‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 136 sur 283 · PONCE PILATE · texte numérisé non relu

PONCE PILATE

Sir Robert était mort sur le coup. On avait transporté Alcide Jollivet a KUssnach : j'étais revenu à Lucerne pour prévenir Catherine, et. certain que des soins meilleurs et plus efficaces que les miens allaient entourer le blessé, je m'éloignai dans ma barque, que le vent poussait vers l'extrémité du lac opposée à celle où avait eu lieu le combat. Rien ne pouvait écarter de mon souvenir la scène terrible dont j'avais été témoin le matin : partout où mes yeux se fixaient, je voyais des cercles sanglants. Francesco et moi gardions le silence, quand tout à coup un des bateliers dit à l'autre :

— Ne t'avais-je pas dit qu'il lui arriverait malheur !...

— A qui cela? dis-je en tressaillant.

— A l'Anglais, donc.

— Qui pouvait vous donner cette pensée?

— Ah ! voyez-vous, ça ne manque jamais cela.

— Quoi?

— Quand on a vu Ponce Pilate, voyez-vous... Je le regardai.

— Oui, oui, l'Anglais a voulu monter le vendredi sur la montagne, malgré tout ce qu'on a pu lui dire ; car les Anglais ce sont des messieurs qui ne croient a rien.

— Après ?

— Et il a rencontré le maudit en habit de juge, car le vendredi est le jour qu'il s'est réservé.

— Vous êtes iou, mon ami.

— .Non, il n'est pas fou, dit sérieusement Francesco; c'est vrai, ce qu'il a dit. mais vous n'êtes pas forcé de le croire.

— Peut-être croirais-je si je comprenais ; mais je ne comprends pas.

— Savez-vous comment on appelle cette grande montagne rouge et, décharnée, qui a trois sommets, en souvenir des trois croix du Calvaire ?

— On l'appelle le Pilate.

— Et d'où lappelle-t-on comme cela?

— Du mot latin, pileatua, qui veut dire coift parce que. ayant toujours des nuages à sa cime, il a l'air d'avoir la tête couverte ; d'ailleurs, c'est bien prouvé par le proverbe

que Je vous al entendu . ,, Lorsque je

il demandé quel tenq.

Quand Pilate aura i

Le temps si i serein .eau

n'j êtes pas, dit le bat' 11 i

— Et don lui vient ce nom aloi

" a qu'il sert de tombe à celui qui i i le Christ.

\ Ponce Pilate ?

— Oui, oui

Ulons donc; le père Brottier dit qu'il est ei el Flavien, qu'il a été jeté dans le Tibre

— Tout « i la est vrai.

— Il y a donc trois Ponce Pilate. alors?

'mu. il n'y en a qu'un seul, toujours le même; seulement. U voyage.

— Diable : ce] i me semble assez curieux : et peut-on savoir cette histoire?

— Oh' p rdl l! ce pas un mystère, et le dernier paysan vou ; lai

— La savez-vous '

— On m'a ben avec mai ces histoires-là, voyez-vous, c'est bon pour nous. des imbéciles; mais vous autres, vous n'y ci

— La preuve que j'y crois, c'esl qu'il y aura cinq francs de trinkgeldt si vous me la racontez

— Vrai?

— Les voilà.

— Qu'est-ce que vous en faites donc d - histoires, que vous les payez ce prix-ki ?

— Que vous importe?

— Ah! au fait, ça ne me regarde pas. Pour lors, comme vous le savez, le bourreau de Notre-Seigneur ayant été appelé de Jérusalem à Rome par l'empereur Tili

— Non, je ne savais pas cela.

— Eh bien, je vous l'apprends. Donc, voyant qu'il allait être condamné à mort pour son crime, il se pendit aux barreaux de sa prison. De sorte que, lorsqu'on vint pour l'exécuter, on le trouva mort. Mécontent de voir sa besogne faite, le bourreau lui mit une pierre au cou et jeta le cadavre dans le Tibre. Mais à peine y fut-il. que le Tibre cessa de couler vers la mer, et que. refluant à sa source, il couvrit les campagnes et inonda Rome. En même temps, des tempêtes affreuses vinrent éclater sur la ville, la pluie et la grêle abattirent les maisons, la foudre tomba et tua un esclave qui portait la litière de l'empereur Auguste (1!. lequel eut une telle peur, qu'il fit vœu de bâtir un temple à Jupiter Tonnant. Si vous allez à Rome, vous le verrez, il y est encore. Mais, comme ce vœu n'arrêtait pas le carillon, on consulta l'oracle : l'oracle répondit que, tant qu'on n'aurait pas repêché le corps de Pom e Pilate, la désolation de l'abomination continuerait. II n'y avait rien à dire. On convoqua les bateliers, et on les mit en réquisition ; mais pas un ne se souciait de plonger pour aller chercher le farceur qui faisait un pareil sabbat au fond de 1 eau. Enfin on lut obligé d'offrir la vie a un condamné a mort, s'il réussissait dans l'entreprise. Le condamné accepta : on lui mit une corde autour du corps ; il plongea deux fois dans le Tibre, mais inutilement; a la troisième, voyant qu'il ne remontait pas, on tira la corde, alors il remonta a la surface de leau. tenant Pouce Pilate par la barbe I plongeur était mort; mais, dans son agonie, ses doigta i i pés n'avaient point lâché le maudit. On sépara les deux cadavres l'un de l'autre; on enterra magnifiquement le condamné, et l'on décida qu'on emporterait l'ex-proconsul de Judée a Naples, et qu'on le jetterait dans le Vi

Ce qui fut dit fut fait ; mais a peine le corps fui U

le cratère, que toute la montagne mugit, que la

trembla: les cendres jaillirent, des laves couler

fut renversée, Herculanum ensevelie et Pompéia d

Enlin comme on se douta que tous ces boule

venaient encore du fait de Ponce Pilate m p

grande récompense à celui qui le tirerait de s.

Tombe. Un citoyen dévoué se préseï ,,e la

nioningne était un peu plus calme, amis

et partit pour tenter l'entre,,..

ne le suivit afin de u'exposeï - "" *ul"

vit son départ, tout le , | ; ""t ne

se fit entendre le ciel >

«que; et, comme on ne le "»»■

,,„■ „„ :,ll. • i

reparler.

porta

E DUMAS ILLUSTRE

mi-même le loiient.

• Al

tll ,-. pulsqu il i

• mai : : '' ■ lll"r

i ms remonta le Vienne, en Dau- I ,- reau, l'embarcation cha- , A, , ■! montèrent ; le Rhône

s'ému' i ouvrit les ti

la gtt] , rignes des terres hautes.

s Je- hommes. Les

atti m ier ci changement des temples, firent des pèleri-

its devins de France et

: | .,-,, ; , , i ise de tous les malheurs Enfin la

al de ce temps, on entendit . te Juif errant allait passer par la ville, et, comme un nomme tort sa ndu que, ne po

: toute la *

de le consulter .1. .m ils Ignorali ni la i ause Or, il i si . mu le -luit errant ■ 1 lei

— Ah ' | adieu relier, vous me tire/ ta une rame led : certalnemenl rrue

.if errant e Vienne...

Ah : \ in m.m homme tout radieux.

iuoii a fait uni'

plaint son vra

dans laquelle 11 y a ce couplet

En passant par la ville en Dauphlaé,

u?ent lui p

— nui. dit le I a les voit dans le fond, le cha- .

.ne nuit et un jour B ■ trer

ratent

; c'est ton n aient

a lui demander la pluie et

la grl

d mon aru sant

r de le .inif ii ranl y . onsenl lt, eols le

m lui donner à dtnei r pli

inatre nu il

i 1 1 i ers le

. ii au i.oih d un Instant |i bi le But-

I ii 1 inhlant di . im Mais

deux i jamais ses ctnq -..us

ii ...i i! pour

rali le

nu 11

nu

au mlllrii d ir un lii ■

Ivante,

• i. la

or lli

tel comme s ils s y étaient donné rendez-vous ; cela au reste, que toutes les tempêtes éclataient sur sont et li te ti reste du pays.

De là vient le proverbe sue -iez:

Quand rilate a mis son chapeau, etc., etc.

— Oui! oui! c'est clair; d'ailleurs, ça ne le serait pas, que j'aime beaucoup mieux cette histoire-la que l'autre.

• ib | mais c'est qu'elle I ois

— .Mais je rue je la I I

— C'est que TOU Ir ...

— Non, je n'ai ]

— A la bonne heure qu'alors ce serait inutile de continuer.

i n Instant, un Instaul ; je vous dis que j'y crois, parole aeur ; allez, je vous b Ça dura cou i mille ans a peu près ; Ponce Pilate

toujours les cenl dix-neuf coups; mais, comme la montagne e ou quatre lieues de la ville, il n'y

avait pas grand inconvénient, et on le laissait taire. Seulement, toutes le I un paysan ou qu'une paysanne se hasardaient dans ta montagne sans être en état de grâce. autan! de il un: i'ilate leur mettait la main ilr.

ifln, un jour, c'était au commencement de la réforme, ne sais plus bien l'année, un frère i\. Espagnol de nation, qui venait di terre et qui cherchait des aventure 1er de : vint a .I.u.ei'iie dans l'intention de mettre ■ a la raison. H demanda al lui laisser l'entreprise et, connue la proposition était' agréable a tout le monde, ou l'accepta avec reconnais veille

du jour rixe- i i l'expédition, le frère n mania,

i lui. i.s. et, le premier vendredi du mois 1531, je me le rappelle maintenant, il se mit en route pour la montagne, accompagné jusqu h. ce petit

village, à us venons de passer, par

toute la ville; quelques-uns, plus har.l cent même

Nergtswll ; mais là le chevalier tut abandonné de tout le moi atlnua sa route, seul. m épée

pour toute arme

\ peine fui 11 da la mon ai ne, qu il trouva un torrent furieux qui lui barrail le chemin; il le sonda avec une branche d'arbre; mais il vu qu'il était trop profond pour être travi •■ chercha .le tout i été un pa

.i n en put trouver . enfin, se confiant a Dieu, il 01 sa prière, résolu de le franchir, quelque chose qui pût arriver, et, lorsqui il releva la tête et reporta les

yeux sur l'ol al l'avait arrêté in pont maghlfique

était jeté d'un bord à l'autre; le chevalier vil Lien que

i . i n. m- qui i avail

hardiment, a peine avait-*! fait quelques pas sur l'autre

n m pour - l'ouvrage

ivait dl i ■ m.

lu plus avant, ci comme il venait de s'engager

dans us el rapide, qui conduisait au pla-

• • trouve le Lac, il entendit un

sus di sa tête ; au même moment, la

.le grand sembla chanceler suj et il vit

lu qu -■ i Itani pareille a

b e, rempli la gorge et coulait !

comme un Oeuve de ne tt que le temps

de mettre un gem de dire: ■ Mon Dieu! Sel-

gneur I ayei pitit mais à peine avalt-U prononcé

devant lui, pasvain ,i i iras affreux • . le la

un.. île. alla s'engloutir dans les abîmes de ne.

Enfin comme il mettait le pied sur la plate-forme, un plu- terrible de tout, vini - o; ;

lui-même, i ruerre,

m pour arme .. la main un pin dégarni de ses n tait une massue ontre lui terrlb icz sur la

rolt ou les •ut un jour et toute une nuit Ils . oml inservé l'em-

i fut vainquent. Plia e une , .ipiiul . - i a rester

mditlon que le ail un vendredi, d lui eralt permis d'en

lie ce traité .■ sur un m croix, Pilate fut I

Quant au vainqueur, Il

el ne retrouva plus ni l'ava-

nl le tinrent qui étaient des œuvres du démon, et

• il de Looerne prit une décision, ce fut

EN SUISSE

(l'interdira l'ascension du Piiata \P .„,„,,. La montagne appartenai au m|udit eTïe i " J0Ur' prévu que ceux qui ie rencoi t -'.i . rose-croix avait l'année. Pendant trois cents "an" è Z mourraien' «ans aucun et ranger ne nouvaft , l " "e fut 0DSer-

misaion; ces vSES&fWo «*/*£ ^

pour tous les jours de la semai™ '

Bl chaque sematae les patres m h', ,epté le T0"'" '"" • luire personne pendant , TJ, «££ Jusqu'à la guerre des Franca à en • ■ TT* dm'a

; 'Monter, mais sir Robert n'en fit que r"re et Te ,Â

»n matin, malgré le conseil de tou "iî entreprit son

5,ïïTe son guide mt pré-- wf^iS

quil avait laissé à Mcklaus le pain le Tn et le

' et qu'alors il avait faim; il eut beau boire e,

rer comme si de rien n 'était. Mcklaus ne rertnfpÏÏ

moin convaincu que son abattement venait de la rayeuV

* de la faim; qu'il avait rencontré Pilate en robe d>

ES* necrutr ETT U éta" -ndamnéTmTuHfdan i année. Il crut de son devoir de prévenir sir Robert de la on cnt.que dans laquelle n se trouvait, afin qu'il mit Botet *»ÏÏ S?*S" tempnrelles * spirituelles; mai " N;^ausnavàltmr.S,rire ^ V°J"eZ WeD Cependant «"> ^nnH»^fVant Cet^e dernière Phrase, mon batelier donna le L'T Ûe Fame' 6t n°US "«arquâmes à Stanz n,,:!! mS au?sltl3t en route P°ur Stanz, où j'arrl-

l 'î-es une heure de marche '

i/roî^fVÎ1^ ^ 3e fis en entrant à ''auberge de la Couronne, fut d'écrire à Méry que je savais ce que les h urgeois de Vienne avaient à dire au Juif errant et au I mon retour à Paris je lui en ferais part

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