‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 133 sur 283 · LES POULES DE M. DE CUATEALBKIAXD · texte numérisé non relu

LES POULES DE M. DE CUATEALBKIAXD

En sortant de l'hôtel de l'Aigle et en prenant le chemin qui s'étend à gauche du lac de Zug, nous nous retrouvions sur un terrain qui appartient exclusivement à l'histoire. La route que nous suivions fut suivie par Guessler, et va aboutir â sa tombe. A'ous ne nous arrêtâmes â Immensee, où nous arrivâmes à sept heures du matin, que le temps de faire une halte, et nous prîmes aussitôt la route de Kussnach, dont le nom amoureusement poétique (1) est si peu en harmonie avec le souvenir de mort qu'il rappelle. A un quart de lieue d'Immensee à peu près, nous nous engageâmes dans le chemin creux au bout duquel veillait Guillaume Tell ; il est large a peine pour passer une voiture et encaissé des deux côtés par un talus de douze pieds de hauteur, au sommet duquel s'élèvent des arbres dont les branches, se joignant et s'entrelaçant, forment un berceau au-dessus de la tête du voyageur ; à son extrémité s'élève une chapelle; c'est celle qui fut élevée à l'endroit même où expira Guessler. En face de la chapelle, un chemin latéral quitte la route, monte vingt pas à peu près, et s'arrête au pied d'un arbre. S'il faut en croire la tradition, c'est la, derrière et contre cet arbre même, dont on aperçoit a gauche en venant d'Immensee le tronc couvert de mousse, .«lue Tell, caché, appuya son arbalète pour être plus sur de son coup. En admettant cette distance entre le tireur et le but, Guillaume aurait tiré à vingt-sept pas.

Cette chapelle n'a rien qui la distingue des autres. Les effigies de saint Nicolas de Floue et de saint Charles Borromée la décorent, et, dans celle-ci comme dans les autres, on me présenta un livre où les pèlerins inscrivent leurs noms ; à l'avant-dernière page, je trouvai celui de M. de Chateaubriand.

Depuis Martigny. j'avais vu de temps en temps reparaître sur les livres des auberges ce grand et beau nom, confondu parmi les noms obscurs des touristes. A Andermatt, un voyageur avait dessiné au-dessous de ce nom une lyre couronnée de lauriers. L'aubergiste me l'avait montré comme un nom de prince, et je l'avais détrompé en lui disant que c'était un nom de roi. Je griffonnai ma signature bien loin et bien au-dessous de la sienne, comme devait le faire un courtisan respectueux, et je me remis en route.

En sortant du petit bo's dans lequel est située la chapelle de Tell, nous aperçûmes à notre gauche les ruines de la forteresse à laquelle se rendait Guessler lorsqu'il fut tué. Un petit chemin y conduit ; nous le prîmes, et en moins de dix minutes nous arrivâmes à ce château, détruit par Stauffaoher au mois de janvier de l'année 1308, et qui n'offre rien de remarquable que le souvenir qu'il rappelle. Le sentier qui y mène entre d'un côté, le traverse entièrement, et, sortant de l'autre, conduit à Kussnach. Xous nous y embarquâmes pour Lucerne.

Le lac des Quatre-Cantons passe généralement pour le plus beau lac de la Suisse : en effet, le caprice de sa forme donne à ses perspectives différentes beaucoup d'inattendu. Cependant jusqu alors je lui avais préféré le lac de Brientz. avec sa ceinture de glaciers : mais en arrivant en face de Lucerne, je fus forcé d'avouer que nulle part, encore mie vue aussi complète dans son ensemble et dans ses détails ne s'était offerte à mes yeux.

En effet, en face de moi. au fond de son petit SOlfe s'élevait Lucerne entourée de fortifications qui remontent au XVI" siècle, et qui donnent un aspect étrange a cette ville. dans un pays OÙ les véritables remparts '-ont bâtis de la main de Dieu et s'élèvent à i|natr,rze mille pieds de hauteur: a sa droite et à sa gauche, comme deux sentinelles, comme deux géants, comme le génie du bien et du mal. S'élèvent le Righi, cette reine des montagnes (2), revêtu de son manteau de verdure, brodé de villages et de chalets, et le Pilate [S squelette osseux et décharné, couronné de nuages, où dorment les tempêtes. Jamais contraste plus complet crue celui qu'offrent ces deux montagnes n'a' été embrassé d'un coup d'œil. L'une couverte de végétation de sa base à son sommet, abrite cent cinquante chalets, et nourrit trois mille vaches; l'autre, comme un mendiant,

II) Baiser du soir.

' -- « Regma monlium.

(8i Uons Pileatus.

• beaux de verdure sombre gui laissent apercevoii déchirés, n'est

e que par les orages et les aigles, les nuages et les trs . la première a a au l i » ions nanti

[•appelle que de : es aussi le

chemin qui côtoie sa base est-il celui que Walter Scott a 1 "i pour eu faire II théâtre de ène terrible qui

' . m mi r.iuiaii de Charles le tenir)

Le vent, qui soufflait de Hniniien, et qui entlait notre

; i voile nous faisait glisser si doucement, au milieu de

ravi -Mi', paysage, que, couché comme je l'étais sur

la proue, je ne me sentais pas marcher, et que j'étais prêt

c'était la ville qui venait au-devant de mot;

cette illusion dur» jusqu'au dernier moment; les maisons

grandissantes semblaient sortir de l'eau. .Nous doublâmes

.vaut autrefois de phare (l), a donné son

la ville, et nous abordâmes sur le quai. Une auberge

q"t' n nies sur notre route était celle du Cheval-

Uliinc. nous nous y arrêtâmes.

La première nouvelle que j'appris, et en effet c'était la Plus Importante, était que M. de Chateaubriand habitait Lucerne. On se Tappelle qu'après la révolution de juillet, notre grand poète gui evait voué sa plume a la défense de la dynastie déchue, s'exila volontairement, et ne revint à Paris que lorsqu'il y fut rappelé par l'arrestation de la duchesse de Berry. Il demeurait à l'hôtel de V Aigle.

Je m'habillai aussitôt dans l'intention d'aller lui faire une visite ; je ne le connaissais pas pe 'sonnellement. A Paris, je n'eusse point osé me présenter â lui. unis hors de la France, à Lucerne, isolé comme il l'était, je pensai qu'il y aurait peut-être quelque plaisir pour lui a voir un compatriote. J'allai donc hardiment me présenter â l'hôtel de l'Aigle-, je demandai M. de Chateaubriand au garçon de l'hôtel, il me répondit qu'il venait de sortir pour donner â manger à ses poules ; je le fis répéter, croyant avoir mal entendu ; mais il me fit une seconde fois la même réponse. Je laissai mon nom, en réclamant en même temps la faveur d'être reçu le lendemain, car il commençait à se faire tard, et les courses continues que j'avais faites depuis Brigg, le peu de repos que j'avais pris pendant les trois ou quatre dernières étapes, me faisaient sentir que je n'aurais pas trop du reste du jour et de la nuit pour me remettre tout à fait ; quant à Francesco, toute ville était pour lui Capoue.

Le lendemain, je reçus une lettre de M. de Chateaubriand, envoyée dès la veille, mais qu'on ne m'avait pas remise de peur de m'éveiller ; c'était une invitation à déjeuner pour dix heures; il en était neuf, il n'y avait pas de temps a perdre; je sautai â bas de mon lit. et je m'habillai.

Il y avait bien longtemps que je désirais voir M. de Chateaubriand. Mon admiration pour lui était une religion d'enfance : c'était l'homme dont le génie s'était le premier écarté du chemin battu, pour frayer â notre jeune littérature la route qu'elle a suivie depuis; il avait susnte a lui seul plus de haine que tout le cénacle ensemble ; c'était le roc âne les vagues de l'envie, encore émues contre nous, avaient vainement battu pendant cinquante ans, c'était la lime sur laquelle s'étaient usées les dents dont les racines avaient essayé de nous mordre.

Aussi, lorsque je mis le pied sur la première marche de l'escalier, le cœur faillit me manquer. Tout a fait inconnu, il me semblait que j'eusse été moins écrasé de cette immense supériorité, car alors le point de comparaison eût manqué pour mesurer nos deux hauteurs, et je n'avais pas la ressource de dire comme le Stromboli au mont Rosa : .. Je ne fuis qu'une colline, mais je renferme un volcan. ..

Arrive suc le palier, je m'arrêtai, le cœur me battait avec vlolen e j eusse moins hésité, je crois, â frapper à

: pi n. il nu conclave. Peut-être en ce moment M. di teaubriand royait-il que je le faisait attendre par

andis que je n'osais entrer par vénération. Enfin,

r m ii L- garçon qui montait: je m: pouvai te ter plus

..n i -ne porte, je frappai; ce fut m. ite Chateau- ' I lui-même qui me vint, ouvrir.

Certes il dut se former une singuli Pi m .le mes

■ il n'attribua pas n imbai niable

cause: je balbutiai comme un provlnci; ! avals si

je devais passer devant ou derrii i .mme

M. Parseval devant Napoléon, s'il m'eu lande mon

nom, je n'aurais su que lui répondre.

Il Ht mieux, il metendit la n

Pendant tout le déjeunei France:

n envisagea, tes unes api es les les questions

politiques qui se débi it <iepui la tri-

bune jusqu'au club, et I "n * l'homme

de ■ énie qui pénèti ises et des sommes,

gui estime à leur valeur les Ci - ri les intérêts, et

qui DC ne sur rien. Je demcur al l que

uel il ms le se plus

i il l.i voyait m 'lu il

il en •

quand quand ce n'est pas aux rois, c'est à Dieu.

m i in|.. M. de Cha-

par !a forme, étaient nu par le I

— Cela vous étonne? me dit ■ '«t.

Je le lui

j(. âge encore, con-

i imme un rocher

que je me trouve ; de moi I... Avez-vous vu le lion

de Luc

— El 'ire une visite; c'est le monui /a quelle

. 10 août.

me belle chose?

— Ci la. e'eel un beau souvenir.

Il n"J a qu'un malheur, c'est que !•■ sang répandu pour

lue la le suisse n'a été que le payement exact dune lettre de change.

— c. moins remarquable, dans une époque (.h h y avait tant île g^ns nul laissaient protester leurs

nous différions dans nos idées : c'est

■ .ns qui partent de deux principes

besoin les rapproche, elles

b orles, niais elles se séparent sur les

.lu monument, situé a quelque

- le jardin du général l'tyffer.

-t baigné par un

.mil' -quatre pli

leur sur 'i Ion a et creu-

r el dans cette grotle. un Jeune sculpteur

plâtre il. Tni taillé un lion percé d'une lame

ii expire en 1er fleurdelisé qu'il ne peut

llrii , tiorum litlcl ne ririut.

i uns des officiers

nit au nite.

plus grand ■ de la

i, pour

■ I. lo ntlére

.1.' la

VI les a ri s'

qui

la

— Pourquoi pas? Un homme dont la vie aurait été comme la mienne poussée par le caprice, la poésie, les révolutions et 1 exil sur les quatre parties du monde, serait bien heureux, ce me semble, non pas de posséder un chalet dans ces montagnes, je n'aime pas les Alpes, mais un herbage en Normandie, ou une métairie en Bretagne. Je crois

H. ut que c'est la vocation de mes vieux jours.

— Permettez-moi d'en douter. Vous vous souviendrez de Charles-i^uint a Saint-Just : vous n'êtes pas de ces empe-

in al.. liqueur, ou de ces rois qu on détrône; vous êtes de ces princes qui meurent sous un dais et qu'on enterre comme Charlemagne. les pieds sur le bouclier, l'épée au liane, la couronne le sceptre en main.

— Prenez garde, il y longtemps qu'on ne m'a flatté, et je serais capable de m'y laisser reprendre. Allons donner a manger a mes poules.

Sur mon honneur, J'aurais voulu tomber à genoux devant

cet homme, tant je le trouvais a la fois simple et grand !..

Nous nous engageâmes sur le pont de la Cour, qui eon-

la partie de la ville qui est séparée par un liras du

est k- pont ci uvert le plus long de la Suisse après

celui de Rai perschwyl ; il a treize cent quatre-vingts pieds

et est orné de deux cent trente-huit sujets tirés de l'Ancien

et du Nouveau Testament.

nous arrêtâmes aux deux tiers a peu près de son étendue, a quelque distance d'un en rert de ro-

seaux M. de Chateaubriand tira de sa poche un morceau de qu'il y avait mis après le déjeuner, et commença de lémletter dans le lac ; aussitôt une douzaine de poules d'eau sortirent de l'espèce d'île que formaient les roseaux, et vinrent en hâte se disputer le repas que leur préparait. à cette heure, la main qui avait écrit le Génte du ' liristiales Martyrs et le Dcn, les. Je

regardai longtemps, sans rien dire, le singulier spectacle de cet homme penché sur le pont, les lèvres coutractées par un sourire, mais les yeux tristes et graves : peu à peu son occupation devint tout a fait machinale, sa ligure prit une c i i colle profonde, s

sur son large front comni. il y

avait parmi elles des souvenirs de patrie, de famille, d'amitiés tendus, plus sombres que les autres. Je devinai que ce moment était celui qu'il s'était réserv. ser a

ai cette méditation tout le temps qu'elle dura. A la fin. il fit un mouvement el |

m'approchai de lui ; il se souvint que jetais la et me tendit la main.

— Mai- si \. .us regrettez tant Paris, lui dis-je. pourquoi n'y pas reveairl Rien ne vous en exile, et tout vous y rappelle

— Que voulez-vous que j'y fasse? me dit-Il. J'étais a

arriva la révolution de juillet. Je revins a Paris. Je vi> un troue dans le sang et l'autre dans la boue, i mi une châtie, un roi donnant dos

oiinlers. C'était triste à en mouruand on est plein, comme mol, des grandes traditions de la monarchie. Je m'eB allai.

— D'après quelques mots qui \ t ma-

ié.po-

— on loute, il est bon que, de temps en temps, la roj .i;. à -.i source, qui

mais ■ une b anche de l'arbre, un

: de la c'. lit Henri V qu'il fallait élire et

\ être un triste souhait

enfant - du nom de Henri s.. m malheu-

Uenrl i-r a été empoisonné Henri u tue

dans , Henri III cl Henri IV onl

i prendre, mourir du poignard que il.' l.'Ml ;i est plus tût fait

' ut la foll

pour la détendre di n auront pu l'empêcher .1

eaubrland en émletiant un un. je continuerai a donner à manger

■ J'en nptals pas j in ■ lune enii i ibrland .

■ux de et je : u •■ plus grand encore de près que de loin,

EN SI ISSE

dans la réalité que dans l'imagina; i.iii. dans la parole que dans les œuvre*- Depuis ce temps, i impression que j'avais reçue n'a l'ait que S'accroître* et jamais je n'ai essaye de revoir M. de Chateaubriand, de peur de ne pas le retrouver tel que je l'avais vu. et que ce changement ne portât atteinte à la religion que je lui ai vouêt Q u i à Lut, il est probable qu il a oublié non seulement les détails de ma visite, mais encore la visite elle-même et t est touU simple; j'étais le pèlerin et il était le Dieu.

voyageurs, ce qui avait amené pénurie de suides; si bien

que le dernier était parti !1 une heure, avec un An-

Votre hôte nous consei ious mettre à la pour-

du gentleman, nous i que, si nous étions

bons marcheurs, nous le ratti loitié chemin de

la montée, ce qui nous permettrt le profiter, pour la dernière partie de la montagne, qui est la plus difficile, de la compagnie de son cicérone.

Nous profitâmes de l'avis, et nous nous mimes immédia-

Le pont de la Cour.

Nous arrivâmes vers les quatre heures 5 WegghiS, point qui, après une mûre délibération, avait été choisi par mes bateliers comme celui d'où .je devais commencer mon ascension sur la montagne la plus renommée de la Suisse, pour le magnifique p; ■aina qu'on découvre d,

La journée était déjà avancée: aussi ne i arrêtâmes

nous â l'auberge que le temps d'aller chercher un conducteur. Malheureusement, ainsi que je l'ai dit, nous nous y prenions un peu tard. Comme le temps promettait d'être magnifique pour le lendemain, il y avait eu abondance de

tement en route. Le chemin, qui part de la porte même de

1 ! irge était assez visiblement tracé pour q tt'eus-

pas a craindre de nous égarer: il s'en deux

cent pas à peine de la maison, dans au cb ' bois de

m,, ensel de i hênes, qui nous aecompagn r i i osi pendant L'espace d tme demi-lieue, apri ( âmes

dans un espace aride et couleur d rouille, -1 î par

L'éruption de 1795.

Cette éruption bizarre, flonl ongtemps la

m e, i tpliquée de nos joui s, ' le- hab'-

tànts de Wegghis du m i d'iierculanum ;

seulement au lieu d'être u-', ils faillirent

L'Strt ,,.,r la : Le i I " lu J°ur' les

h fa qui toute La ' mis sur Pled Par

des tu Lgnoralei , virent se former des

teur de la mon-

. i L'endroit ot couches di brèche du Rossberg,

,, par '•• ildau u ""t s'appuyer

; i . I Le ces' i rêvasses sortit un cou-

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