‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 222 sur 283 · I : '■■">' tilles ,1e | préd · texte numérisé non relu

I : '■■">' tilles ,1e | préd

it sur nous comme une nu»e de goélands sur un

1 • ■ nn i P i mportant quelque chose a

rue le trop grand empresse-

DE PARIS A CADIX

ment ne nous fût encore plus désavantagea* que la trop grande négligence; mais appel fait dé tout notre bagage,

il faut le dire à la gloire des commensaux de l'hôtel des Quatre-Nations, rien n'a manqué.

En somme, nous n'avons pas trop perdu du coté du confortable, et nous avons fort gagne du coté de la courtoisie Le premier mot que nous a dit notre note, c esl que dans sa posada les étrangers étaient parfaitement libres de recevoir qui Us voulaient ; ce qui était une preuve que la cause de notre déménagement ne lui était pas inconnue.

Mais voyez de quelle façon cornue l'esprit humain est fait, madame; nul de nous n'a manifesté le désir «le profiter de la permission.

Et maintenant que nous en avons fini avec nos tribulations, permettez-moi de vous parler un peu de la ville: je n'en ai encore guère vu autre chose que ce que l'on en voit en allant de la fonda de l'Europe, de pudibonde mémoire, a la poste; mais c est déjà assez pour en prendre une idée générale.

D'abord Cadix est la fille bien-aimée du soleil, son œil de flamme la couvre de ses plus ardens rayons ; de sorte que la ville tout entière semble être dans la lumière.

Maintenant trois teintes seulement saisissent la vue: le bleu du ciel, le blanc des maisons et le vert des jalousies. Mais quel bleu ! quel blanc et quel vert : Il n'y a pas de cobalt, il n'y a pas d'outremer, il n'y a pas de saphir comparable au bleu; il n'y a pas de neige, il n'y a pas de lait, il n'y a pas de sucre pareil au blanc ; il n'y a pas d émeraude, il n'y a pas de vert véronèse, il n'y à pas de vert-de-gris qu'on puisse comparer à ce vert.

De temps en temps, à travers les grilles d'un balcon, sortent les branches d'une plante que je ne connais pas, et dont la fleur rayonne sur la muraille comme une étoile de pourpre.

Nulle part, en Espagne, je n'ai vu les maisons si élevées qu a Cadix; c'est que Cadix ne peut s étendre ni a droite ni à gauche, et se trouve forcée de demander à la hauteur ce que son étroit ilôt lui refuse en largeur : aussi chaque maison se hausse-telle sur la pointe du pied, l'une pour regarder le port, l'autre la mer, celle-ci Séville celle-là Tanger.

Cette exiguïté de terrain fait les rues de Cadix au moins aussi étroites que celles des autres villes d'Espagne. Hâtons-nous de dire qu'elles ne sont pas mieux pavées.

Mais ce qu'elles ont sur les autres villes d'Espagne, et ce que je ne sais à quoi attribuer, c'est que Cadix est la seule ville où j'ai vu des rues qui semblent aller au ciel

Comprenez-vous, madame? 1 extrémité de ces rues dont je parle aboutit au vide, et elles sont bornées par l'infini ; cet azur qui s'étend au bout de deux ligues blanches appâtait alors du bleu le plus excessif, le plus absolu le plus intense.

Tout cela est gai, vivant, lumineux, tout cela donne l'explication de ces nuits pleines d'amour et de sérénades, que même en Espagne on appelle les nuits de Cadix.

Rien a voir du reste à Cadix, ni monumens, ni palais ni musée; une cathédrale d'assez méchant goût, voila tout! Mais ce qu'on vient chercher à Cadix comme à Naples, c'est ce ciel bleu, cette mer bleue, cet air limpide, et ce souffle d'amour qui court dans l'air

Aussi aime-ton Cadix sans savoir ce que l'on aime à Cadi\ Nous avons couru toute la journée avec notre aimable consul, monsieur Huet, et à part une charmante dame qui nous a reçus avec une grâce toute française, et qui donne tout exprès pour moi un bal demain, je serais fort embarrassé de vous dire ce que j'ai vu.

En passant sur une place qui doit être la place de la Constitution, je suis entré à la poste aux lettres.

Pas plus de nouvelles d'Alexandre que s'il n'existait pas. La malle de Cordoue arrive a minuit heureusement, et père avoir ce soir de ses nouvelles par lui-même.

Toute cette fatale aventure de Julia m'a ôté la mémoire d'une chose fort importante.

Au moment où nous allions nous mettre en route pour aller faire notre visite au commandant du Véloce, on nous a annoncé le capitaine Bérard.

Nous nous sommes regardés tout honteux. Nous étions prévenus.

Le commandant Bérard est un homme froid, mais extrêmement poli. 11 nous a dit ce que la lettre que j'avais reçue la veille nous avait dit déjà, c'est que lui et son bâtiment étaient a notre entière disposition.

Pour nous en donner la preuve, il nous a demandé nos ordres pour le départ.

Comme vous le comprenez bien, madame, il y a eu à occasion assaut de politesse entre moi et le commandant. Enfin, il a été convenu que nous partirions le 23 au matin.

C'est deux jours et demi que nous avons encore à passer à Cadix. J'en suis en pont .nipte ; ce sursis

donnera a Alexandre le temps de nous rejoindre.

Tout l'équipage du i re enchanté et nous bénir

du rond du coeur. Pour . - officiers qui fout le

service entre Oran et Tangi .lonc ce que c'est, ma-

dame, que de stationner quatre jours a Cadix.

Je crois en vérité que la visite de cérémonie du capitaine a dégénéré en visite de pi i pour passer dix minutes avec nous, il est resté trois heures C'est un esprit sérieux, mais qui pardonne aux esprit; gais. Je crois que nous nous entendrons à merveille avec lui.

Apres la visite du capitaine, non.- i celle des

autres officiers. Ce sont de charmans garçons, avec lesquels nous allons faire un voyage vraiment royal ; ils connaissent •l'adix a merveille et se chargent de nous piloter.

Au reste, nous serions injustes envers Giraud et Desbarol les si nous disions que nous avions besoin des autres pour cela; tous deux étaient venus déjà à Cadix, en assez misérable état, a ce qu il paraît, les malles ayant pris je ne sais plus quel chemin qui n'était pas celui des individus. 11 eu était résulté que nos deux voyageurs, qui éprouvaient le besoin cle mettre des chemises blanches, avaient été obligés de faire laver celle qu'ils avaient sur eux, ce qui avait été l'affaire de loute une journée.

Mais on n'est pas embarrassé pour une chemise de plus ou de moins quand on a l'imagination de Giraud et de Desbarolles. Ils tirèrent les draps du lit, en firent des toges, et se drapèrent en Romains.

L'art y gagna : la journée fut employée par Giraud à classer ses croquis, par Desbarolles à mettre ses notes au courant.

Ce fut dans ce costume pittoresque que monsieur Huet les trouva et fit leur connaissance.

Aussi monsieur Huet avait-il gardé de Giraud et de Desbarolles une profonde impression, qui fera probablement tort à celle qu'il gardera de nous.

Adieu, madame ; j'ai bien peur de mètre laissé entraîner au delà de 1 heure de la poste par le plaisir que j'ai â causer avec vous.

P. S. A quelque chose malheur est bon ; comme je l'avais prévu, ma lettre n'est point partie et je la rouvre.

Alexandre a donné signe d'existence, madame. J'ai reçu une lettre ou plutôt un dessin de lui, en date du is novembre.

Ce dessin représente une petite main ouvrant une porte. Alexandre et son ami Paroldo sont prêts à entrer par cette porte; un Espagnol, d'aspect formidable, les suit erveloppé dans un manteau.

Tout cela prouve qu'il est en train de faire une comédie de cape et d'épée, dans laquelle, comme Shakspeare, et Molière, il joue le principal rôle.

Je ne sais pas combien la comédie aura d actes, mais à coup sûr je viens de recevoir le premier.

Au reste, il est probable qu'Alexandre, craignant les indiscrétions de la poste, aura préféré le crayon à la plume.

De l'époque de son retour, il n'est aucunement question, ce qui me porte à croire que la comédie commencée est des plus intéressantes.

Comme nous devions partir ce matin pour faire une promenade autour de la baie, nous avons passé la soirée à visiter les magasins de nattes.

Les nattes sont la spécialité de Cadix.

Je ne sais rien de plus propre, de plus coquet, de plus élégant que ces grandes nattes blanches, soup1 des toiles, avec leurs dessins et leurs bordures rouges et noires. J'en ai acheté je ne sais combien s que

le Véloce aura la bonté de nous transporter a Alger, puis à Alger j'aurai bien du malheur si je ne trouve pas une occasion de les faire passer en France.

4. neuf heures du matin, monsieur Huet est venu nous chercher en voiture. J'ai envoyé a la poste, qui est place Mma et non pas place de la Constitution, comme je le croyais. Mais il était encore trop matin, on ne distribuait pas les lettres. , , ,.

Je n'ai pas besoin de vou .adame, que la lettre

illustrée que j'ai reçue hier d Alexandre ne m'a que médiocrement rassuré. L'Espagnol au sombrero et au manteau sm. les yea te; heureusement qu il y a cer'.aln

couteau 'de Châtellerault, tru'Alexandre tient de la Providence moyennant la s OUatws francs, qui me ras-

SUCe qui'achève de m'inférer un peu de tranquillité dans l'esprit est cette porte ouverte et cette petite main qui

DE l'AKlS A CADIX

: l i-ml OU ltlll ■ D

tU .

le dessin .

. sont

, suit

dia-

le des car-

nais Uexan-

, et s'il l'a

llu»t -i l<

é que la veille que je ] , mais monsieur moi-même, montâmes . ur lluet emme-

. prendre. Monsieur des coffres, et J'ai vu que

s d'heure nous nme un ruban, avec I

lie. C'est au l.out de tache a l'Europ nime u.i de ces petits bàlimens autans promènent avec un ni

. de la ville a peu près, une

lui tournâmes le l Ile de Léon.

gauche, et les tadalète h notre <J™«L sur les bon 'louve

itall e ml

que tradition, n'est-ce ras. mal„i perdu. Troie, perdue comme

i d'une femme.

lit Homère, le père de l'IUadt; seuirrateur on peut-être même lltlon romaine: tandis qu'on n« armans romanceros qui 01

rs qui lui arrivèrent avaient roi le jour où il ouvrit la tour

four d'Hercule, dont nous avons vu averte par Irlgue,

i n'y trouva que ces paroles terribles muraille :

. rt i que lu as ouvert cette

qui ouvrli ur doit mettre en feu

l'imprudent ; un pi- ■• de fer.

•flre.

Les.

•u, et des arba-

qui sembl

-, r (que '

urne.

Donc, pendant que l'ouragan dispersait la flotte de son

dofia Florinde, qui le croyait abordé et vainqueur,

doua Florinde descendit avec ses compagnes dans le jar-

oucha sur le gazon.

compagnes se couchèrent autour d'elle.

Folles jeunes filles se croyaient à l'abri de tous les

Alors, dofia Florinde leur proposa de se mesurer les jambes avec un ruban de sole jaune. Ses compagnes commencèrent; puis, quand chacune eut pris la mesure de sa jambe avec le ruban, doua Florinde prit le ruban à son tour, et t son tour mesura la sienne.

Et il se trouva que dofia Florinde avait parmi toutes la jambe la plus fine et la plus élégante.

Toutes en convinrent.

Mais la fatalité voulut qu'une fenêtre du palais des rois goths donnât sur le jardin du comte, et par fatalité encore qu'il fit du vent.

irte que le vent écarta les arbres, et que le regard ardent du roi Rodrigue passa à travers le feuillage.

Or, le roi n'avait jamais vu si joli visage ni si Jolie

A peine 1 eut-il vue, qu'il sentit un grand feu qui lui brillait le cœur.

C'était le feu qui devait dévorer toute l'Espagne.

Le même jour, il envoya chercher la fille du comte.

Rodrigue était roi. et quand il ordonnait, il fallait obéir.

Dofia Florinde obéit, et se rendit chez le roi.

— Tu sauras, ma Florinde chérie, lui dit-Il, que depuis que je t'ai vue, je m en vais mourant : si tu veux me rendre à la vie, mon sceptre et ma couronne sont

On dit que d'abord Florinde ne répondit rien, et même

tend qu'elle se tacha. Mais à la fin de l'entrevue,

ce que demandait le roi lui fut ac«ordé ; et toute l'Es-

pagne fur perdue, par le caprice de Rodrigue et par la

faiblesse de Florinde.

l'on demande à qui des deux fut la faute, les hommes disent que c'est à la Cava, et les femmes à Rodrigue.

Il faut pourtant croire que dofia Florinde se repentit, car elle écrivit à son père pour lui avouer sa faute, qu'elle rejeta, bien entendu, sur le roi Rodrigue.

i le vieillard lut sa honte, 11 saisit ses che\ deux mains, les arracha de son front, et les jeta au vent. qui les emporta, pan Ils d'argent que l'automne

arrache a la quenouille de la Vierge.

Oh I B'écria-t-il, oh! roi qui t'es conduit comme un

vilain : Noble qui as commis une action par laquelle est

■• ma noblesse, qu'ils ne s étonnent point ceux gui

Iront une chose qui n'eût pas dû se faire, car un

perfide i>orte ses \a-san\ a la trahison.

re le ciel! elle amènera la ruine de l'Espagne en-

stte lâcheté que le roi a commise sur mon sang :

les Innocens payeront pour le coupable, les sujets pour

i en mon pouvoir une autre vengeance terrible, c'esl celle-là que j eusse prise, mais Ji

d'autre. Malheur à toi, don Rodrigue, malheur a l'Espagne)

Ifrlcata entre donc Ici par Tarif;. . mol.

Qu'il pilli i mon propre domar

sur mi terres. On ne dira pas que je me suis plus

les autres ratai ou propice, le ant, le dé roule sur la table, et nul ne l'emirlr lieu! l'infâme roi, quoi qu'il fasse, pi

els. l'honneur, le sceptre et la vie. et le ,,ii est jn la réparation qu'en même

ra l'outrage. •

, 1 eut dit, le comte Julien appela un

pagnol une lettre que celui-ci éortvtt

.in' il eut achevé cette lettre, le comte ; h que nul ne sût ce qu'il avait écrit.

de douleur pour pagne

,iu roi more, et un disait que s 11 lui donnait lire i rullen, lui donnerait l'Espagne.

si renommée, el renom-

tltre oh la meilleure, la plus belle, la plus

si parfaite en béante, SI

ur le crime de ton roi. tu

mlnatlon des Mores '.

■ rjurtant les .vsturies.

re des braves.

DE PARIS A CADIX

.Mais le roi dOD Rodrigue ne savait pas encore l'arrêt du destin. Il resseml la n'i] put réunir de che-

valiers et de vassaux, et m. m ha a la rencontre des Mores.

Mais les Mores étalent nombreux : Tarek les commandait.

La bataille dura huit jours.

Au huitième jour, les ennemis étaient vainqueurs, et les soldats de don Rodrigue fuyaient de tous

Rodrigue quitta le champ de bataille a son tour.

Il allait seul, le malheureux ! sans un seul ami <iui l'accompagnât.

Son cheval était si las, qu'a peine pouvait-il marcher. D'ailleurs sou maître ne le guidait plus et il allait où U voulait.

Le roi, sans force, avait presque perdu le sentiment. 11 allait, a demi mort de soif et de faim. C'était pitié que de le voir.

Il était tellement rougi de son sang et du sang 'le ses ennemis, qu'on eût dit une braise ardente.

Sou armure, resplendissante de pierreries avant la bataille, était bosselés de toute part : son épée pendait a sa main, ébréchée comme une scie.

Son casque, enfoncé sur sa tête, cachait son visage gonflé de fatigue et de douleur.

Il monta sur la plu h m colline, et de là il jeta les jeux sur sa belle armée.

Sa belle armée s'enfuyait tonte en déroute.

Il jeta les yeux sur ses drapeaux et ses étendards.

Ses drapeaux et ses étalent foulés aux pieds et

couverts de poussière.

Il cherche des yeux ses capitaines.

Tous ses capitaines .--.'ni tués.

Il regarde la plaine.

La plaine est teinte de sang, et te sang s'écoule en ruisseaux qui vint se jeter dans le neuve.

Et triste et honteux de voir cela, 11 dit tout en pleurant :

« Hier j étais roi de toutes les Espagnes.

" Aujourd'hui je ne le suis plus d'une seule ville.

» Hier j'avais des forts et des châteaux par centaine.

■• Aujourd'hui je n'en ai plus aucun. Aujourd hui, aujourd'hui je n'ai plus même une tour crénelée que je puisse dire être à moi..

« 'h : malheureux fut le jour, oh ! malheureuse fut l'heure où je naquis, puisque ma naissance devait faire la honte de l'Espagne !

« Oh ! fatal fut le jour, fatale fut 1 heure où j'héritai de cette magnifique seigneurie, puisque je devais perdre cette magnifique seigneurie en une seuie bataille : »

Puis, quand il eut dit cela, il frappa Orelio de l'éperon, et Orelio, retrouvant un reste de force, emporta son maître, qui fuyait la tête tournée encore vers le champ de bataille.

Un seul de ses capitaines, nommé Alcastras, le vit fuir. Il était couché à terre dans le sang de ses blessures ; il se leva, ht quelques pas vers son maître ; mais son maître, emporté par Orelio, disparut.

Alors Alcastras s'achemina vers Tolède, où la cour était restée, et se présentant chez la reine, quoiqu'il lui en coûtât d'apporter un si mauvais message:

— Madame, dit-il en ouvrant la porte, vous n'êtes plus reine. Vous n'avez plus aucun pouvoir, car en huit jours de bataille vous avez perdu votre état, et le roi Rodrigue lui-même, je l'ai vu fuyant, cruellement blessé, et à cette heure il di aort ou captif.

La reine tomba évanouie sur son trône, et ce ne fut que quatre heures après qu'elle reprit ses sens.

Alors elle ordonna a Ali de lui conter la chose

comme elle s'était passée. Et Alcastras obéit sans rien omettre.

Et la reine répondit : Ce doit être ainsi, et je n'ai plus de doutes, car la nuit passée j'ai fait un mauvais songe. Je voyais don Rodrigue partant en hâte, le visage furieux et les yeux sanglans, pour aller venger la mort du malheureux don Sanche. et il revenu et le corps lires, s'avançait vers mol, me tirant par le bras, et me disant en plein tort :

u — Adieu, adieu, ma reine, calme-toi. Je pars Les Mores

m'ont vaincu. Les Mores ont. triomphé de mol. Ne prends

nul souci de pleurer ma mort, ne prends nui souci de ton

seulement à te mettre a l'abri la-bas,

au loin, le plus au loin possible. Va- .

de l'Asturie, car là seulement lu seras en m ê. Tout le reste du royaume est aux Mures. »

temps-là l'Espagne se lamentait, dl

« u Rodrigue, Rodrigue, tourne le peu nr mol, et vois comme ces infidèles maudits me pillent et me brûlent.

";' ;"' ' ' bataille tes

soldats qui sont mes enfans.

^ Pauvre Espagne, perdue pour un caprice, perdue pour

j- n'appelle plus Florinde iïorinde, je l'appelle la

LjA'a (ij.

Cette gloire de tes i mt tant de

elle n'est plus; tu las sacrifiée à un moment de

plaisir, a un moment de plaisir tu a- sacrifié oyaume

orps et ton âme. Ton bonheur es s malheurs

commencent.

Pauvre Espagne, perdue par un caprice pour la Caval »

Cependant don Rodrigue fuyait toujours. Il s'enfonçait dans les montagnes les plus profondes, afin de n'être point par les Mores qui le poursuivaient.

ii rencontra un berger qui faisait paître son troupeau et u s'approcha de lui en disant:

moi, bonhomme, où je trouverai quelque habli ->u métairie où je puisse me reposer, car je meurs de '.'ligue. Le berger lui répondit, aussitôt :

us chercheriez vai seigneur, car il n'y a dans

' désert qu'un ermitage, où demeure un erinite qui mène une vie 1res sainte.

Le roi lut heureux d'apprendre tela. il pensa qu'il pourrait finir ses jours avec cet ermite, et il demanda au berger de lui donner à manger s'il avait quelque chose.

Le berger tira une besace dans laquelle il mettait son pain, et 11 partagea son pain avec don Rodrigue, ainsi qu nu morceau de viande fumée que d'aventure il avait Le pain était noir et mauvais.

Le roi se rappela les mets qu'il mangeait en d'autres temps, et des larmes coulèrent de ses yeux sans qu'il les pût retenir.

Puis, après qu'il eut mangé et qu'il se fut reposé, il s'informa de l'ermitage : le berger lui enseigna le chemin qui y conduisait, et le roi lui donna sa chaîne et sa bague. C'étaient des joyaux de grand prix et que le roi estimait beaucoup.

Puis il se mit en route et arriva en vue de l'ermitage comme le soleil se couchait.

Aussitôt ii s'agenouilla et fit sa prière. Puis, ayant aperçu l'ermite, il marcha droit à lui. L'ermite lui demanda qui il était, et comment il était venu là. Le roi lui répondit :

— Hélas : je suis don Rodrigue, qui fus roi d'Espagne. Dieu m'a ôte mon royaume en expiation de mes péchés. Je viens faire pénitence avec toi ; ne reçois pas de chagrin de ma présence, au nom de Dieu et de la vierge Marie. L'ermite lui répondit :

es, vous avez choisi le chemin qu'il fallait pour votre salut, et Dieu vous pardonnera.

Et disant ces mots, l'ermite se mit à genoux, priant Dieu de lui indiquer la pénitence qu'il Imposait au roi. Alors il lui fut révélé de la part de Dieu, que Rodrigue eût à s'enfermer dans un tombeau avec une couleuvre vivante, et que Rodrigue eût, à prendre cela en patience pour le mal qu'il avait fait.

L ermite, fort joyeux, retourna vers don Rodrigue et lui dit ce que Dieu ordonnait Et don Rodrigue dit :

- \iue la volonté de Dieu soit faite, il se coucha donc dans un tombeau avec une couleuvre. près de lui.

Et le jour l'ermite alla le voir.

— Comment vous trouvez-vous de votre compagne? demauda-t-il au roi.

— Jusqu'à cette heure, elle ne m'a point toui

que Dieu, sans doute, ne l'a point voulu, dll drlgue. Mais prie pour moi, saint homme, afin qu'elle me touche el que I u hèva bien ma vie.

L'ermite pria, et trois jours après revint encore.

— Eh bien? dit-il.

— Eh bien! dit Rodrigue, Dieu a eu pitié d<- mol, la couleuvre me mord.

L'ermite l'encouragea, el le roi Ro irut de la

uioi'mh à la "" livre.

Ainsi finit Je roi Rodrigue au ayani rime

sur la terre, s'en alla tout droit au ciel. Voila, madame, le poème que chante encore l'habitant île i Lies plaines où luadalète, où

mte Qtue 'i ' ' nulle an.- i i Français et

' ■ adéro aient laissé d'aussi poétiques s >uvenirs.

Ml I., îi liant

• i • . - ILLUSTRE

. ioce.

Je vous écris à bol madame; dans deux

beures nous levons 1 le ne tiens plus a la terre

■PC même i dont je vous parlai* hier.

1 1 i.-r de Puerto Santa-Marla, tandis que

[U6 mol de ces sortes de choses,

,'ics caves qui font la richesse de la

[aria que le vin de Xérès se ré- Ide (gastronome.

savez, madame, le fameux xérès, le xérès des clieiiazan est si heureux de. trouver i iin roi des pâtés.

Puerto Santa-Marla est il un véritable pèlerinage in petit bate.ni - qui va d'heure

i-Mai a Cadix, porte à i baque ( une cargaison complète, du moins bon nombre d'échantillons de gentlemen voyageurs, qui. après s'être * i. Lu ii veulent comparer le pajareto au \ quatre heures, nous étions de retour â Cadix après ivolr fait le tour de la baie.

bateau A vapeur était arrivé en rapprenant, j'eus l'espoir oju'il avait ramené Alexandre, je me hatal donc de regagner l'hôtel. Mais au Heu et place de l'enfant prodigue. Je ne trouvai qu'une deuxième lettre, ou plutôt ira un deux Cebi | i tentait un Intérieur.

m. lin qui lavait attiré du dehors, le poussait dans une chambre assez coquette pour une bre ci ir qu'an assez bon lit fai-

sait !.• prlm Ipal ornement de cette rhambre.

Le d même date que le premier, c'est-à-dire

qu'il est du i- Qorembre

Heurensamenl il y a matie-posie ce

i b Qu'Alexandre arrive ou n arrive pas, non les que

le li-n.li m. urd'hul, serait le Jour de

lenl Saint Prix s'engage à rester a attendre Uexand qu'il

la moitié de mon ai M • quel soupir Je pousse en

til que son paire i Hem le bal qu'on me donne (je crois vous avoir

dit, m ni une cj m un bal en

qu'on mi dom

tte

u l'ai pi i mon burnous, ■ soucher, car quel-

llon

de tous les

- la langue

I lin me, .-i pour

mais

Desbarolles ne fit aucune difficulté pour se mettre avec moi en quête du conducteur

Nous retournâmes à la poste. Porte close. Xous frappâmes chez le voisin. Le voisin ouvrit.

Noos demandâmes au voisin l'adresse du conducteur.

ulement le voisin nous la donna, mais il s'offrit à nous conduire à la maison yu il habitait, nous jurant ses dieux que nous ne la trouverions jamais seuls.

Qu'il avait bien raison, mon Dieu, le digne voisin !

Nous courûmes près d'un quart d'heure par des ruelles dans le genre de celles qui aboulissent à la Seine du côté de la Grève. Puis enfin, nous nous arrêtâmes devant une maison parfaitement obscure.

11 nous fallut un autre quart d'heure avant qu'elle s'ouvrit et qu'elle s éclairât.

u nous vîmes paraître une chandelle, puis une vieille femme.

Elle nous conduisit dans une espèce de mansarde où dormait le conducteur.

Je m e qui se passa dans l'esprit du brave

homme lorsqu'il vit en sortant de son sommeil trois hommes debout près de son Ht, et drapés dans leurs main-

s.ui se crut tombé dans un cercle de lr

juges. raière expression de sa physionomie fut

la terreur.

i u i liguâmes la cause de notre venue.

m qu'effectivement un jeune homme grand el blond, aux cheveux châtains et frisés, avait retenu sa place, <' l'avait même prise.

a une lieue de Cordoue, le jeune homme avait fait arrêter la malle poste, avait sauté en bas, avait donné un

louis au ducteur, avait prononcé quelques mots qu'il

n'avait pu entendre, et avait pris sa course à travers les i lumps

Cette course l'avait mené si loin, et dans une direction si opposée a relie que le conducteur devait suivre, qu'il avait jugé inutile d'attendre le fugitif, et qu'il avait continué son chemin.

Il nous montra sa feuille. Effectivement elle portait lins criptlon de trois voyageurs

Le premier était l'officier Le second la dame. Le troisième Alexandre.

Il n'y avait point de dont, i ivolr les deux noms étaient .iii. .n toutes lettres.

L'hl u .m de plus en plus fantastique.

Vous dire, madame, dans quel dédale se plongèrent nos trois imaginations, serait chose impossible.

Nous allâmes Jusqu'à Imaginer que le digne conducteur, de concert avec le postillon, l'officier et la dame, avait I '. ..n. h. .i t'avait Jeté dans quelque ravin.

De cette situation d'esprit â la menace, il n'y avait qu un

I. I. naines au conducteur que s'il répondait .les pa plus forte rais. m répondait il des voyageurs, et que. puisque le petit Dumas était inscrit sur la feuille, il fallait que le petit Dumas se retrouvât.

Non- ce qu'il paraît, une certaine énergie dans

la met. . ;. . on. lu. t. ni se iroubla.

trouble, nous insistâmes.

m n êtes-voua parens du jeune homme?

— Je suis son père, répondls-Je.

jure i" vous êtes son père.

je t. .i ■ . m plus m moins mu Horatio et Marcellus. Alors Je puis tout vous dire reprit le conducteur, dont

Il soulagée.

Non seulement vous le pouvez, mais vous le devez !

tout était . onvenu.

.pii?

\\.. moi.

Quelle . j eonvenuo?

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DE PARIS A CADIX

II

— Vous allez voir par qui il a été surpris, pauvre Jeune homme !

Je décachetai vivement la lettre et trouvai un troisième dessin.

Alexandre était caché sous le lit déjà signalé dans la seconde lettre ; sa tète seule passait, et il se trouvait nez à museau avec le chien caniche dont je vous ai touché deux mots.

Alexandre avait le doigt sur ses lèvres et essayait de séduire le chien ; mais le chien paraissait incorruptible, et continuait d'aboyer avec férocité.

Je compris toute la situation.

— Il n'a donc pas voulu se taire? demandai-je au conducteur.

— Hélas ! non, monsieur.

— Et ses aboiemens?

— Ont attiré la mère, le frère et le cousin.

— Ah! ah! et que s'est-il passé?

— Monsieur, par bonheur, votre fils, qui est un garçon charmant, avait un couteau long comme cela.

— Oui.

— Eh bien ! il a montré son couteau.

— Après?

— Après, la mère, le cousin et le frère l'ont laissé passer.

— Tiens, tiens, tiens.

— Mais ce n'est pas le tout.

— Comment, ce n'est pas le tout?

— Non, la jeune personne lui a fait dire qu elle voulait le suivre.

— Où, le suivre ?

— Où il irait.

— En France?

— Partout. Seulement elle n'exigeait qu'une petite formalité.

— Laquelle?

— C'est qu'il l'épousât.

— Qu'il l'épousât !

— Oui. Oh! c'est très facile en Espagne; le premier prêtre venu vous marie, et l'on est très bien marié.

— Pour l'Espagne.

— Oui, pour l'Espagne.

— Diable ! voilà qui me rassure. J'ai deux ou trois amis qui se sont mariés ainsi en Italie, mais dont le mariage n'a point passé la frontière.

— Je ne comprends pas.

— Il est inutile que vous compreniez. Mais, dites-moi. comment vous trouvez-vous mêlé là-dedans?

— Attendez donc.

— J'attends.

— Il a tous les alguazils de Cordoue à ses trousses.

— Bah ! Et qui les y a mis?

— La famille.

— Pourquoi?

— La famille a juré qu'il ne l'enlèverait pas. Il a juré qu'il l'enlèverait De sorte que maintenant c'est au plus adroit.

— Mais vous, que faites- vous dans tout cela?

— Je le cache.

— Où cela ?

— Chez moi.

— Comment lavez-vous connu?

— Par le tailleur. Je suis l'ami du tailleur.

— Voyons, éclaircissons un peu tout cela. Je respirai un instant.

— Il est chez vous?

— Oui.

— Dans ce moment ?

— Oui, s'il ne l'a pas enlevée.

— Mais par quel moyen l'enlèvera-t-il?

— Je lui ai fait faire connaissance avec des contrebandiers de Malaga.

— Qui vont l'emmener à Malaga?

— Sans doute.

— Et de Malaga, où ira-t-il?

— Vous rejoindre.

— Où cela?

— Où vous serez.

— Mais il n'aura pas assez d'argent, le malheureux l

— Bah ! la jeune fille est riche.

— Et les alguazils?

— Ils le croient parti

— Ah ! voilà donc pourquoi son nom est sur la feuille ?

— Oui.

— Voilà donc pourquoi il est parti ostensiblement avec vous?

— Oui.

— Voilà donc pourquoi il vous a quitté à une lieue de Cordoue ?

— Eh, oui ! eh, oui ! eh, oui ! Cette nuit tout le monde le croit sur la roule de Cadix, tout le monde dort tranquille. La jeune fille se lève, elle ouvre la porte. Elle sort, il l'attend dans la rue avec trois contrebandiers, Et en route pour Malaga !

— Diable ! diable I

— Est-ce que vous ne trouvez pas le plan bien conçu?

— Trop bien.

— Oh ! c'est un jeune homme charmant, que votre fils

— Vous trouvez ?

— Plein d'imagination.

— Vraiment?

— Et qui ne tient pas à l'argent

— Ah ! cela, j'en sais quelque chose.

— Ainsi, monsieur, soyez donc tranquille, et partez.

— Je partirai, soit ; mais je ne suis pas tranquille. Et il ne vous a pas dit où il me rejoindrait?

— monsieur, il n'a pas pu me le dire, puisqu'il n'en sait rien.

— C est juste. Et vous m'avez dit la vérité?

— La pure vérité.

— Jurez à votre tour.

Le conducteur jura. Je regardai Desbarolles et Giraud

— Eh bien, demandai-je, qu'en dites-vous?

— Je dis qu'il est bien heureux, s'écria Desbarolles ; Je suis venu exprès en Espagne pour trouver une aventure pareille, et je ne l'ai pas trouvée.

— Le malheureux ! dit Giraud, il a femme et enfant.

— Tiens ! c'est vrai, dit Desbarolles.

— Le résumé de tout cela est que je ne dois pas m'inquiéter, n'est-ce pas? dis-je au conducteur.

— Pas le moins du monde, monsieur. Il est jeune, adroit, résolu, il a un bon couteau. Dieu sera pour lui.

— C'est le fameux couteau de Châtellerault, dit Giraud ; toujours la Providence.

— En attendant, mon ami, dls-je au conducteur, voilà, non pas pour l'aide que vous lui avez prêtée, mais pour le dérangement que nous vous avons causé.

Et je lui donnai vingt francs.

— Ma foi ! monsieur, dit-il, que ne commenciez-vous par là? j'aurais vu tout de suite que vous étiez son père.

Le mot était touchant, je me retirai dessus.

Dix minutes après, je rentrais au bal beaucoup moins inquiet d'une façon, mais beaucoup plus de l'autre.

Maintenant, madame, si vous avez des nouvelles d'Alexandre avant moi, car il est possible qu'au lieu de me rejoindre, il s'en aille directement de Malaga à Marseille -, si, dis-je, vous avez des nouvelles d'Alexandre, donnezm'en.

Le reste de la nuit se passa tant bien que mal, je dormis peu. Je voyais sans cesse la mère, le frère, le cousin, le conducteur, et même le caniche, le caniche, qui, pareil au barbet de Faust, prenait dans mes rêves des proportions gigantesques.

A sept heures, comme je commençais à m'endormir, je fus réveillé par les matelots qui venaient chercher nos malles.

En un tour de main nous fûmes prêts, personne n'avait guère dormi. Les aventures d'Alexandre Junior avaient été commentées de toutes les façons.

Saint-Prix, surtout, n'y comprenait rien. En six semaines. il n'était encore parvenu qu'au bûcher. En vingt-quatre heures Alexandre en était arrivé où le chien l'avait découvert .

Et Dieu seul savait le chemin qu'il avait fait depuis.

A huit heures, nous quittâmes l'hôtel, Saint-Prix nous accompagna. Comme j'espère toujours qu'Alexandre viendra par Cadix au lieu de s'en aller par Malaga. Saint-Prix attendra quatre jours.

C'est du dévouement, pour un homme qui a laissé son cœur à Séville

Et maintenant, adieu, madame. Je ne vous écrirai plus que de la troisième partie du monde : la cheminée fume. le bâtiment appareille. Je n'ai que le temps de fermer ma lettre, et de la donner à Saint- Prix, qui la mettra à la poste à Cadix.

Encore une fols, adieu, madame ; demain je vous écrirai ce qu'il y a de nouveau en Ain "

— Quid novi ferl Afrlca, comme disaient les Romains.

IMPRESSIONS DE VOYAGE

Le Véloce

ILLUSTRATIONS

Gustave DORE, FOULQUIER & GERLIER

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