'Ecriture sainte, que l'on ne peut rien voir d'établi avec plus de force et avec plus de clarté. Cependant Dieu, qui en a parlé si efficacement par ses saints et par ses prophètes dans l'ancienne loi, a bien voulu nous en instruire par la bouche de son propre Fils dans la loi de grâce et d'amour ;',et il faut avouer que ce Dieu-Homme s'en est exprimé dans l'Evangile d'une manière si lumineuse, et avec tant de bonté et de miséricorde, qu'il faut être tout à fait insensible, ou en demeurer vivement touché. Car, premièrement, je demande si l'on peut voir, et même si l'on peut s'imaginer rien de plus doux et de plus consolant qu'une Providence qui, dans toute sa puissance et son amour infini, nous ôte tous les sujets d'avoir la moindre inquiétude, et cela sans aucune réserve à l'égard de quoi que ce soit qui puisse arriver. Cependant c'est cette Providence qu'un Dieu incarné nous enseigne dans l'Evangile, lorsqu'il ordonne, en saint Matthieu, de ne nous pas inquiéter, même au sujet de notre nourriture et de nos vêtements. Je ne suis pas surpris ensuite si son apôtre nous déclare si nettement, dans YEpître aux Philippiens (iv,6) , que nous ne devons nous inquiéter de rien; car, comme il n'y a rien de plus nécessaire à l'homme, au moins à l'égard de la vie corporelle que la nourriture et le vêtement, si nous ne devons pas nous en mettre en peine d'une manière qui trouble noire paix, il faut vivre dans une tranquillité immuable, sans aucune exception, à l'égard de tout le reste.
il faut ici que j'avoue que je ne puis comprendre comment il est possible de faire autrement,particulièrementquand on considère qu'un Dieu qui est la vérité même ne se contente pas de nous exposer ses sentiments divins touchant la confiance générale que nous devons avoir en son aimable providence; mais que, de plus, il se sert des motifs les plus pressants que l'on puisse donner, afin que nous en demeurions pleinement convaincus. 11 appelle à témoin les créatures inanimées et celles qui ont du sentiment; celles qui sont dépourvues de raison et celles qui sont douées d'intelligence, afin que l'homme soit inexcusable dans sa dureté. Voyez les lis, dit cet adorable Maître, qui croissent à la campagne, comme ils croissent iusqu'à leur perfection. Ils ne travaillent et
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ne filent point, et je vous dis néanmoins que le roi Sulomon, au plus haut point de sa gloire, n'a jamais été si bien couvert que l'un d'eux. Que si Dieu donne de si belles robes au foin des champs, qui paraît aujourd'hui, et demain est jeté dans le four, pour y être réduit en cendres, quel soin n'aura-t-il pas de vous vêtir ? Regardez les oiseaux du ciel; jamais ils ne sèment, ni ils ne moissonnent ; ils n'ont point de greniers pour mettre leurs provisions; cependant votre Père céleste a soin de les nourrir ; et y a-t-il de la comparaison des oiseaux aux hommes ? [Mat th. vi , 28, 29, 30, 26.) Cet aimable Sauveur se sert encore du soin qu'il prend de nos âmes, pour nous persuader de celui qu'il a pour nos corps ; et certainement y a-t-il de l'apparence qu'après nous avoir donné des biens excessifs, il nous refuse ce qu'il accorde aux bêtes avec tant de libéralité ?
Davantage, pour nous tenir dans un parfait repos, il nous assure que c'est assez que notre Père céleste sache nos besoins ; et certainement, si les plantes nourrissent de leur suc toutes leurs productions, et les arbres et les fruits qu'ils ont engendrés ; si le pélican se fait une mer de sang pour nourrir ses petits, si le serpent se jette dans le leu pour retirer ses œufs, si les aigles portent sur leur dos leurs aiglons, si les femmes nourrissent de leur lait leurs enfants, les font reposer sur leur sein et les portent entre leurs bras, n'y aura-t-il que Dieu seul qui abandonnera sa créature faite à son image, pour laquelle il a donné jusqu'à la dernière goutte de son sang, et qu'il honore de la grâce de sa sanctification?
Après tout, la seule chose qu'il demande de nous, pour participer aux' bienfaits de son aimable providence, est de rechercher sun règne; y a-t-il rien de plus juste et de plus aisé avec les secours de la grâce qu'il nous donne si abondamment?