PARIS A. LE VASSEUR ET C" ÉDITEURS
33, rue de Fleurus, 33
LE VÉLOCE
Nous arrivâmes à Cadix le mercredi 1S novembre 1846.
Nous étions assez inquiets. Il avait été convenu entre monsieur le ministre de l'instruction publique et moi, avant mon départ de Paris, qu'u!n bâtiment à vapeur nous attendrait à Cadix pour nous transporter à Alger : de Séville. où nous retenaient, et le bon accueil des habitans. et la promesse de Montés et du Chiclanero qui s'étaient engagés â nous donner une course de taureaux, j'avais écrit à monsieur Huet, consul à Cadix, pour lui demander s'il connaissait dans le port quelque paquebot de guerre stationnant à notre intention, et il nous avait répondu que depuis huit jours aucun paquebot de guerre d'aucune nation n'était entré à Cadix, ce qui ne nous avait point empêchés de partir, pour être fidèles à notre rendez-vous si notre bâtiment ne l'était pas au sien.
Seulement nous étions restés trois jours de plus à Séville que nous ne comptions y rester.
Ces trois jours de retard dans notre itinéraire avaient eu pour but, vous le savez, madame, d'attendre mon fils qui, un beau matin, avait disparu : les renseignemens recueillis sur lui m'avaient bien indiqué qu'il avait repris la route de Cordoue, mais ne m'en avaient point dit davantage ; or, comme il existe une route qui va directement de Cordoue â Cadix en laissant Sévllle à deux lieues sur la gauche, j'espérais, en arrivant dans la ville du Soleil, trouver mon paquebot et retrouver mon fils.
Le rendez-vous pour Alexandre était à l'hôte! de l'Europe ; ceux de mes lecteurs qui veulent tout savoir, et qui désireraient de plus amples renseignemens sur cette absence, sont refjïoyés i mes lettres sur l'Espagne.
Notre attention tout entière, en entrant dans le port de Cadix, n'était donc point pour cette charmante ville qui, comme le dit Byron :
Blanche, grandit aux yeux, fille du flot amer, Entre l'azur du ciel et l'azur de la mer.
Notre attention était toute pour la rade.
Cette rade offrait aux regards une véritable forêt de mâts, au milieu desquels nous voyions avec joie s'élever deux cheminées, et flotter deux pavillons.
Ces deux pavillons étaient tous deux tricolores.
Donc, au lieu d'un bâtiment français, il y en avait deu c dans la rade.
Nous mîmes pied à terre sur la jetée, et, tandis que mes compagnons surveillaient le débarquement, je courus jusqu'à la douane pour y prendre des Informations.
Ces deux bâtimens étaient l'.lchêron et le Véloce.
h'Achéron. arrivé depuis trois jours, allait porter sur la côte du Maroc monsieur Duchâteau, notre consul à Tanger, chargé de présenter à Abd-el-Rhaman les présens du roi de France.
Lo Véloce. arrivé depuis la veille seulement, n'avait point encore de destination connue.
Toute notre espérance se concentra donc sur le VHoce.
Après les difficultés habituelles, la douane nous laissa passer, et nous nous acheminâmes à travers des rues un peu plus larges mais aussi ma! pavées nue les rues de Séville, de Grenade et de Cordoue, vers l'hôtel de l'Europe.
Notre installation n'y était point faite encore, qu'on m'annonça monsieur vlal, second ] la i irvette le Véloce
Au milieu de l'inquiétude générale, I •■ ils toujours gardé la sérénité qu! convient aux chefs d'expéditions, Je me retournai vers mes compagno "- les différentes attitudes où les avait surpris I annonce du mosso, avec un regard qui leur disait clairement :
— Vous voyez que je n'avais pas eu tort de compter sur la promesse qui m'avait été faite.
Tous s'inclinèrent.
Monsieur Vial fut Introduit.
Il était détaché du bâtiment par le commandant Bérard, et m'apportait une lettre.
Monsieur le ministre de la marine ayant dit à la tribune
que II ir un mollira de coi lettre tout Qnera une idée d c croyance que li . a mi -- eu ■ inéral, ar le ministre de la i particulier.
- Cabinet.
Monsieur,
Le mai
qui D< . J'
r que le 6 de ce mois, i lettre que vous Madrid ; nous recelé monsieur de Saivandy, enrayer chercher à Cadix.
dire, monsieur, combien le maréi.s prive de vous m MM Lu bateau a vapeur par', ee la frégate II rdre d'.cl-
Cadix, ou sur le point de !a efl trouver ; le commandant doit même s'inn auriez pas lait une excursion dans les ■tiendra là où vous pourriez vous em-
r. que !e beau pays où vous vous
tara fait prendre un peu en patience la, rnlontatre que nous vous taisons faire sur rne •• Le : par lan-
de la TOUS quand vous voudrez, i>ar
qui part le chaque se-
- avec ton: .ai -ma-
plus tôt posparoai dos d mon
nom. isaire a Ol
itale de l'Algérie en gardant le trait
• Je n ai . nr, que le maré-
plUS tilt •..
n se de travail arriéré, qu'il i 1 eu m mettre & l'on
Ri ressti n de mes regret
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Cette assurance éclaircit un peu l'avenir aux yeux de . qui, ayant manqué de mourir du mal de mer sur le Guadaiquivir, n'envisageait pas d'une façon riante un voyage dans le pays des Clmmériens, que les anciens regardaient comme le berceau des tempêtes.
Le dîner fut gai, et nous donnâmes à monsieur Vial un échantillon de ce que nous pouvions faire sous ce r.i là ; lui, de son côté, nous parut un excellent convive, et nous nous hantés les uns des autres.
Il avait été convenu que le lendemain à midi nous irions .. bord du Féloce rendre visite au capitaine, et que le samedi 21, à huit heures du matin, nous appareillerions pour Tanger.
Ces trois jours avaient été réclamés par mes compagnons voir Cadix, et par moi pour donner à Alexandre le temps de nous rejoindre.
Le lendemain, a onze heures du matin, comme nous faisions nos préparatifs pour nous rendre à bord, on nous annonça .le commandant Bérard.
C'était en effet le capitaine du Ycloce qui prévenait notre en venant nous faire la sienne. Nous reconnûmes lu, honte, cette extrême courtoisie de nos officiers de marine Le commandant Bérard resta quatre heures avec nous, et Je crois qu'à son retour à bord i! aussi charmé de nous avoir pour passagers que nous l'étions nous de 1 avoir pour capitaine.
Il avait été an tre visite au Yéloce serait remise
au lendemain, et que dans cette visite nous prendrions cone de notre aménagement.
Nous fumes exai t- Le VtlOCt nous attendait comme une coquette sous les armes ; le commandant était à l'estout l'équlp i : < m ; nous fûmes reçus au son
du sifflet du contremaître.
Le commandant s'empara de nous et nous emmena dans l'entrepont. La salle à manger, que l'on nous indiqua tout
immandant ayant entendu dire que di liayonne nous mourions de faim, — la salle à mange i des augustes passagers qu'elle
n Si Si i ■; des rideaux de soie
i i ères aux i nain] si s'ouvi
i-ile.
Ces étaient au nombre de cinq.
>upe, mi s entrait par deux portes, tenait toute
i liai il la plus grande, mais aussi
celle où il y avail le plus de mouvement surtout
dans le tani m te chambre formant l'extrémité du
i i quatre aut re pagnaieni ses Sa
Au nombre des qt d rai était la chambre d
pitalne. llapr ilèn ouverture qu'il fit de son d ii céder, Je l'arrêtai court, et il fut convenu qu'autant I rsonm
donc trois chambres.
i jer prit l autre; la troisième fut ré-
a Alexandre.
u lu faire à Maqnet et a Giraud les mêmes me le capitaine nous avaient faites, mais Ma quel el Giraud s'étaient déjà renseignés | •>!. et
quitteraient i des offi-
ciers.
Icters étant placé juste au centre * de tout le navire l'endroit où le mouvement îible.
II leur fut don.- montré à chacun une chambre excel-
ijna il se vantait hautement d'être par-
avec les caprices de et 11
i n conséqu û In ' r toute son In
i passerait la nuit.
; , n uni. ivs vacantes, nous ne nous était plus qu'il n'en fallait
position sa cabine du pont;
u te dans ci i i : i la place d un.
était une véritable b mettait à l'air d'entrer par la enta l'armurier, dont nos fusils avalant le fait faire un ballot dl tout
• : ce liai:- 1 i ctement , Je le nom-
. tenante, mon armurier extraordinaire. Il moi i dont j'aurai 1
nlr mes i ndant
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du bâtiment, du. .api
Giraud i exprimaient le leur plus trop
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insigner la chose en son HH m mal de mer sur li
LE VELOCE
dalquivir. qu'en se tenam couché sur le pont, de San-Lucar à Cadix.
Nous attendîmes vainement Alexandre pendant la journée du lendemain et cc-Ue du surlendemain ; non seulement Alexandre ne reparut point, mais les nouvelles qu'on recevait de lui par les conducteurs de diligence et les courriers de malle-poste, se formulaient d'une i. con si fantastique, qu'il était impossible d'établir sur ces nouvelle- aucune pro habilite de retour.
Heureusement, un jeune Français que nous avions rencontré à Sêville, monsieur de Saint-Prix, nous avait suivis jusqu 6 i adlx. Il me promit d'y attendre Alexandre, et de me l'expédier à Gibraltar par un des b&tlmens a Tapeur faisant la traversée entre l'ancienne Gadès et l'ancienne Oalpé
Malgré toutes ces précautions prises pour l'heureux retour de l'en! ml prodigue, je n'en quittai pas moins Cadix le cœur serre et l'esprit inquiet ; mais 1 heure du départ avait été fixée au samedi 21, à huit heures du matin, et le samedi il. à ■■!'! heures et demie, nous mettions le pied sur le canot envoyé par le commandant pour nous prendre sur le port, tandis que la yole, avec son équipage au grand nos bagages.
Le Vêloce était environné dune nuée de mouettes, de margats et de goélands. En arrivant dans les eaux du bâtiment Je voulus donner a nos futurs compagnons un échantillon de mon savoir-faire, je lâchai mes deux coups de fusil sur deux margats qui tombèrent tous deux.
Les matelots de la yole allèrent les chercher, tandis qu'après ce coup d'éclat, nous marchions triomphalement à bord.
Le hasard avait fait que les deux margats n'étaient que démontés, on les apporta à leur tour; le chirurgien leur fit l'opération à l'aide d'une paire de ciseaux, et on les lâcha sur le pont, où ils se mirent incontinent à courir et à manger, a la suprême joie de ces grands enfans qu'on appelle Les matelots.
Tous deux furent baptisés à l'instant même, l'un reçut le nom du Véloce at l'autre de VAchéron
Paul apportait un troisième passager, démonté sur le Guadaiquivir, c'était un goéland de la plus grosse espèce, et qui avait l'air d'un albatros, celui-là s'appelait déjà le Rapido, du nom du bâtiment qui nous avait transportés de Sêville à Cadix.
La formalité voulait que nous remissions nos passeports entre les mains du capitaine ; nous nous empressâmes de remplir la formalité, afin de sortir le plus tôt possible de notre caractère officiel.
Comme monsieur le ministre de la guerre et monsieur le ministre des affaires étrangères ont dit tous deux à la tribune,
Le premier : Qu'on pouvait me croire effectivement chargé d'un,- mission, puisque \e , en vantais à tout propos.
Et le second: Qu'il ignorai! <- ,/ qu'une mission
eût été donnée au monsieur dont il était question, mes
lesteurs me permettront de mettre sous leurs yeux mon
ne j'ai déjà fait de la lettre relative au
Veloce.
Après quoi, j'en aurai fini avec ces messieurs.
« Au nom du roi des Français.
« .Vou.<, ministre secrétaire d'Etat des affaires étrangères, prions les officiers civils et militaires, chargés de maintenir l'ordre public, dans l'intérieur du royaume et dans tous les pays amis ou alliés de la France, de laisser passer librement monsieur Alexandre Dumas Davy de la Pailleterte, se rendant en Algérie par l'Espagne, chargé d'une mission du ministère de l'instruction publique .< Voyageant avec deux domestiques
« El de lui donner aide et protection en cas de besoin. « Le présent passeport délivré à Paris, le 2 octobre 1846.
« Signe Gercer.
■ Par le ministère.
- Le chef de bureau de / rie.