DE LAMARRE
On objectera que monsieur le ministre dos affaires étrangères signe tant de passeports qu i! a bien pu oublier qu'il ait signe celui-là.
A l'objection, je répondrai qu'une circonstance toute personnelle aurait dil aider sa mémoire.
Le 2 octobre, à onze heures du matin, monsieur le ministre des affaires étrangères m'avait fait prier, par monsieur Génie, de venir en personne prendre mon passeport. au ministère.
J'avais eu l'honneur de me rendre à cette invitation, et j'étais resté près de deux heures à l'hôtel du boulevard des Capucines.
Si monsieur Gulzot l'a oublié, monsieur de Salvandy. qui
a déjà donné la preuve qu'il avait plus de mémoire que ses confrères, se le rappellera certainement.
XRAFALGAB
Je vous ai déjà fait faire connaissance, madame, ai ! rodant Bérard et le lieutenant Yial tu mot maintenant sur le reste de l'état-major du Viloci 11 se composait de quatre officiers :
Le second lieutenant, le deuxième enseigne il), le ehi-
mmlssaire.
Le second lieutenant, monsieur Salles', était un 1: de trente-cinq ans à peu près, blond, d'une figure douce et agréable, fort instruit, et de relations charmantes : mais d'une santé assez mauvaise pour lui donner des heures de mélancolie, pendant lesquelles il se tenait enfermé dans sa cabine, n'apparaissant sur le pont que pour son service. ae nous nous séparâJ i rvions a peu près
guéri, non pas de sa maladie, mais de sa tristesse; je crois qu'il nous a regrettés, ne fût-ce que i Le deuxième enseigne, monsieur Antoin un homme
Lgé pourquo n'était-il encore qu ■ second enseigne? personne n'eût pu le dire; car il passait a bord pour un excellent officier. Cependant, quoiqu'il eût vingt ans de service, comme il n'était pas porté sur les cadres, il pouvait être renvoyé, sans retraite, au premier caprice passant dans la tète d'un chef de bureau du ministère de la marine. Cette position précaire linquiétait. Soit misanthropie, soit timidité, nous le vîmes peu.
Le chirurgien-major, monsieur Marqués, était un jeune nomme de vingt-cinq à vingt-six ans ; i! faisait sur le Yèloee l'intérim du chirurgien du bâ a congé ou
malade, je ne sais plus trop. Il appartenait à l'armée de terre; il n'était pas encore familiarisé avec le perfide élément, comme on dit au palais de l'Institut. Maquet et Giraud lui furent spécialement recommandés.
Le commissaire, monsieur Rebec, arrivait de Marseille en droite ligne : non seulement il en arrivait, mais encore il y était né ; origine qui nous rapprocha à l'instant même. mus le savez, madame, Marseille est une seconde patrie pour moi. tant elle me fut hospitalière ; quelquesuns de mes meilleurs amis sont de Marseille Méry, Autran. Quand j'ai voulu créer Jeux types: l'un de l'intellihumaine portée au plus haut degré l'autre, de l'honneur commercial poussé aux dernières limites ; je les ai empruntés à cette fille do la vieille Phocée. que j'aime comme une mère; et je les ai nommés Dantès el Morrel. Le reste de l'équipage, sous-officiers et matelots, se com-
cent vingt hommes à peu i Nous n'eûmes, pour le moment, que le temps de faire une connaissance toute superficielle : aussitôt que nous fûmes < bord, on commença d'appareiller.
La prédiction de Via! a l'endroit du baromètre ne s'était point réalisée ; au lieu du beau fixe qui nous était promis. il tombait une pluie fine qui jetait un voile de brume sur cette ville d'azur, d'émeraude et d'or, que l'on nomme Cadix ; mais Via! n'en maintenait pas moins son dire ; il ne s'agissait que de sortir du port pour que le baromètre remontât ; et le vent de la pleine mer, chassant devajrt lui brouillard et nuages, devait, avant qu'il fût midi-, nous rendre, eu échange de ce soleil de novembre et de cette
i e sol 11 toujours jeune . i ce
jours pur de l'Afrique.
Il y a dans ce mot Afrique quelque chose fli que et
de prestigieux qui n'existe pour aucune des du monde. L'Afrique a été de tout temps la s en
mens et das prodiges: demandez plutôi au vieil Homère, et 11 vous dira que c'est sur son rivas Qfùe poussait le lotus, ce fruit si do aux étrangers qui le mangeaient te natale; c'est-à-dire le plus pulssai
UTique qu'Hi l rides, dont Hercule doit cueillir i ■ i et b palais des Gorgones, dont Persée doit forcer les portes.
C'esl en Afrique qu'i - Gara-
manthes où, au dire d'Hérodote encore, les bœufs Obligés de paître i reculons rs cornes étran-
ges qui s'allongent p i tête et se courbent
en avant de leur museau.
C'est en Afrique que Strabon place ces sangsues Ion-
(i] Le pr m > ' :. . monsieur Durande, éiall fthsenl
bicntùt pour i u
XDRE DUMAS ILLUSTRE
de s*i dont une seule suit: r le sang
p mpoi ■ • ■■■ faunes
m loin des
es que vl-
disparue, et
levei leil.
couraient aussi autruche et qu 0 t itl i, qui ont
i queue, le cou i i i la salive guérls-
roj tue aussi sûrement .v. i lie avec sa flèche ; le
lierre la plus dure, étalent tous ■ d Afrique.
■ nue l'Afrique • p- stres, car l'eau
le bêtes féroces auprès
lacs et là, de gré ou de force, les maies
femelles de races différentes, et de
Btre ; noms inconnus, des indl-
. mes nouvelles. »
Urique encore que régnait ce fameux Prêtre Jean,
Polo (an plus puissant les autres
li la les autres
in monde, et qui tenait sous son empire plus de la
du Ml.
C'est en Afrique aussi que l'aigle fécondait la louve.
le dragon, i e mi qui fait éclatai entrailles de sa mère, qui
de 1 oiseau, qui a la queue du ser- • du loup, la peau du tigre, et que Léon l'AIrila nature n'avait pas privé le ce qui le force de demeurer dans l« grand Jour lui faisant mal aux yeux. a peine trois ci Lré i Mirer même, le fameux mulet produit et de l'Ane, qui tient à la fois du père et
kumran?
il n'y a pas jusqu'aux tempêtes d'Afrique qui nous appai- i plus effrayant que les antres tem ux vents du désert <ro un nom mystérieux en soulevant cet océan de sable aux brûlant qui, Jaloux sens doute d'avoir vu la mer engloutir Pharaon et ses Egyptiens, étouffa Cam byse et son armée.
fUrient quand on leur parie du veut ,|u i vent du tremble quand on lui parle du simoun ou du
■ a Afrique que L'on a dei ouvert, en nue l'on a fait reconnaître e la comiiéral. et au colonel r, le fameux rat à trompe 'd. n:
plni
main petit an ton ,;..- par p) ,,ié par monsieur
Uuffon, et retrou Eéphlrs, ces grands explorateur»
irérle.
madame, depuis Homère Ju
un monde de plu- en royageurs et des phi surtout a notre plus réel a le mal plus en plu* irtste.
m.', que, pour le moment, nous flol '■ int a balle Gibraltar qui « d'Eu
: avant, les
• soleil.
b ne iux premiers ru i ■■• alemen ■ u passer Incontinent di
■ Il ne dit t
bord
mile
1 avant .1 ' o • ■ mulet !• ts d« la . ,, dits de la sierra H Madrid,
lu M. Il
i - tari i i tem
rmlne
sans remède qui tourmente Maquet et qui menace Giraud. anger et moi sommes montés sur un banc et accrochés d'une main aux cordages ; nous suivons les mouvemens oscillateurs du bâtiment, en étudiant la gradation et la dégradation des teintes. A portée de la main, j'ai une carabine chargée à balle dans l'attente des marsouins, fusil chargé à plomb, en l'honneur des margats. des des goélands, ou de tout autre volatile qui voudrait nous faire cette joie de passer a portée du coup
l'n quart de 1 équipage est sur le pont, le reste vaque à ses affaires, c'est-à-dire dort, joue ou bavarde dans le* premiers dessous, comme on dirait à l'Opéra; les vingt ou vingtcinq hommes visibles sont pittoresquement groupés sur La gatte, au pied du cabestan, ou sur les canons. Troi- nt avec nos amputés, qui sautillent
de pain qu'ils leur jettent, et qui continuent a affecter l'insouciance la plus complète pour le déplacement forcé qu'on leur impose.
Le bâtiment va tout seul, comme le navire Argos qu'il y ait besoin, pour le diriger, d'autre puissance ou d'autre volonté que celle du timonier, qui. d'-n air indolent tourne une roue tantôt à droite, tantôt à gauche. Il y a quelque chose de charmant à se sentir entraîner ■ innu.
Il . miiiiii es) devant nous, et nous nous en rapprochons a . Iiaque instant. Vial a dit vrai, le ciel s'écl.aircit. et la mer se ilmi Un coufant visible existe de l'Océan à la Méditer] u. liais tous comprenez crue ce qui peut causez de graves Inquiétudes à un navire à voiles ne préoccupl
.ment ce.s rois de la mer qui sillonnent leur • ; assis sur un trône de flamme, avec une couronne de fumée au front On parle toujours de la longueur des traversées 11 est POSque dans les hautes latitudes, là où la terre a disparu . tement. Là où l'on ne voi*.. aussi loin que le regard • ■mire, autre chose que le ciel et l'eau, U sible que l'ennui vienne avec le malaise, son précurseur ou son compagnon, s'asseoir côte à côte du passager; mais, en vérité, pour le penseur, c'est-à-dire pour l'homme qui es saye de plonger ses regards dans les abîmes de la mer ou dans les profondeurs du ciel, ces deux emblèmes de l'Infini, Je ne sais pas de spectacle plus changeant, plus varié. ■ . ut plus sublime, que cet horizon désert a l'extrémité 1 semblent se toucher, le nuage, cette vague du ciel, la vague, ce nuage de la mer.
Je sais bien qu'on no peut rêver éternellement: qu'il y a raversées de trois ou quatre mois, et qu'un rêve de OU quatre mois finit par sembler un peu long: mais les Orientaux ne rêvent-Ils pas toute leur vie. el quand par ri ils se réveillent! ne se hâtent-Ils pas d'avoir repour se rendormir au plus vite, à l'opium ou au h |
J'allais joindre l'exemple au précepte, et m'eDfoncer jusqu'au cou dans ma rêverie, lorsqu'on passant a côté de toujours causant avec besbaroUes, Vlal nie toucha :1e. et allongeant la main dans la direction d'un cap. sur lequel se Jouait triomphalement un rayon de soleil valnir de la pluie.
arl me dit-Il.
u ! iras qui ont une singulière puissance, cai LU
' en eux tout un monde d'idées, qui aussitôt mj ellea
sentent à notre esprit viennent l'envahir et en chas-
s. i violemment les idées antérieures, au milieu desquelles
esprit se reposait calme et serein comme un sultan
dans son sérail
Kntre l'Angleterre et nous, il y a six mots qui résument toute notre i Istolre
POITIBR8, — AZINCOURT, — ABOUKIB Tll U VI
• U V ri l;| 00.
primant chacun une de ces défaites dont on
• ni un pays ne se relèvera Jamais, uno de ces hlesi ar lesquelles on croit qu'un peuple doit perd»
mg.
. France s'est relevée, et cependant le sang i dans les veines de son robuste peuple: l'Anglais I us: mais nous l'avons toujours I mquis à Orléans la couronne qu Hen ri VI avait mit sa tête : Napoléon n
: d'Austerlltz, a gratté a Amiens les fieurs de Us 1 1. lait depn nus ans le blason de Oeor-
Oue les Anglais ont brûlé Jeanne d'Are à Rouen Sainte-Hélène, rengés en faisant de l'une une
Ml" te haine, qui attaque sans cesse,
•■ qui repousse •'•••■inenement ?
i'.ux qui, depuis cinq siècles, apporte 1 in-
LE VELOCE
gleterre chez nous, et ce rellux qui, depuis cinq siècles. la remporte chez elle ?
Ne serait-ce pas que dans l'équilibre des mondes elle représenterait la force et nous la pensée, et que ce combat éternel, cette étreinte sans fin, ne serait rien autre chose que la lutte génésiaque de Jacob et de l'ange, qui luttèrent toute une nuit front contre front, liane contre flanc, genou contre genou, et jusqu'à ce que vint le jour?
Trois fois renversé. Jacob se releva trois fuis; et, resté debout enfin, devint le père des douze tribus qui peuplèrent Israël et se répandirent sur le monde.
Autrefois, aux deux côtés de la Méditerranée, existaient deux peuplas personnifiés par deux villes qui se regardaient, comme des deux côtés de l'Océan se regardent la France et l'Angleterre; ces deux villes étaient Rome et Cartilage.
Aux yeux du monde, à cette époque, elles ne représentaient que deux idées matérielles : l'une le commerce, et l'autre l'agriculture ; l'une la charrue, l'autre le vaisseau.
Après une lutte de deux siècles, après Trébie, Cannes et Trasimène, ces Crécy, ces Poitiers, ces Waterloo de Rome, Cartilage fut anéantie à Zama, et la charrue victorieuse passa sur la ville de Didon, et le sel fut semé dans les sillons de la charrue, et les malédictions infernales furent suspendues sur la tête de quiconque essayerait de réédifier ce qui venait d'être détruit.
Pourquoi fut-ce Carthage qui succomba et non point Rome? Est-ce parce que Scipion fut plus grand qu'Annibal •? Xon. Comme à Waterloo, le vainqueur disparaît tout entier dans l'omb're du vaincu.
Non. c'est que la pensée était avec Rome; c'est qu'elle portait dans ses flancs féconds la parole du Christ, c'est-àdire la civilisation du monde ; c'est qu'elle était, comme phare, aussi nécessaire aux siècles écoulés que l'est la France aux siècles à venir.
Voilà pourquoi la France s'est relevée des champs de bataille de Crécy, d'Azincourt. de Poitiers ou de Waterloo ! Voilà pourquoi la France n'a pas été engloutie à Aboukir et à Trafalgar 1
C'est que la France catholique, c'est Rome; c'est que l'angleterre protestante n'est que Carthage.
L'Angleterre peut disparaître de la surface du monde, et la moitié du monde, sur laquelle elle pèse, battra des mains.
Que la lumière qui brille aux mains de la France, tantôt torche ou tantôt flambeau, s'éteigne, et le monde tout entier poussera, dans les ténèbres, un long cri d'agonie et de désespoir.