PRATIQUE IV
5e confier uniquement sur la divine Providence, faisant de son côte' ce que l'on doit dans l'ordre de Dieu.
C'est une grande maxime du christianisme, et qui ne doit souffrir aucune contradiction, qu'il faut d'un côté se confier uniquement sur la divine Providence , et que d'autre part il faut faire tout ce que l'on doit dans l'ordre de Dieu, et ne rien négliger de ce qui est en notre pouvoir avec justice. Dieu seul doit faire tout notre appui; la créature n'est qu'un frôle roseau; si vous vous y appuyez, infailliblement vous tomberez aveu
plie. Voudriez-vous vous confier au monde, qui n'est qu'un trompeur; à l'homme, qui n'est qu'un menteur; au démon, qui n'est qu'un séducteur, et le père du mensonge; à la chair qui, dans la nature corrompue, est votre plus cruelle ennemie? ne devez vous pas demeurer d'accord, de bonne foi, «pie ce serait agir contre le sens commun? Mais voici ce qui est bien plus pressant. Dieu nous le défend par sa divine parole. Ne mettez point, dit le Saint-Esprit, votre confiance dans les princes, ni dans les enfants des hommes, qui ne vous peuvent sauver. Leur âme sortira de leur corps, et eux retourneront en terre d'où ils oni été tirés ; eu ce jour tous leurs desseins et toutes leurs entreprises s'évanouiront. Heureux celui qui a le Dieu de Jacob pour son défenseur, et qui met son espérance dans le Seigneur son Dieu, qui a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent ; qui conserve éternellement la vérité de ses promesses. (Psal. cxlv, 2 seq.) De plus, c'est que non-seulement Dieu exhorte ses créatures à ne pas mettre leur confiance en ce qui est créé ; mais il déclare qu'il donnera sa malédiction à celui qui en fait son appui. Après cela, ou il faut mettre toute sa confiance en Dieu, ou il faut manquer de foi. Si vous ne le faites pas, retirezvous vers les créatures vos semblables, vers vos amis, cherchez le secours de votre esprit, ayez recours à vos coffres, à vos greniers; ah! demandez-leur leur assistance, à ces beaux dieux qui vous servent d'idoles, au jour de votre mort, et vous verrez combien ils vous seront inutiles en ce jour mauvais, dans le déluge des grandes eaux des tribulations qui vous environneront de toutes parts.
Mettez votre confiance en Dieu seul, puisqu'il le veut, qu'il vous l'ordonne, qu'il est infiniment juste. C'est pour cela qu'il vous traite d'enfant, qu'il veut être votre père, qu'il veut que vous l'appeliez de la sorte, et que vous vous adressiez à lui sous cette aimable qualité. Elle suffit bien pour chasser à jamais toutes sortes d'inquiétudes ce votre esprit ; car c'est le propre des pères de prendre soin de leurs enfants, comme c'est le propre des enfants, de se reposer sur les soins de leurs pères ; ce qui est si fortement imprimé dans la nature même , que nous voyons cette confiance généralement établie par toute la terre, dans toutes sortes de pays, et parmi toutes sortes de personnes. Il h'y a rien de plus commun que l'expérience de cette vérité; car d'où vient que les enfants ne se mettent pas en peine qui leur donnera à manger, ou leur fournira des habits, et les autres choses nécessaires, si ce n'est parce qu'ils se reposent sur les soins de leurs pères? Cela se voit même jusque dans les enfants des pauvres villageois de la campagne , qui dans leur jeunesse vivent dans un entier repos d'esprit à l'égard des nécessités de la vie. Or cependant il est assuré que non-seulement Dieu tout bon dans les excès de ses grandes miséricordes, veut bien prendre la qualité de Père à l'égard des houi
ŒUVRES COMPLETES DE COUPON
mes ; mais il l'exerce avec tant de bonté, que tous les pères de la terre en sa présence, quelque bons qu'ils puissent être, ne doivent pas en porter le nom. Ce Dieu même d'un amour immense ne veut pas que nous appelions personne père en sa divine présence; et de vrai, il n'y a que lui seul qui le soit en sa manière. 0 mon Père céleste, que n'entendent-ils bien cette vérité! mais il faudrait qu'ils connussent davantage votre amour. O amour, ô amour, ô amour de mon Dieu, que vous êtes aimable, mais que vous êtes peu connu et peu aimé ! Ab, quel moyen de vivre d'autre cbose que du divin amour! Oui, cet amour incompréhensible porte Dieu notre Père à nous vouloir plus de bien, que nous ne nous en voulons nous-mêmes, et que nous ne nous en pouvons vouloir. Il le porte à nous faire plus de bien, que nous ne lui en demandons, et que nous n'aurions jamais pensé à lui demander ; car avant l'établissement de la divine Eucharistie, qui aurait pu prendre la pensée de lui demander i ette grâce ?
Après cela pouvons-nous douter de sa bonté? Mais pouvons-nous douter que rien ne lui soit difficile, et qu'il ne puisse pas nous faire le bien qu'il veut, puisque rien ne lui peut résister, quand il s'agit d'une puissance absolue, et qu'il est le tout-puissant au ciel et en la terre. Vous ne pouvez pas non plus douter que rien n'échappe à sa divine connaissance; car il ne connaît pas seulement, comme les autres pères, ce qui vous touche en général , et les choses les plus notables; mais sa lumière s'étend sur les plus petites choses, aussi bien que sur les plus grandes; il connaît mieux tout ce qui vous regarde que vous-même : il s'applique à tout; et dans tous les moments de votre vie, et lors même que vous ne pouvez pas penser à vous, comme durant 1-e sommeil, il y pense avec une attention infinie. Ce n'est donc pas à son insu que vous êtes d'un tel tempérament, que vous soutirez cette peine, que ce changement, cette privation vous arrive. Mais d'où vient donc, me direz-vous, qu'un si bon Père nous donne cet exercice si affligeant ? Nous en avons donné la raison dans la seconde pratique de cette seconde partie. Mais nous vous disons encore qu'il faut que les peines qu'il nous envoie, nous soient plus avantageuses que toute autre sorte d'état; si cela n'était pas infailliblement, il ne le serait pas. Mais il vous semble tout le contraire, à ce qu'il vous paraît; c'est que nous ignorons ce qui nous est plus nécessaire ou plus utile. Ce pauvre enfant d'un an, à qui on lie le bras pour le saigner, parce qu'il est malade, crie et pleure, parce qu'il ne connaît pas le bien qui lui doit arriver par cette saignée, il n'en voit que le mal qu'il en ressent. Cela doit-il empêcher son père de le faire saigner, et pour cela cesse-t-il d'être un bon père? Le Fils de Dieu, dans le jardin des Olives, demande à son Père que, s'il est possible, il ne boive pas le calice qui lui est préparé. Son Père ne laisse pas de le lui faite boire entière-
ment; pour cela manque-t-il d'amour ou de providence à son égard? Le grand Apôtre est tourmenté d'une tentation honteuse ; il prie pour en être délivré, mais il n'est pas exaucé; direz-vous pour cela que Dieu ne lui est pas un bon père?
Comment donc avez-vous des pensées de ce Père céleste, que vous ne voudriez jamais avoir d'un homme de probité qui aurait de l'amitié et du pouvoir pour vous? Que les scrupuleux y prennent garde, qui se donnent des gênes continuelles, et travaillent d'une manière pitoyable leurs consciences, comme si ce Père, Je meilleur des pères, ne pensait qu'à leur perte. Mais nous avons traité de ce sujet dans notre Livre des saintes voies de la Croix. Je vous dis plus, qu'à proportion que vous aurez de la confiance en Dieu seul, à proportion vous en ressentirez le secours.
Cependant, comme il a été remarqué, faites de votre côté tout ce que vous devez faire, employez les moyens justes et nécessaires, servez-vous de vos industries, de vos soins, ne négligez rien de ce qui peut être fait dans l'ordre de Dieu, mais ne vous y confiez pas. Il faut faire ces choses, parce que Dieu l'a ainsi ordonné; et vous mériteriez d'être privé des secours de sa divine Providence, si vous les omettiez, parce que votre souverain veut être obéi, et il veut que vous fassiez les choses qu'il vous a ordonnées, pour vous accorder celles qu'il désire vous donner. 11 vous prépare une nourriture convenable ; mais il faut que vous labouriez, que vous semiez, que vous cueilliez la moisson, et fassiez le reste des choses nécessaires. Mais prenez garde à ne pas confondre les soins justes que vous devez prendre, et que Dieu veut que vous preniez, avec les empressements inquiets de la nature qui s'y mêlent, que Dieu ce Père céleste vous défend dans l'Evangile, vous avertissant de ne vous pas embarrasser pour l'avenir. Allez, agissez, encore une fois employez les moyens que vous pourrez, pourvu qu'ils soient justes et dans l'ordre : mais allez, agissez sans inquiétude, vous rapportant des événements à votre Père qui est aux cieux, ne vous appuyant sur aucun de ces moyens, quoique vous vous serviezde tous, mettant toute votre confiance sur la bénédiction que la divine Providence y donnera, et vous reposant uniquement sur ses soins.