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DE PARIS A CADIX
naufrages : chacun était porteur, à sa honte, l'un d'une isoirs, 1 autre d une serpette, celui-ci dune paire de ciseaux, celni-là d un bistouri.
Alexandre surtout avait acheté un couteau-poignard a
ie de uacre et à garniture rie cuivre simulant l'argent, de la taille la plus gigantesque. On le lui avait fait un louis; croyant couper court a la proposition, il en avait offert cinq francs, et on le lui avait laissé.
Rappelez-vous ce détail, madame, si jamais vous passez à. Châtellerault, il n'est pas Indifférent.
(.niant a nous, nous pensâmes ou que les habitàns de Châtellerault avaient de furieuses dispositions au commerce, ou que c'était la Providence qui, sous la figure d'une coutelière nous envoyait à vil prix cette arme, sans doute destinée a accomplir des miracles pareils à ceux qui illustrèrent Joyeuse, Ealisarde et Durandale.
Il me serait, difficile, madame, de rien spécialiser de ce que nous rimes sur la route de Châtellerault à Angoulême. Tout ce que sais, c'est que nous montâmes de nuit les rampes de cette dernière ville, que sa position à l'intérieur des terres oislr, à l'exclusion de Biest, de Cher-
bourg ou de Marseille, pour y placer une école de marine. C'est probablement de l'école d'Angoulême que sortait le capii Ire.
A quelle heure nous arrivâmes à Bordeaux, je n en sais trop rien. Ce que je sais, c'est que nous avions perdu deux heures ncy, et deux autres heures en cherchant a
les rattraper, ce qui nous faisait quatre heures de retard ; il résultait de tout cet arriérage que la dernière voiture partant pour Bayonne sortait de Bordeaux par une porte, tandis que nous entrions par l'autre.
C'était vingt-quatre heures de retard, car il ne partait plus aucune voiture avant le lendemain. Nous étions au
cinq. Le mariage du prince avait lieu le 10; la fr i
était distante encore de cinquante lieues : il n'y avait pas une minute à perdre si nous voulions arriver.
J'achi n 1,300 francs, une voiture de voyage
qui en valait bien 500, tout au contraire d Alexandre, qui avait ach liane- un couteau qui en valait 24.
Il esl vrai que le carrossier m'expliqua que je faisais une dation, attendu que les voitures françaises je revendra is incontestablement la mienne à Madrid, et cela trois fois le prix qu m'avait ci
J ai pi a de confiance, non pas dans ce que me disent messieurs les carrossiers Dieu m'en garde: mais dans mon génie personnel pour la spéculation. Cependant il n'y avai pas à hésiter, la poste était le seul moyen de locomc qui put. en vingt-quatre heures, me transporter de Bordeaux : rivant a Bayonne te lendemain dans la matinée, il y avait chance pour que je trouvasse Place a la malle-poste de Madrid.
Je fis donc atteler, et nous partîmes.
i- ures du soir : je n'avais donc qu'une heure de joui- pour étudier le changement de paysage. L'Espagne, m'avait-on dit, commençait en sortant de Bordeaux, et, eu effet, nous vîmes se coucher le soleil sur de vastes plaines qui ressemblaient fort â ces plaines de la Manche dont 'i m- cette Iliade comique, restée, comme l'autre Iliade, sans égale, et que l'on appelle Don Quichotte. lorsque nous nous éveillâmes vers Roquefort, nous étions dans un pays complètement nouveau. Si les Landes tu lien dêtre en France, étaient â deux mille lieu-s de la France, nous aurions cinquante descriptions des Landes, Q* elles seraii ni connues comme les plaines des Pampas. comme la vallée du Nil, comme les rives du Bosphore Ual heureusement, les Landes sont entre Bordeaux et Mont-de- Marsan, ce qui fait qu'on y passe tous les jours sans les visiter jamais.
Au lever .m soleil les Landes formaient un spectacle
merveilleux Nous avions â notre droite et â notre gauche
mmenses mouchetées de bruyères fauves i
m d'un tigre gigantesque; à l'horizon oriental, tout
était flamme, la lumière tombait ruisselante : â l'horizon
occidental, an contraire, l'obscurité livrait sa dernière lutte,
il lentement, laissant traîner derrière elle les
plis sombres de son manteau, encore constellé de Quelques
En taci de nous, c'est i dire au midi, la vue était bi
!'■'" '■ ■<-■ 'i iii-e ferme et nerveuse: c'étaient les
Pyrénées, qui découpaient leur silhouette argentée sur l'azur lu i i. I espagnol.
Tout cela, plaine sablonneuse, bruyères fauves, horizons sombn m i: i,-, tout cela s'éveillait à l'existence an I
Jeune, a ■ , tfvre qu au premier , oui de I
Mon d es montaient perpendiculairement au ciel,
rl " il De troupeaux de mouton- n,,,
chatei t d u , luit par des pâtres montés sur de
longue . et soulevaient des myriades de perd
rouges, qui. après un vol bruyant et eff.i: liai
â cinq cents pas du lieu d'où elles étaient iiarties. Enfin la invisible et obstinément tapie dans l'herbe, faisait entendre sa note stridente et claire, dont le grincement métallique des cigales semblait former la basse continue.
\u relais de Roquefort nous i unies que l'atte-
lage, lui aussi, avait changé de nain, itlfs et hen-
ns chevaux blancs du Perche, aux lourds chevaux norcroisés danois, avaient sur,, evaux
maigres, a la queue et a la crinière flottante, usant a la voiture, pour laquelle ils ne sont pas faits, les restes de ce
tng arabe que leurs pères ont fait couler cl i veines,
e les Maures descendus des Pyrénées ient la
Guyenne pour venir conquérir la. France, comme ils avaient conquis l'Espagne. Nous gagnions à ce changement dix minutes par lieue. On a beau dire, la race se sein toujours quelque part qu'elle soit et si peu qu'il en reste.
Je n'ai rien vu de plus charmant, madame, que la sortie de Mont-de-Mar-an. Je crois que les derniers grands arbres de la France sont là. Dites-leur adieu si jamais vous passez a leur ombre, car vous n'en retrouverez plus de pareils ni en Espagne, ni en Algérie Aux deux côtés d'une route unie comme un tapis de billard, ils joignent leur cime et forment un adorable berceau de verdure ; à droite et â gauche du chemin s'étendent d'immenses bois de pins, dont chaque tronc blessé par le fer, comme les arbres de la forêt enchantée du Tasse, laisse couler, non pas les ruisseaux de sang, mais une source argentée, qui n'est autre que leur sang aussi ; mais le sang des pins, vous le savez, est la résine, et l'arbre blessé, comme l'homme, meurt parfois d'épuisement.
Après les grands arbres de Mont-de-Marsan, je vous recommande le pont de Saint-André-dc-Cnb/a. Saluez aussi la Dordogne, qui. à cet endroit, a près d'un demi-quart de lieue de large. Vous verrez encore bon nombre de rivières, ayant, des pierres, ayant du sable, ayant des lentisques, ayant des myrtes, ayant des lauriers-roses même dans leur lit, mais vous n'en verrez plus guère ayant de l'eau.
Quant à des ponts, vous en verrez de reste ; il e I vrai que si vous tenez à ne pas tomber avec eux dans l'eau, vous serez obligée de passer à côté.
Nous arrivâmes â Bayonne vers midi. La façon charmante dont nous avions fait le voyage de Bordeaux nous avait décidés, bien plus encore que les promesses dorées de mou carrossier, à continuer notr*e route en poste. Je courus donc, à peine descendu â l'hôtel, chez monsieur Leroy, notre consul â Bayonne, pour le prier de viser notre passeport et de nous aider de tous ses moyens â partir sans retard. Je trouvai un homme charmant, disposé â nous rendre toutes sortes de services, mais qui m'apprit deux choses qui mettaient à néant notre beau projet : la première, c'est que toute voiture française payait 1.SO0 francs d'entrée en Espagne ; la seconde, c'est qu'à cause du passage des princes, nous ne trouverions pas de chevaux de poste.
II ne fallait donc plus songer â ce mode de locomotion. Je courus à la malle-poste : quatre places restaient dans l'intérieur, qui. du reste, ne cou, tail rue quatre places. Je les arrêtai, je les payai, et rentrai à l'hôtel annoncer à mes compagnons ces nouvelles dispositions de voyage.
La difficulté était de charger tout notre bagage sur une voiture destinée à transporter seulement des lettres, et pour laquelle les individus sont déjà un supplément. Rien qu'en fusils et en couteaux de chasse, nous avions plus que le poids accordé en France à chaque voyageur. Mais, par bonheur, les courriers espagnols sont de meilleur mposition
que les courriers français, et, après dix minutes de causerie accompagnée de gestes animés et expressifs, l'affaire se trouva arrangée à la satisfaction de tout le monde.
Maintenant, trois choses me forcent à vous dire adieu. madame. La première, la longueur de ma lettre; la seconde, l'heure de la poste, et la troisième, les cris de mon courrier qui réclame son voyageur
J'aurai l'honneur de vous écrire au premier ri sera pas probablement avant Madrid.
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Oui ! Nous voici enfin ,,, la capitale de toutes
les Espagnes. Vou : me, crue ce n'est point sans p
En sortanl de Bayonne I noï uivll enc p m
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matin,
U us, messieurs, en voiture, » du conducteur. i nous nous attendions
,rr tout cela a Tolosa, cette ville des sérénades. - il «e ami Alfred de Musset. Nous mes donc, ou plutôt nous nous précipitâmes dé la vi ,ue-t-on?
i , - ne, tout se fait poco a poco. comme .nuls. Le conducteur mit cinq mini nous répondre.
. lûmes, qu il avait mal entendu, et Boulanger, le 1 nous tous dans la langue de Michel Cervantes. a la question.
\.ms déjeunez donc? nous demanda le conducteur < 1 1 1 1 nous fit venir la chair de poule.
— Certainement que nous déjeunons, répoudis-je.
— L't mime deux lois ! moi, du moins, répondit Alexandre Vous savez, madame, que la nature a doué Alexandre de
trente que je. ne me suis pas encore ai
qu'il eût ses dents de sagesse.
— En ce liez, répondit le conducteur.
— Comment, que nous cherchions?
— Sans doute ! Si vous voulez déjeuner, cherchez votre déjeuner.
— Vous parlez comme l'Evangile, mon ami, dit Maquet
lions et nous trouverons.
Il me sembla que le conducteur murmurait avec un son ai dissimulé : — Por ventura,
roulait dire Peut-être! Comprenez-vous, madame, le ilr de quatre voyageurs qui meurent de faim ■ 1 1 1 1 l'on dit, i niiez . peut-être l
Nous nous élançâmes à la recherrlie d'une hôtt aucun signe extérieur; pas une 0 ignés portant pour légende : à l'Ecu de ! m i.i Martin, ou au Cygne de la Croix
-. des maisons, des maisons, comme dit iianihi l ilignés dans le livre qu'il fait s< i une de ces maisons d'on sorte la vapeur du moindre déjeuner.
Heureusement les vo: u ai coup mi me Infirmité que nous, étaii cOté. Je reconnus l'un d'eux, à sa tournure, pour être I cals je m
Monsieur, lui demandat-je, pardon de l'Indiscrétion, liai fâcheuse où nous nous trouvons sera noère fois que vous venez â Toi pagne depuis vingt ans, monsieur, et deux rais i n France, par conséquent quatre
— En ci sieur, sauvez-nous la vie Volontiers seulement dites-moi de quelle façon t Vppn i,i . u- ■ i- -m i mi mange
livra a un jeu de physionomie que imus suivîmes avei m Si i ire.
— Où l'on mange? répéta-t-11.
— Oui
— \ ■ i d'une tasse de < hocolat l
i nous ne trout
■ en emboîtant i .ms le
sien.
, qui - len ne dlstli
i n homm
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i brazero, en nous faisant signe lans un angle qi roball
- ' - . l'iiiin i.ii voisin qui .
nouvelles le sa santi
ire tlu (..il.
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lat. par lias luement i h
happer un mouvement qui n ms lit m
le souri n.
plus grandes qu Irouvel lia!
■Ii queln nuls.
ir nous, ajouta niger qui avait comi ■
DE PARIS A CADIX
— Non. certainement, ait l'hôte
Notre guide tira un cigare de sa poche et le lui offrit ; c'était un véritable puro, venu en droite ligne de la Havane ; un éclair île satisfaction brilla dans les yeux du cafetier, mais fut incontinent, réprimé
— Cinq •? reprit-il.
— Oui, cinq. Cependant, comme je n'ai pas grand'faim, je puis personnellement..
Le cafetier étendit la main avec un geste de roi qui accorde une grâce.
— Non. dit-il. Muchaoho. cinq tasses de chocolat pour ces messieurs.
On entendit une espèce de soupir qui sortait de la chambre voisine.
— Vous allez avoir votre chocolat, nous dit notre interprète.
— Ah ! fîmes-nous tous d'un même soupir.
L'hôte nous regarda avec mépris, et alluma son puro, qu'il savoura fièrement, et comme s'il n'avait jamais fumé d'autre tabac de sa vie.
Cinq minutes après, le Muchacho entra avec cinq dés à coudre pleins d'une liqueur épaisse et noirâtre, qui ressemblait à un breuvage préparé par quelque sorcière de la Thessalie.
Le même plateau supportait cinq verres d'eau pure, et une corbeille pleine d'objets qui nous étaient inconnus ; c'étaient des espèces de petits pains blancs et roses, de forme allongée, et qui ressemblaient à ces ustensiles qu'on met dans la cage des chardonnerets pour leur aiguiser le bec.
Nous touchâmes du bout des lèvres au chocolat, craignant de voir s'envoler, comme tant d'autres, cette illusion du chocolat espagnol avec lequel on a bercé notre enfance. Mais cette fois, notre crainte fut vite dissipée. Le chocolat était excellent Malheureusement, il y en avait juste assez pour le goûter,
— Est ce qu'on ne pourrait pas en avoir encore cinq tasses? hasardai-je.
— Dix ! balbutia Boulanger.
— Quinze ! fit Maquet.
— Vingt ! demanda Alexandre.
— Chut ! dit noire introducteur. Faites fondre votre azucnrillo dans votre verre, et allons rejoindre la voiture : usons, n'abusons pas.
— Comment cette fonte se pratique-t-elle ? demandai-je tandis que nos compagnons attiraient à eux. au moyen de l'aspiration, les dernières gouttes de chocolat retenues aux parois de leurs tasses.
— Rien de plus facile : voyez !
Notre sauveur prit lazucarillo par un des bouts, et trempa l'autre dans son verre comme on fait d'une mouillette dans un œuf.
L'azucarillo fondit au fur et à mesure de son contact avec l'eau, et changea cette eau claire en eau trouble.
Nous goûtâmes cette eau trouble avec la même défiance que nous avions goûté le chocolat. Cette eau trouble était douce, fraîche, parfumée, excellente enfin.
Tout cela était d'une qualité supérieure, il n'y manquait que la quantité
Nous voulûmes payer : notre interprète nous fit un signe, tira une piécette de sa poche, et la posa sur le rebord d'un bahut.
L'hôte ne se retourna même pas pour savoir si son compte y était.
— Vaya usted con Dios ! dit notre guide avec un salut gracieux
Et il sortit
Le cafetier tira son cigare de sa bouche.
— Vaya usted con Dios ! répondit-il. Et 11 se remit à fumer. Nous nous inclinâmes et sortîmes à notre tour en répétant
l'un après l'autre le sacramentel :
— Vaya usted con Dios !
— Allez avec Dieu ! allez avec Dieu ! répéta Alexandre en regagnant la malle-poste qui nous attendait toute attelée. C'est très bien, et je ne demande pas mieux certainement ; mais il y a loin d'ici au ciel, et je déclare que si l'on ne trouve sur la route que du chocolat et de l'eau au sucre, j'aime mieux aller ailleurs.
' — SI nous avions seulement un croûton de pain ! dit stoïquement Maquet.
Ou un bouillon ! dit Boulanger.
— Ou une côtelette ! dit Alexandre.
— Messieurs, interrompit notre guide, qui depuis dix minutes paraissait on ne peut plus touché de notre peine, voulez-vous me permettre de vous offrir un poulet, une bouteille de vin de Bordeaux, et un pain de deux livres?
— Votre nom, monsieur? demandai-je. afin que, de retour dans nos foyers, chacun de nous le fasse graver en lettres d'or sur une plaque de marbre.
— Je me nomme Faure, je suis négociant à Madrid, je demeure rue de la Montira. près de la puerta del Sol.
Pins, modestement, monsieur Faure se retourna, tira d'une sacoche le poulet, la bouteille de vin de Bordeaux, le pain de deux livres, et nous les offrit.
Nous acceptâmes, je dois l'avouer â notre honte, sans même lui demander s il lui restai! un autre poulet, une autre bouteille de vin. un autre morceau de pain.
Il est vrai que Boulanger avait émis cette idée que le prétendu monsieur Faure n'était autre que cette même Providence qui était montée avec nous dans la voiture, cour des messageries Laffitte et Caillard, qui avait disparu en arrivant a Bordeaux, et qui reparaissait, un pain, une bouti i1 de vin et un poulet à la main.
Cette supposition fut accueillie avec enthousiasme. En effet, elle levait, tous nos scrupules : si monsieur Faure était la Providence, comme cela nous paraissait incontestable, il retrouverait bien un autre poulet, un autre morceau de pain, une autre bouteille de vin. Nous n'avions donc pas a nous en inquiéter.
Si au contraire monsieur Faure était tout simplement monsieur Faure, comme depuis trente ans, lui-même nous l'avait dit, il habitait lEspagne. il devait avoir pris les coutumes espagnoles et être habitué, par conséquent, a déjeuner avec un jicara de ciocolate. un azucarillo, et un verre d'eau trouble ou claire, selon qu'il lui plaisait de manger son eau à la mouillette ou de la hoire pure.
Nous fîmes, entre Tolosa et Villa-Franca, grâce à l'intervention de la Providence ou à ,a libéralité de monsieur Faure, car nous ne sommes point encore fixés sur ce point, un de ces repas qui prennent date dans la vie.
Quand il ne resta plus un atome de chair autour de la carcasse du poulet, plus une goutte de vin dans la bouteille, plus une miette de pain sur le mouchoir qui nous tenait lieu de nappe, nous jetâmes les yeux autour de nous et devant nous.
Nous étions dans le Guipuscoa, c'est-à-dire dans une des provinces les plus fertiles de l'Espagne. Nous roulions avec la rapidité du vent, au milieu d'un pays pittoresque et fertile. Tout autour de nous s'élevaient des hauteurs qui, relativement aux Pyrénées, ne sont que des collines, mais qui, relativement à Montmartre, sont de fort jolies montagnes. De temps en temps ces montagnes, d'un admirable ton de rouille, nous paraissaient, comme les manteaux des pauvres que nous rencontrions, raccommodés avec de grandes pièces jaunes, rouges ou vertes. Cela tenait à ce que le propriétaire de la montagne avait découvert sur les flancs rocheux quelque portion de terre labourable, qu'il avait cultivée dans les pentes trop rapides â la bêche, dans les inclinaisons praticables à la charrue. Ces positions, cultivées soit en blé, soit en piment, soit en trètie, tranchaient par la couleur avec le reste, et jetaient aux épaules du ment ce manteau bariolé qui nous tirait l'oeil en passant. Au reste, une belle route, des ruisseaux partout, de charmans villages blancs et rouges, épanouis au soleil, avec un monde d'enlans, riant, criant, grouillant sur le seuil des portes, tandis que dans la pénombre intérieure se dessinait le profil pur et gracieux de quelque femme filant au fuseau, voilà les tableaux qui nous apparaissaient, tableaux que la rapidité de notre véhicule réduisait pour nous à 1 état de vision.
En effet, notre véhicule était traîné tantôt par huit, tantôt par dix mules. Ces huit ou dix mules, qui commençaient a prendre leur poil d'hiver, rasées sur le dos seulement, présentaient, vues de haut en bas, l'aspect de rats gigantesques attelés à quelque char de fée. Trois hommes aiguillonnaient ces mules et dirigeaient ce char, le mayoral, le zagal et le sota cochero.
Le mayoral répond à notre conducteur, le sota cochero a notre postillon, quant au zagal, il n'a d'équivalent dans aucune langue, et j'oserai même dire de pareil dans aucun pays.
Le zagal n'est pas un homme, c'est un singe qui monte et descend, c'est un démon qui heurte, c'est un tigre qui bondit ; il ne marche pas, il court ; il ne parle pas, il crie ; il n'avertit pas, il frappe. Le zagal est placé avec le inayorai sur une petite planchette adaptée au devant du coupé, mais cette place constitue un droit et non un fait. Jamais le zagal n'est sur sa tablette; il est toujours sautant, toujours criant, toujours gesticulant. Tout lui est bon pour faire marcher ses mules : pierres, fouet, bâton ! Ce qu'il leur dit d'injures en une heure enrichirait le répertoire annuel du plus grossier de nos voiturlers. Les mules trottent, il trotte; elles galopent, il galope; elles vont ventre à terre il les suit; elles s'emportent, il les dépasse et les arrête C'est la mouche du coche, mais la mouche efficace, avec son aiguillon terrible, sa trompe insatiable, son bourdonnement menaçant comme le rauquement du lion. Une voiture sans son zagal est une diligence ordinaire; une voiture avec son zagal c'est I aigle volant a la poursuite du nuage c'est le vent courant après le tourbillon.
Maintenant comment les voitures ne se brisent-elles pas. ne se disloquent-elles pas, ne se versent-elles pas? C'est ce que je laisse expliquer à plus savant que moi.
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a : el non avec du bœuf. Je vous recommande
mpe au safran. Vous voyez que je dis le bien te !e mal.
Puis venait le puchero, mets essentiellement espagnol ; en sa qualité d'aliment national, compose-t-il a lui peu près tout le dîner espagnol. Malheur à vous, madame, si vous n'aimez pas le puchero ! Familiarisez-vous donc peu a peu avec ce plat, et permettez-moi, pour vous oer ce travail, de vous dire de quoi il se compose. Il se compose d'un quartier de vache, — en Espagne, le bceui, au point de vue de l'alimentation, m'a semblé complètement inconnu, — d'un morceau de mouton, d'une poule et de tranches d'un saucisson nommé choriso ; le tout ompagné de lard, de jambon, de tomates, de safran et de choux. C est, comme on le voit, une macédoine d'assez bonnes choses prises individuellement, mais dont mion m'a paru malheureuse, à ce point que Je n'ai jamais pu m y habituer.
nez de mieux faire que moi. madame, car si vous n'aipas le puchero, vous seriez obligée de vous rabattre sur
les pois de la grosseur dune balle de
calibre ils, le même que les anciens appelaient
biche, et dont Cicéron, d'éloquente mémoire, portait
un échantillon au bout du nez. Je ne sais pas l'effet que
faisait au bout du nez de Cicéron, mais j celai qu'il fait dans mon estomac, qui n'y est point I tumé. Habituez vous donc, madame, aux garbanzos, comme vous vous serez habituée au puchero. C'est facile, vous en mangerez un le premier jour, deux le second, trois le ttoles précautions, il est probable que vous y survivrez.
uter que ce dîner était servi avi propreté ta plus exquise, par des servantes du lieu, qui avalent l'air de dames d'honneur, et par les filles de ta maison, qui avaient l'air de princes
nous inspira la résolution bien arrêtée de autant que possible, a l'avenir, notre cuisine nous-mêmes Heureusement que je lus sur un papier collé a la muraille une ci jeûner La première chose portée sur
paire demis passés à l'eau. ,1 appellal
iiôtesse et lui demandai une paire d œufs. I in i parfaitement mon espagnol, et s'informa si
mu paire d'oeufs de moine ou une paire d'œuls de laïque que je désirais.
•le m la différence qu'il pouvait y avoir entre
un. pane d'oeufs et une paire d œufs
le moine se compose de trois œufs, et une i ine d'omis de laïque de deux o-ufs.
I - la révolution qui les a expulsés d'Espagne, les moines avaient de grands privilèges. Malheureusement les i sont réduits pour eux aujourd'hui a
i lie.
partîmes vers sept ou huit heures du soir, et nous
Hurgos vers cinq ou six heures du malin.
Mous entrions dans la pairie du Cid par la même porte
où le Cld avait | me. i! y a tantôt huit cents ans,
m palais du roi, quand il l'aperçut dans
i du palais où il venait d'entrer, qui s'avançait au
Permettez-moi de terminer cette lettre par
i madame. Il y a dans tous ces
une allure Hère qui doit aller à la
lynes, le père du Cid, vient à cheval t>a main du bo erdinand ; Il emmène avec lui trois
gentilshommes. P rml eux va I i le superbe
ienl sur des mules: seul, Rodrigue est à us d or et de soie : seul Rodi tgue est
• ius ont uni d, Ito-
Tous om i seul,
lie a de bons gante! les chapeaux de
tours; seul. Rodrigue a un casque d'acier,
I une aigrette de pourpre.
inln, ils firent la rencontre du roi.
roi caus tient entre eux i
hommes celui qui a tué
endtt, les regarda fixement, et, dure voix
in
i un vous quelqu'un qui soit son parent
l'un soit mécontent de ^a lint i el m en demande ra
lui a pied al.
I la lois :
I diable te demande raison si cela lut convient. quanl
e pli i'
main du roi; seul, Rodrigue i
DE PARIS A CADIX
sur sun cheval. Alors son père lui dit — écoutez ce que dit a son fils le père de Rodrigue. — Alors son père lui dit ;
— Pied à terre, Rodrigue : vous baiserez la main du roi, parce que te roi est mon seigneur ei que vous êtes mon fils c'est-à-dire mon vassal.
Rodrigue s'estima fort offensé de ces paroles, et les paroles qu'il répondit à son père, vous allez eu juger, sont d'un homme fier et hardi.
— Si quelque autre que vous m'eût dit cela, mon père, répondit-il, il me l'aurait déjà payé; mais puisque c'e«t vous qui l'ordonnez, j'obéirai de bonne grâce.
Et Rodrigue mit pied à terre pour baiser la main du roi. .Mais au moment où il s'agenouillait devant lui, sa dague glissa hors du fourreau et tomba.
Le roi fit un pas en arrière comme un homme qui a peur, et dit tout troublé :
— Ote-toi de là, Rodrigue ! Ote-toi de là, démon : toi dont la face est d'un homme et la conduite d'une bête farouche.
Rodrigue à ces mots se releva vivement, et d'une voix altérée, demanda aussitôt son cheval ; puis, se tournant contre le roi, il lui parla ainsi :
— Sire, sachez-le bien, je ne me tiens pas pour honoré de baiser la main du roi, et je me tiens pour offensé que mon père l'ait baisée.
Et, disant ces mots, il sortit du palais, emmenant avec lui ses trois cents gentilshommes.
Ils s'en allèrent bien vêtus pour revenir bien armés; ils s'en allèrent sur des mules pour revenir à cheval.
Maintenant, ne vous étonnez point, madame, que dès mon entrée à Burgos je vous aie parlé du Cid. Il y a certains noms qui sont liés l'un à l'autre d'une façon indissoluble. Burgos. pauvre cité qui comptait autrefois trente-cinq mille habitans et qui aujourd'hui n'en compte plus, je crois, que huit ou neuf mille, Burgos n'est point la ville de Fernand Gonzalès, qui fut son premier comte; Burgos n'est point même la ville de don Alphonse premier, qui fut son premier roi ; Burgos est la ville du Cid, qui fut son plus illustre enfant.
En effet, Burgos, comme cet écho de la Simonetta qui répète le même mot d'une manière indéfinie, Burgos répètet-elle incessamment le nom du Cid. Les exploits du mari de dona Xmiene bruissent aux oreilles du voyageur qui nchit ses portes, qui traverse ses rues, qui visite ses monumens ; le distrayant de ce cjui existe au profit de ce qui est mort, et l'ombre gigantesque du héros, à travers huit siècles écoulés, se projette gigantesque et rayonnante du passé sur le présent.
Aussi, interrogez le premier enfant venu sur le Cid Campéador. Cet enfant, qui ne pourrait peut-être pas vous dire le nom de la gracieuse reine qui s'assied aujourd hui sur le trône de Charles-Quint, vous dira que le Cid Campeador s'appelait don Rodrigue, et qu'il est né au château de Bivar. Il vous racontera a quelle occasion il fut nommé Cid ; comment il força le roi Alphonse de prêter, en l'église de Satnt-Gadocé, serment qu'il n'avait trempé en rien dans le meurtre de don Sanche ; comment le roi Alphonse exila le Cid ; comment, au moment de partir, le Cid emprunta sur un coffre plein de sable mille florins à deux juifs ; comment il se raccommoda avec le roi ; comment saint Pierre lui annonça sa mort prochaine: et enfin comment, mort, l'industrieux Cil Diaz, son écuyer, le plaça, d'après l'ordre qu'il avait reçu de son maître mourant, sur son cheval Rabiéca, son épée Tisena à la main, si bien que les Mores, le croyant encore vivant, prirent la fuite à son aspect, laissant vingt de leurs rois sur le champ de bataille.
Eh bien! mada i pez-vous une chose: c'est qu'il y
a des savans qui ont découvert que le Cid n'avait jamais existé, et que cette religion, vouée par toute une ville, que cette i qui, débordant d'Espagne, a envahi le
monde, ce respect de huit siècles agenouillés sur la tombe du héros, n'était qu'une imagination des poètes du douzième et du treizième siècle.
N'est-ce, pas madame, que c est une chose bien utile à la gloire d'une nation qu'un savant, surtout lorsqu'il est assez savant pour découvrir de pareilles choses?
En attendant, madame, si vous passez jamais à Burgos,
visitez sa prodigieuse cathédrale : et, après avoir examiné
les bas-reliefs représentant l'entrée de Xotre-Seigneur à
Jérusalem ; son chœur fermé par des grilles en fer repoussé
d'un travail merveilleux; son dôme travaillé comme un
'ii Ecce Homo, de Murillo ; sa Passion, do
Philippe de Bourgogne; son Christ en croix, du Gre • > sa
Uadeleine, de Léonard de Vinci; son orgue formidable et
son ' h D peau humaine, demandez à voir le coffre du
i -'"h qui par bonheur n'est point un savant
vous m. m 11 i salle de Jean Cuchiller, ce vénérable
ieut scellé au mur par des crampons d'acier.
is trois heures à passer à Burgos, madame, une pour
dormir, deux pour visiter la ville. N'étant pas sûr de rêver
de vous, i ai consacré à vous écrire cette heure que je
devais consacrer au sommeil.
Le Cid n'eût pas mieux fait pour Chimène, n'est-ce pas" s, voilà que j'oublie encore que le Cid n'a jamais
existé.
Daignez agréer, etc
Madrid, ce 9 octobre 1846:
En quittant Burgos, en supposant que vous quittiez jamais Burgos, madame, vous passerez un pont, jeté je n» vous dirai pas sur quelle rivière, car, n'ayant pas vu la rivière, je n'ai pas pu lui demander son nom- vous traverserez un pont, voilà tout ce que je puis vous dire. «
Au milieu de ce pont, retournez-vous, madame et jetez un dernier regard sur la reine de ta Vieille-Castille ; alor= vous aurez devant vous, d'abord sa plus belle porte monument de la renaissance, élevé en 1 honneur de Charles V et qui vous offrira les statues de Nuno-Basura de Lain- Calvo, de Fernand Gonzalès, de Charles 1er du Cid et de Diego Percel.
Puis à votre droite, et à celle de cette porte, vous verrez s'élever comme deux flèches de pierre les clochers de cette admirable cathédrale, qui semble placée sur la route du voyageur pour l'initier aux merveilles qu'il va visiter
Enfin, vous embrasserez d'un coup d'œil la ville placée en amphithéâtre, et, plongeant un dernier regard dans les plaines et dans les vallées verdoyantes que vous venez de traverser, comme on force son souvenir à redescendre dans un passé riant, vous direz adieu aux sources bondissantes, aux frais ombrages, aux montagnes pittoresques du Guipuscoa car vous allez traverser les sables rouges, les bruyères grises et les horizons sans fin de la Vieille-Castille, où vous° f era pousser une exclamation de joie et d'êtonnement le chêne rachitique ou l'orme rabougri que vous rencontrez par ha sard.
La première chose remarquable que nous trouvâmes sur notre route fut le château de Lerma, où mourut en exil le fameux duc du même nom, célèbre par la faveur dont il jouit près du roi Philippe III, et par la profonde disgrâce qui la suivit. Les biens, et par conséquent le château que l'on voit de la route et qui faisait partie de ses biens, furent saisis après sa mort pour une somme de quatorze cent mille écus. Personne, dès lors, ne s'occupa plus de cette propriété, qui peu à peu tomba en ruines. Aujourd'hui, les plafonds effondrés gisent au niveau du sol, et à travers les fenêtres sans vitraux on aperçoit le ciel.
-Monsieur Faure, l'un de nos voyageurs, qui s'était constitué notre interprète et notre cicérone, nous donna tous ces détails, en ajoutant que cinq ans auparavant, à la place même où nous étions, il avait été arrêté par des voleurs, qui avaient, sans respect pour les souvenirs qui s'y rattachaient, établi leur domicile dans le vieux château de Lerma.
Au fur a mesure que nous avancions, nous voyions, trompés par un effet d'optique, venir à nous les sommets bleuâtres de la Somma-Sierra, autre passage non moins redouté autrefois des voyageurs que ce fameux passage de Lerma i. été arrêté notre ami Faure. Il était cinq heures du soir lorsque nous commençâmes d'en gravir les premières pentes.
C'est une des montagnes qui s'élèvent à la gauche du chemin conduisant d Aranda a. Madrid, qui fut emportée, aux yeux de Napoléon, par la cavalerie polonaise. Cette montagne présente la déclivité d'un toit ordinaire.
Pour traverser ce passage, l'effectif de notre attelage fut porté à douze mules.
Le matin, en nous éveillant, nous vîmes à l'horizon d'un vaste désert quelques points blancs se I dans une
brume violette : c était Madrid.
Une heure après nous entrions dans la capitale des Espagnes par la porte d'Alcala, la plus belle de ses portes. et nous mettions pied â terre dans la cour de la malle i
Ce n'était pas le tout que d'être arrivé, il fallait trouver un logement : or, un logement a une semblable circonstance, n'é i se facile.
Mais, dira votre banquier, il fallait prévoir le cas, écrire d'avance, faire retenir un tu
Il abord, vous aurez la bonté de répondre à votre banquier, madame, que nous sommes partis du jour au lendemain, que par conséquent nous n'avions pas le temps de prendre nos précautions à ce sujet.
Puis vous ajouterez, et de ce fait il s'en souviendra, à propos de ce fait les fonds ont baissé de trois francs;
e l'Es-
lies de
as fait, trouverons
spagne
a ren-
tdron.
- rues
nous étions Loue la ressource que
■ait désesi" I
ssant notre bagage au
bure.v tous les 1: . adrld. nous
s garnies, toutes les casas de Pu-
I as une mansarde, pas un cabinet
» un nain.
.■tion nous redescendions dans la puis. 1 oreille de plus notre Invi
perdu Jusqu a ce aerqu'au dernier moment, quand par •e et je lus ces mots au-dessus dune porte encore close :
nnler. libraire trancal
Je poussai un rnposslble qu un com-
lul. ou ne nous aidât • r ailleurs.
je , lie du magasin, et je
dont nous avions le garnie, c'était une maison
de bl
(jul fit résonner m. '■ sulTis une longue ailée,
.1 une cour couverte il un
raient des entrées
salles
i mon air r les femmes se
ouvrit ; une .ni. et ui Démise,
la t'hysiodouêe
— u e, que
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ALEWNDRE DUMAS ILLUSTRE
— Mon illustre, la maison est à vous.
— Pardon, cher monsieur Monnier, c'est que je ne suis pas seul.
Ah : vous avez...
rai mon fils.
— Eh bien ! quand 11 y en a pour un, 11 y en a pour deux.
ne nous sommes plus de deux
— Ah ' an : vous ave; un ami?
le lis un signe de tête.
— Diable ! fit monsieur Monnier en se grattant l'oreille. Eh bien : on tâchera de trouver place pour votre ami.
Mais c'est que...
Quoi encore?
■n ami... a un ami.
Alors, vous êtes quatre?
— Et un domestique.
Monsieur Monnier tomba sur une chaise.
— Alors, je ne sais plus comment taire, dit-il.
vous pas quelque chambre où l'on puisse mettre deux
— il y en a déjà deux.
— (t. . qui?
— Par deux Français.
— Leurs noms?
i s Blanchard et Girardet.
i son) deux amis, ils se prêteront A tout.
— Mais leur chambre est matériellement trop petite ; a peine y peuvent-ils tenir eux-mêmes.
— C'est votre seule pièce?
— Il y en a bien une grande à côté.
aande, bien grande?
aimense ; dans celle-là vous tiendriez tous les quatre, et même tous les six.
— Bravo !
— Oui, mais c'est leur atelier.
— Eh bien ! ce sera notre atelier, voilà tout. Il n'y a pas absolument besoin de s'appeler le Corrège pour dire : Et mol aussi, je suis peintre! Voyons, que vous reste-t-il encore ?
— Dame ! quelques greniers, quelques mansardes, quelques nids a
— Bravo : nous serons là comme dans des fromages de Hollande i Visitons les localités.
J'allai a la porte, où le reste de la troupe attendait
\ niez, messieurs, dis je, nous avons trouvé un palais. un me suivit en poussant des hourras.
eurs. silence! Je vous prie; la maison est Mm nous en faisons pas mettre à la porte avant
que d'y entrer.
nuire entra saluant comme un cavalier de Callot, venaii ensuite.
Paul marchait le dernier, les doigts collés aux coutures de sa i ulotte, ce qui indiquait toujours qu'on l'avait perdu un instant, et qu'il avait profité de cet instant pour . les lois de son ancienne religion. Je le regardai de travers ; U sourit le plus agréablement qu'il put. Paul a le vin charmant et le rhum adorable. Monsieur Monnier monta le premier; nous trouvâmes llrardet dans leur atelier, ils étalent a i on rage Tais deux avalent été envoyés officiellement, avec un ■ -non. monsieur QiSnaln, iKiur peindre les - du grand événement qui allait se passer, de joie quand on me vit entrer. Ces Bdonblèrenl quand on vit derrière mol Boulanger, mon fils et Maquet
Vous voyez bien: dls-je à monsieur Monnier en me retournant.
laite par mol au rez déchaussée fut reiii n r, et reçue avec enthousiasme. Hlanrardel prirent un morceau de blanc d'Espagne. équivalant au tiers de l'atelier.
u leur compartiment; la porte ns ce compartiment; c'était fort
rs nous étalent attribuée.
l'ii le déménagement.
n ronce, avec deux chaUve. («• ■ la ligne blanche, et devinrent inl même la propriété des anciens locataires.
nier nous promit de nous faire Jouir de pareilles à celles dont on notre compartiment.
une i oinmode en noyer démine Il fut convenu qu'on s'en seriinent, mais toujours d'un
• r aménagement terminé, on passa de lapparteininuii aux chambre^ particulière!, tout en commet-
DE PARIS A CADIX
tant Eau de Benjoin au soin d'aller chercher les malles et tes caisses, et de faire porter dans l'atelier les objets qui liaient destines, conjointement avec les deux tables de sapin et les deux chaises de paille promises, a en faire l'ornement. Au bout d'un quart d'heure, la visite était faite et nous étions installés. Maquet et moi avions, dans des latitudes rapprochées de l'appartement commun, découvert une chambre. Boulanger et mon fils, sous un méridien plus éloigné, en avaient découvert une autre.
Ces chambres, ornées seulement de quatre murs blancs, peints a la chaux, devaient être, par les soins de monsieur M .muer, meublées, avant deux heures, d'un lit, d'une table et de quatre chaises.
Pendant ces dispositions, notre excellent hôte rayonnait : Français, il était heureux de recevoir toute une colonie française : et quelle colonie ! des peintres officiels et un invité au mariage royal.
Ces divers points arrêtés, une reconnaissance faite des différons corridors et des diverses portes qui conduisaient au centre commun, nous nous souvînmes de l'inscription placée au-dessus de la porte d'entrée: Casa de Banos, et nous nous précipitâmes vers ce petit atrium où avait eu lieu la première parue de la scène que je viens de vous raconter.
L'admirable chose qu'un bain, quand on vient de faire soixante lieues en chemin de fer, cent quarante lieues en diligence et deux cents lieues en malle-poste, et qu'on peut, par les quatre portes des quatre chambres ouvertes, remeri 1er en commun le Seigneur du bien-être et du repos qu'il nous fait !
Nous avions voulu retenir monsieur Monnier pour répondre aux mille questions qui nous brûlaient la langue. Mais monsieur Monnier avait disparu ; il courait les tapissiers de Madrid. Nous fûmes donc obligés de nous en tenir à notre seule conversation, qui, nous devons le dire, madame, n'en fut pas moins animée pour cela.
En effet, tout était nouveau pour nous. Ces populations graves et silencieuses, qui nous regardaient passer avec l'immobilité d'un cortège d'ombres, ces femmes belles sous leurs haillons, ces hommes fiers sous leurs guenilles, ces enfans drapés déjà dans ces lambeaux tombés du manteau paternel, tout nous indiquait non seulement un autre peuple, mais encore un autre siècle.
Boulanger était dans l'admiration : il avait, depuis fiayonne. rencontré à chaque pas des modèles qui posaient gratis. C'était une économie de temps et d'argent à la fois : de temps, puisqu'on n'avait point besoin de les chercher; d'argent, puisqu'on ne les payait point.
Monsieur Monnier rentra comme nous sortions du bain.
— Tout est prêt, dit-il en se frottant les mains.
— Comment, tout est prêt?
— Oui, vous pouvez monter. Les tables sont d'aplomb sur trois pieds au moins, les lits sont couverts, ou à peu près et vos chaises résisteront si vous avez 1 attention de vous asseoir seuls sur chacune d'elles.
— Monsieur Monnier, vous êtes un grand homme. Monsieur Monnier s'inclina modestement.
-Nous montâmes. Notre premier coup d'ail fut pour l'atelier ; chose miraculeuse ! Eau de Benjoin lui-même était à la besogne. Il ouvrait les caisses et déballait les fusils ; les bras m'en tombèrent.
— C'est bien, laissez cela, lui dis-je ; occupez-vous des malles.
— Les malles sont dans les chambres de ces messieurs
— Bien, donnez-moi les clefs
— Elles sont tout ouvertes.
Je ne pouvais revenir de celle activité. Cette activité m'inquiétait toujours chez Paul ; quand il tombait dans cet excès de prévenances, c'est qu'il avait quelque faute à se faire pardonner.
Je me doutai qu'il manquait quelque chose à l'ensemble des bagages, et que c'était dans le but de dissimuler la disparition de ce quelque, chose que Paul avait disséminé les malles, les sacs de nuit, les porte-manteaux et les caisses.
.1 avais une liste. Paul me vit fouiller à ma poche et en tirer cette liste; il redoubla d'activité, se rapprochant tout en faisant son ménage, de la porte du corridor.
— Paul, lui dis-je. II est convenu, n'est-ce pas, madame que j'appelle Pierre tantôt Paul, tantôt Eau de Benjoin'
— Paul, lui dis-je, nous allons faire l'inventaire des bagages.
Paul, en termes de peinture, a trois tons bien distinctsson ton ordinaire est encre de Chine ; mais selon les événemens. il rougit ou pâlit ; lorsqu'il rougit, il passe au bronze florentin ; quand il pâlit, il tombe dans le gris de souris.
Eau de Benjoin tomba dans le gris de souris d'où je conclus que la perte était Importante.
C'était une raison de plus pour faire l'Inventaire J'y tins donc obstinément, quoique Paul fit tout ce qu'il pût' pour m en détourner.
ni PARIS V CADIX
La caisse aux cartouches manquait.
C'était grave. Nous possédions en tout sept fusils dont une carabine a double canon; deux de ces fusils seulemc,,, étaient à système ordinaire, les quatre autres étaient des fusils Lefaucheux, c'est-à-dire se chargeant avec des cartouches et par la culasse.
Moins une soixantaine de cartouches demeurées par hasard dans les cavités des caisses à fusils, la sainte-barbe etail donc complètement dégarnie.
Il est vrai qu'on nous avait dit qu'il restait bien peu de voleurs en Espagne, cinquante ou soixante, voilà tout
Heureux pays qui sait le nombre de ses voleurs'
Mais il restait en Afrique force perdrix, force chacals force nyènes, même quelques panthères; et nous comptions faire la chasse à tout cela.
Quant aux lions, il en reste à peine dans toute l'Algérie autant qu'il reste de voleurs eu Espagne. Gérard les a tous détruits
Eau de Benjoin reçut l'ordre de faire les recherches les plus actives. Eau de Benjoin fit semblant de chercher Dans deux ou trois jours, quand il verra le baromètre remonté chez nous de la tempête au beau fixe, il nous avouera avei un sourire émaillé de trente-deux dents, que la boîte aux cartouches est restée à la douane d'Irun ou de Bavonne et qu'il se le rappelle parfaitement.
Pendant que Paul cherchait les cartouches, nous consolidions la prise de propriété, et nous organisions cet admirable désordre dont le cabinet d'un homme de lettres et 1 atelier d un peintre donnent le spécimen le plus complet Cette première et importante partie de l'installation arrêtée, on s'est occupé de la nourriture.
Ne vous étonnez point, madame, de me voir revenir de temps en temps à ce sujet, sur lequel il faut que les gens les plus matériels ou les plus immatériels reviennent au moins une fois par jour.
Vous qui habitez Paris, madame, et qui à travers les glaces de votre voiture voyez quand vous sortez, aux deux côités de votre chemin, des cafés aux riches peintures, des restaurais aux gras étalages, solliciter votre appétit, vous vous étonnez, n'est-ce pas, qu'il y ait des pays où l'on s'inquiète de la façon dont l'on dînera, et vous vous dites : Entrez chez un restaurateur, ou envoyez chercher une volaille truffée, un pâté de foie gras et une langouste chez un marchand de comestibles ; à la rigueur on dîne avec cela.
Eh! mon Dieu! oui, madame, on dîne avec cela, et même très bien; mais malheureusement, les pâtés de foie gras viennent de Strasbourg, les langoustes viennent, de Brest, et les volailles truffées du "Périgord. Il résulte de ces différentes distances que j'ai l'honneur de vous indiquer, que lorsque ces comestibles tout français arrivent â Madrid, ils sont quelque , eu détériorés, ce qui fait que 1 on doit se rejeter sur un autre mode d'alimentation.
C'était ce mode d'alimentation à la recherche duquel il était urgent de nous mettre.
Après deux ou trois heures d'investigations, voici comment nos repas furent réglés
A .Madrid, le cuisinier et la cuisinière, excepté dans les grandes maisons, sont réduits a l'état de mythe. Il ne fallait donc pas songer à engager ni cuisinier, ni cuisinière
A Madrid, ceux qui veulent manger, les étrangers bien entendu, vont au marché, ou y envoient leurs domestiques ; puis ils rôtissent ou fricassent eux-mêmes les objets acquis pour leur consommation.
Heureusement, depuis mon enfance, je suis chasseur, vous le savez, madame, et j'ajouterai même chasseur assez habile Or, à l'âge de dix ou douze ans. je m'échappais parfois de la maison, j'allais dire paternelle... hélas ! je n'ai jamais eu de maison paternelle, puisque mon père est mort trois ans après ma naissance, mais de la maison maternelle, pour aller faire le braconnier au milieu de ces grands bois l'ombre desquels je suis né. Alors, pendant un .Jour, deux Jours, huit jours quelquefois, j'errais de village en village. sans autre ressource que mon fusil, échangeant quelque lièvre, quelque lapin, quelque perdreau, contre du vin et du pain; puis avec ce pain et ce vin mangeant une autre portion de ma chasse, la troisième portion étant invai'iablement destinée à ma mère et devant lui être apportée, comme Hippolyte apportait la sienne aux pieds de Thésée pour calmer sa colère.
Cette ressemblance dans ma destinée et dans cette du dis d'Antiope a peut-être nui à mon éducation intellectuelle, mais a singulièrement perfectionné mon éducation culinaire.
11 en résulte, madame, que beaucoup de lecteurs, après avoir lu mes livres, ont contesté la valeur de mes livres, mais que pas un gourmand, après avoir goûté mes sain n'a contesté la valeur de mes sauces.
Je fus donc élu i l'unanimité, maître d'hôtel de l'ambassade française à Madrid, el Paul élevé au grade de pourvoyeur.
La société devao ta les frais d'un grand panier pour
! ri 11 l
Giraud et Desbarolles ne firent que douze lieues : : le lendemain en en faisant dix-huit.
■ vaut ils apprenaient lient mis aussitôt à ma re-
nt hasard, ils étaient venus donner du ne/ 1S ma voiture
les avoir embrassés, lut :
mol, ii est-ce pas?
il > avait déjà un mois qu'ils
■îpir.
murmura :
Via paui i • famille !
H faut \ id possède une bonne, char-
qui lui a donné, J'oilà bientôt ue vous avez admiré à tilen, un autre lé elui-là, d'i .le vingt-quatre ans qui ej une vieille mère de soixante-dix ans m cœur qui composent la
famlll- ' •
it naturel que de temps en temps Giraud
famille. Seulement, les - 'lue toui naître
»n |ui e m allesti nt d'une laçon différente se-
• e lui vient, et 1i - elle lui vient.
ne pense pas a sa famille de la même façon qu'il y pense le soir cela tient à ce que 1matin c il a dîné.
rien ne change l'aspect des i an i stomac vide ou ax.
plein.
minant quand il
I i quand il pense a sa famille
Quai je ne sais pas s'il a une famlli
que la distraction di
iillette. n'était rien auprès de i
nid el Desbarolles m' .ami-, qu'après que lun eut achi pir et i au Ils acceptèrent tous deux la
le leur fais
,iu complet, telle que ■ fameux serment à i nous reii'ota Ions en Espa nsemble la moitié de ;
de vous tarai iinime je v e mon i se dix hi ..
i cpi outn en i i vu re. en li <ui- les Giraud a fait i
ibleaux d'histol ux de
Glra
Il -i .i pas besol >.m manque, quand -i ibst ni quand la plume
n ;ubtl
, foi meut tOUtl
■ il, PApoll .n i
i isse vivait du temps de i du temp^ de Nan , ni sa ' - plus i ii pueur en ■ ■ iyant sa i harpe
, .i . an des que J al ra-
n i il. nie 0.111- 1111
ii ^ , onvet i bal .le i '
; plus dlffl
Il tiri
DE PARIS A CADIX
de gestes presque toujours déva En outre, Desba-
rolles est distrait.
Je v. ai rai Ion, madame. Quand
DeslKirolles est debout, cette distraction a pour tout résultat il I emp cher d'entendre ce qu on lui dit, ou de lui tali l'instant même ce qu'il a entendu
tout. Mais, quand Desbarolles est assis, la chose devient plus grave: Desl quelque part qu'il soit, passe tout dou-
cement et tout ingénument de la distraction au sommeil. Aussi Desbarolles s'est-il étudié à donner à son sommeil, toujours silencieux du reste, rendons-lui cette justice, un air de dignité qui fait qu'à l'exception de Giraud, les plus éveillés respectent ce sommeil. Mais a l'endroit de rolles, madame, Giraud ne respecte rien. On dirait que Giraud a quelque chose en lui qui s'éveille aussitôt que Desort. Aussi, dès que Desbarollet; s'endort, Giraud s'approche lui pose le pouce sur le nez et appuie jusqu'à ce que le net disparaisse, entièrement aplati dans la
moustael fdii lorsque le nez de Desbarolles
est arrive a ce point de compression que Desbarolles s'éveille, prêt i ii i ii' querelle a l insolent qui prend de telles libertés avec un organe qu'il a constamment sevré de tabac pour lui conserver son élégance native.
Mais alors, reconnaissant Giraud, il sourit de ce bon et amical sourire que je n'ai vu que sur les lèvres de Desbarolles. Depuis vingt ans que Giraud et Desbarolles se connaissent, Giraud a bien aplati un million de fois le nez de irolles l'i adoptai] ci chiffre, madame, c'est, juste un million de fois, pour ce fait seulement, que Desbarblles a -ouri à Giraud.
Quand je rencontrai Giraud et Desbarolles, ils avaient ê le costume espagnol, c'est-à-dire le chapeau aux bords relevés en forme de tourte, avec deux pompons de soie superposés l'un à l'autre; la petite veste brodée, le gilet éclatant, la ceinture rouge, la culotte courte, la guêtre brodée et la mante andalouse. Mais cette mise tenait moins à l'enthousiasme que leur inspirait ce costume national qu'a des en particulières qu'il est opportun de mention-
ner ici En partant de France. Giraud et Desbarolles avaient em- "U1 re les vêtemens de voyage qu'ils avaient sur eux, une malle de voyage contenant deux habits, deux redingotes, deux pantalons, et deux chapeaux Gibus.
Les' habits, les redingotes et les pantalons, tout en se ripant de la façon la plus absolue, avaient conservé leur forme et sentaient toujours leur tailleur parisien. Mais les deux Gibus, ces produits encore mal assurés de notre civilisation moderne, n'avaient pu supporter le soleil africain de Barcelone et de Murcie, et avaient complètement dévié clc
la ligne droite pour se projeter en avant. Cette cambi
qui, en France, eût disparu en quelques secondes, avait obstinément réf ius les efforts des chapeliers espagnols, lesquels en sont encore au feutre Louis XI11 et au sombrero andalou. 11 en résultait que Giraud et Desbarolles avaient l'air d'être coiffés, chacun, d'un de ces tuyaux de cheminée que le vent a courbés; quand ils marchaient côte à côte et qu'ils avaient le soin de mettre leur chapeau du même sens, soit que la cambrure se projetât en avant, soit qu'elle se ère, cela ne jurait pas trop encore, si elle se projetait en avant, ils avaient l'air de deux greuadiers ru--e- marchant i la charge; si elle se projetait en arrière ils a\, de Bertrand et de son ombre battant en retrait si, par un oubli bien excusable chez des TOyag njiés du paysage, de l'air, de la lumière, des honni' ne- de tout enfin, ils disposaient leur chapeau en sens opposé, alors ils prenaient l'aspect fantastique d'une | -eaux a quatre pattes qui marcherait tout ouverte.
■ Un jour, Desbarolles eut une idée, c'était, puisque les chapeliers êtaien ms, de porter son Gibus chez un horloger L'idée fu en, nuée d'un plein succès. L'horloger redres! I laide d'un ressort de pendule. ef Desbarolles, au grand étonnement de Giraud, revint à l'hôtel avec une coiffure perpendiculaire Cet état de choses se maintint trois joui dispos i la plus satisfai-
sante, mais le ti ii m ant que Desbarolles dor-
mait, le ressort iisti le bruit d'un coucou qui
va si ppement.
C'étaient ces différentes vicissitudes de leurs vêtemens et de leurs coiffures qui avaient déterminé Giraud et Desbarol-
idopter 1 unie andalou sous Le [uel m- venaient
d'apparaître à mes yeux, et, subsidiairement, aux yeux de la colonie francs
Lorsque la colonie française eut témoigne aux nouveaux venus la satisfaction quelle éprouvait d'être réunie à eux, elle demanda des nouvelles du marché et de l'ambassade.
Paul répondit a l'endroit du marché en ouvrant son panier et en montrant, proprement couches dans d« compartimens de feuille- de en Es, Six perdl foc
et un jambon de Grenade.
Il faut vous dire, madame, que si l'on ne mange pas en Espagne, ou si l'on y mange mal. c'est
u ien pas ■ bien manger. La terre ette m conde presque partout, est pi Espagne.; les
plus beaux légumes y pou : fruits les plus
' i M 3 " as culture :
en se baissant, on y cueille des fraises, perdu lettes en fleurs, et, pendant six mois ur la
lionne des pieds seulement, on atteint soit les oranges dorées qui balancent au-dessus de la tête des passants l ur orbe parfumé, soit les grenades qui en séclatant cœur trop plein font pleuvoir sur le front du voyag ur une grêle <ie rubis.
Puis, pour les chasseurs, l'Espagne est la terre promise. Ces longues plaines aux bruyères arides offrent u-, inviolable asile aux perdrix, dont le faucheur ne détruil pas les
œufs, et au lièvt Ce lai peus épargne le. petits.
Quant au grand gibier, lels que cerf, daim, sanglier, qui déserte de jour en jour nos forêts, il trouve un refuge assuré dans ces sierra- qui étoilent l'Espagne en tous sens, et où H" vit sous la protection de- bandits, propriétaires naturels de toutes les sierras.
Et cela, San-; compter certaines traditions conservatrices dont il est impossible de dewne.' l'origine Le- lièvres, par exemple, qui font, soit, rôtis, soit en civet, l'ornement de nos dîners, les lièvres sont proscrits de la plupart des tables, sous prétexte qu'ils fouillent les tombes et mangent les cadavres. A quelque chose la calomnie est lionne. Eu Espagne, les lièvres meurent de vieillesse, en regardant les Espagnols manger les lapins.
En outre, je ne sais quelle redevance les perdrix payent aux cuisiniers pour avoir obtenu d'eux qu au lieu de les servir rôties, a la tartare ou en salmis, on les mette a cette abominable sauce au vinaigre, qui n'a d'autre but que de faire croire â l'homme inexpérimenté en cuisine que la perdrix, cette vice-reine des repas, qui dispute la royauté au faisan, est un animal un peu moins mangeable que la chouette on le corbeau.
J'avais rêvé, en voyant ces fatales erreurs, qu'une grande tache m'était réservée, c'était de réhabiliter le lièvre et la perdrix.
La colonie française était disposée à m'aider dans cette œuvre de justice et d'human i Ile parut fort satis-
faite du marclie.
Une seule inquiétude lui restait : c'était à l'endroit de l'ambassade.
.Te la rassurai promptement : quoique écrasé de préoccupations politiques comme ambassadeur, et de devoirs d'étiquette comme hôte, monsieur Bresson, qui avait été prévenu de mon arrivée par monsieur le comte de Salvandy, avait donné des ordres pour que je fusse introduit près de lui aii--ilùt que je me présenterais à l'hôtel. L'ordre fut exécuté.
Je ne connaissais pas monsieur Bresson. C'est un homme de haute taille, au visage grave et froid, à la tète haute, comme on aime à la voir à tous ceux qui s'étant faits ce qu'ils sont, ont le droit de la porter ainsi.
La fermeté de monsieur Bresson dans toute cette grande affaire du mariage avait été admirable; il ne s'était laissé intimider ni par les menaces de lord Palmerston, ni par la prédiction des journaux, ni par la vente mobilière de monsieur Bulwer.
Il faut vous dire, madame, que monsieur Bulwer, dont l'intention était de cha ogement et de se meubler
a neuf, vendait ses vieux meubles, pour faire croire qu'il
déménageait, n m | i rue à une autre rue, mais d'un
no a ume â un autre royaume.
Monsieur Bresson me reçut a merveille; 11 eut la bonté, en me répétant les- par des du prince, de m'assure, de tout le plaisir que celui-ci aurait â me voir, et, pour qu'il me vit le plus vite possible, il m'invita a dîner u Al-
tesse le jour même. Mes amis étaient tous im a i -oirée qui devait suivre.
Je souligne le mot tous, pour indiquer que le cercle de 1 Invitation était remis a mon plaisir.
En quittant monsieur Bresson, et je le quittai enchanté. |e 1 .noue, d'un de ces bons accueil- i rais peu
prodigue, je demandai 1 appartement de i irg, de Tal-
leyrand et de Guitaut.
J'avais abandonné Paris -i vi i l'avais pas eu le
temps de demander à mon izes, un de nie-
premiers patrons littéraires, je ne l'oublierai jamais, que je n'avais pas eu, dis-je, le temps de demander à monsieur le duc Decazes ses commissions pour son fils. J'avais vu Glucksberg tout enfant, |uste à l'époque où Boulanger faisait son portrait, et j'avais hâte de le revoir pour parler avec lui de son père, que i" n «avals pas vu lui même depuis bien longtemps Vous 1 mieux que personne, madame, j'ai
rarement le loisir de visiter les gens que J'ais une
E DUMAS 1! Ll
. j,. veux blon
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.:- appris un ■ III llll Ma
• du nom • ■ < ■ il pi
mi. m une reine .n dévoues
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inté di n I avala I vé un
. , .m mu- ii n'en existe nulle .n i avals ux amis que je
il de la i
p raie du soir, Je rapi
n nu lureaux • ■ > ■ i d-
(m nous promi dans
repré • qu'aux i ■ aux mariages des Infans il >
qui parelll urse n s en lieu à Uadrld.
ni avec la
bouchi qui Indique le doute Comme Je
ne suis Infi i ' dire
i appris qu i1- trouvaient
■ mi,
m paraît madame que plus i eni eln
nneml est gi ande, iu iiii plus grand hum, s donc mi.-ii n ■ ii. ne voir,
douze mpter
uromachle \u !■ ■ en tenir demain ; de-
i dire au i irojue
Imenl le reine
ii i
us publlqui
hôte l'entende, que Je vous quitte pour aller dîner à l'am-
nt diner chez Lardi, piloté- pal
. ils ont reni liant ]iar les rues
connaître l'Espagne que les Espa-
. onséquence. il leur a prédit qu'ils dîneraient tus
Madrid, 11. au marn
lia passée cette terrible émotion q i mier combat de i.hiitihh. i. un esl trouvé mal tout a fait, les quatre
... - ,-iir leurs -ialle- .... i ien\
ii .uns qui lois vainqueurs prirent pour les dieux
,iu Capl
Mais, d abord, J'ai vu notre Jeune prince; il a été charmant, r et a trouvé moyen de dire un mot
ha, un de nous. Mes .uni- s'étonnaient qu'on si leune prlnci ette charmante flexibilité de paroles
qui trouve pour chacun ce qu'il faut dire a chacun,
n ne donne de l esprit comme le bonheur, et que le ,im de Montpensier me paraissait hier soir le prince le plus heureux du monde.
Je vous raconterais bien toutes ces fêtes, madame, si
quel, iue- j ii.iuv n avaient point annoncé que Je partais
comme historiographe officiel de Son Altesse. C'est une nlai- ■iii vous coûtera un magnifique programme;
- , .- belles choses dans une lettre pétillante de verve que mon ami Achard vient de me communlq i stanl même, et qu'il envol! '"'.
Car il 1.1,1 vous aire madame, que la colonie française n- de Jour en jour; bientôt cela ressemblera a une ; ..n se promène dans les rues, on y ri ie en vérité autant de Parisiens que d'Espagnols. N'était un soleil magnifique, des mantilles à foison des yeux noirs , cvmme je m en al pas eni ore vu. et ce petit sifflement <t i talls qui agite éternellement l'air de la Castllle, on pourrait Ire en Frai ma visite a l'ambassade, mes deux premières visites deux bons amis a moi que vous connaissez de
i i L'un 'te ces deux amis est le cortes Etocca de
ministre un jour, et le due d'Ossuna, qui ■ probables tl l'aval) voulu.
un les pn nnei - poètes e( un 'les hom-
- plus spirituels de 1 Espagne L'Es] a le bon
■ - ne -"in pas bons seûlemi nt a
e -ont pas
de bons mots roi i a de i ogoi as a répondu en devenant un des hommi
plus i
Le duc d'Ossuna esl un de ces seigneurs i mime il en si peu modernes i relze ou quatorze fols
grand d'Esp e plus que n en peut por
rnter de sa rai e, ■ qui sont vi i dans
évente. Infantado ses aïeux, depuis : i tté les mai i I me, et
quelqui nt assis sur le trône lui mi nue le
Uni i . ii touche du pied a tou
.m immenses, et
i qu il en Ignore le chiffre; «es propriétés Cou
Flandres, il a, dans II is, des
i\ plus Peaux que ceux de l'ancien roi déchu, et
même du roi qui règne. Il a en Espagne des for
, en le supposant sujet rebelle comme il asl
ndant un an. rien qu tomes-
ut, s' les an: Enfin, il a des
mes de montagnes a lui. des foi
' mad , — il
lui.
Te VOUS al dit. madame, qu'il restait en Espagne cln-
epi de ces i
il lia
,■ lure madame, que d'Ossuna est le chef
ur-
ii, uni pit beau- '. et lui depula
DE PARIS A CADIX
NOÏl pas; il en est propriétaire, voila tout.
Voilà comment d ossuna a acquis cette singulière propriété.
Lorsqu'on détruisit, il y a trois ou quatre ans, le brigandage en Espagne, une soixantaine de voleurs, comme nous l'avons dit, échappèrent à la destruction : trente ou quarante se. réfugièrent dans les gorges impénétrables -de la Sierra. huit ou dix entre Castro de Rio et Alcandete, et le reste dans les forêts de l'Alamine.
Or, les forets de l'Alamine appartiennent a d'Ossuna.
Pendant quelque temps, les gardes de d'Ossuna tourmentèrent les voleurs, et les voleurs, gens peu endurans, tour-
La marquise de Santa-C... était donc dans sa voiture, cheminant au grand trot de son attelage, et cela sans se dou ter de rien, lorsque tout à coup sept escopettes apparurent aux regards ébouriffés du cocher et du valet de chambre. La voiture s'arrêta.
La marquise mit la tête à la portière, vit ce dont il s'agissait, et se trouva mal.
Les voleurs profitèrent de son évanouissement pour la dévaliser ; mais cela se fit avec de tels égards, qu'il était facile de voir que les voleurs prenaient à tâche de se montrer dignes en tout point du patronage qui leur était.
cordé
Les \olears lurent réduits uélimhvi.mcnt a sept.
mentèrent les gardes d'Ossuna. Il y eut des coups de lusil échangés, force balles perdues dans les arbres, mais aussi quelques-unes clans des cadavres. C'était un état intolérable : il survint un armistice; l'armistice fut posé sur les bases suivantes
11 y aurait trêve entre les gardes et les voleurs.
Les gardes ne traqueraient plus les voleurs; mais aussi, de leur roté, les voleurs n'arrêteraient jamais aucun voyageur notoirement connn pour être parent, ami ou porteur d'un lalssez-passer de d'Ossuna.
En outre, le prêtre d'un village situé au milieu de la foret et appartenant a d'Ossuna, le prêtre, disons-nous, aurait mission de ■ .aiiesser. administrer et enterrer ceux des voleurs qui. naturellement ou par accident, passeraient de vie à trépas.
En vertu de cette convention, le prêtre confessa, administra et enterra tle son mieux les voleurs, qui. de dix qu'ils étaient, furent réduits définitivement à sept.
On jour, ou plutôt un soir, les voleurs étant a l'affût, virent venir à eux la marquise de Santa C
Voulez-vous me permettre de vous dire en passant, madame, que la marquise de Santa-C. . est une des plus jolies femmes île Madrid ; et. lorsque l'on dii une des plus jolies femmes de Madrid, on dit une des plus helles femmes du monde.
L'opération terminée, les voleurs firent signe au cocher de continuer son chemin.
La mrrquise revint à elle en sentant le roulement de la voiture.
Elle était saine et sauve ; mais les voleurs lui avaient tout pris, jusqu'à son dernier réal ; tout enlevé, jusqu'à son dernier bijou.
La marquise, en arrivant a .Madrid courut annoncer à d'Ossuna l'événement dont elle venait d'être victime.
— Leur avez-vous dit que j'avais l'honneur d'être votre cousin, madame? demanda d'Ossuna
— Je n'ai rien pu leur dire, j'étais évanouie, répondit la marquise.
— Très bien.
— Comment, très bien ?
— Oui. je m'entends; rentre/, chez vous, marquise, et attendez-y de mes nouvelles
Huit jours se passèrent sans que les nouvelles promises par d'Ossuna arrivassent a madame de Santa-C...
Le neuvième jour, elle reçut l'Invitation de passer -.hez son cousin.
D'Ossuna l'attendait dans son cabinet avec an homme m connu.
— Chère marquise, dit d'Ossuna en allant au-devant d'elle, et en la conduisant près d'une table sur laquelle ta!
. DUMAS ILL1 SVRE
us me dire
i plujolies uaie.
te ■. il n'y
i minez
rsv lui de-
i en lui montrant l'homme
m. Mis qui vous ont arrêtée.
lui al dit i|ue vous étiez m ic le lui i
il vous eut
res et
...- m ina ; voyons,
lui.
«lit la marqv a une
i : i < 1 1 1 . - 1 1 f 7 demand
■il inquiet et Intelli-
■ i ml les bi-
pardonne, continua la
Mon duc, ma
le onseiUe.
un seul mot, reprit son argent
on lui dit qu'un ni paquet
ux et
i II la marquise de reprendre ce qui lui ai :
e du m. nio genre n i un seul
M'un grand seigneur ma-
dUC m ri lu
il dit.
je n en doute point,
<it tour i Andalousie
menl du
ment
les rues de Madi ml a vul d'oiseau, à un quart de
les, on les prendrait, j 'un suis certain, pour un Immense parterre tout étoile de neurs.
de danseurs pour remplir toutes les estrades à la fois, quand un •- compli dans une
rue ou sur une place le nom rures qu il doit exécu-
ter, il se met en route, musique eu tête, pour aller chercher un au Alors, par tout son chemin, les fenêtres se garnissent de aux épaules nues, aux cheveux lisses et E i . i .lieau; sur ces cheveux, d'un un ardente quelque : re, quelque
camélia i où quelque œillet cramoisi. Une mantille
couvre loin rien cacher; puis les éventails vont
avec leur petit bruit agaçant, s ouvrant, se fermant sans cesse, et se déroulant entre . effilés qui les tourmen-
tent avec une li adorable coquet-
terie.
mlant le tl né ne reste pas longtemps
vide: aux d à a ibats; des Maures, coiffés
.m près, des chevaliers avec des jupes bleues, des maillots collans, des toques a plumes el <\e? é] mine on en portait, il y a vingt
ans, ai I Urdiigu, figurant, les uns des soldats du
roi Boabdll, les autres les croisés du roi Ferdinand, s'emparent des théâtres et représentent tant bien que mal la ■ et les hauts faits du grand capitaine, l'our h ' ai musique composée de tambours et
de tri incessamment, et barbare,
a croire qu au lli au i renade, on .
a la ] n Sur d au; u- vimes des Chinois avec leurs
leurs yeux retroussés, leurs 1
-élans de grelots.
[Ue les honneurs de la Jouril pour les d t les Maun
Chinois ' il abandonnés, me paraissent un
gne.
au milieu de cette population iievreuse. sillonnée à rosses qui semblaient tires d.
XIV, et qui passaient a grand tintai mi de mules ■-. que nous ga-
. Atocha, i ii ' i d'ordinaire les
di - infantes d'Espagne.
Jamais, je il de monde n'a tenu sur un si petit
lé sur des hardis de cour.
Au u luxe qui rappelait les anciens i
nui par mu simplicité toute militaire. Ils portaient m de m Bp : culotte blan-
. grand cordon rouge en sautoir, et
i COU.
le duc 1e Muni]', HMer était en
i.a reine était l'infante re-q.1
saule de be Bon : voila que j'avais du que je ne raconterais rii
toutes . i , [u . u Uen de mu tenir la
' " le .un- dire qu'à deux heures i tonca la bénédl tion nuptiale.
NOUS i - il tant la lue
que n. m- l'avions trouvée en entrant son costumi excitait surtout l'admiration géné-
arda quelque peu, à notre grand
ivions hâte de revenir changer d'i pour aller i urse i.i course était Indiquée pou»
emie. et c'est peut-ét ai spectacle
.' abll iin'iiiu ]"iur la
tout .u .mliré
.i le feux d'artifices, et de
m Nous avions notre
OU plutôt a défaire.
A 6%u un quart, nous touchions Casa-UonnJer ;
■ mil i a monter en
>ne querelli o b) r qui ne
nous lai sei monter cinq dans son velu, de,
m | ■ d Mcala, et de la Casa- Ucala il < quart de II
ml. au m, uns dix minutes de
curieux, madame, que
■ lirait ar une peu ne vit
Ir franchi le seuil désespéré de l'enf. 'l«i le .vaut lui a tourbillon de
DE PARIS A CADIX
feuilles, ne franchissaient ec plus de vitesse
et d'acharnement gue cette foule partagée entre tant île
i< les, ci qui était i d i mme i s pour son
spectacle favori. Toute cette rue d'Alcala, large comme no-
' tre avenue, des Champs-Elysées, et terminée par une porte
mssi " que notre .1 c 1 e
l'Etoil Mail à un champ d'hommes et de femmes
aussi 1 - dans une plaine, et courbés tous
du même côté par U de la curi
Pour ce grand jour, on avait fait sortir de leurs remises des carrosses comme on n'en trouve plus que dans les tableaux de Vandermeulen, et des calessinos comme on n'en voit nulle part. Entre les roues de ces voitures, entre les flots de ce peuple, passent, sans heurter personne, et c'est miracle, les paysans des environs de Madrid à cheval, avecla carabine â l'arçon de la selle, et l'air aussi farouche ciue s'il s'agissait de conquérir et non de payer cette place qu'ils viennent chercher au cirque. Enfin au mm tout ce conflit de piétons aux vêtements bariolés, de carrosses massifs, de calessinos aux roues immenses, de cavaliers sur leurs chevaux andalous, l'omnibus passe avec une célérité inaccoutumée, chargé d'autant de curieux que peut en contenir non seulement son intérieur, mais encore son impéri irant tout ce flot humain comme Léviathan
fait de la mer-
Nous arrêtâmes une voiture qui passait et qui ne contenait encore que quatre personnes. Nous jetâmes deux fleures au cocher, qui voulait s'opposer à notre invasion, ignorant jusqu'à quel point cette invasion lui serait profitable, et qui, ravi de notre générosité, nous enfourna dans son véhicule, comme un boulanger fait de six pains, en criant à ses premiers voyageurs : « Pressez-vous ! pressez-vous ! »
Les uns se tinrent debout, soutenant comme Atlas fait du monde le haut de l'impériale avec leurs épaules; les autres s'assirent sur des genoux complaisants ; le; autres, enfin, parvinrent à se glisser entre les fémurs étrangers comme des coins de torture : tout cela pendant que la voiture continuait son galop enragé : mais il est convenu que ce jour-là on est insensible aux coups comme à la m : pourvu que l'on arrive, c'est tout ce qu'il faut. arrivât-on moulu, brisé, en morceaux
Nous arrivâmes à la porte d'Alcala : notre locomotive s'arrêta à trente pas à peu prés d'un vaste monument représentant un pâté bas de forme. Nous sautâmes à terre. et le dernier était encore en l'air que le carrosse repartait au galop de ses deux mules, qui semblaient partager la fièvre générale, pour aller chercher d'autres curieux.
Nous pressâmes le pas. J'aurais voulu voir, avant d'entrer dans le ciraue. la chapelle où l'on dit la messe mortuaire, la pharmacie avec ses deux médecins, la sacristie avec son prêtre, les uns se tenant prêts àsecourir leshless s l'autre à confesser mais nous n'avions
plus le temps, nous entendions sonner la fa.nfare qui annonce, que l'alguazil vient de jeter au garçon du cirque la clef du toril. Nous prîmes nos billets; nous nous engouffrâmes dans la large porte, et. avec un de ces battemens de cœur qu'on éprouve toujours quand on va voir une chose inconnue et terrible, nous gravîmes l'escalier qui nous conduisit à nos galeries-
On me fait observer, madame, qu'il est tantôt sept heures ; il faut que je revête mon habit de cérémonie. Monsieur le duc de Rianzarês a eu la bonté de m'inviter hier à la cérémonie de la chapelle du palais, et j'ai reçu ce matin de monsieur Bresson une lettre qui renouvelle cette invitation.
A demain donc, ou à cette nuit, la course des taureaux.
Madrid, 12, au soir.
Nous vivons dans un tel tourbillon, madame, que voilà quarante huit heures passées sans <-ar$ser avec vous. Il faut dire aussi que ces quarante-huit heures ont passé comme un mirage perpétuel, pendant lequel je ne dirai pas j'ai vu. mais j'ai cru voir des fêtes, des illuminations, des combats de taureaux, des ballets : tout cela passant avec la rapidité de ces décorations qui paraissent et qui disparaissent au sifflet du machiniste.
Vous nous avez laissés, madame, nous pressant, nous poussant, nous heurtant dans un des corridors sombres et ascendans de cette moderne tour de Babel qu'on appelle un cirque.
A l'extrémité de ce corridor, nous trouvâmes la lumière.
Nous nous arrêtâmes éblouis, aveuglés, chancelans.
qu.- quiconque D - vu cette flamboyante Espa-
gne ne se doute pas de e me c'est que le soleil; quiconque n'a pas entendu la rumeur d un cirque ne se doute las de ce que c'est que le bruit
Figurez-vous1, madame, un amphithéâtre dans le genre i 1 Hippodrome, mai? con tngt mille personnes,
au lieu de quinze mille, disposées sur des gradins qui coùplus ou moins cher, selon qu ils offrent des billets d'ombre, des billet; de soleil et d'ombre, ou bien d> lets de soleil tout Seul.
Les spectateurs qui ont des billets de soleil sont ceux, - le comprenez bien, qui. pendant toute la durée du 1 le, doivent être exposés a l'ardeur i vorante du soleil.
. qui ont des billets de soleil et d'ombre sont ceux que le mouvement journalier de la terre doit protéger pendant un certain temps contre la fixité du soleil.
Enfin, ceux qui ont des billets d'ombre sont ceux qui, depuis le commencement du spectacle jusqu'à la fin, ï être à l'abri du -
11 va sans dire, que nous avions des billets d'ombre.
Notre premier mouvi rant dans ce cercie de
flamme, fut de nous rantés, en arrière. Ja-
mais nous n'avions vu ! 1 ris, s'agiter tant de
parasols, tant d'ombrelles, tant d'éventails, tant de mouchoirs.
Voici l'aspect que présentait l'arène lorsque nous arrivâmes.
Nous étions juste en face de la porte du toril. Le garçon du cirque, qui venait de. recevoir de- mains de l'alguazil la clef de cette porte, tout empanachée de rubans, s'avançait vers elle; à la gauche du taureau qui allait sortir, se tenaient, emboîtés dans leurs selles arabes, la lance en arrêt, les trois picadors. Le reste de la quadrille, c'està-dire les chulos, les banderilleros et le torero, se tenaient à droite, dispersés dans 1 arène, comme dis pions en bataille sur un échiquier.
Disons d'abord ce que c'est que le picador, le chulo, le banderillero et le toTero. puis nous essayerons de rendre visibl, à nos lecteurs le théâtre sur lequel ils opèrent.
Le picador, à notre avis celui qui court le plus de danger de tô*ns, est l'homme a cheval qui, une lance à la attend l'attaque du taureau. Cette lance n'est point une arme, mais seulement un aiguillon Le fer qui la garnit n'a que la profondeur nécessaire à entamer la peau de l'animal, c'est-à-dire que la blessure que fait le picador ne peut jamais avoir d'autre r te de doubler la
colère 'du taureau et d'exposer L'homme et le cheval à une attaque d'autant plus vive que cette douleur a été plus cuisante.
Le picador court deux dangers : celui d'être embroché par le taureau, celui d'être écrasé par son cheval.
Nous avons parlé de la lance, son arme offensive ; il n'a pour armes défensives que 'des jambiers de fer. montant jusqu'à mi-cuisses, et recouverts d'un pantalon de peau.
Les chulos sont ceux qui, un manteau vert, bleu ou ; m n. à la main, détournent sur eux, en agitant ce manteau aux yeux de l'animal, sa colère prête à se satisfaire sur un cheval renversé ou sur un picador désarçonné.
Les banderillos ont pour mission de ne pas laisser refroidir la colère du taureau. Au moment où le taureau, éperdu, lassé, tourne sur lui-même, ils viennent lui planter dans les deux épaules des banderilles, composées de nettes portant du papier de toutes couleurs découpé comme celui que les enfans mettent à la queue d'un cerf-volant. Ces banderilles s'enfoncent à l'aide dune pointe de fer ayant la forme d'un hameçon
Le torero est le roi de la scène; c'est à lui qu tient le cirque, c'i in irai qui dirige tonte la 1 taille,
c'est le chef au geste duquel chacun obéit passivem il : le taureau lui-même, sans- s'en douter, est soumis à sa puissance: il le conduit où il veut à l'aide des 1 tmlos, et lorsque l'heure du dernier duel entre lui et le taureau est ar-
■ est sur le terrain la xvant
es avantages de l'ombre e' que le taureau,
frappé à mort par la terrible spada, vient expirer à ses ; e 'il.-.
Si la maîtresse du torero est clans le cirque, c'est toujours vers le point de I irèr e plus rarproché de cette maltresse que. le taureau mourra
Il y a par chaque course deux ou trois picadors de re-
■ au cas oîi les imbattans seraient blesses autant de chulos pt autant de banderilleros
Le nombre, des toreros n'est pas fixé; à cette course, 11 y lit trois: ' mco et le Salaman-
chino
ne ces trois toi 1 irè seul a un nom.
Tout cela, picadors, chùli iriiïeros, toreros, est
1 1 avec une merveil un : Les vestes, courtes
81 chargées de broderies doc el d'argent, -mit vertes, bleues
ADRF. DUMAS ILLUSTRE
DM . uleurs
de tricot. :
■ Jes comité leur
Irque du
ii madriers Ht enfermés <-. depuis le
rt ■- infé-
..-. a sont sépa-
blai ' un rebord
■ hulos.
.il ald.- . '
bien rare g rero recoure
• ■■ urne Ju taureau, mais u tuir.
Ioe et baniieriiii ruient l'ai-
usalettre i utrées
>ro-
Son ofquand le tri" abattu
par l • il soulève
i il>e la
dans l'an leusement,
grâce, inné d'un
au t'imlx • "ii me foudroyé
que frani b inune noua
banderilleri • < ro n'est
On a ireaux sau-
tours franchir cette barrli i le facilité que
■ franchlsMDt u
de Terra n m irablement
F'aJ i u aux i-
' oulolr.
Moi i i . lllté qu Ils i 1 arène
utent du ■
i furieux d u qu'on lui oui re, -
ni en deui quand
A ci mple,
où l'on I i loti deux combats un «ir U arrii
ix qua-
• de i es pi i
ans et a
i t. mi i i in
•u- lui est
rtlr pour in lui enioi
•ii nu. • "U de
. rêve
mine j ai eu 1 honneur de tous le dire. Juste en face du toril. A noue droite, nous avions la loge de la reine; à notre gauche, l'ayuntamiento, c'est-à-dire queiqii'- omme le maire, les adjoints et les conseil-
lers municipaux.
regardions tout cela dans l'angoisse de l'ai' avec un visage fort pale et d'un œil assez effaré.
J'avais a ma gauche Kocca de Togoros. ce charmant poète dont je vous al parlé ; a ma droite Alexandre, pins Maquet, puis Boulant
Glraud et Desbarolles, en • m j.lex d'Andaious, se
tenaient debout sur la seconde banquette.
Ils avaient m dix courses, et nous regardaient de cet air de pitié que les vieux grognards pire avalent
iscrlts.
du i Irque ouvrit la porte du toril et se rangea derrière cette poi
areau apparut, fit dix pas. s'arrêta court, ébloui par la lumière, étourdi par le bruit.
ii un taureau noir, aux couleurs d'Ossuna et de Vc
Sa bo Plan, lie d'écume; ses regards s mblalem
deux rayons de feu.
Jl 'avoue pour mon compte que le coeur me battait comme Mais assister à un duel ' .
irdez ! regardez! me dit Rocca le taureau est ! \ peine Rocca m'avalt-il fait cette promesse, que, comme s il eût hûte de réaliser la prophétie de Rocca, le taureau premier pi Valnemen îsaya t I! de l'arrêter avec- sa
le taureau fonça sur le fer, et prenant le cheval au ppl trall, il lui enfonça une dé ses cornes jusqu'au coeur.
Le cheval quitta la terre, soulevé par le taureau, et battit l'air de ses quatre pieds.
Le picador comprit que son cheval était perdu; i! i n>i ha des deux mains a la crête de la barrière, quittant rivement i
En même temps que s heval tombait d'un coté, il
enjambait la barrière et se laissait tomber de l'ai
m il. se relever, le s ing ■ oulalt d< poitrail par deux trous, comme deux robinets lâches.
Il vacilla un Instant, puis retomba. Le taureau s acharna .-m- lui, et en um- seconde lui fit dix autres blessui — Bon! me dll Rocca c'est un taureau collant... La
• va être belle.
Je tu- i ' mirer avait
pei tade, mais i était fort
m front i ouvert de sueur
I deuxième pli Idor voyant le taureau acharné sur
le du cheval «imita la barrière et vint a lui. Quoiqu'il eûl les yeux bandés, son cheval se cabra, Il sentait instinctivement <iue son maître le menait à la ■
ir-in en voyant ce nouvel antagoniste fondit sur lui.
Ce qui se passa fut rapide comme la pensée en une se fut renversé en arrière, et tomba de toute Bsanteur sur la poitrine de son cavalier - entendîmes, si l'on peut dire cela, le cri des
u i bourra universel s'éleva Vingt mille voix crièrent ei
Bravo toro ! bravo toro i
ut comme les mures. ,i ma f0l | je nie laissai entraîner t crier i omme Ra Bravo toro
qu'en effel l'anima] était superbe, avei tout ion noir comme du !als, et Se sans de ses deux qui lui ruisselait sur la tête et sur les i Donne
une coiffe de pourpre
Hein i me dfl Ro< md je vous avals dit que
lui m collant.
'm .ni celui irui. après avoir ren-
• m elle.
En effet, celui là non seulement s'acharnait sur le cheval. >us lui. il i berchalt son cavalier.
Le i eue course, Ot un Signe et des banderilleros
le laun au \u milieu de i ette troupe qu'il
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eune Domine de vingt-quatre ou vingt-cinq an .!■'!■ ment.
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dk ode flamboyantes au soleil.
v ;ani de l'Iinstoplie
DE PARIS A CADIX
et s'élança sur Lucas Blanco, gui se trouvait le plus proche de lui.
Lucas se contenta de pirouetter sur le talon avec une grâce et une tranquillité infinie; le taureau passa.
Les cliulos poursuivis par lui gagnèrent la barrière. Le dernier pouvait sentir l'haleine de l'animal briller ses épaules. Arrivés à la barrière, ils s'envolèrent par-dessus : s'envolèrent est le mot. car, grâce à leurs: grandes capes bleues. roses et vertes, ils semblaient une troupe d'oiseaux aux ailes étendues..
Les cornes du taureau s'enfoncèrent dans la barrière et clouèrent le long des madriers la cape du dernier chulo, qui en sautant de l'autre côté, la lui rejeta sur La tête.
Le taureau arracha ses cornes des planches et resta un Instant coiffé de la cape rose du chulo, sans pouvoir se débarrasser de ceite cape, qui, pompant le sang que ranima! avait sur les épaules, se teignit de larges taches de pourpre. L'animal piétinait sur l'extrémité de la cape, mais le centre du manteau était arrêté par ses cornes. Un instant, il tourna furieux sur lui-même, comme s'il devenait insensé, puis la cape vola en pièces, excepté un lambeau qui demeura, comme une banderolle. fixé a la corne droite.
Lorsqu'il put y voir, il embrassa toute l'arène d'un rapide et sombre regard
Au-dessus de la barrière, reparaissaient toutes les têtes des chulos et des banderilleros fugitif:, prêts qu'ils étaient à sauter de nouveau dans le cirque dès que le taureau se serait éloigné.
Sur deux points parallèles, se tenaient Lucas Blanco et Cucharès, calmes tous deux, regardant tous deux.
Trois hommes tiraient le picador de dessous son cheval. et essayaient de le mettre sur pied. Le picador vacillait sur ses grosses jambes garnies de fer. Il était pale comme la mort et une écume sanglante teignait ses lèvres.
lies deux chevaux, l'un était mort tout à fait, l'autre essayait de repousser la mort à coups de ruades.
Le troisième picador, le seul qui fût resté debout, se tenait sur son cheval, immobile comme une statue de bronze. Après une investigation d'un instant, le taureau fut fixé. Son œil s'arrêta sur le groupe qui emmenait le picador blessé.
Il gratta le sable, qu'il fit jaillir jusque sur les gradins avec ses pieds de devant, abaissa son nez au niveau du sillon qu'il venait de creuser, poussa un beuglement terrible, et s'élança sur le groupe- Les- trois hommes qui emportaient le blessé l'abandonnèrent et coururent à la barrière.
Le picador, presque évanoui, mais ayant cependant enla conscience du danger, fit deux pas, battit un instant l'air de ses mains, et tomba en essayant d'en faire un troisième.
Le taureau se dirigeait sur lui.
Mais sur sa route il rencontra un obstacle. Le dernier picador s'était enfin ébranlé, et il était venu se placer entre l'animal furieux et son camarade blessé.
Le taureau fit plier sa lance comme un roseau et ne lui donna qu'un coup de corne en passant.
Le cheval grièvement blessé pivota sur ses pieds de derrière et emporta son maître a l'extrémité de l'arène
Le taureau parut hésiter entre le cheval encore vivant et le picador qui semblait mort.
Il s'élança sur le cheval.
Puis, après l'avoir fouillé profondément, et avoir laissé dans une des nouvelles blessures qu'il venait de lui faire ce lambeau de cape dont nous avons parlé, il se retourna vers l'homme que Lucas Blanco aidait à se soulever sur un genou.
Le cirque éclatait en applaudissemens. les « bravo toro » ne cessaient pas. Quelques voix, plus enthousiastes, l'appelaient « joli garçon, cher taureau ».
Il fondit sur Lucas Blanco et sur le picador. Lucas Blanco fit un pas de côté, étendit son manteau entre lui et le blessé ; le taureau, trompé, s'élança sur la cape mouvante.
Je regardai nos compagnons Boulanger était pâle ; Alexandre était vert ; Maquet, comme la nymphe Blblls. fondait littéralement en eau.
SI j'avais eu un miroir, madame, je vous dirais comment j'étais moi-même. Tout ce que je puis vous dire, c'est que l'étais si fort ému. que je n'éprouvais absolument rien de ce dégoût qui m'avait été promis, et que moi. qui me sauve quand Je vois un cuisinier prêt à tuer une poule, je 1)p pouvais détacher mes yeux de ce taureau qui avait déjà a peu près tué trois chevaux et bles=é un homme
Il s'était arrêté sur lui-même, ne comprenant iir>n sans doute à la faiblesse de l'obstacle qn'071 lui avait opposé, et il s'apprêtait à continuer la lutte.
Ce fut encore Lucas Blanco que lui offrit le combat, ayant sa cape de taffetas bleu pour toute arme offensive et défensive.
Le taureau s'élança sur Lucas Lucas fit une passe sem-
blable a la première, et le taureau se retrouva à dix pas plus loin que lui.
Pendant ce temps, chulos et banderilleros étaient redescendus dans l'arène; les valets du cirque étaient revenus chercher le picador, qui, appuyé sur eux, gagnait la barrière en marchant plus facilement.
Toute la quadrille entourait le taureau, agitant ses capes ; mais le taureau n'avait de regards que pour Lucas Blanco. C'était une lutte entre lui et cet homme, dont aucune autre attaque ne pouvait le distraire.
Quand un taureau regarde un homme ainsi, il est bien rare que ce ne soit pas un homme mort.
— Vous allez voir, me dit Rocca, en me posant la main sur le bras, vous allez voir.
— Arrière! Lucas, arrière ' crièrent d'une seule voix tous les chulos et tous les banderilleros.
— Arrière. Lucas ! cria Cucharès.
Lucas regarda dédaigneusement le taureau.