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DEUXIÈME RÈGLE

Avoir en horreur le propre intérêt.

11 est bien difficile de trouver des termes assez forts pour exprimer l'éioignement où nous devons être à l'égard du propre intérêt ; les maux qu'il cause sont si grands, qu'il ne reste point de paroles pour faire voir l'aversion que nous en devons avoir. Ce que j'en puis dire, dans le peu de lumière que j'ai, à raison de mes infidélités, qui sont excessives, c'est qu'il en faut avoir horreur. J'avance cette maxime d'après une des âmes les plus éclairées que Dieu tout bon ait données à notre sainte religion; c'est la divine Catherine de Gênes, qui ne pouvait parler du propre intérêt que comme de la chose la plus détestable du monde, et qui assurait qu'on en devait avoir plus d'horreur que de la peste et du diable. Cette maxime s'entend facilement par l'âme qui marche dans la lumière de Dieu. Cet âme comprend cette vérité autant qu'elle peut, sans aucune difficulté : pour les mondains, c'est une chose qui leur est cachée, et ils ne la peuvent goûter. Disons cependant que la chose du monde la plus étonnante, c'est de voir le peu d'horreur que l'on a pour le propre intérêt, puisque c'est lui qui est la source de tous les maux. C'est ce maudit intérêt qui a produit tant d'hérésies, tant de schimes en la sainte Eglise, tant de guerres dans les états, tant de troubles dans les royaumes; c'est ce détestable intérêt qui est la source de ces grands d'ésordres que nous voyons. Nos peuples, dans les campagnes, sont plongés dans une ignorance extrême des voies de Dieu : ces enfants de l'Eglise demandent du pain de la parole divine, et ils languissent: ils meurent, parce que ceux qui de droit naturel, humain et divin, portent en eux une obligation indispensable de leur distribuer cette nourriture salutaire, ne s'acquittent pas de leur charge; et ils ne s'en acquittent pas, ou bien parce qu'ils n'en sont pas capables, ou bien parce qu'ils n'ont ni la crainte ni l'amour de Dieu. Mais si vous voulez en rechercher la cause, c'est qu'ils n'ont pas été choisis par l'esprit de

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