PRATIQUE V
Conduite particulière pour quelques personnes qui sont appelées à un abandon extraordinaire à la divine Providence. \
Si Dieu autrefois s'est qualifié le Dieu d'Abraham, d'isaac et de Jacob, l'on peut dire qu'il est le Dieu d'une manière spéciale de certaines personnes sur lesquelles il veille par une providence essentiellement aimable, mais toute extraordinaire. Vous diriez qu'il n'y a rien de réservé pour elles; et de vrai , c'est à ces personnes que sont ouverts tous les trésors de ses richesses; et les mettant dans la plénitude de cette
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union divine, il les fait entrer en rommumication de la plénitude de ses biens. 11 prend des soins ineffables de leurs âmes, de leurs corps , de leur nourriture, de tous leurs besoins, de toutes leurs affaires. Ce qui les touche , le touche ; et il veille si amoureusement sur tous leurs intérêts, (pie cet amour est inexplicable. Vous diriez qu'il est tout appliqué à elles , et à tout ce qui les regarde, commesi elles étaient les seuls objets de sa divine Providence.
Nous avons des exemples bien touchants et bien doux d'une Providence si aimable, dans l'ancienne et dans la nouvelle loi. Les premiers et les derniers s-iècles, ceux qui nous ont précédés , et ceux où nous vivons , nous en rendent des témoignages si illustres, mais si pressants, qu'en vérité, ou il faut n'avoir plus de cœur, ou ii faut en être vivement touché. O mon Dieu , ô mon Dieu, ô mon Dieu 1 Hél quel moyen de conserver encore ce cœur, et pour soi , et pour les créatures, sans vous le donner tout entier, après des amours si ravissantes et si admirables?
Quelle providence plus douce que celle que Dieu a exercée dans l'ancienne loi , à l'égard du peuple d'Israël? C'est lui qui veut lui enseigner ses commandements, qui lui donne ses préceptes, et les cérémonies de sa loi , et qui l'instruit de tout ce qui regarde son culte. Ce ^peuple doit marcher par des déserts dont les routes lui sont inconnues , et où l'on ne trouve personne qui les enseigne; quelle bonté 1 Dieu lui-même, oui ce Dieu d'une majesté infinie, lui servira de guide et le jour et la nuit, sans qu'il y ait jamais manqué , comme nous l'apprenons de sa divine parole. « Ahl s'écrie Moise (Deut. xxxn) , parlant à ce peuple , vous l'avez vu , et vous l'avez expérimenté; le Seigneur votre Dieu vous a porté entre ses bras durant tout le temps que vous avez marché dans le désert, comme un bon père porte son petit enfant. 11 le gardait, nous dit l'Ecriture, comme la prunelle de ses yeux; i! se mettait au-devant de ses ennemis, et combattait lui-même pour tous ces Israélites. 11 leur faisait tomber du ciel une nourriture délicieuse; il prenait soin de leurs vêtements, et qui le croirait , si la divine parole ne nous en rendait témoignage, de leurs souliers même, et durant quarante ans il leur a conservé toutes choses dans leur entier. »
Dans la nouvelle loi , les apôtres qui en étaient les princes et les premiers, ont fait voir en leurs personnes sacrées, et les secours abondants d'une Providence si extraordinaire, et la fidélité que l'on doit apporter à sa divine conduite. La religion chrétienne qui est une loi toute d'amour, a commencé par les soins amoureux d'une Providence si aimable; elle a commencé par un abandon parfait des premiers fidèles à une conduite si divine et si pleine d'amour, lorsque ces fidèles avaient encore les prémices de l'esprit. Nous avons parlé de ce sujet dans le chapitre huitième de notre
première partie; mais, comme nous l'avons fait fort succinctement, ce ne sera pas une chose ni ennuyeuse ni inutile d'en traiter un peu plus amplement, d'autant plus que dans le chapitre cité, nous n'y regardions les vérités que nous y traitions, que comme des témoignages des secours admirables de la divine Providence, mais que, dans la matière qui nous sert présentement d'entretien , nous tendons principalement à la pratique.
Nous avons dit que saint Nicolas , évêque de Myre, avait été conduit dans un abandon entier à la divine Providence; mais nous n'avons pas dit que cet abandon croissait , à mesure qu'il était élevé en dignité dans l'Eglise ; ce que peu de personnes entendent. Il taisait bon usage de ses biens, comme chacun sait, lorsqu'il était encore séculier; il les vendit et les donna tous aux pauvres , se faisant pauvre lui-même , en même temps qu'il entra dans l'état ecclésiastique. Mais il avait encore quelques livres, qui lui semblaient nécessaires; il s'en défit, et ne les put plus garder aussitôt qu'il fut élevé à la dignité épiscopale. Nous n'avons pas dit que l'abandon de saint Etienne de Grandmont était si admirable, que non-seulement il voulait que les maisons de son ordre fussent sans aucuns revenus , mais qu'il les plaçait dans des lieux solitaires , pour être plus dans l'oubli des créatures, et plus dans la dépendance de Dieu seul. Nous n'avons pas dit que saint François d'Assise vivait dans une si grande nudité de toutes les choses de la terre , qu'il avait de la peine à supporter qu'il y eût au monde une plus pauvre personne que lui, et qu'il le disputait en ce sujet, avec les mendiants et les plus malheureux de la terre. Nous n'avons pas dit que saint Dominique, étant encore archidiacre d'Osne, entra dans un si parfait dépouillement et un si grand abandon à la divine Providence, qu'il se défit même de ses livres pour les donner aux pauvres , ne se réservant rien du tout. Nous n'avons pas dit que saint Gaétan a voulu que les personnes de son ordre apostolique vécussent uniquement sous les soins de la divine Provideuce, parce qu'ils n'auraient aucune rente ; mais parce que môme ils ne demanderaient pas par aumône leurs besoins, comme les autres religieux mendiants.
Nous ajoutons ici que tous les saints fondateurs d'ordre ont tous commencé par cet abandon à la divine Providence, dans une extrême pauvreté, quoique dans la suite du temps leurs maisons dussent être rentées, conformément à leur institut.
Cette vérité éclate d'une manière surprenante dans le glorieux patriarche saint Benoît , dont l'abandon à la seule Providence a été si singulier, que l'on peut dire sans exagération qu'il est tout à fait admirable ; mais peu de personnes en savent bien remarquer les particularités. Saint Benoît donc sort de Borne, il est encore tout jeune, sans expérience, et s'en va dans un désert, où
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non-seulement il n'y a rien qui lui fournisse à ses besoins, mais où il n'est pas possible de trouver rien. Il s'y en va sans aucunes provisions, non pas même pour les dernières nécessités de la vie , soit à l'égard du vêtement, soit à l'égard de la nourriture. Il s'}' en va à J'insu de tous ses amis qui auraient pu lui donner quelque assistance, et se dérobe même à sa nourrice qui le suivait , pour chercher un antre inconnu aux yeux de toutes les créatures. Il est vrai que la divine Providence , qui n'a jamais manqué à ceux qui se laissent à sa conduite , lui suscita le saint moine Romain. Mais c'est ce qu'il ne savait pas, quand il prit le dessein d'un abandon si parfait; déplus, le secours que ce saint moine lui donnait, ne s'étendait que sur quelque morceau de pain qu'il lui portait. Qui avait soin de tout le reste, de ses habits et autres nécessités de la vie? Saint Benoît même vivait dans un si grand délaissement, avec ce petit secours qui lui était donné, qu'il le recevait par le moyen d'une corde dans un petit panier, sans qu'il permît à aucune créature, non pas même à son saint et charitable bienfaiteur, de venir au lieu où il était; n'ayant pour toutes choses, à l'égard du temporel et à l'égard du spirituel, que Dieu seul et sa seule providence. Mais cet esprit d'abandon à Dieu seul , qui a fait les heureuses prémices de l'esprit dont le grand saint Benoît a été animé dès le commencement de sa vie angélique, a toujours persévéré dans le progrès et la consommation de ses années et de sa haute sainteté. C'est ce qui se voit après même l'établissement de son saint ordre , saint Grégoire nous apprenant que dans les temps de la famine, où il semble que la prudence même chrétienne devait l'obliger au moins à faire quelque petite réserve, si ce n'était pour lui, au moins pour ses religieux, qui étaient en grand nombre : cependant il donnait tout, et de telle manière qu'ayant appris quedans son monastère il ne restait plus pour provision qu'un peu d'huile dans un vaisseau de verre, il commanda que ce peu d'huile fût donné à une personne qui était dans le besoin , et voulut absolument que son ordre fût exécuté. Quelle pauvreté plus rigoureuse, quel abandon plus entier à la divine Providence , que l'état où s'est trouvée la séraphique sainte Thérèse, et ses premières religieuses? Mais n'a-t-on pas vu dans ces derniers temps la vertueuse mère de Chantai avec ses premières tilles dans le commencement qu'elles vinrent à Paris , vivre dans une si grande privation de toutes choses, qu'à peine étaient-elles logées, le lieu où elles étaient retirées étant si chétif, que la pluie et la neige tombaient sur ces saintes tilles?
d'en avoir tous
IN'a-t-on pas vu cette digne et sainte mère de Chantai dans lus derniers besoins de la vie, même à l'égard de la nourriture , dans un lieu où cependant celui qui en était l'archevêque, était son propre frère, qui avait pour elle toute la sainte amitié que l'on pouvait désirer, et qui avait donné des or-
dres exprès à ses officiers les soins possibles.
Mais je ne puis omettre ici une grande servante de Dieu , décédée il y a environ cinq ans , l'année 1671. Elle s'appelait Armelle, de basse naissance, n'étant qu'une pauvre villageoise , servante de condition, ayant passé et fini sa sainte vie dans cet état. L'on peut dire avec grande vérité , qu'elle a été le miracle du divin amour de nos jours. Elle a été la créature du divin amour ; car il semble qu'elle n'a été mise au monde que pour exceller dans ses saintes voies. Ses pensées, ses désirs, ses paroles, ses actions , ne respiraient que l'amour divin. Elle a été la glorieuse captive du divin amour, n'agissant et ne souffrant que par ses purs mouvements. Elle en a été la fille, comme son épitaphe le porte , après le témoignage que notre adorable Sauveur en a bien voulu rendre lui-même , comme il est porté dans sa Vie , qui a été donnée au public, et imprimée à Vannes en Bretagne , sous le titre du Triomphe de V amour divin. Elle en a été l'épouse, ayant été élevée à ses plus intimes et plus divines unions. Elle en a été le trône, puisqu'il a fait de son saint et chaste cœur le lieu de sa demeure, où il prenait ses délices et son repos. Mais il faut avouer qu'elle a été la fille du divin amour, en même temps qu'elle a été la fille de la Providence. Non, jamais père, ni époux, ni ami n'ont pris des soins pareils de leurs enfants, de leurs épouses, ou des personnes qui leur étaient les plus chères, à ceux que le divin amour a pris de cette personne qui s'était toute laissée à sa conduite. L'amour sacré s'était tout donné à elle , et elle s'était toute donnée au saint amour. 11 y avait longtemps qu'elle lui avait sacrifié son âme et son corps ; mais elle jouissait encore de quelques gages qui lui étaient dus pour ses services. Il fallait qu'elle s'en dépouillât par le vœu de pauvreté , servant son maître et sa maîtresse dans la ville de Vannes et aux champs, sans leur demander aucune récompense, remettant entre les mains de la mère supérieure des Ursulines de Vannes, trois écus qui lui restaient de ses gages, et quelques pauvres habits qu'elle avait , pour en disposer comme bon lui semblerait , ne voulant plus rien avoir, pour dépendre uniquement et entièrement du pur amour de Dieu seul, et de sa seule providence. Quantité de personnes qui ont reçu des secours merveilleux par ses prières, et durant sa vie, et après sa mort, sont de grandes preuves du bon plaisir divin dans le recours que l'on a à sa sainte servante.
Il faut remarquer ici que cette voie d'un entier abandon à la divine Providence , est bien peu entendue de ceux qui n'y sont pas appelés, et que même souvent elle est combattue par des personnes , qui d'autre part sont gens de science et de vertu. C'est pourquoi saint Pierre d'Alcantara écrivit à sainte Thérèse, qu'en fait de pauvreté et de parfait dénûment des choses extérieures, il fallait consulter ceux qui étaient dans la pratique
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de ces vertus ; que, pour les autres, quoique gens d'autre part éclaires et de probité, ils étaient pou propres à donner avis en cette matière. Elle connut bien celte vérité par sa propre expérience, dans les contradictions qu'elle souffrit de la part de très-grands personnages, et des plus illustres de l'Espagne en doctrine et en vertu, qui ne pouvaient goûter le dessein qu'elle avait; de mettre sa première maison dans une pure dépendance do la divine Providence , sans aucunes rentes ni revenus. Cependant elle assure elle-même que notre Sauveur lui avait conseillé, et lui avait dit plusieurs fois de le faire ; mais aussi est-il vrai que l'adorable Jésus a été très-pauvre dans les jours de sa chair , et dans une grande privation des biens temporels de cette vie.
Il serait bien difficile de dire toutes les contradictions qu'a souffertes sainte Claire au sujet de son parfait abandon à la divine Providence. Il est vrai que son procédé était une conduite bien éloignée de Ja sagesse des prudents , qui n'agissent que par leurs raisonnements, et en philosophes. Elle avait vendu tous ses biens pour les donner et vivre dans une rigoureuse pauvreté. Les hommes y trouvaient bien à redire ; mais ce qu'Us concevaient le moins, était le dessein qu'elle avait pris de faire un monastère, et d'y assembler nombre de religieuses, et de ne se réserver rien de l'argent qu'elle avait reçu de la vente de tous ses biens , pour s'en servir pour une si bonne œuvre. Ils ne comprenaient point ce que la sainte voulait uniquement , que ses maisons eussent pour unique fondement, pour toutes fondations et revenus, la pure Providence. Saint François, le grand saint de la pauvreté évangélique et de la Providence, sachant très-bien les oppositions que cet état souffre, après avoir déclaré sa dernière volonté à sainte Claire et à ses filles, qui était de persévérer jusqu'à la fin à la suite de la pauvreté de son Seigneur Jésus-Christ, et de sa trèssainte Mère, il leur conseille de vivre toujours dans ce dénûment pauvre, et qu'elles se gardent surtout de s'en séparer par le conseil et la doctrine de qui que ce soit, qui leur voudra persuader le contraire. Il était bien convaincu de l'éloignement que l'esprit humain en porte , par l'opposition qu'il avait soufferte des religieux de son ordre, qui étaient, selon les chroniques de son institut, des personnes savantes et de qualité, pendant que les pauvres frères convers,gens sans lettres, et d'une merveilleuse simplicité, embrassaient avec joie et de toute leur volonté cet état de pure dépendance de la Providence. Mais si les hommes s'opposent à un état si saint, les démons emploient toute leur rage et tous leurs artifices pour le combattre, et pour le détruire. Nous lisons sur ce sujet une chose bien remarquable dans l'Histoire de l'ordre de Saint- François. Le démon, envieux de l'abandon à Ja pure Providence des religieux de cet institut, pour les tirer de cette dépendance , prit le dessein de les faire secourir abondamment , afin qu'insen-
siblement ils pussent mettre iour appui sur les secours qui leur étaient donnés; et, pour ce sujet, il se travestit en homme, s'offre au service d'un gentilhomme considérable, mais qui d'autre part était très-vicieux ; et ayant été reçu en sa maison en qualité de valet , après s'être insinué bientôt dans les bonnes grâces de son maître, il lui persuadait d'envoyer tous les jours de grandes aumônes à une maison de la famille de saint François; mais en telle quantité , que ces bons religieux se virent dans une abondance qui ne se trouvait pas dans plusieurs maisons bien rentées. Un saint homme de cette maison apprit par révélation divine la ruse du démon. Mais c'est une chose bien surprenante, et qui fait voir combien la dépendance de la pure Providence est odieuse et terrible au démon, puisqu'il ne se souciait pas de donner occasion à ce gentilhomme vicieux, d'obtenir des grâces pour sortir de ses crimes par le moyen de ses grandes aumônes, pourvu qu'il pût en quelque manière diminuer de l'esprit d'abandon à la conduite de Dieu seul. Saint Gaétan , fondateur des ïhéatins, veillait d'une manière merveilleuse à ne se pas laisser surprendre en ce sujet; lorsque, s'apercevant qu'une personne de grande qualité fournissait presque tout ce qui était nécessaire pour l'une de ses maisons où il était pour lors , après l'avoir priée bien humblement de modérer ses aumônes, comme il vit qu'elle continuait toujours , sous prétexte que les personnes où était la maison , penseraient peu à ses besoins : enfin, il la fait fermer, en envoie les clefs à ce seigneur, et lui mande qu'il s'en allait lui et ses religieux , s'il ne les laissait à la pure dépendance de la divine Providence.
Or cet état de pure dépendance de la divine Providence, et d'un abandon entier à ses soins, doit être soutenu par une grande foi, par une fidélité très-exacte et inviolable dans les plus petites choses, et par le pur amour de Dieu seul. Sans doute qu'une foi ordinaire ne suffit pas pour marcher par cette voie, qui demande souvent une espérance contre toute sorte d'espérance ; une confiance sans hésiter, lorsqu'il semble que tout soit perdu, et qu'il n'y ait plus rien à espérer ; car non-seulement Dieu laisse les personnes qu'il y a appelées à l'épreuve des hommes et des démons , mais il veut les éprouver lui-même, semblant les délaisser, comme s'il n'avait point de providence pour leurs besoins , soit intérieurs , soit extérieurs. Le bienheureux Jean de la Croix , cet ange incarné, ce séraphin terrestre, cette belle et vivante image de Jésus crucifié, cet homme tout divin, cet homme de Dieu seul, choisissait de tout son cœur les couvents les plus pauvres, pour dépendre plus uniquement de la divine Providence: et Dieu qui voulait éprouver sa confiance, disposait les choses de telle manière, que lui et ses religieux se trouvassent sans un morceau de pain. Pour lors cet homme céleste et fidèle faisait ûcs discours tout de feu à ses frères,
pour bénir la divine Providence dans l'apparence de son délaissement. Us allaient au réfectoire pour s'y nourrir seulement de la parole divine, n'y trouvant rien du tout pour manger ; mais jamais l'espérance du saint n'était plus forte : et môme , comme à quelque temps de là , on leur envoyait des vivres, le serviteur de Dieu pleurait amèrement de ce que lui et ses religieux n'eussent pas été-trouvés dignes de porter une plus longue épreuve. Le saint Fr. François de i'Fnfant-Jésus, religieux du même ordre <ie Notre-Dame du Mont-Carmel , s'engageant par sa confiance admirable au secours de la divine Providence, à rendre l'argent qu'on lui prêtait pour le service du divin Enfant de la crèche, à de certains jours qu'il manquait; cette même Providence, pour l'exercer, ne lui donnait Je secours nécessaire que .précisément dans le temps qu'il avait manqué. De plus, la foi doit être bien grande pour résister à tous les prétextes de la nature, qui ne manquent jamais dans cet état qui est bien élevé au-dessus de l'esprit humain, et de tous ses petits raisonnements. L'on ne manque pas de dire que l'on tente Dieu : et de vrai , ce serait le tenter sans une vocation spéciale ; ce que Ton doit bien discerner, pour ne pas s'égarer. L'on ne manque pas de proposerquecela était bon pour les temps qui nous ont précédés, comme si le Dieu des siècles passés n'était pas le Dieu du nôtre. Ce sentiment a autrefois fait bien soupirer la séraphique sainte Thérèse , qui ne le pouvait supporter, lui semblant indigne d'une personne fidèle. C'est pourquoi les saints qui marchaient dans la lumière de Dieu, ont recommandé si fortement de tenir bon , et de persévérer dans un si saint état , sans se laisser aller à tous les prétextes de la nature. Nous avons rapporté les sentiments de l'humble et pauvre saint François, si riche des biens de la grâce, et si glorieux auxgyeux de Dieu et de ses anges. Parlons ici des grandes maximes de sainte Claire. L'une de ses plus ordinaires , et qu'elle tâchait d'insinuer davantage à ses religieuses, était, qu'elles seraient toujours stables, si elles étaient toujours munies des murailles et des tours de la pauvreté. Après avoir invoqué à sa mort le recours de la très-heureuse Vierge Mère de Dieu, des saints anges, et particulièrement de saint Michel, elle donna sa bénédiction à ses religieuses; mais à condition qu'elles persévéreraient toujours et jusqu'à la fin dans une entière pauvreté. En expirant même, elle leur recommandait toujours cette chère vertu de Jésus et de la bienheureuse Marie. Elle avait été si fidèle dans sa pratique, que le souverain pontife, voulant la modérer en quelque chose, et lui en disant les raisons, elle s'écria toute pleine de foi : «Ah I saint Père , je ne veux jamais de dispense pour ne pas suivre les conseils du Fils de Dieu. »
Nous pourrions ici dire avec l'Apôtre dans YEp'Urc des Hébreux (c. xi), que le temps ne nous suffirait pas pour rapporter ce qui re-
garde les personnes qui par la foi ont vaincu même des royaumes , et ont fait les miracles qu'il propose à toute l'Eglise pour nous apprendre la force et les excellences de cette vertu. Cependant je rapporterai encore ce que la toute-puissance de Dieu a opéré dans nos derniers siècles par la foi du grand saint François-Xavier. Les Achenois étant venus pour surprendre Malacca, où était pour lors l'homme apostolique et ayant été repoussés, il exhorte, il presse d'aller en mer pour les combattre. Mais comment pouvoir suivre le conseil, du saint? Les Achenois ont soixante vaisseaux, et une infinité de soldats; les habitants de Malacca n'ont que cent quatre-vingt-dix soldats, et huit barques si méchantes qu'à peine eut-on donné dix coups de rames, que l'un de ses vaisseaux s'entr'ouvrit, et s'enfonça à la vue de tout le peuple, quoique la merfût très-calme. Tout le monde cria contre l'entreprise du serviteur de Dieu; et de vrai , elle ne pouvait paraître que très-téméraire à toute la prudence humaine. Mais cet homme de foi leur reproche leur peu de confiance : je laisse à penser quel sujet il avait, humainement parlant , de leur faire ce reproche. 11 proteste que Dieu ne manque jamais à ceux qui se confient en lui, et qu'il nous aide avec d'autant plus de bonté, que nos besoins sont plus pressants ; que les barbares doivent entendre que nous pouvons plus avec notre Dieu, qu'eux avec toutes leurs troupes nombreuses et avec leurs armes. Enfin , on le croit contre toute sorte d'apparence ; l'on se met en mer, l'on va après les infidèles. Mais voici une étrange épreuve, on est un mois et demi sans avoir des nouvelles de ces cent quatre-vingt-dix soldats, et de ces méchantes barques. Le bruit court qu'elles sont défaites, et l'on en spécifie le lieu même. Assurément il était bien facile de se persuader cette nouvelle. Pour lors chacun crie au faux prophète, qui se laisse tromper aux illusions de son imagination. Pour éprouver même davantage la confiance de l'homme apostolique , dans ce temps de désolation où la ville de Malacca était dépourvue du petit nombre de soldats qui la pouvaient garder, le roi de Binton vient avec une flottejJo trois cents voiles pour la prendre. Il y avait tout lieu de croire que la prise de cette ville était assurée à ces barbares, et il semblait qu'il n'y avait pas lieu d'en douter. Mais pour lors cet apôtre des Indes pouvait dire avec Je Psalmiste : Que ceux-là espèrent dans leurs chariots et dans leurs chevaux ; mais pour nous , nous invoquons le nom du Seigneur notre Dieu. Ils ont été enveloppés, et ils sont tombés; mais pour nous, nous nous sommes relevés, et nous sommes redressés. (Psal.xix, 8, 9.) 11 est toujours vrai que tout son recours fut à la prière, avec une confiance invincible, et particulièrement on le voyait prosterné devant l'autel de la trèssainle Vierge, que l'Eglise appelle le secours des Chrétiens , implorant avec larmes sa maternelle protection. Il en assura toujours les peuples, quelques reproches qu'ils
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lui fissent, aussi bien que les officiers de la ville; et enfin sa foi triompha du roideBinton avec toute, son armée, qui leva le siège, et se retira. Kilo triompha de toute la Hotte des Achenois, qui furent tous défaits; car presque pas un n'échappa à la mort; et les cent quatre-vingt-dix soldats portugais triomphèrent delà sorte par un miracle étonnant de plusieurs milliers d'infidèles, où il y avait môme des troupes turques, et ayant pris toute leur artillerie.
Si cet état de pure dépendance de la divine Providence doit être soutenu par une grande foi , la grâce n'en peut être conservée que par une fidélité très-exacte dans les plus petites choses. Dieu qui, dans l'Ecriture, s'appelle le Dieu jaloux, ne peut souffrir que les personnes dont il prend un soin si immédiat, prennent le moindre appui sur les moyens humains. Les saints qui ont été mus de son divin Esprit, se sont trouvés revêtus des mêmes sentiments ; et nous avons de ceci un illustre exemple en la personne du glorieux patriarche saint Benoît. Nous avons dit que dans un temps de famine , il avait ordonné au çélérier de donner un petit vaisseau d'huile qui restait pour toute provision dans le monastère, à un pauvre qui demandait l'aumône. Mais nous ajoutons ici que ce bon religieux eut peine à exécuter l'ordre du saint homme, et en effet ne l'exécuta pas. De prime abord le çélérier semble assez excusable ; car enfin ne devait-il pas croire avec raison, que la première charité devait être exercée envers les pauvres religieux de la maison, qui n'avaient rien pour toutes choses que ce peu d'huile ? et il pouvait penser que c'était même une obligation de le leur conserver pour leur extrême nécessité. Cependant comme saint Benoît voulait dépendre absolument de l'unique providence de Dieu, il fut fidèle dans cette occasion au trait de sa grâce, et crut que le çélérier avait commis une grande faute. C'est pourquoi saint Grégoire remarque trois choses bien dignes de considération en cette rencontre. La première, que saint Benoît entra dans une sainte colère au sujet de cette réserve. La seconde, qu'il fit jeter le vaisseau d'huile que Ton avait conservé par la fenêtre en bas sur des pierres ; et le vaisseau était de verre. La troisième, qu'il fit une bonne correction au çélérier, et le reprit de son infidélité; voilà comment il qualifia cette réserve. Mais il crut la faute de telle conséquence, qu'il fit assembler tous les religieux de la maison, pour lui en faire une correction publique, afin que tous ses enfants apprissent la confiance qu'ils devaient avoir en la divine Providence, dont la foi de leur bienheureux Père leur fit bientôt ressentir les effets. Car ayant ordonné qu'on apportât un grand vaisseau dans le lieu où il était, s'étant mis en prière, le vaisseau vide se trouva rempli d'huile, de telle manière qu'ayant jeté par terre ce qui le couvrait, il commença à couler en abondance sur le pavé, et ne cessa de couler, jusqu'à ce que le saint cessât de prier. 11 faut ici remarquer la faiblesse de la prudence
humaine, et la force de la foi. Car que pouvait servir à tant de religieux la réserve que le çélérier faisait d'un peu d'huile dans un petit vaisseau de verre? Mais quel seeours le monastère reçut-il de l'abondance qui lui fut donnée par les prières et la confiance du saint patriarche? De plus, ce qui est bien digne d'attention, est que la divine Providence ne donna point ce secours au monastère, pendant qu'il y avait encore la moindre petite provision, sur laquelle il pouvait prendre quelque appui. Une voix céleste se fit entendre à un homme de qualité de Venise, qui lui ordonnait d'aller chercher saint Ignace, le glorieux fondateur de la compagnie de Jésus, qui était couché dans la place, pour le loger. Mais cette voix ne parla qu'après que ce saint ne put trouver aucun lieu pour se retirer. Elle ne prévient pas son besoin, elle attend qu'il soit effectivement dans la privation de tout secours. Pendant vingtdeux mois que saint Dominique fut à Boulogne, son couvent, presque toutes les semaines , était réduit une telle nécessité, qu'il était sans un seul morceau de pain. C'était pour lors que la foi et la fidélité du saint éclataient d'une manière merveilleuse; sans avoir recours ni à ses amis, ni à aucun moyen humain, il envoyait le procureur devant le très-saint sacrement de l'autel, et son oraison devenait une grande provision.
De plus, un entier abandon à la divine Providence, ne subsistera jamais que par un grand et pur amour de Dieu seul. Celui qui n'aime que Dieu seul, ne se confie qu en Dieu seul. La pure confiance suit le pur amour; mais en même temps que l'amour des choses créées se mêle dans l'amour de l'Etre incréé, aussitôt l'âme partage ses espérances, et elle n'est plus exempte de l'appui sur les moyens humains. Que les saints n'ont-ils pas fait, qui ne voulaient que Dieu seul? Nous parlons dans cette pratique, comme nous l'avons assez marqué dans le titre du chapitre , d'une conduite particulière de quelques personnes qui sont appelées à un abandon extraordinaire à la divine Providence. Ils ne voyaient que lui en toutes choses, et ils attendaient tout de lui dans un grand oubli et désoocupation de la créature. Cet amour ne demeurant pas dans sa première pureté et sa première vigueur en ceux qui les ont suivis, ils i\*ont pas ressenti les mêmes effets de sa divine Providence. Mais dans la suite des temps cet amour diminuant toujours, l'on s'est attaché à la créature, l'on s'y est appuyé, l'on est devenu tout humain; et pour lors le ciel a fait cesser ses pLus douces et plus aimables influences. 0 mon Dieu, quelle différence d'un cœur plein de Dieu seul, et tout plein de Dieu àeul, et d'un cœur où il y a du mélange, et à plus forte raison plein de la créature ! Mais quelle différence de providence sur tous ceà coeurs 1
Le bienheureux Père Jean de Ja Croix donnait avis qu'il fallait bien prendre garde de ne s'arrêter jamais à rien de créé, par le moindre petit appui , et qu'il fallait tout tvs-
ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON
pérer de Dieu .seul. C'est pourquoi ou l'entendait souvent s'écrier : « O bienheureuse confiance qui obtenez autant que vous espérez. Il est vrai qu'une personne fidèle dans la voie du pur abandon, aimerait mieux mourir, je ne dis pas que d'avoir la plus petite confiance en aucune chose créée, mais je dis même que d'en avoir la moindre ombre; et les plus légers manquements, quoiqu'imperceptibles en cette matière, lui servent de sujet d'une douleur inexplicable. » Le saint Fr. François de l'Enfant Jésus dont nous avons parlé, ayant demandé l'aumône pour les pauvres à un seigneur étranger qui était venu à la cour d'Espagne; comme ce bon frère était extraordinairement considéré du roi, il eut quelque pensée, sans néanmoins aucune réflexion entière, que l'honneur que lui faisait le souverain, pourrait en quelque manière exciter ce seigneur à lui faire la charité qu'il lui demandait. Mais Dieu, comme nous l'avons remarqué, qui est saintement jaloux de la pure confiance qu'il demande particulièrement des personnes dont nous parlons, ferma le cœur à ce seigneur. Quoi qu'il eût pris résolution dedonner l'aumône qui lui était demandée, il s'en alla sans la l'aire. Cependant ce bon frère s'étant aperçu de sa faute, dont il reçut même une sévère correction de Notre Seigneur; et lui en Avant demandé pardon avec beaucoup de "armes, en même temps cette personne de qualité se sentit pressée d'envoyer par un homme exprès l'argent qu'on lui avait demandé ; ce qu'elle fit, quoi qu'elle fût déjà bien éloignée de Madrid. Cet exemple est bien à remarquer, et montre assez que le moindre petit appui sur la créature, quoiqu'imperceplible, sert d'obstacle aux secours particuliers de la divine Providence, qui s'éloigne à mesure que l'on s'approche de l'être créé.
De là vient que souvent cette même Providence ne se sert pas des mêmes moyens pour continuer ses divins secours, de peur que peu à peu l'on n'y fasse quelque fonds. Ainsi il arrivera que Tes personnes qui vous considèrent, et qui ont beaucoup de charité pour vous , se sentent refroidies, sans en savoir la cause, et ne continuent pas les assistances qu'elles rendaient, ou elles ne le font qu'en partie, et quelquefois d'une manière assez rebutante ; et en même temps l'on en rencontre d'autres, avec lesquelles souvent on n'avait point d'habitude, ou bien peu, qui prennent de très-grands soins de tout ce qui vous regarde. Toutes ces choses sont des coups de la divine Providence, qui nous ôte les occasions de nous arrêter par ces changements à d'autre chose qu'à elle seule. C'est une voie que Dieu tient même sur ses saints, quoique très-détachés de toute créature. Saint Grégoire nous le fait remarquer en saint Benoît qui, après avoir été assisté par le saint moine Romain, comme nous l'avons dit, vit la divine Providence changer de moyen, et lui procurer du secours dans son désert, par un prêtre qui en était bien éloigné , à qui le saint était entièrement
inconnu, et que le saint ne connaissait en aucune façon.
Il faut donc veiller avec la dernière fidélité à se rendre pleinement aux conduites de la grâce, vivant d'une manière digne de sa vocation. Mais c'est une fidélité qui est bien rare, ou si elle se rencontre dans quelquesuns pour quelque temps, peu y persévèrent jusqu'à la fin. La nature cherche toujours ses assurances, et elle a bien de la peine à vivre sans aucun appui; les hommes suggèrent mille prétextes très-spécieux en apparence; les démons jouent de leur reste; il faut que l'amour soit bien pur, qui, n'envisageant et n'aimant que Dieu seul dans un profond oubli de tout ce qui n'est pas lui, met toute sa confiance en lui seul, et attend tout ce qu'il espère de lui seul. « O l'avarice du cœur humain, s'écriait autrefois Notre- Seigneur, parlant à sainte Thérèse, il semble que la terre lui manquera toujours. » La créature, à moins d'une fidélité extraordinaire, à peine s'élève-t-elle par les mouvements de l'Esprit divin, qu'elle retombe aussitôt dans la créature. Peut-on se figurer rien de plus surprenant sur ce sujet, que l'infidélité du peuple d'Israël? Dieu avait fait des choses admirables et prodigieuses en sa faveur. Il avait fendu la mer, et l'y avait fait passer. 11 l'avait conduit le jour à l'ombre d'une nuée, et toute la nuit à la clarté du feu. 11 avait fait sortir des ruisseaux de la pierre, pour lui donner à boire dans le désert. Il lui avait fait pleuvoir de la manne du ciel pour le nourrir. Il lui avait donné le pain des anges, et, après tout cela, il ne laissa pas d'entrer dans la défiance. Il ne crut pas en Dieu, dit le Psalmiste, et n'espéra pas en son Sauveur; c'est pourquoi il s'alluma un feu dans Jacob, et sa fureur se leva contre Israël. (Psal. lxxvii, 22, 21.) Dieu prenait soin lui-même Je ce peuple, et il le gouvernait par les soins d'une Providence miraculeuse ; et ce peuple malheureux s'ennuie de ce gouvernement divin, il demande à Samuel un homme qui soit son roi, et il déclare qu'il veut être gouverné comme les autres nations. L'Ecriture nous apprend que le prophète fut touché de cette demande; et Dieu lui fit connaître qu'elle arlait au mépris de sa majesté divine, et au délaissement de sa sainte conduite. Dans la suite des temps, ce peuple infidèle à tant de grâces , apprit par son expérience ce que c'est que se tirer de la confiance en Dieu seul; car il devint le jouet des nations, et fut accablé de misères. Que les personnes que Dieu appelle à un entier abandon à sa divine Providence, fassent bien réflexion sur cet exemple, et qu'elles sachent que Dieu ne leur permet pas des soins que les autres doivent prendre.
Louez le Seigneur, parce qu'il est bon, parce que sa miséricorde est éternelle. (Psal. cxxxv, 1.) Qui racontera ses miracles, qui publiera toutes ses louanges? Qui dira les biens qu'il faits à tout ceux qui ont mis toute leur espérance en ses bontés? (Psal. xxv, 7; cxlvi, 11.) Je dirai ici, afin qu'on ne
L'ADORATION PERPETUELLE DE LA DIVINE PROVIDENCE
pense pas que sa divine providence ne soit la même dans nos jours que dans les temps passés, que je connais une personne qui, n'ayant pour biens assurés que le secours de cette Providence, en laquelle seule elle met toute sa confiance, ayant horreur de l'ombre même du plus petit appui sur aucun moyen humain, en a reçu des assistances prodigieuses depuis plus de trente ans; que Dieu très-bon et très-miséricordieux l'a appelée à cet état de pur abandon à ses soins. Je puis dire, et je sais que je dis vrai, en le disant, que tous les jours, tous les mois, toutes les années de sa vie, sont autant de jours, de mois et d'années (d'une Providence infiniment bienfaisante, et qui la comble de ses biens. Il s'est trouvé qu'étant obligée de faire un voyage, et n'ayant aucun argent pour le faire, un grand serviteur de Dieu, qui était dans un lieu éloigné de celui où elle était, et qui n'avait aucune connaissance de son besoin ni de son dessein, fut tout à coup frappée d'une lumière, pendant qu'il était en oraison, qui lui faisait voir qu'il eût à envoyer de l'argent à cette personne ; ce qu'il exécuta avec fidélité ; et cette personne reçut ce secours, ou la veille, ou le jour qu'elle partait. Une autre fois la même personne n'ayant presque plus rien pour vivre, ne laissa pas de donner un écu à une autre qui était dans la nécessité, se confiant aux promesses de son aimable Sauveur; et voici qu'elle reçoit une lettre qui lui apprend, qu'une personne s'en était trouvée occupée, et avait pris résolution de lui donner cent écus ; ce qu'elle fit avec une très-grande charité. Je me contente de rapporter ces deux secours bien considérables, entre un nombre qu'il serait difficile de dire, et qui font bien voir qu'il ne faut rien craindre, quand le Seigneur est notre appui ; et qu'il vaut mieux se confier en lui, que de mettre son espérance dans l'homme.