‹ Œuvres complétesChapitre 73 sur 397 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

.Les grâces de ceux qui adorent la divine Providence en esprit et en vérité'.

Le véritable adorateur de la divine Prov dence la voit en toutes choses, comme elle se trouve en tout ce qui arrive ; il a toujours les yeux arrêtés sur son aimable conduite, et c'est dans cette vue pleine d'amour et de respect, qu'il jouit d'un bonheur, qui tient quelque chose de la béatitude éternelle; en cela semblable aux anges, dont il est dit qu'ils voient toujours la face du Père céleste. Il voit Dieu dans les prospérités, c'est ce qui l'attache à cet Etre infiniment aimable ; c'est ce qui le sépare, le dénue de la part que la nature y pourrait prendre ; c'est ce qui le désoccupe du plaisir quel'amour-propre lui pourrait faire goûter, si l'on peut appeler plaisir ce qui n'en est que l'ombre et l'apparence; c'est

ce qui l'empêche de s'élever dans ce qui enfle ordinairement le cœur de l'homme, dans l'état de corruption où il est ensagé d'une manière si déplorable. II voit Dieu dans les adversités ; c'est pourquoi nonseulement il les souffre en patience, mais avec union, mais avec joie ; car ne s'arrêtant pas à la peine qui lui arrive, qu'il porte avec agrément, il regarde la main qui le touche et qui les envoie ; et comme c'est une main divine, qui est toujours infiniment aimable, il l'embrasse, il la bénit, il la loue, il l'aime et il l'adore.

Dans cette vue de Dieu en toutes choses, comme c'est cet être très-adorable qu'il regarde partout, détournant les yeux des choses créées , c'est en lui seul qu il met sa joie. Ainsi, il ne se réjouit qu'en Dieu seul et,de Dieu seul. Sa joie dans cet état> est si pure ; car elle n'est point partagée par la nature, et dans sa pureté elle est très-grande. Elle coule à torrents délicieusement dans son cœur, pui- qu'elle est semblable à celle que les saints goûtent dans la Jérusalem céleste, ayant le même objet , les mêmes motifs , les mûmes affections. C'est cette manne cachée, dit Y Apocalypse (n, 17), que personne ne connaît que celui qui la goûte. Elle est ineffable dans les rapports qu'elle a avec la joie de Dieu même, parce que Dieu ne se réjouit qu'en soi et de soi-même. 0 Seigneur , que vous avez caché de biens et de douceurs à ceux qui vous craignent! Mais c'est pour ceux qui espèrent en vous, comme parle votre Psalmiste, que vous les avez préparés. (Psal. xxx, 20.) Blosius rapporte qu'un saint homme pleurant un jour amèrement, après cinq ans de désolation, deux anges lui apparurent pour le consoler; mais luise tourna aussitôt vers Dieu, s'écriant : O mon Dieul point d'autre consolation que vous ; pourvu que je puisse empêcher que nulle autre consolation n'entre en mon cœur que vous seul, j'ai plus de consolation que je n'en saurais porter.

Oh ! qu'heureuse est l'âme que Dieu console lui-même , comme il le promet dans Isaïe 1 car il est un véritable océan de joie où toutes les afflictions qui lui pourraient donner quelque peine se trouvent noyées, pendant qu'elle est glorieusement abîmée dans celte mer infinie de douceurs. C'est là que le Toul-Puissant lavtient cachée dans le secret de son visage contre le trouble des hommes ; qu'il la tient à couvert dans son tabernacle contre la contradiction des langues, et qu'il fait éclater sa miséricorde sur elle, comme dans une ville bien munie

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