ARIS
IMPRESSIONS DE VOYAGE
De Paris à Cadix
ILLUSTRATIONS
WORMS, FOULQUIER, GERLIER, GIRAUD, etc.
PARIS
A. LE VASSEUR ET CV, ÉDITEURS 33, rue de Fleurus, 33
DE PARIS A CADIX
Bayonne, 5 octobre au soir.
Madame,
Au moment de mon départ, tous m'avez fait promettre de vous écrire, non pas une lettre, mais trois ou quatre volumes de lettres. Vous aviez raison. Vous me connaissiez ardent aux grandes choses, oublieux des petites, aimant à donner, mais n'aimant pas à donner pour peu.
J'ai donc promis ; et, vous le voyez, en arrivant à Bayonne, jo commence à m'acquitter de ma promesse.
Je ne fats point le modeste, madame, et ne me dissimule pas que les lettres que je vous adresse seront imprimées. J'avoue même, avec l'impertinente naïveté qui, selon le caractère de ceux qui me coudoient, me fait des uns de si bons amis et des autres de si chauds ennemis; j'avoue même, dis-je, que je les écris dans cette conviction ; mais Soyez tranquille, cette conviction ne changera rien à la forme de mes épîtres. Le public, depuis quinze ans que je me suis mis en relation pour la première fois avec lui, a bien voulu m'accompagner dans les difTérens sentiers que j'ai parcourus et quelquefois tracés, au milieu de ce vaste labyrinthe de la littérature, désert toujours aride pour les uns, forêt toujours vierge pour les autres. Cette fois encore, je l'espère, il m'accompagnera donc aveu sa bienveillance ordinaire dans le chemin familier et capricieux où
je lui fais signe de me suivre, et où je vais m'ébattre pour la première fois.
D'ailleurs, le public n'y perdra rien : un voyage comme celui que j'entreprends, sans aucun itinéraire tracé, sans aucun plan suivi, un voyage soumis, en Espagne, aux exigences des routes, en Algérie, au caprice des vents ; un pareil voyage se trouvera merveilleusement à l'aise dans la liberté épislolaire, liberté presque sans limite, qui permet de descendre aux détails les plus vulgaires et d'atteindre les sujets les plus êlei
Enfin, n'y eût-il que cet attrait de jeter ma pensée dans un nouveau moule, de faire passer mon style far un nouveau creuset, de faire étinceler quelque nouvelle facette de < ette pierre que je tire de la mine de mon esprit, diamant ou strass, et auquel le temps, cet incorruptible lapidaire, fixera un jour sa valeur: n'y eût-il que cet attrait, dis-je, je céderais à cet attrait ; l'imagination, vous le savez, madame, est chez moi la tille de la fantaisie, si toutefois elle n'est pas la fantaisie elle-même. Je me laisse donc aller au vent qui me pousse à cette heure, et je tous écris...
Et je vous écris à vous! madame, parce que vous êtes à la fois un esprit grave et enjoué, sérieux et enfantin, cor- • rect et capricieux, fort et chaimant; parce que votre position dans le monde vous permet, non pas de tout lire, mais de tout entendre : parce que, mœurs, littérature, politique, arts, et je dirai presque sciences, tout vous est familier ; parce qu'enfin, voulez-vous que jo vous le dise, ou plutôt que je vous le répète, car je crois vous l'avoir dit bien vent, parce qu'enfin l'élément le plus nécessaire a i verve que l'on veut bien me reconnaître parfois est la
..... , ... ... de ue l'on
reu-, i. . . : di ■ mce, et
i parement ment causer [li
.. .urs remarqué (jue . '» que
meur indiscret
; ibllclté
injure
m malheur ; car, lui adresse, ell ■
rlus une robe est i moindre Cclaboussure qui
rai, madame, il y a, aiuu ■/ ■ femmes bé-
femire et Flan
pour cela je pouvez
i front . onune Luire une
Mtta une flamme ranquuie. mon ■•rgueil ne s'y brûlera
ne le ferez ne lettre:
Al-Je vous dire?
nt uue ma pe e est
ins quelles mten-
':ile. lurliau blenvell-
a, ne nz nm font
D inr un fruit lui
nue, que I
deux
Il Ml
luler
r .lu mints-
•lu
ment moi qui mets au monde l'idée qui éclôt dans ma tête ;
i [ne ' ise, cette fille ambitieuse de ma pensée.
au lieu d'en sortir comme Minerve, s'y établit, s'y loge.
une. s'empare de mon esprit, de mon cœur, de
me. de toute ma personne enfin, et d'esclave docile
nu'eli. Etre, devenant maîtresse absolue, elle me
fait faire quelques-unes de ces belles .sottises que les sages
:.■ les fous applaudissent, et que les femmes ré-'
Je iris donc cette résolution de laisser là B
ner, momentanément du moins, mou théâtre. Ce n'est pas sans intention, vous le pensez bien, ma d que je fais piécéder le substantif llicdtre du pronom pos- ' En i lue, j'aurais dû dire notre théâtre, je le
que voulez-vous, je suis comme ces lmbéde pères qui ne peuvent se déshabituer de dire mon 'ique l'enfant ait été allaité par une nourrice et par un professeur, propos, laissez-moi faire une légère digression à l'endroit île ce pauvre théâtre, sur lequel on a déjà dit tant de sottises, lesquelles ne nuiront pas. je l'espère, a celles que l'on compte en dire encore
rais vous raconter, c'est ce que personne n'a Jae le set ret de sa naissance, le mysn incarnation. Tout enfantement est curieux /moi donc quelques Instans: nous re\ mie ensuite, et. je. vous le promets, ce a moins que la malle-poste ne se brise, nous partirons Madrid.
r.ii.pelez-vous. madame, la première représentation ' luguetatres, non pas des Moutquetatrei de qui n'a jamais eu de mousquetal des mousqnetai-
■ rotJ i était il l'Ambigu que la chose
le duc de Montpensier y assistait.
Tout au contraire de mi ■-■ les auteurs d]
tiques, qui. à l'heure suprême, se font juger par conf. les portans des coulisses ou fond, se hasardant seulement sur quelque il les solli.
coup d uiète; moi. tout au conti
j'affronte de la salle applaudissemens o
une Indifférence, ma d calme si
■ |U il lu . -
"" Pli i lui, sans qu'il se doutai qu'il
teur même de la pièce qu'il
: le Son / de pai II r, • a un auteur, on en conviendra ige royal, encore soumis aux impres s différente faisaient éolore un sourli • un nuage sur s
idame, en vous préoccupant islon des autres objets en rai
I ce effet la vue du royal jeune homme réveillait il un monde de souvenirs
■■ -i ■ ' i un
ueux i les amours. Comment avait-Il presque de iprême Influence T Je
■ qui
-u. J'en suis • Tt lin.
- qi i font
i il .,i.
nom 11 y a. ., i-heti ., „„
lie qui pi
cœur lom- ' ■ iivla ■ ■ une pensait, d'une
DE PARIS A CADIX
seule lois, fait don de cinquante mille éeus. El, Dieu me pardonne : ils ont écrit cala guelque naart, je ne sal Ce que j'ai reçu de lui rendant toute < via, courte ! madame, je vais vous le dire : j'en ai reçu un bronze, le soir le la représentation de i ottgulo, et le lendemain de ses noces un paquet de plun.
il esl vrai que ce bronze était on 01 pye, et
qu'avec ce paquet de plumes j'ai écrit MM Belle-
nu.
Hamlet avait bien raison A< dire.:
— .i/<77i delights not me! L'homme ne me plaît pas, si ois méritent le nom d ai mme ceux gui écrivent de pareilles infamies.
voilà quels souvenirs s agitaient en moi et. fixaient mes sur le prince. Cet autre prince, c'était son frère
Tovi, le duc de Montpeni
reculer et pâlir, .le cherchai la ca sensation pénible
■ ■T : mes veux se reportèrent •' loge au et je n'eus besoin que d'un regard pour
comprendre.
L'artiste qui jouait le rôle d'Athos, au lien de La de sang qui devait, au moment où tombe la tête de Chartravers les planches de l'ëchafaud, et venir : son front, s'était fait une tache sanglante qui lui couvrait la moitié du visage.
C'était â cet aspect que le prince avait fait ce mouvement de répulsion.
Il me serait impossible de vous dire, madame, quelle impression pénible je ressentis â la vin? de ce mouvement qu'il i pu réprimer. Toute la salle éclatant en sifflets m'eût moins préoccupée.
Je m'élançai hors de ma loge: je courus à la sienne. Je demandai le docteur Pasquier, qui était près de lui. Il sortit Pasquier, lui dis-je, annoncez de ma part au prince que demain le tableau de l'échafaud aura disparu «
Que vous dirai-je. madame, ou plutôt que dirni-je à ces gens dont je vous parlais tout à l'heure? Il y a entre les organisations d'élite une entente sympathique qui leur fait er la chaîne tout entière d'une pensée, pourvu que l'extrémité du dernier chaînon les effleure. Le prince, qui ne m'avait jamais vu aux Tuileries où je ne suis jamais entré qu'une seule fois, le 29 juillet 1830! le prince se. souvint de quelle façon désintéressée j'aimais «on frère: il comprit le sentiment qui m'avait fait, sur sa tombe fatale et prématurée, briser ces relations que j'eusse pu rattacher peutêtre à quelques-uns de ceux qui lui survivaient : il avait entendu le cri de douleur et d'adieu que je lui avais jeté mtp la France; puis il m'avait vu m éloigner, renoncer à toute influence, rentrer, prêt à de nouvelles luttes, ce royaume de l'art, où mon ambition est d'être prince aussi, moi.
Il désira me connaître. Le docteur Pasquier lut notre intermédiaire. Huit jours après je me trouvais à Vincennes. causant avec monsieur le duc de Mbntpensler, et oubliant pour la première fois, pendant quelques minutes, que le duc d'Orléans, ce prince si éminemment artiste était mort
Le résultat de cette conversation fut un privilège de théâtre promis par monsieur le comte Tmchatel à la personne que je choisirais.
T'avais pendant notre répétition des Moi •'. fait
connaissance avec monsieur Hostein. J'avais pu aprrécier ses facultés administratives, ses études littéraires, et sur tout son ambition de transporter au milieu des classes populaires une littérature qui pût 'es instruire et les moraliser.
Je proposai â monsieur Hostein d'être le directeur du nouveau théâtre qu'on allait élever. Il accepta.
Vous savez le reste, madame; vous avez vu tomber l'hôte! Foulon, et vous verrez bientôt, sous l'habile ciseau de Klagmann. sortir de ses rnine;, 1*61 ide qui résumera
en pierre mon immuable pensée. L'édifice est ajpuyé sur l'art antique, la tragédie t la comédie, c'est-à-dire sur le et \ristophane. Cps deux "renies primitifs soutiennent Shakespeare, Corneille. Molière, Racinp Calderon, Goethe 't Schiller, Ophélie et Hamlet. Faust -t Marguerite, représentent, au milieu de la façade n comme
lès deux cariatides du bas représentent l'art antique Ht le trente de l'esprit humiin montre du doigt le l'homme, dont le visage sublime, au dire d'Ovide, a é(é fait pour regarder le ciel.
Cette Mende explique tous nos prolets littéraires, ma^ dame: notre théâtre, que certaines convenances ont fait nommer Thêdlre-RUtortqut, serait nommé plus justement Vkédtrc-Eurapêen .- car. non seulement la France y régnera en souveraine, mais toute l'Europe sera, comme les
laux qui venaient rendre hommap du Louvre, forcée d'y entrer en tributaire \ défaui de ces grands maîtres que l'on nomme Corneille Racine et
[ans 1
rue de Richelieu, nous aurons ces puissans génies que l'on
ne, Caldei le, Schiller! Et Ilam-
let, nlluilu. liuhard lil, le Médecin de son Honneur, Fausl.
Goetz de BerUahiuggn, Don Carlos, et les i' nous
artés des œuvres contemporaines, à nous conso-
i absence forcée du Cid, d' Indromague et du Jfi
Voila notre prospectus de granit, madame; si quelqu'un y ment, ce ne sera pas moi.
posé en passant, madame, je reviens, non pas comme je vous l'ai dit, à Rayonne, mais à Saint-Germain. En quittant la vieille ville hospitalière pour aller chez mon ministre, je ne savais pas la veille que je dusse jamais partir. En y revenant, j'avais déjà fixé mon départ au lendemain. Il n'y avait pas de temps a perdre. Vingt-quatre heures, dans toutes les positions, et surtout dans celle où je me tro en ce moment, sont une courte introduction à un voyage de trois ou quatre mol
D'ailleurs, je comptais bien partir en bonne compagnie Le voyage seul, à pied, avec le bâton à la main,' convient à l'étudiant insoucieux ou au poète rêveur. J'ai malheureusement passé cet âge où l'hôte des universités mêle sur les grandes routes son chant joyeux aux grossiers jurons des rouliers ; et si je suis poète, je suis poète actif, homme de combat et de lutte d'abord, rêveur après la victoire ou la défaite, voilà tout.
11 y avait, au reste, à peu près six mois que cette idée d'un voyage en Espagne avail déjà comme un rêve illuminé une de nos soirées. Nous trouvant réunis. Giraud, Boulani . Maquet, mon fils et moi, sur cet espace compris au bout de mon jardin, entre mon cabinet de travail d'été et la maison d hiver de mes singes, nous avions laissé d'abord notre regard se perdre sur cet immense horizon qui embrasse depuis Luciennes jusqu'à Montmorency, six lien plus charmant pays qui soit au monde; et, comme il
e de l'homme de désirer juste le contraire qu'il a, nous nous étions mis, au lieu de cette fraîche vallée de ce neuve coulant â pleins bords, de ces coteaux boi ses .o libres aux feuilles vertes et ombreuses, nous nous ésirer l'Espagne avec ses sierras rocheuses, avec ses rivières sans eau et avec ses plaines sablonneuses et ,i rides. Alors, dans un moment d'enthousiasme, nous avions, en nous emboîtant, comme les Horaces de monsieur David, fait le serment d'aller en Espagne tous les six ensemble.
Puis, naturellement, les événemens s'étalent écoulés, tous contraires à ceux que nous attendions, et j'avais complètement oublié le serment et presque l'Espagne, quand un beau matin, trois mois après cette soirée, Giraud et Desbarolles étaient venus, en costumes de voyageurs, frapper à ma porte pour me demander si j'étais prêt Ils m'avaient trouvé roulant ce rocher de Sysiphe qui. tous les jours repoussé par moi, retombe tous les jours sur moi. J'avais un il levé les yeux de mon papier, j'avais un instant ma plume sur mon bureau, je leur avais donné quelques adresses, je leur avais offert quelques recommanas, |e les avais embrassés en soupirant, enviant cette liberté de mes premiers jours qu'ils ont conservée, eux que j'ai perdue, moi. Enfin, je les avais reconduits jusqu'à la porte, je les avais suivis des yeux jusqu'au détour de la rue, et jetais remonté pensif, insensible aux caresses de mon chien, sourd aux cris de mon perroquet; j'avais rapproché mon fauteuil de la table éternelle à laquelle je enchaîné; j'avais repris ma plume, rivé de nouveau mon regard sur mon papier: puis la tête avait reprii
ie, la main son agile travail, et. Joseph Balsamo, commencé depuis huit jours, s'était impitoyablement remis a son œuvre de régénération : sans compter que le ti a grand (Honnement du peuple pai qui avait reçu je ne sais d'où des billets de faire mort presque en même temps que ceux que j'avais envoyés commençait, à pousser comme un im o au milieu des décombres de l'hOte] Foulon. -..ulevait déj.i avec sa tète.
Et voyez, grâce â un de ces carrices qui ont fait, par des éli oens tout opposés, du hasard un dieu presque aussi pui m. que le destin, voilà qu'un événement Inattendu m'arracher à mon roman lllr me
te Espagne désirée, ma l se par moi
au rang de ces pavs fantastiques qu'on ne visite que lorspelle Giraud ou Gulliver- DesbardUes ou Arntinal-Rasehild.
Vous me connaissez, madame; vous savez que je suis l'homme aux rapide ! décisions les plus Im-
portantes de ma \ i jamais amené chez m il une hési-
tation je flic n, remontant la rampe de Saint
, ioi, ce qu';' ' En rentrant
;er pour leur f.
même proposition
\DRE DUMAS ILLUSTRE
lettres par un "»e à
me de 1 Ouest, i I i ., niai] "PS de
D ailleurs, ell ,!eux
prit et
mçues en i "l d'autre
..e que le lecteur remarquera naturellement prenne la peine de la lui indiquer.
i ni r ami,
ut l'Espaç ir l'Algérie.
veui
venir
préoccuper qu.: .1 une malle.
vous
le récipient t< ilde
irge de tout le reste, toi.