CHAPITRE XII
La paix de Vâme qui se repose uniquement sur les soins de la divine Providence.
La paix de l'âme qui se repose sur la divine Providence est immuable , et rien ne peut la troubler; tous les éléments, toutes les saisons, rien de ce qui lui peut arriver de la part de toutes les saisons et de toutes sortes de créatures; car elle fait qu'elles sont toutes entre lesmains de Dieu pour en
faire ce qu'il lui plaira. Tous les hommes et toutes les puissances qui sont parmi les hommes, les démons môme, toute leur mauvaise volonté, ne lui peuvent donner d'inquiétude, parce qu'ils n'ont de force qu'autant que sa divine Providence leur en donne ; ils ne peuvent aller qu'où elle leur permet d'aller. Il faut que tousses desseins subsistent, dit le prophète Jsaïe ; il faut que toutes ses volontés s'exécutent, quand l'enfer serait ses derniers efforts et vomirait toute sa rage. (Isa. xlvi, 10.)
La plus rigoureuse pauvreté où elle peut tomber, les derniers délaissements, et même de ses plus proches ou de ses meilleurs amis, les humiliations les plus sensibles, les outrages, les affronts les plus ignominieux, les calomnies les plus noires, les douleurs les plus extrêmes, les peines les plus crucifiantes, enlin généralement tout ce que l'on peut imaginer de plus affligeant ne l'ôlent jamais de la paix, parce qu'elle ne sort jamais du repos qu'elle prend uniquement en Dieu.
Dans sa divine union, elle considère que quand toutes les afflictions qu'elle porte seraient des châtiments pour ses péchés, qu'en cela elle est bienheureuse, puisque ce sont autant de moyens pour se délivrer des tourments de l'autre vie, qui sont incomparablement plus grands, et dont la grandeur surpasse toutes nos pensées. De plus, elle médite que si ces afflictions sont autant de satisfactions pour ses péchés, ce sont encore autant de secours qui la purifient et qui la perfectionnent. La divine Providence, comme une bonne mère, nous sèvre de l'attache des créatures par les croix; elle nous y abandonne quelquefois pour nous y faire perdre toute sorte d'espérance, d'affection, d'amour et de joie dans les choses créées. Elle nous mortifie même à l'égard des choses honnêtes et licites, à l'égard des choses les plus saintes, comme sont les pratiques de piété, d'oraison , les confesseurs, directeurs et, prédicateurs. Le Fils de Dieu a bien voulu mortifier ses apôtres à l'égard de sa présence sensible, dont l'attache imparfaite leur servait d'obstacle pour la plénitude du Saint-Esprit.
De plus, dans la conviction dont elle est pénétrée, que tout être créé devant Dieu n'est rien , tout ce qui lui peut arriver en ce monde est incapable de lui faire perdre sa paix, car, comment pourrait-elle se mettre en peine de ce qui n'est pas? « C'est une illusion, dit saint Jean Chrysostome, de s'imaginer que Job, dans sa perte, eût perdu quelque chose; après avoir perdu tous ses biens, il possédait encore tous ses biens dans leur entier ; car, à proprement parler, Dieu seul était tout son bien et la confiance en sa divine providence; il tenait tout le reste comme des apparences seulement. »
i Davantage la lumière divinequi lui est donnée lui découvre dans une grande évidence, non-seulement le bonheur que les croix renferment, mais les excellences et les grandeurs admirables où elles élèvent. Ellecon-
OFUVRES COMPL. D£ BOUDON. I.
DE LA DIVINE PROVIDENCE
sidère que l'entrée dans les états les plus pénibles est une mission glorieuse, semblable à celle de son Sauveur, que le Père céleste a envoyée ici-bas en notre terre pour y mencr.une vie toute de croix. Elle voit que les plus glorieuses qualités que l'Apôtre et ensuite les plus grands saints prennent, il les tirent de leurs maux, de leurs chaînes , de leurs prisons et de toutes sortes de souffrances. Elle connaît que ce sont les plus douces faveurs que Dieu fait aux âmes qui lui sont plus chères; que l'on ne peut pas penser avec justice qu'il y ait rien de meilleur en la vie présente; car assurément si cela était, il aurait été accordé au Fils bien-aimé du Père éternel et à sa très-sainte Mère , qui cependant sont les personnes qui ont porté plus de peines et qui ont souffert davantage. Or, quelle apparence de se troubler de ce qui fait notre bonheur, notre gloire, de ce qui nous rend semblables à Jésus -Christ notre divin exemplaire, de se voir traité du Père éternel de la même manière qu'il a traité son Fils bien-aimé et celle qu'il a élue pour sa bienheureuse mère , de se voir honoré des mêmes faveurs dont il a gratifié ses plus chers favoris? Si le commun des hommes, et même des Chrétiens, s'en tourmentent, c'est que dans l'aveuglement où ils se réduisent par leurs attaches à la terre, ils sont dans l'erreur à l'égard de ces grandes vérités; et regardant les plus, grands biens du christianisme sous les apparences du mal, il ne faut pas s'étonners'ils s'en affligent.
Mais Dieu est la force de ceux qui espèrent en lui ; il est leur secours, dit le Psalmiste (Psai. xvii, 19), dans les afflictions, quand même elle viendrait fondre sur eux avec excès. C'est pourquoi ils ne craignent point quand la terre serait ébranlée, et quand les montagnes seraient transportées dans le cœur de la mer. Et comment pourraient-ils craindre, puisque Dieu combat pour eux , qu'il les environne comme un feu, comme parle l'Ecriture pour brûler tous leurs ennemis, en même temps qu'ils s'en approchent ? Il ne faut pas s'étonner ensuite s'ils sont inébranlables dans leur paix, comme une montagne; car, dans leur confiance en la divine Providence, ils changent de force, et sont revêtus de la force de Dieu même.
Après tout, ils savent bien, selon la doctrine de saint Bernard, qu'infailliblement dans tout ce qu'ils demanderont à Dieu chrétiennement, (car le Chrétien doit toujours agir en chrétien) ils seront exaucés, obtenant la chose qu'ils demandent, ou Dieu la changeant en une meilleure. 11 n'y a pas à douter de cette vérité, puisqu'il est plus porté même à nous faire du bien, que nous à le recevoir. Il ne faut que penser à ses miséricordes infinies, pour être entièrement convaincu de cette doctrine. N'est-il pas vrai que nous n'aurions jamais eu la moindre pensée de lui demander les grâces dont il nous a comblés avec une charité excessive ? O Dieu ! quelle consolation et quelle confiance pour l'âme, quand elle considère avec attention, que le Père éternel nous a donné son Fils
et son Saint-Esprit ; que le Fils s'est fait homme pour nous, s'est chargé de nos péchés, nous a lavés de son sang, et nous a nourris de son propre corps; que le Saint- Esprit s'est donné à nous avec un amour infini ; que le Fils de Dieu nous a donné sa propre Mère pour mère, les saints anges à notre service ; qu'il nous a destiné sa maison, son palais, son paradis pour notre maison, pournotre demeure éternelle. Je l'avoue ingénument, qu'après cela je ne puis concevoir comment l'Ame peut avoir de la défiance, de l'inquiétude, du trouble ; comment sa paix n'est pas immuable dans son centre et son fond ; mais je comprends très-bien l'une des maximes du grand saint Antoine, qui assurait qu'il ne savait pas comment un Chrétien pouvait être triste.
ORAISON AU SAINT-ESPRIT
O Saint-Esprit mon Dieu, qui procédez du Père et du Fils, "vérité pour laquelle je voudrais mourir, abîmé dans mon néant en la présence de votre grandeur infinie, appuyé sur les mérites de Jésus-Christ mon Sauveur, et me confiant en ses divines promisses, je vous demande en toute humilité; mais je vous le demande par son cœur adorable, et d'une charité excessive, et par le très-saint et très-miséricordieux cœur de votre virginale épouse, la très-pure vierge Marie ; je vous le demande pour l'honneur et la gloire de son saint nom, renonçant de tout mon cœur à tout intérêt propre, que je cesse d'être, afin que Jésus soit tout en moi, que je meure afin qu'il j vive, que je sois totalement perdu en lui. Pour cette fin, ô Esprit adorable ! venez, venez, descendez en moi, votre pauvre créature; descendez-y dans la plénitude de vos grâces, et de votre divin amour. Ah! soyez l'être de mon être, l'opération de mon opération, la vie de ma vie, le cœurdemon cœur. Ah 1 soyez l'esprit de.mon esprit, le souvenir de ma mémoire, toutes les affections de ma volonté. Possédez pleinement mon corps, et tous mes sens extérieurs et intérieurs, ôtez-y tout ce qui vous
déplaît; purifiez toutes les impuretés qui y sont, éloignez tous les obstacles à vos desseins, brûlez tout du feu de votre pur et chaste amour, consumez tout en vos saintes flammes. O mon Dieu et mon tout ! ô mon Dieu et mon tout 1 mais très-uniquement tout en toutes choses, et pour toutes choses 1 ne regardez pas mes péchés, qui me rendent très-indigne d'être écouté, mais regardez la passion et le sang de Jésus-Christ mon Sauveur, qu'il a répandu pour moi, regardez le cœur, l'amour et les mérites de sa bienheureuse Mère, les mérites des bons anges et des saints, et particulièrement de mes patrons et protecteurs; et usant de miséricorde et de clémence, rendez, s'il vous plaît, vos oreilles attentives âmes prières. Ahl je voudrais vous les présenter à tous les moments de ma vie, et crier sans cesse vers vous de tout mon cœur : Seigneur exaucez-moi; je voudrais vous dire la nuit et le jour : Seigneur, entendez mon humble demande. Je voudrais prévenir le lever de l'aurore pour vous adresser mes cris, et vous dire: Seigneur, hâtez-vous de m'exancer. Mais au moins que ces lignes soient autant de voix qui vous crient incessamment, et vous demandent ces faveurs, ces grâces et ces miséricordes que j'implore du plus profond de mon cœur. O Saint-Esprit, le Dieu de l'amour et l'amour même, acceptez cette intention que je prends en votre divine présence, et laquelle j'entends être irrévocable pour toujours ; désirant avec toute la connaissance que je puis avoir dans ma pleine et entière liberté, par une résolution dernière et contractée avec votre divin secours, qu'à jamais vous soyez mon grand et unique tout en toutes choses, et pour toutes choses. O sainte Vierge, ma très-bonne, très-douce et très-fidèle mère, servez-moi toujours d'avocate auprès de votre divin Epoux, afin qu'il se rende favorable à mes yeux. O mon bon ange gardien, ô bienheureux anges, ô saints et saintes, soyez toujours mes intercesseurs, pour m'obtenir l'effet de ces prières. Ainsi soit-il.
SECONDE PARTIE