ART. I, REGLES
Dieu ; c'est l'intérêt qui les a introduits dans leurs cures : le bien temporel d'une famille, la recommandation d'une personne considérable ou d'un ami, ont été les motifs qui leur ont fait donner leurs bénéfices. 0 mon Dieu! ô mon Seigneur 1 ô adorable Jésus 1 est-il possible que parmi des personnes qui font profession de vous adorer, qui savent et qui ne peuvent douter que vous n'ayez donné votre vie pour le salut des âmes, et que vous avez, pour ce sujet, enduré des peines qui surpassent tout ce que l'on peut dire, il s'en rencontre qui exposent le salut de ces âmes à si bon marché? Ne voyonsnous pas tous les jours que l'on donne les cures, sur un simple mot de lettre, pourvu que ce soit la recommandation d'une personne amie, ou puissante, ou qui nous soit nécessaire? A la vérité, encore si c'était une personne de Dieu, et non-seulement une personne de probité, ce qui ne suffit pas, mais bien éclairée dans les voies de l'intérêt de Dieu, bien intelligente, bien zélée pour la discipline ecclésiastique, qui demandât un bénéfice pour une personne, ne regardant que la plus grande gloire de notre maître, on pourrait croire qu'elle le fait après un sérieux examen; ainsi cela serait supportable: mais pour l'ordinaire, ceux qui les briguent et qui les demandent sont des personnes mondaines, qui connaissent bien peu Dieu, et qui sont bien peu zélées pour le salut de âmes, à qui elles ne pensent en aucune manière ; et c'est à ces gens-là que l'on accorde les bénéfices 1 II y a plus: ceux mêmes qui servent les autels les profanent de la sorte misérablement. Je tremble et je ne sais où j'en suis, quand je pense que nonseulement il se trouve des ecclésiastiques qui commettent ces désordres ( ecclésiastiques qui vivent dans le monde, qui en ont l'esprit et le cœur), mais qu'il se trouve encore des communautés régulières, séparées du monde, qui ayant le droit de présenter aux bénéfices se laissent aller à ces malheurs. C'est le maudit intérêt qui souvent fait obtenir ces grands revenus ecclésiastiques, qui, étant le patrimoine des pauvres, dans la doctrine des Pères, ne servent, par l'infâme usage que l'on en fait, qu'à la vanité, au péché et au scandale. C'est ce cruel intérêt qui fait fouler aux pieds le sang d'un Dieu, qui abaisse, ravale la majesté infinie de cet' être suradorable au-dessous de la créature, faisant servir les intérêts divins aux intérêts humains. En vérité, n'est-ce pas là l'abomination delà désolation dans le lieu saint? on fait Servir le sanctuaire de Dieu à la famille, et on le possède comme un héritage. On ne remarque de tous côtés que des recherches curieuses du revenu des évêchés, des abbayes, des prieurés, des cures ; et l'on s'occupe peu de la charge de ces bénéfices, redoutable aux forces mêmes des anges. L'on pense peu si l'intérêt de Dieu s'y rencontre, pourvu que l'intérêt de la créature y soit, l'on est content. Combien cet intérêt abominable fait-il faire de commerces dangereux ou méchants! Combien
de permutations sans autre sujet que ce propre intérêt?
Sa tyrannie est si universelle, que les personnes qui font une profession particulière <le la dévotion, ne s'en exemptent pas; il est vrai qu'elles tâchent de se couvrir de quelques prétextes pieux. Si elles introduisent dans l'état ecclésiastique leurs parents, si elles leur obtiennent des charges et des dignités, ce n'est qu'à condition, disent-elles, de les faire élever dans de pieux séminaires ; et de vrai, quelquefois on les y met; mais que fera la créature sans le Créateur? Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent ceux qui lâckent de l'édifier. On a beau faire, les personnes les plus saintes ne donneront pas la vocation à ceux qui ne l'ont pas; il n'y aura pas de bénédiction, et, sans la bénédiction de Dieu, c'est une malédiction perpétuelle. Aussi ces malheureux ecclésiastiques, qui ne le sont que par intérêt, donnent de fâcheux scandales à l'Eglise, se laissant aller à de grandes abominations ; et après avoir mené une vie de péché en ce jnondej s'en vont dans l'autre porter la colère de Dieu à jamais dans les enfers. Voilà donc l'intérêt propre, la source des grands maux que nous voyons dans l'état ecclésiastique : mais ne l'est-il pas encore des misères que l'on remarque dans l'état séculier? C'est Tintérêt qui élève souvent aux premières charges ceux qui en sont indignes? de là viennent toutes les concussions, toutes les injustices, toutes ces misères extrêmes de nos campagnes. C'est l'intérêt qui fait les procès, (pii met la division entre les plus proches, qui cause quelquefois une haine cruelle entre les pères et les enfants, qui trouble tout, qui renverse tout. Non, je ne suis plus étonné si la divine Catherine de Cènes l'avait plus en horreur que la peste ; car jamais la peste n'a fait autant de ravages que le propre intérêt: il est plus dangereux que le diable, car le diable ne nous peut pas tant nuire, et il ne nous fait du mal qu'en se servant de ce moyen. Il est donc digno de toute exécration, de toutes les horreurs imaginables, et il ne faut jamais le regarder que pour le voir comme l'abomination des abominations. Obi qui que , vous soyez qui li.-ez ceci, pensez-y un peu sérieusement; examinez si ie propre intérêt ne se glisse pas dans votre cœur, voyez si ce n'est pas lui qui vous fait agir ! Ecclésiastiques, dans la résignation de vos bénéfices, dans l'usage de votre temporel, dans l'avancement de vos parents, dans les désirs que vous avez des dignités de l'Eglise : personnes du inonde, dans les emplois, dans les charges que vous procurez à vos amis, dans ces desseins et ces grandes prétentions que vous avez ; et tous tant que nous sommes, souvenonsnous de ces paroles de l'Apôtre : « Tout le monde cherche ses propres intérêts, et non pas ceux de Jésus-Christ. » Il faut s'en souvenir, pour veiller sur nous d'une manière extraordinaire ; car si ce désordre est universel, comme l'expérience nous l'apprend, comme le Saint-Esprit nous l'enseigne, il y
en a bien peu qui n'y tombent; et pour être de ce petit nombre, il faut marcher par la voie étroite; et nous n'y marcherons jamais sans peine, sans beaucoup de saintes considérations, sans une grande mortification.
Enfin, prenons- donc pour maxime, d'avoir en horreur le propre intérêt plus que la peste, plus que le diable. Parlons de la sorte avec les saints, et vivons et agissons comme ils ont fait.