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LES PETITES ET LES GRANDES RELIQUES

1 I du Grand Mm

■ lue j'avais choisi pour ma résidence, fut pour la grande place que J'avais traversée au soleil levant, et que Je retrouvai â la seconde vue pleine de caractère. La statue de l'empereur Charles, dans le style du temps de Maxi- -iii v i . - 1 1 aigle de bronze aux plumes nor son palais massif du xiv« siècle, avec sa tour de Gra- :i tour du Marché, en font bien la ville du couronnement de i ux empereurs, spectres historiques qui no a nous autres rêveurs, traînant dans la nuit du i de bronze.

disions, l'Hôtel de Ville, fondé au xir siè- Chorus, i l'endroit

I I f ind empereur Aucune par-

tie de l'édifice ne date de cette époque, il est vrai, mais en Jetant ndemens de son Immense perron, l'ar-

chitecte Cou vrlt, â une profondeur de quinze pieds.

un vaste escalier circulaire, qu'a la massivité de sa conatructlon, u pul avec quelque certitude faire remonter au

ingea en conviction la probabilité traditionnelle, que 1 Hôte! de Ville gothique était situé sur l'emi ni même .... )e palais roman

Cet Hôtel de Ville, fort remarquable au reste i l'extérieur

Lllleurs, le temp et 1 du conseil mu-

nicipal ont chan. ..,, couronne-

ment d.-> ampen i ent soixan'-

ijourd'hul en deux par une do . tre refaite

■ nt reçu .mens suc-

cessifs, est cependant toujours li i narle-

magne On | i la mime i

"St encore ■ sur son piédestal de broute, en MUTenir d ,>ru a

rendu t Ut pelle, le modem. Charlemagne le toucl - d

«onépée. et 11 fui em I fia ave les .le gra-

nsoutenalent la rotonile du temple lace du loup

est. sur une colonne paraUèl* I la sienne, une . | pomme de pin en bronze, dont J'ignore complètemen'

gnincatioii. Je fis plusieurs questions à ce sujet aux habitants, mats on me répondit généralement que c'était lame du pauvre loup [1). Faute de meilleure explication, il fallut bien me contenter de celle-là

rai dan- le dôme: au milieu de l'octogone est le tombeau de Charlemagne i est-à-dlre une pierre colossale à Heur de terre avec cette simple inscription: ■ câROLO >u- Au-dessus est suspendu un énorme lustre d'argent ayant la forme d une couronne : c'est un don de Frédéric 1er à l'église, ou plutôt un hommage à la mémoire de Charle- j magne.

Malheureusement pour le poète ou pour l'historien qui vient s'incliner, ce tombeau n est plus qu'un sarcophage ; il avait même disparu complètement, et, extérieurement effacée par deux invasion- successives de Normands, on ignorait jusqu â la place où dormait le grand empereur, lors qu'en 997, Othon ni fit faire des fouilles, et finit par retrouver le caveau; il était tel que la chronique le dit. ave pavé d'or, sa tenture de drapeaux, et son vieil empereur assis. Soit piété, soit impiété, Othon porta la main sur Charlema n corps fut enfermé dans une chasse d ar-

gent J.e trône sur lequel il était assis fut tiré du tombeau, ainsi que la croix d'or, la couronne, le globe, le livre des évangiles et l'épée, qui servirent depuis au couronnement des empereurs, et qui, au milieu des révolutions sucété dispersés, si bien que de tout cela il ne reste que le trône, encore est-il dépouillé des feuilles

qui le n ivraient : la piewe du tombeau elle-même fut en

levée pour y substituer celle qui y est maintenant, et on retrouve la première scellée dans le mur, à la partie che de l'église.

Pendant que. la tête inclinée sur la pierre tumulalre du vieil empereur, je me rappelais quelques vers du beau mode Charles-Quint, deux hommes vinrent m'offrlr de me montrer, l'un, le trône, l'autre, les petites reliques; je demandai si je ne pouvais pas avoir affaire pour le tout au même, sachant les conséquences fâcheuses qu'ont d'ordinaire pour la bourse du voyageur cette mutation de r.iiii Mais il me fut répondu que le trône appartenait au sa. rlstaln, et les petites reliques au bedeau. Cette dr. d'emploi me parut si bien tranchée que, comprenant qjTU n y avait pas de réclamation à élever. Je dis au bedeau de m attendre, et je suivis le sacristain.

Il me lit monter par un escalier de pierre au premier étage appelé Hochmûnster. C'est la qu'est ce fameux trône dont il est tant question dans les chroniques, sur li était assis Charlemagne dans son tombeau, et sur lequel en mémoire de ce fait, les empereurs s'asseyaient le de leur couronnement. Il est enveloppé d'une chemiplam lies, qui s'enlève par le moyen d'une serrure; non point, hélas ! pour conserver les plaques d'or qui le vraient. car, dit le guide, les besoins de l'église ont le i hapltre de les vendre, mais pour le soustraire aux regards des curieux qui, s'ils pouvaient le voir gratis, enlèveraient, par cette faclll rlstaln les seuls gagelui donne probablement l'églis».

un fauteuil de marbre massif, de forme romane. comme ceux que l'on voit encore dans certaines basiliques n . îmj degrés, et qui doit être bien réellement de l'époque dont 11 porte la date. Mon sacristain, en voyant la vénération avec laquelle je le regardais, me raconta que l'empereur Napoléon n'avait point osé s'asseoir dessus, sans outa-t-ll parce qu'il était un usurpateur-, mai

ilce Joséphine, plus ambitieuse que lui.

s'était fait ouvrir les portes, était montée seule à l'Hoch-

munster, et profitant de ce qu'à < ette époque le trône n'était

rm s'j était Irréllgleusement assise; mais bien

entendu un cri, on était monté, et on avait

trouvé l'Impératrice évanouie.

En revenant à elle, elle avait raconté qu'à peine avait-elle

le trône, l'empereur Charlemagne lui était apparu

et lui avait prédit des choses si terribles que, moitié

frayeur du sion de l'avenir, elle

ut eu la force de les entendre, et avait app. I

rlstaln ne doutait point que dans cette con- ■ : le sp« tre 11 n'eut été ques le Lelpslck el de sainte-Hélène.

la malgré mol sous l'influence de ces traditions poéi i. i more du vieil empereur à tra

i poléon refusant de monter sur

plune. l'insoucieuse et curieuse nani furtivement s'y asseoit mon homme, se trom-

doute à l'ai c laquelle je regardais le

siège i avoir lait I inspection du HochmOns

de l'es, aher qui y conduisait, vint à mol et me dit a dam rue pour cinq le pouvais m asseoir sur le trône.

nnei | adai : minutes un plaisir d'empereur

nient était mal ir me faire une pareille of-

EXCURSIONS SLR LES BORDS DU RHIN

fre ; aussi lui répondis-je que je n'avais point la prétention d'être plus brave que Napoléon, et que je ne roulais pas m'exposer à la colère de Charlemagne comme avait tait Joséphine. Alors le bon sacristain, qui voyait par sa faute même sa pièce de cinq francs lui échapper, secoua la tète.

— Oh: monsieur, me dit-il, on raconte un tas de bêtises comme cela, mais au fond ça n'est peut-être pas vrai

Je lui donnai trois francs pour ces bêtise- a non,

ce qui parut le consoler un peu, et j'allai rejoindre mon bedeau.

Celui-là savait mieux son métier. Avant d'entrer dans la sacristie, il me dit :

— Monsieur sait que, pour les petites reliques, c est sept francs"

— Non, lui répondis-je. je ne le savais pas ; mais n'importe, si vos petites reliques en valent la peine.

— OU ! je crois bien, monsieur.

— Eh bien ! voyons, que me montrerez-vous pour sept francs.

— Je vous montrerai la ceinture de Notre Seigneur Jésus-Christ, en cuir.

— Sa vraie ceinture?

— Oh ! monsieur, je crois bien ! l'empereur Charlemagne l'a scellée lui-mèine aux deux bouts avec son sceau, à preuve que c'est bien la même.

— Ah ! ah !

— Je vous montrerai une partie des cordes dont Notre Seigneur Jésus-Christ fut lié.

— .411! ah!

— Je vous montrerai un fragment d'un des clous qui ont servi pour l'attacher sur la croix ; une partie de l'éponge imbibée de fiel et de vinaigre que ses bourreaux lui ont présentée, et une partie de la verge dont il a été frappé.

— Vous me montrerez tout cela?

— Ce n'est pas tout.

— Vraiment !

— Je vous montrerai la ceinture de la Vierge, la tète de saint Anastase, le bras sur lequel le grand prêtre Stméon porta l'enfant Jésus, le sang et les ossemens de saint Etienne, martyr, sur lesquels les rois romains prêtaient leurs sermens ; un anneau de la chaîne que portait saint Pierre dans sa prison, de l'huile de sainte Catherine, de...

— Tout cela pour sept francs.

— Oui, monsieur, c'est pour rien ; mais que voulez-vous, il y a si peu de religion dans notre époque qu'il faut bien baisser les prix ; 11 y a cent ans, vous n'eussiez pas vu tout cela jour un louis.

— Peste! alors j'ai bien fait de venir au monde en 1S03.

— Mais aussi, si monsieur veut donner davantage, ce n'est pas défendu.

— Je conçois ; mais avec votre permission, je m'en tiendrai au prix courant

— C'est que je n'ai pas dit à monsieur tout ce qu'il y avait.

— Vous ne m'avez pas tout dit ?

— Oh! non, monsieur; nous avons 'encore des cheveux de saint Jean-Baptiste ; de la manne ; des fragmens de la verge d'Aaron ; les trois reliques qui étaient pendues au cou de Charlemagne dans son tombeau.

— Et qui sont ?

— Un vase de cristal renfermant les cheveux de la Vierge, son portrait peint par saint Luc, et une parcelle de la vraie croix.

— La même qui avait été apportée par un ange, et qui, perdue par Pépin, fut reconquise par Roland sur le géant à l'émeraude?

— La même, monsieur, la même ! plus, le cor de chasse d'ivoire de Charlemagne ; plus, sa tête et son bras ; plus... enfin monsieur voit bien qu'il y en a pour sept francs.

Je poussai un profond soupir en voyant ainsi profaner les choses saintes, et j'entrai. Le bedeau me montra tout ce qu'il avait dit là, me détailla chaque chose avec sa voix d'huissier priseur, touchant irréllgieusement à toutes ces choses. dont il eût dû, au moins, respecter l'antiquité.

Le fait est qu'une partie de ces reliques; que la cupidité a conservées bien plus que la religion, fut envoyée à l'empereur Charlemagne en "99 par Jean, patriarche de Jérusalem ; qu'une autre partie lui fut donnée par Aaron, roi de Perse, qui lui fit en même temps don de Jérusalem et des saints lieux, héritage qu'il serait bien temps de réclamer, et que le reste lui fut envoyé de Constantlnople, ainsi qu'il l'avait constaté lui-même dans un diplôme scellé de son sceau.

Je baisai le fragment de la croix, car. s'il n'avait pas touche Jésus-Christ, il avait touché Charlemagne.

Puis je demandai à voir les grandes reliques, car Je savais qu'il existait encore d autres choses saintes, qui, exposées tous les sept ans. avaient, en l'année 1196. par exemple, attiré à Aix-la-Chapelle cent quarante-deux pèlerins, lesquels avaient versé en aumônes, dans le tronc de l'église. 80,000 florins d'or !

Malheureusement, on ne les expose que tous les sept ans. et, dans l'intervalle, on ne les montre qu'aux têtes couronnées ; comme je n'étais pas compris dans la catégorie, j'offris au bedeau de porter la somme de sept francs à quinze. s'il voulait me considérer comme un empereur, ou tout au moins comme un roi. Il me répondit que pour quinze francs il me considérait comme bien au-dessus de tout cela, mais qu'il n'avait pas la clef Je dois dire au reste que ce défaut de confiance paraissait le blesser profondément.

Les grandes reliques se composent :

1° De la robe que la Vierge portait lors de la naissance de Jésus-Christ. Elle est le coton filé et a cinq pieds et demi de long.

2° Des langes qui enveloppèrent le Sauveur dans la crèche.

3° Du drap sur lequel saint Jean-Baptiste a été décapité.

4° De la toile qui ceignit les reins de Notre-Seigneur sur la croix.

Toutes les reliques sont empaquetées chacune dans une pièce de soie, qui lors de chaque exposition est découpée, et dont les morceaux sont distribués aux personnes présentes.

Le bedeau, au reste, ne me parut pas faire beaucoup d'estime des grandes reliques, et si j'avais voulu lui donner seulement dix francs au lieu de sept, je crois bien qu'il m'eût avoué qu'il n'y croyait pas.

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