‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 199 sur 283 · LE GÊNÊ1AL GARNISON · texte numérisé non relu

LE GÊNÊ1AL GARNISON

Il 1816, deux mois et demi après Waterloo. Le général Uapp, qui commandait en chef 1 ar- • forcé de se retirer dans Strasbourg ns d'infanterie décimées par les combats qu'il avait I - retraite, et les débris de deux

ou trois ivalerie qu il voulait conserver à la

1 j avaient poursuivi, et soixante-dix mille hommi ! i petite armée du général, et mena-

ce désastreux.

Le 3 juillet le prince de Wurtemberg avait déjà envoyé au géi nientaire pour lui demander, au

venait de rentrer à Paris, la remise mais alors le général , nu. et comme le parlementaire ire il l'avait fait reconduire aux avant-

ilent renouvelées le * et le 5. mais impatienté de cette insistance, s'était : mm.es el poussant une us autrichiennes, il avait enlevé grand'gardes de cavalerie, et une cette preuve de son peu de I ennemi plus du tout moyen de s'y méprendre, ns une attaque de nuit du côté i prit et emporta à la i,s. culbuta leur cavau saut du lit un grand nombre d'offli . Mens et (..rça malhonnêtement plusieurs s'échapper en rheml-e cm essaya bien d'inquiéter mai- les assaillants furent de' ,ve<- perte et empiétement desorg.r - Les imp. après avoir acquis la le nielle- devant elles des forces infiniment

nombre.

i;.\<XKSIONS SUR LES BORDS DU RHIN

Une convention militaire suivit, qui mit un terme aux hostilités dans toute l'étendue du commandement du général Rapp. En vertu de cette convention, le général autrichien Wolkmann s'établit dans la place.

Mais en renonçant à prendre Strasbourg, les alliés résolurent du moins de la surprendre. Ils avalent échoué avec le fer, ils voulurent essayer de l'or. Une révolte habilement ménagée pouvait donner ce qu'avait refusé une guerre loyale, et les agitateurs seraient peut-être plus heureux que les soldats.

La moitié de leur besogne était d'ailleurs faite. Dans ce grand désarroi de l'empire, un doute inquiet et farcm lie travaillait tous les esprits, il était avéré que L'emperi u était invincible, et l'empereur avait été vaincu. Il fallait donc qu'il eût été trahi, trahi par des généraux, par des officiers, par des soldats. Pourquoi les troupes avalent-elles cessé de tenir la campagne? Les ennemis étaient vingt fois plus nombreux qu'elles ! Belle raison ! Assurément les chefs s'entendaient avec les alliés.

Voila ce qu'on se disait tout bas aux bivouacs et dans les chambrées, et ce qu'on se dit bien bas s'entend bien loin.

Pendant que chacun se méfiait ainsi de tout le monde, le comte Rapp reçoit du gouvernement royal l'ordre de licencier ses troupes, et de renvoyer chaque homme Isolément et sans armes Mais de la solde U n'en est nullement, question. On lui enjoint en outre de livrer a des commissaires russes dix mille fusils de l'arsenal de Strasbourg. Qu'on juge de l'agitation et encore plus de la tristesse des soldats. Tous ces courriers échangés avec les alliés, ces armes nuitamment transportées dans le camp ennemi ! Le général en chef était donc vraiment vendu aux Autrichiens ! Il avait donc, comme on le disait, reçu d'eux des millions pour leur livrer les Français

Rapp cependant faisait des efforts Inouïs pour obtenir du gouvernement la solde des troupes avant de les licencier, et n'arrachait que 560.000 francs, acompte dérisoire qu'il n'osait pas leur offrir

Alors commença le soulèvement le plus calme, la révolte la plus juste, le désordre le plus régulier, l'Insubordination la plus respectueuse du monde.

Le 2 septembre, dans la matinée, le général en chef, alors malade, était dans le bain. On vient lui dire que cinq offlclers subalternes de divers régimens demandaient à lui parler au nom de leurs camarades. Il donne ordre qu'on introduise.

— Mon général, dit un des délégués, nous venons pour avoir l'honneur de vous soumettre une délibération de l'armée, concernant l'ordre de licenciement.

Et 11 lit :

« Au nom de l'armée du Rhin, les officiers, sous-officiers et soldats n'obéiront aux ordres donnés pour le licenciement qu'aux conditions suivantes :

« Art. 1«. Les officiers, sous-officiers et soldats ne quitteront l'armée qu'après avoir été soldés de tout ce qui leur est dû.

■ Art 2. Ils partiront tous le même jour, emportant armes, bagages, et cinquante cartouches chacun.

« Art. 3.. »

Le général Rapp ne laissa pas achever. Il n'était guère plus commode à ses soldats qu'aux ennemis. Furieux, il s'élance du bain, arrache le papier des mains du malencontreux orateur : Des conditions à mol! Ah! vous m'imposez des conditions '....

Et les envoyés ne le laissent pas achever non plus, et font volte-face au plus vite pour aller rendre compte aux troupes de l'accueil peu gracieux du général en chef.

Les sous-officiers, au nombre de cinq cents, les attendaient gravement sur la place d'Armes. Le rapport des députés est écouté avec calme. Puis, on voit ces cinq cents hommes se rapprocher, se réunir en groupes, et chuchoter entre eux quelque chose à voix basse. Au bout de dix minutes, le silence le plus profond se rétablit

— Sergent Dalouzi, dit une voix.

Dalouzi, sergent au T> régiment d'infanterie légère, s'avance. C'est un homme de trente-cinq ans, a la mine honnête, sérieuse et froide, au geste sobre et solennel parole brève et imperturbable. Sa bouche ne sourit pas souvent, son regard ne s'étonne jamais.

— Sergent Dalouzi, à l'unanimité des suffrages, vous êtes élu général en chef. Acceptez-vous 7

Dalouzi répond : J'accepte l'honneur et le péril. Vous allez me promettre trois choses : Vous vous abstiendrez de tout désordre, vous respecterez les propriétés, vous protégerez les personnes. Je vous jure sur ma tête, mol, que vous serez payés avant vingt-quatre heures.

Mille acclamations de joie s'élèvent. Dalouzi ne sourcille

pas II impose silence aux siens d'un geste remarquable de dignité, et sans emban a end :

■ Major Garnler?

Le '.ambour-maltre du 58* sort d'un groupe.

— Majoi G ■ i nier, je vous nomme chef de mon état-major.

— Sergent Dupuis?

t emplirez le-, font Ion de gouverneur de la place. i i Simon -

— v i :ommanderez la première division d'Infanterie.

— Caporal Adonis?

— Vous prendrez le commandement de la cavalerie...

E i i iq minutes, les régimens ont des colon . . les bataillons '■' i Irons des chefs, les compagnies des capi- Volla un état-major complet en galons et en épaulettes de laine.

Alors on bat la générale. Infanterie, cavalerie, an dirigent en bon ordre et au pas de course sur la place <1 Armes. Dalouzi fait reconnaître les nouveaux chefs, et ne aux différera i irps les points de la ville qu'Us doivent occuper

Bref, le général Rapp, si vite qu il se fût habillé, ne sortit de son logement à I -on état-major que lorsque

I état-major Sosie fut en plein exercice de ses fonctions usurpées Et OU ne laissa même pas à Rapp le temps de quitter la place du Palais; car, de toutes les rues qui aboutissaient à cette place, les colonnes débouchaient en courant, se rangeaient précipitamment en bataille, et croisaient la baïonnette dès que le général essayait de passer. Huit pièces de canon chargées à mitraille barrèrent formidablement une des Issues.

Dire la stupéfaction et la fureur du comte Rapp quand

II se vit ainsi cerné et emprisonné par ses propres troupes, ce serait assurément difficile. Il courait d'un bataillon à l'autre, mais sa colère se brisait contre l'attitude morne et résolue des soldats. Il voulait parler, mais sa voix était couverte par les huées du peuple, et surtout par les vociférations des agitateurs. Il s'élança vers un obusier près duquel se tenait debout le canonnier, mèche allumée.

— Misérable, veux-tu me tuer ? Mets le feu : me voici à l'embouchure.

L'artilleur jette son boute-feu.

— Ah! général, dit-il simplement, J'étais au siège de Dantzig avec vous.

Néanmoins, derrière les rangs des soldats immobiles et muets, les cris et les provocations continuaient.

— Tirez... il a vendu l'armée I... Tirez donc!... Quelques jeunes soldats égarés couchaient en joue le général. Le chef d'état-major Garnler accourt à lui bride abattue.

— Mon général, pour Dieu ! retirez-vous ; n'exposez pas Inutilement votre vie. Que pourrlez-vous faire? Nous sommes absolument décidés à nous faire payer.. Ainsi, rentrez au palais, et le général Garnison répond de tout.

— Qu'est-ce que le général Garnison, s'il vous plaît?

— Mon général, c'est notre nouveau général en chef.

Tel était, en effet, le nom collectif que venait d'adopter spirituellement Dalouzi, pour mettre quelque peu sa responsabilité à couvert. Ulysse avait dit à Polyphème : Je m'appelle Personne. Dalouzi dépassait Ulysse d2 toute la hauteur de l'homme civilisé sur l'homme primitif. Dalouzi avait l'honneur d'appartenir au siècle qui devait être le siècle du gouvernement représentatif et de la presse. Soyez sur que Dalouzi eût fièrement répondu au Cyclope : Je m'appelle Tout-le-Monde. — Personne, Tout-le-Monrlr, il y a cinq mille ans entre ces deux mots-là. Personne. Tout-le-Monde, n'est-ce pas au fond la même chose?

Rapp savait que son armée n'était pas tendre à l'ennemi. et il lui répugnait d'être l'ennemi pour elle. Il se retira dans le palais. Aussitôt mille hommes d'infanterie, huit escadrons et huit pièces d'artillerie l'y suivirent et en prirent la garde extérieure. Un bataillon de grenadiers vint s'établir dans la cour, et s intitula garde intérieure. Soixante factionnaires furent placés deux à deux sur tous les paliers. à toutes les portes, et jusqu'à la porte de la chambre à coucher du comte.

Rapp était d'ailleurs merveilleusement suppléé : le général Garnison multipliait les ordres comme s'il n'eût fait que cela toute sa vie. Il commandait comme un dictateur ; on lui obéissait comme à un ami.

— On va s'emparer du Télégraphe et de la Monnaie, lever les ponts, et nul ne pourra communiquer avec le dehors sans une permission signée du gouverneur de la place. — Afficher la défense, sous peine de mort, d'entrer dans les cabarets et tavernes. Même peine contre les fauteurs du désordre, du pillage et Se l'insubordination. — Des bivouacs permane'ns seront organisés sous deux heures dans le, rues principales et sur les places. Voilà pour les ennemis du dedans Quant aux ennemis du dehors, que la ligne extérieure et les postes de la citadelle soient doublés. De plus, des gardes aux poternes du Marché-Vieux et du boulevard Saint-Louis: je ne sais pas comment le général Rapp pou-

ADHE DUMAS ILLUSTRÉ

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ça i s ,, gredin : — Est-ce qu n (allait

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élran i ■ ■ i si quelque chef se révolte, on lui repn lent que la discipline ni avant tout, el «lu'll • i l'exemple en s'y soumettant rigueur qu'a la dernière extrémité.

A midi, toutes Ie9 mesures de police étant bien prises. et li re et extérieure | lent assurée, le km i e n Qarni i nlstr i in les fourriers en commission us les sergens n comil manda l l aux revues «•t ir • premier tu un état approximatif

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— Eh bien ! qu'est-ce que vous faites, général ? Etes-vous fou que vous oubliiez votre grade? Commandez six hommes et un caporal, et qu'on fusille tout de suite cet honnête

lieux heures après, des individus en uniforme et revêtus des insignes de caporal et de sergent, se présentent successivement au palais, et, trompant les gardes extérieure et intérieure, veulent oser de violence pour s'introduire dans mbre à coucher du gênerai Mais ils sont repoussés, faits prisonniers, et conduits en lieu de sûreté. Les soldats avaient mis en état de siège leur général, Mie leur général les gênait ; mais ils se seraient tous fait tuer pour défendre sa vie, parce qu'ils le respectaient et l'aimaient

Au milieu du jour, on vint dire au général Garnison que dans la matinée la ligne ennemie avait resserré ses cantonnemens et reçu des renforts. La situation devenait grave et la responsabilité immense Dalouzi garda un calme mai\ il fil encore renforcer la division du dehors, doubla ses les, ei attendit. L'ennemi lit le mort.

niant l'emprunt avait été réalisé. Les officiers payeurs

niue de leur régiment, furent conduits,

- [liez le payeur général, et là touchèrent les

sommes né< > pour aligner la solde de leur corps-,

il leur fut presi ril de n'effectuer les paiemens indi-

\ iduels que lorsque tous les régimens auraient touché leur dû.

' i- du général Garnison touchaient

à leur fin; mais il ne permit pas qu'on se rel Ai

ipllne, et à trois heures U voulut parcourir lui-même la ville, a la tête de son état-major improvise Ire cet état-major-là, il faudrait le crayon de t dent a cheval, mais Dieu sait cojnjnMt;

Mazepi lil à cheval! Les uns élargi— ..nut les jam-

bes en cerceau, et ne se maintenaient ainsi que par la force du poignet; les aulres n'étaient pas assis, mai Les pantalons de plusieurs découvraient le genou, et n'étaient plus que des culottes courtes Tous les visages étaient pilles moisis, selon les tempéramens. Dalouzi. droit, rolda, lèvre, conservait sa prestance imposante et sa gravité sénatoriale.

Il avait lieu d'être content: partout il trouvait la tranquillité l.i plus parfaite, l'ordre d'une ruche, le silence d'un cloître. Sur son passage, les tambours battaient aux cbamps ; on lui rendait tous les honneurs dus a un rai en chef Le brave sergent était, quelque peu ébloui Vrt, il faut le dire son Iront restait calme niais suûs ce bourdonnaient de tumultue pensées u avait fait

enfin ce que le général Rapp n'avait pu faire: 11 s

immeni de la sédition pour régler la

il avait vaincu la tempête par la tempête La volonté de

toute u il l av.iM Ses camarades rece-

le faible dédommagement de leur sang

répandu el de leurs blessures; il- auraient de quoi l.nre

leur- foyers, ("était lui, Dalouzi,

qui avait fait tout cela, et en contenant par si (ermatf

profiter de ses fautes. Certes, un ma-

ii «ut pas montré plus d. ni de

d'énergii i niable capai Ité dans

mple sergen rernemenl l'apprendrait, et qui

t ne musique guei rièi I ces doux ri i

imbl ii - ta! ni - ivall

, Rapp qui avait usurpe sa el s'il ne renti pa en : : omphe dans digull i

le lendemain, ces derniers vestiges de l'huin disparu l'Ame '" l""1

ur-là, a neuf heures la répartition des t

ronérale se ht entendre, l'armée se rassembla, , le siège '' l'Anne Dalouzi • île son état-m ijoi

i n batailli la le silence par

imme dirai Saint Simon, et lut la ante :

- •:■ , du Rhin.

i '. d d être faite par vos seul , ,ur ' Ice et pour le parfait

■ m i ■■ i nvers les vol 1 1 bonne conduit-.

■nation et • discipline, qu'ils es-

nu l'attitude que vous avez gardée i "tir en est le sur garant II- espèrent que vous démentira pas Solda les ■ ■ P lyeuw ont

do i i laon ron-

-, preiin | 01 ins,pi a ce

énéral en chef ait d i ordres en conséqui

i maréi taux des

EXCURSIONS SUR LES BORDS DU RHIN

logis se rendront chez leurs officiers-payeurs, et prendront, avant de solder la troupe, les ordres de messieurs les colonels, afin d'exercer la retenue de qui de droit. L'infanterie doit être licenciée : elle prendra des ordres supérieurs ; et la cavalerie, n'ayant encore aucun ordre, attendra son sort, afin de rendre au moins, avant de partir, chevaux, armes, et tout ce qui appartient au gouvernement. Et l'on pourra dire: Ils sonl Français; ils ont servi avec honneur; ils se sont fait payer ce qui leur était dû, et se sont soumis aux ordres du roi avec ce beau titre d'armée du Rhin. »

— Et maintenant, ajouta le général Garnison, faites prévenir le général Rapp qu'il peut venir passer son armée en revue.

Et le sergent Dalouzi alla se placer en serre-file derrière Ba compagnie.

Deux jours après, on déposa les armes à l'Arsenal, et tous les corps furent licenciés Dalouzi, chef de révolte,

avait encouru la peine capitale : le ministre lui donna l'épaulette de sous-lieutenant.

Mais, comme la paix menaçait de se prolonger indéfiniment, dès qu'il eut le temps voulu pour la retraite, le bon sergent demanda son congé et rentra dans la vie privée, ne conservant de ses honneurs passés que le titre honoraire de général.

C'est encore ainsi, comme on l'a vu, qu'on l'appelle généralement dans la ville libre de Strasbourg.

Sur ce, parfaitement satisfait de la narration de notre hôte, nous prîmes congé de lui, allâmes nous coucher, et dormîmes comme de véritables Alsaciens.

Le lendemain, à neuf heures du matin, j'étais devant la cathédrale de Srasbourg.

C'était encore ce que j'avais vu de plus beau dans tout mon voyage. Ce qui fait que je n'essayerai pas de la décrire, mais que j'y renverrai tout bonnement mes lecteurs, comme à la huitième merveille du monde.

TABLE DES MATIERES

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