‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 203 sur 283 · I.e taureau vint droit à lui la tête basse · texte numérisé non relu

I.e taureau vint droit à lui la tête basse

Lucas lui posa la pointe du pied entre les deux cornes et lui sauta par-dessus la tête.

Alors ce ne furent plus des applaudissemens, ce ne furent plus des cris, ce furent des rugissemens.

— Bravo, Lucas ! crièrent vingt mille voix. Viva Lucas! viva ! viva !

Les hommes jetaient leurs chapeaux et leurs pétacas dans l'arène, les femmes jetaient leurs bouquets et leurs éventails.

Lucas saluait en souriant, comme s'il eût joué avec un chevreau.

Nos compagnons, tout pâles, tout verts et tout ruisselans qu'ils étaient, applaudissaient et criaient comme les autres.

Mais ni ces cris ni ces applaudissemens furieux ne détournaient le taureau de son idée de vengeance. Au milieu de tous ces hommes, c'était Lucas que son regard suivait, et tous ces manteaux voltigeant à ses yeux ne pouvaient lui faire oublier ce manteau bleu céleste contre lequel il s'était deux fois inutilement heurté.

Il s'élança de nouveau contre Lucas, mais cette fois en mesurant son élan de manière à ne pas le dépasser.

Lucas l'évita par une volte habile.

Mais l'animal n'était qu'à quatre pas de lui.

11 revint sans lui donner relâche.

Lucas lui jeta sa cape sur la tête et gagna la barrière à reculons.

Voilé un instant, le taureau laissa prendre à son adversaire une dizaine de pas d'avance ; mais la cape éclata en lambeaux, et le taureau s'élança de nouveau sur son ennemi.

C'était une question d'agilité. Lucas arriverait-il à la barrière avant le taureau? Le taureau aurait-il rejoint Lucas avant qu'il n'eût atteint la barrière?

Lucas mit le pied sur un bouquet, le pied glissa sur les fleurs humides ; il tomba.

Un grand cri retentit poussé par vingt mille voix, puis un profond silence lui succéda

Il me passa comme un nuage devant, les yeux ; au milieu de ce nuage je vis un homme jeté à quinze pieds de haut.

Et. chose étrange, au milieu de cet éblouissement. tous les détails de la toilette du pauvre Lucas m'apparurent. Sa petite veste bleue, brodée d'argent, son gilet rose à boutoni ciselés, sa culotte blanche, toute passementée sur les coutures.

Il retomba. Le taureau l'attendait ; mais un autre adversaire attendait le taureau.

C'était le premier picador, remonté sur un cheval frais, et oui. rentré dans l'arène, fondit sur l'animal au moment où il abaissait ses cornes vers Lucas.

Le taureau, se sentant blessé, releva la tète: et, comme s'il eût été sûr de retrouver Lucas où il le laissait, il fonça sur le picador.

A peine eut-il laissé Lucas derrière lui. que Lucas se releva, salua le public en riant. Par un miracle, les cornes avaient passé des deux côtés de son corps : c'était le front seul de l'animal qui l'avait lancé dans l'espai

Par un autre miracle encore, il était retombé sans se faire aucun mal.

Une immeuise rumeur de joie parcourut toul I" cirque, la respiration revenait, à vingt mille personnes

Maquet était presque évanoui, Alexandre ne valait guère mieux et demandait un verre ù

fin le lui apporta

II en but quelques goutte- e1 le rendant aux trois quarts plein :

— Portez cela au Mançanarès, dit-il. cela lut fera plaisir

En ce moment on entendit une grande rumeur: les trompettes sonnèrent.

Pardon, madame, niais 11 y a deux heures inexorables l'heuro de la. poste el l'heure de la mort. L'une me presse; à vous Jusqu'à l'autre.

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