PRISONNIERS
u m util, mcre.
dll urant.
n veille un le pi \ neuf heures du matin is une Un-
.. li • n tagnes du
i m former une i
i Formant a peine
■ " imenti carrière
LE YELOCE
Pendant la route, j'avais eu une grande causerie avec le capitaine, et voici ce qu'il m'avait raconté.
La hâte que l'on avait mise à m'envoyer le Véloee l'avait fait détourner de sa destination primitive, laquelle était de recueillir les prisonniers français qui se trouvaient entre les mains d'Abd-el-Kader.
C'était la première fols que j'entendais parler à bord de celte mission du Véloee, je demandai au capitaine des explications détaillées.
Ce que je désirais savoir surtout, c'est si le temps nécessaire nous restait pour accomplir cette mission.
Voici où en étaient les choses.
On se rappelle lhéroïque combat de Sidi-Brahim, et le retentissement qu'il eut dans tous les cœurs.
A la suite de ce combat, cent cinquante hommes à peu près demeurèrent prisonniers des Arabes.
De tous les prisonniers, le plus important était monsieur Courby de Cognord, chef d'escadron de hussards.
Le massacre de la Mouzaïa, si énergiquement raconté par le trompette Rolland, qui avait échappé à ce massacre par une espèce de miracle, avait réduit les prisonniers au nombre de douze
On avait à peu près perdu l'espoir de les revoir jamais. lorsque le 5 octobre 1S16, monsieur Courby de Cognord écrivit au gouverneur de Mellila une lettre qui lui parvint le 10 du même mois.
Par cette lettre, monsieur Courby de Cognord annonçait au gouverneur qu'il venait de traiter, avec les Arabes qui le gardaient, de son évasion et de celle des prisonniers, moyennant une somme de 6,000 douros, dont il le prie de lui faire l'avance, s'engageant personnellement à la lui rendre.
Le gouverneur de Mellila n'avait point cette somme à sa disposition, il donna aussitôt communication de la lettre de monsieur Courby de Cognord au consul de France à Malaga. lequel en référa au gouverneur d'Oran.
En même temps qu'il écrivait au consul de France, le gouverneur de Mellila faisait parvenir à monsieur de Cognard une lettre en date du 17 octobre, dans laquelle il lui annonçait et sa pénurie et les mesures qu'il venait de prendre pour que fussent faits, par les autorités françaises, les fonds qu il ne pouvait faire.
A peine le gouverneur d'Oran eut-il reçu la dépêche que lui adressait le consul de France à Malaga, qu'il fit appeler le capitaine du Véloee, en le priant de se faire accompagner d'un de ses officiers.
Le capitaine se rendit aussitôt chez le gouverneur d'Oran.
• Il était accompagné, selon l'invitation reçue, de monsieur Durande, enseigne de vaisseau.
Le résultat de cette entrevue fut un ordre donné au capitaine Bérard de se rendre à l'instant même à Mellila, avec monsieur Durande, pour conférer avec le gouverneur de cette forteresse sur les mesures à prendre pour mener à bien cette importante négociation.
En même temps, le trésor d'Oran remettait au commandant Bérard la somme de 32,000 francs, plus celle de 1,000 francs pour les frais imprévus.
Voici les instructions qui avaient été données au commandant Bérard.
Elles prouvent le peu de croyance que l'on avait généralement dans la réussite de la négociation.
Oran, 17 septembre 1846.
Commandant,
Avant votre départ, je tiens à vous répéter que je vous laisse entièrement libre de donner une suite quelconque à l'affaire dont je vous ai entretenu ce matin ; si donc vous vous aperceviez, pendant votre séjour à Mellila. qu'il n'y a rien à espérer en faveur de nos pauvres compatriotes, ramenez ici monsieur Durande, et l'argent qui lui est confié ; si même vous trouviez que le gouverneur est mal disposé, et qu'il n est pas possible de loger monsieur Durande a Mellila, sans l'exposer à se faire voler, prenez également sur vous de tout ramener : enfin, je laisse à votre sage appréciation le soin de donner à cette affaire toute la suite dont elle est susceptible.
« Vous trouverez sous cette enveloppe les instructions qui m guider monsieur Durande dans sa mission. »
Monsieur le gouverneur d'Oran connaissait l'esprit soupçonneux des Arabes ; il avait donc pris toutes précautions pour ne point leur inspirer de craintes.
Ainsi, le Véloee devait toucher seulement à Mellila, jeter monsieur Durande à terre, sous prétexte de santé, et s éloigner en le laissant ou en l'emmenant aussitôt que monsieur Durande lui aurait fait dire s'il croyait pouvoir rester sans inconvénient.
Monsieur Durande revint : le gouverneur de Mellila ne voulait point l'autoriser à rester dans la place sans une au-
LK Vl'l.OCF.
torlsatlon expresse du gouverneur général de Grenade-, il fallait attendre cet ordre.
Cependant, le gouverneur croyait au sérieux de la négolation, le commandant Bérard lui communiqua, eu conséquence, les instructions données à monsieur Durande, le priant de se mettre en son lieu et place, ce qu'il accepta.
Sur le reçu du gouverneur, les 32,000 francs furent donc laissés entre ses mains.
Le jour même où ces différens pourparlers avalent eu lieu, le gouverneur de Mellila envoya un émissaire a monsieur de Cognord ; cet émissaire était un des Arabes qui lui servaient pour ses communications avec les naturels du pays.
11 portait au chef des prisonniers une lettre annonçant que la somme demandée pour sa rançon était entre les mains du gouverneur.
Cet émissaire se présenta au douair où les prisonniers étaient gardés, comme un malade qui venait consulter le médecin français.
Un des prisonniers l'était effectivement, le docteur Cabasse, brave et excellent jeune homme, qui avait constamment oublié ses propres souffrances pour ne s'occuper que de celles de ses compagnons.
On laissa le messager, qui se traînait avec peine et qui se plaignait comme s'il allait mourir, s'approcher des prisonniers ; ceux-ci eux-mêmes, dunes du stratagème, étaient loin de voir en lui un émissaire de liberté, lorsque au moment où le docteur Cabasse lui tatait le pouls, il lui glissa dans la main le billet du gouverneur de Mellila.
Le billet fut à l'instant même remis à monsieur de Cognord, qui répondit la lettre suivante :
« Votre lettre du 18 nous a causé la plus grande joie, conservez par devers vous la somme; nous espérons d'ici à peu de temps, être dirigés près de votre ville, et pouvoir vous témoigner l'expression de notre parfaite reconnaissance. »
L'Arabe reçut cette lettre, sous la forme d'une enveloppe contenant une dose médicinale.
La lettre était tout entière de la main de monsieur Courby de Cognord, mais n'était pas signée.
Ces communications étaient les seules qui eussent eu lieu entre le gouverneur de Mellila et monsieur de Cognord
De son côté, le chef arabe qui avait stipulé avec monsieur de Cognord le traité de l'évasion des prisonniers, envoya le 6 novembre un émissaire au chef des Beni-Bouillafars, tribu voisine de Mellila, lequel devait partager avec lui les bénéfices de ce traité.
Il l'invitait à se rendre à l'instant même à la deira, afin de prendre les prisonniers et de les conduire devant la place.
Cette lettre fut communiquée le lendemain du jour où elle fut reçue au gouverneur de Mellila par un messager du chef des Bouillafars ; ce chef prévenait le gouverneur que les prisonniers ne pourraient être rendus que du 23 au 27, époque à laquelle il devait être chargé, avec les gens de sa tribu, de la garde de la ligne d'observation établie devant la ville, les tribus qui habitent les environs de Mellila faisant successivement et à tour de rôle ce service pendant quatre jours.
Pour ne pas éveiller les soupçons des Arabes, monsieur le commandant Bérard devait autant que possible s'abstenir de paraître devant Mellila : cela explique comment l'ordre lui avait été donné, pour utiliser son loisir, de me venir prendre à Cadix.
Cependant pour qu'un moyen de secours et de iras se trouvât prêt à tout événement, monsieur Durande fut chargé d'établir, a l'aide d'une balancelle uavig't le pavillon espagnol, un service de commun u a Mellila et Djema-r'Azouat.
Voila ce que le capitaine m'avait raconté pend al i
versée de Gibraltar à. Tétouan.
Or, nous étions au 26, c'est-à-dire qu'en ce moment même le sort de nos prisonniers se dé>
Mon premier mouvement avait été de renoncer au voyage de Tétouan, et comme le Véloee était a ma disposition, de le diriger sur Djema-r'Azouat ; mais le commandant ne croyait pas â l'exécution de la part des Arabes des promesses laites par eux ; puis enfin il désirait, le 27 novembre étant le jour fixé p : "- l:" '"' " !'■'
raltre dans la rade de Mellila que le 27 dans l'après-midi.
Voilà comment, malgré cette nouvelle préoccupation introduite dans nos esprits, nous étions venus jeter 1 ^ncre devant Tétouan.
Puis je crois l'avoir dit déjà, on avait envoyé par terre un messager de Tanger à Tétouan, pour prévenir le bey que nous devions visiter sa ville: c'était un engagement pris, auquel il était difficile de manquer.
lu
ALEXANDBE DUMAS ILLUSTRÉ
i vtUs pour ■ Il
le nous met) >* l'officier
aliers, qui a la plage
signaux.
• rs caracolaient •ie du capl-
qui veulent attirer
tre une chaloupe venus à notre
Intention.
Pnl, anr, 'isard, nous redescendîmes
pour
r le pont. ,ant notre curiosité ootrj chaloupe eut abordé
i communication
>[in parlait la I.
minutes de dialogue, les
revint a nous.
i bey de Tétouan qui ve-
e, et nous nag
part du Péioce, nous abor-
nt même sur le rivage, nos
, mer. nous suivîmes sa rive et I
e ne parais
• >mme S ions blanchir à
un bâtiment, ce • ur une fabrique pans Importai! ii moulin
douane et un de ga ne sortirent
lit déer plus loin
iutj en mauvais espagnol, que i quelques lnstans,
e allait aratl
niant une benre, puis pendant un» li mie.
aeojt que SCMr Anne, qui, aprfcs avoir tu \
h- rien venir llutlon de
B qu i on
l'hts-
il (| i \ ta i .
POU lions ■e espagno
iperons tort de
laquelle avait pour nous une si grande importance dans -ent.
Meilila est le Botany-Bay de l'Espagne; c'est à Meilila que l'Espagne envole ses déportés s il existe au monde un coin de terre triste à l'exilé, c'est Meilila. Meilila d'où, à l'horizon, l'exilé peut presque- voir la patrie, sans jamais pouvoir l'atteindre.
ius les bagnes du monde on peut fuir; de Meilila on ne fuit pas. ou, si l'on fuit, c'est pour tomber dans les mains des Arabes, qui tranchent la tête au fugitif.
rernelle hostilité avec la garnison de Meilila, excepté, toutefois, les jours de marché-, les autres jours, ils viennent jusqu'au pied des remparts lui envoyer des pierres et quelquefois des balles
Quand le gouverneur se tache et ferme les portes de Meilila, la garnison mange du bœuf salé ; quand il ouvre les portes, elle mange de la viande fraîche, mais c'est toujours au prix de quelque vol ou de quelque meurtre. El cependant il y a là huit cents hommes. Huit cents hommes toujours forcés de se tenir sur la défensive, sous peine d'être pris une belle nuit par surprise et égor lège bien autrement long- que le siège
de Troie, il dur * puis trois cents ans In véritable siège, car, on l'a vu dans le chapitre précéiiaque tribu arabe fait à son tour le service d'inrni nt autour de Meilila.
un comprend donc li ions prises par le gouver-
neur de la province d'Oran à propos des 39.000 francs de ii r Imrande. le général Cavaignac ayant déi.i été volé dans une négociation pareille.
mt toute la journée, 11 ne fut question que des prisonniers, de leurs chances bonnes et mauvaises, et, il faut le due, chacun Trouvait que les Chances mauvaises l'emportaient de beaucoup sur les bonnes.
En effet, quelle probabilité qu'un chef arabe pa/viendralt à soustraire a la surveillance d'Abd-el-Kader douze hommes de l'importance de ceux qui étaient encore entre ses ma ins ?
Quelques-uns disaient bien que c'é-. Kader lui-
même qui faisait cette négociation par intei médaire j mais quelle probabilité encore qn Ici rendit pour 30,000
francs dou/> rlonl U pouvait demander, 50.000
11 y avait donc sur cette importante affaire ce doute mystérieux et triste qui règne en général sur toutes les négociations qu'on engage avee oe peuple, au . œur rusé, prit versatile.
lit-ce pas un moyen encore dégorger ce reste de Fiançais échappés au massacre de la .\lou?aia, et .). Il s une apparence de cause, puisqu'on '••mirait en flagrant délit d'évasion?
Puis, c'était presque un miracle que nous, arrives pu '. ni pie, nous y 11 rivés niste pour par-
an ilcnoûment heureux il Un drame si sombre jus i dernier acte.
y pouvais pas croire, et néanmoins, seul parmi tous,
ridant la cote d'Afrique se déroulait a notre droite • un long ruban dentelé, t.imlls qu'a notre g.i
m a l'horizon, insaisissable comme un nuage, transparente comme une vapeur.
quatre heures de l'après-midi, elle • ntiê-
uit vint, et avec la nuit une forte houle; K mal de mer faisait son ravage habituel. Maquei avait regagné , i i ■-.!, i.., ni u taire une
:u\ malades; ei nous trouvantes viai qui bai
I lui long i venir; la mer était grosse, mutas bonnets du i atrrt se promenaient ai leurs pieds, comme s'ils étaleni ni
i. .i Meilila
heui unmandanl nous appela, nous
■•u ,)■■ la forteresse.
Ul me frappa en montant sur le pont, m - 'ils le i a\ iiion anglais. i prendre II
Nous JetAmes l'ancre; en un Instant tout le monde fut sur n voyait parfaitement deux uu miens amarres dans la rade; niais dans aucun le . s iiàtiniens . Mdant ne reconnaissait la Imlancelle de monsieur Durande.
i put Indiquer si la négociation m Ueunaa i une mauvaise fin.
i mps en temps appaTai utinelle. V
ponr savoir s'il enverrait une
i à lerre. et nous demandions tons à descendre etti «mlinr un i. lorsque nous vîmes un honmie apparaître sur le port, et mont i .lans une petite barque.
LE VEIii (CE
La barque se mit aussitôt en mouvement, et au bout do quelques minutes, il fut visible quelle se dirigeait de notre côté.
Le pavillon espagnol flottait à la poupe de cette petite barque.
A mesure qu'il approchait, on pouvait reconnaître cet homme pour nu officier espagnol ; lorsqu'il se crut à portée de notre vue, il nous fit des signes avec un mouchoir.
Mais, i portée de la vue, il était loin d'être à portée de la voix ; nous voyions bien ces signes, mais que signifiaient-ils?
Ces signes pouvaient aussi bien dire : allez-vous-en. que venez ; tout est perdu, que tout a réussi.
Un quart d heure se passa dans une angoisse dont on ne saurait rendre compte ; le rivage était complètement désert, deux ou trois barques de pêcheurs traînaient insoucieusement leurs filets dans la rade. Seul, le petit canot était évidemment animé d'une vie pareille à la nôtre, d'une espérance ou dune crainte en harmonie avec nos craintes ou nos espérances.
Tous les cœurs battaient, tous les regards dévoraient le canot ; on ne pensait pas à envoyer au-devant de lui, on attendait, en proie â toutes les émotions de l'attente.
Le m ors; celui qui l'agitait, et dont
on commençait à distinguer les traits, était un jeune homme de vingt-cinq ans .1 peu pri
La lunette était une impatience de plus; elle rapprochait l'homme, mais elle ne pouvait rapprocher la parole.
Cependant l'expression du visage était joyeuse; cependant le geste était d'accord avec l'expression; cependant, au milieu du bruit, du vent et de la mer, on commençait à percevoir, comme un laible son, le bruit de sa voix.
Cette voix paraissait crier un seul mot : cette voix n'eût pas crié si elle eût eu à nous annoncer une mauvaise nouvelle.
Cette mauvaise nouvelle, elle avait toujours le temps de nous la dire.
Pas nn bruit ne se faisait entendre à bord, toutes les respirations étaient enfermées au fond des poitrines; ce n'étaient plus les yeux qui étaient tendus, c'étaient les oreilles qui étaient ouvertes.
Enfin, dans un moment de calme, entre deux sifflemens de la brise, entre deux plaintes des flots, ce mot arriva jusqu'à nous :
Sauvé* 1
Un cri répondit à ce mot sauves! sauvés i
Puis, comme si tout le monde eût craint de se tromper à la fois, comme si chacun eût douté de ses propres sens, il se fit un nouveau silence au milieu duquel le même mot sauvés ! parvint à nous pour la seconde fois.
Alors ce ne fut plus une joie, ce fut quelque chose qui. un instant, simula le délire, ressembla à la folie; toutes les poitrines se dégonflaient, tous les yeux étaient en larmes, toutes les mains battaient.
Lorsque le jeune officier mit pied à terre, il n'y eut plus ni rangs, ni grades ; il n'y eut plus ni capitaine, ni passagers ; tout le monde se précipita vers lui, au risque de se précipiter à la mer.
Il fut enlevé et apporté sur le pont.
Malheureusement, il ne savait de toute la langue française que le mot qu'il avait appris avant de partir, pour nous jeter cette bonne nouvelle du plus loin qu'il lui serait possible.
Ce fut alors que Desbarolles, notre interprète ordinaire, devint un personnage important.
D'abord, nous voulûmes savoir le nom de ce messager de bonnes nouvelles: il se nommait don Luis Cappa ; il était premier adjudant de l'état-major de la place
Les prisonniers étaient sauvés, et bien sauvés ; voilà ce qu'il était important de savon- d'abord, noua nous le fîmes redire sur tous les tons, répéter dans toutes les formes.
Puis, nous passâmes aux détails.
1 comment les choses s'étaient faites.
Les habitans de la forteresse, qui n'avaient point eu de nouvelles des Boulllafars depuis cette communication dans laquelle ils avaient été prévenus que les prisonniers seraient remis du 23 au 27, attendaient avec, une anxiété presque égale à la nôtre, quand le 25, c'est-à-dire la surveille, deux Arabes se présentèrent à l'un des fossés de la place, vers sept heures du matin.
Ils apportaient la nouvelle que les prisonniers étaient à quatre lieues de la ville, et que le même jour l'échange aurait lieu, contre l'argent promis, à la pointe de la Bastinga.
ijuand les prisonniers seraient arrivés à cette pointe, le gouverneur devait être prévenu par un grand feu.
On garda l'un des deux Arabes, et l'on renvoya l'autre.
La balancelle de monsieur Durande était dans le port ; au lieu d'attendre le signal, on résolut de le devancer; on aima Jusqu'aux dents les six matelots, et l'on fit porter les 32 uuu francs dans la barque
Don Luis Cappa voulut etia de la fête et partager tous les dangers de l'expédù
La balancelle partit ; 1 . ; faisait semblant de pê-
cher et suivait la côte a m 1 poitée de canon; arrivée à la pointe de Bastinga, elle mit :. la cape.
A peine avait-elle abattu ses voiles, que quatre ou cinq cavaliers parurent, faisant des signa ix ; \;< balancelle s'approcha aussitôt jusqu'à une portée do pistolet de la côte.
Arrivés à cette distance, monsieur Di cande et les Arabes purent dialoguer.
Les prisonniers, dirent les Arabes, étaient à une demllieue.
L'Arabe de la balancelle répondit que l'argent était dans la barque, et prenant un sac de chaque main, il le montra à ses compagnons.
L'un d'eux tourna bride aussitôt.
Trois quarts d'heure après, il reparut avec les prisonniers et le reste de sa troupe.
Ils étaient onze en tout : dix hommes et une femme.
Cette femme avait été prise aux portes d'Oran avec sa fille. Il y avait déjà huit ans.
L'un des prisonniers, on se rappelle avoir lu qu'ils étaient douze, était mort de la fièvre la nuit précédente.
Tous étaient à cheval.
En les apercevant, le jeune officier espagnol n'eut pas la force de se contenir, il sauta à la mer, gagna la côte, et alla se jeter dans les bras de monsieur Courby de Cognord.
C'était une grande imprudence, car rien n'était fini encore, et les Espagnols de Mèllilà, nous l'avons dit, sont en guerre avec les tribus avoisinantes ; si rien ne se décidait, ce qui était possible, don Luis restait donc prisonnier.
Ce fut la première observation que lui fit monsieur de Cegnord, après l'avoir serré sur son cœur.
— Au nom du ciel ! lui dit-il, retournez à bord.
— Oh ! ma foi ! non, s'écria don Luis, dans son enthousiasme juvénile; en quittant Mellila, j'ai juré que vous reviendriez avec moi, ou que je m'en Irais avec vous.
Don Luis resta donc parmi les prisonniers.
Cependant les Arabes paraissaient de bonne fol, et aussi pressés de toucher l'argent de monsieur Durande, que monsieur Durande l'était de ravoir les prisonniers.
Ils envoyèrent un de leurs chefs à bord : le chef vérifia les sacs. Il y en avait six : cinq de 1.000 douros et un de 1.100, ce qui faisait juste la somme demandée, c'est-à-dire 32.000 francs.
Il revint à terre avec trois sacs, et l'on envoya à bord la moitié des prisonniers.
Puis, on alla chercher le reste de la rançon, en échange de quoi la seconde fraction des prisonniers fut libre d aller rejoindre ses compagnons.
Tous ne se crurent bien sauvés que lorsqu'ils se trouvèrent au milieu des Français, que lorsqu'ils sentirent sous leurs pieds les planches d'une barque française, que lorsqu'ils tinrent dans leurs mains chacun une bonne carabine.
Il y avait quatorze mois et vingt jours qu'ils étaient prisonniers des Arabes.
Les captifs étaient revenus à Mellila, Us y avaient passé la nuit, et le lendemain, vers deux heures, la balancelle avait mis à la voile pour Djema-r'Azouat.
Les captifs rachetés étaient ;
Messieurs le lieutenant-colonel Courby de Cognord ; le lieutenant Larrazée ; le sous-lieutenant Thomas ; le docteur Cabasse ; le lieutenant Marin, du 150 léger ; le maréchal de logis Barbut, du 2» hussards; Testard, hussard; Metz, hussard ; Trotté, chasseur au 8° bataillon ; Michel, chasseur au 4ie de ligne ; et la femme Thérèse Gilles.
L'officier mort la veille, au moment de revoir ses compatriotes, se nommait Hillerin, et était lieutenant an 'il0.
Voici les faits dans toute leur exactitude et tel les ai écrits sous la dictée de don Luis Cappa '. i'-:nème, DesbaTolles me servant d'interprète et un d le pu-
pitre.
UIF.UA R'AZOUAT
Les prisonniers, qui, dans une impatience bien pardonnable o'âvi ■ pas ; véioce
pour s'embarquer avaient donc dix-huit heures d'avance sur
Mais le vent êta ' incelle était faible. Il
y avait trois 1 11 " Prisonnier*
La premli 1 '8*i
La seconde qu i tuss m |et< I oie;
La troisième que les Arabes ne leur donnassent la chasse
DUMAS ILLUSTRE
et qu'app
□ommes.
e tussent (ait a Jer-
la madon
-mme, avec force On D • I a barque, et
..sèment, non : mau"
vats "me heures
Trente heures et
lers, c'était
quar..
n , . - rencontrerions
jian bien • r'unement. ils devaient
sarr»- • :?s rejoindre: l'avis de tous nos
m Durande était trop bon marin
a une plus longue traversée avec
plus en plus houleuse, et le vent de lire Au moment de traverser les Iles immandant mit un homme en vigie dans le -
...pide et pl>: ' jour, nous
le Mal-
oonatssarjce
il. lame» le car Très!
pnur ne rien laisser mes 1 embouchure empire du Maroc, et ■ : • a l'Isly
Il le cap Melonla : c'est a i ilgnac accula cette tribu arabe des ignac par un ige. et qui avait été cause du désastre de Stdi- [brablm
aille m ttx avalent été égor^-
lépopularlser
ne malheureuse trllui I ,
te affaire: il avait une terrible Il la prit le soir, el il
h plus de trente Arabes.
m ,-iies
' g qui taisait tous .-.es efi n- a l'aide de la longue vue. n
c'étaient t. un simplement des
mp, abrité i omme un
Au
non. ■ bataille d
ir le
Pin iinii«
lie de
i leui • hi i mi- Oran
int re-
A I mu. i,'
ii p 1
mer et
On comprend que le brave jeune homme n'avait pas voulu perdre un instant à annoncer lui-même au général d'Arheuretu dénouement du drame où il avait joué un des principaux rôles.
II était deux heures de l'après-midi à peu près, nous as repartir le même soir, il n'y avait pas de temps ire. le commandant demanda son canot; les plus pressés, et je fus de ceux-là, sautèrent dans le canot du commandant du port, et nous nous acheminâmes vers la Plage de Djema-r'Azouat. La mer était horriblement mauvaise.
Quoique parti après nous, le canot du commandant nous eut bientôt rejoints et distancés; malgré leur enthousiasme, au moins égal au nôtre. Maquet et Glraud étaient dans un état déplorable. Je les vis passer, l'un renversé en arrière, l'autre penché en avant; il me parut qu'en ce moment, les petits des poissons avaient autant à se louer r.nid. que les petits des oiseaux avaient à se louer du Seigneur.
Nous abordâmes cinq minutes après le commandant : les deux premiers visages que j aperçus lurent des visages de connaissance, je dirai presque des visages d'amis.
L'un était le chef d'escadron Picaud, l'autre le colonel Trembley.
Ils nous confirmèrent les nouvelles données par le commandant du port : monsieur de Cognord et ses compagnons étaient arrivés à onze heures du matin ; ils avaient été reçus aux acclamations générales, et le soir, un grand banquet leur devait être offert.
Noos nous acheminâmes vers la ville, c'est ainsi qu'on appelle les quelques maisons éparses .-ur la plage sablonneuse de Djema-r Azouat, en traversant un parc plein de • - dans une récente razzia.
On avait enlevé les puces avec les bestiaux, de sorte DUS arrivâmes aux portes de la ville noirs jusqu'aux genoux.
Sur la place, nous trouvâmes le colonel Mac-Manon, com- 1 colonne. Il nous invita au banquet qui devait lieu le soir, invitation que nous nous gardâmes bien de refuser; puis on nous conduisit dans la plus él. île toutes les baraques, où nons attendîmes monsieur d gnord et ses compagnons qu'on était allé prévenir de notre arrivée.
Le cœur nous battait presque autant qu'à Mellila. En vérité, il est curieux de voir combien les natures les plus opposées, les cœurs les plus forts, les esprits les plus sceptiques, se fondent aux grandes émotions. Nous 1 li six natures, six cceurs. six esprits différens. eh bien: quand le bruit des pas se fit entendre, quand la porte s'ou vrlt, quand on annonça monsieur Courby de Cognord. ton* les yeux étalent mouillés des mêmes larmes, et tous les bras s'étaient ouverts, mus par un même sentiment.
motion la plus grande était pour nous; deux Jours, monsieur Courby de Cognord et ses compagnons étaient serrés, embrassés, applaudis; nous étions pour eux de nuuveaux compatriotes venant à la suite de np d'autres compatriotes, ç ils étaient pour
les héros et des martyrs
il, en attendant le dîner que l'on préparait sous raque dressée a cet effet, un pèlerinage au tombeau du bra-. ne Géreaux, le héros du m
bout de Sldl-Ibrahlm, gui ramena les restes de sa colonne une demi-lieue de Djema r Azouat, et qui fut tué la. avec ces derniers débris de quatre Jours de bataille, tée a l'unanimité En un Instant, six ou huit chevaux furent mis a notre ion. et une partie de l'état-major s'oHrlt à nous ai ner.
nlers vinrent avec nous : les survlvans devaient bien cette visite aux m
Pour nous, celait un spectacle merveilleux que d> v renouer sous nos yeux les deux bouts de cette héroïque
imbeau du capitaine 1 si situé dans la val
led F -n - d ■ m sq li figuiers,
on le trouva mort au milieu de ses
hemln qui y conduit mt, resserré qu 11 se
par des 1 ii âgé par des fl-
s comme n. chênes.
presque parallèlement au che-
le long de la route, nous rencontrions des 1
• en u.\, comme si l'ennemi était là
qo en elTet l'ennemi est là, toujours là, Inviral, mais d Uis à craindre, qu'il apparaît :i 1 attend le moins.
1 1J1 • ta 1 Vzouat sont ces tribus ■ lia et des Ouled Rlll,
amis trompeurs, alliés à double face qui caressent d'une main et qui frappent de l'autre.
Tout le long de la route encore, au milieu des grandes herbes, nous entendions le mugissement des vache6 et des bœufs, ou le tintement des sonnettes des brebis, puis nous voyions se dresser lentement, demeurer immobiles, nous suivre de l'œil, et se rasseoir, de ces pâtres dont le fusil est caché dans les broussailles voisines, qui servent d'espions aux tribus toujours prêtes à se révolter, et qui, s'ils voient quelque soldat confiant s'égarer dans la campagne, changent à l'instant même le bâton recourbé qui leur donne l'air de pasteurs antiques, contre le couteau de l'assassin.
l'émir; nous devions donc la soutenir, car en la soutenant, nous la gardions pour alliée, tandis qu'au contraire en l'abandonnant, nous nous en faisions une ennemie.
Sur ces entrefaites, et comme le colonel Montagnac était décidé pour le parti le plus généreux, un Arabe apparut dans le camp. Il venait au nom de Trahri, chef des Souhalias: Trahri était plus dévoué que jamais, disait-il, à la cause française, l'approche du danger n'avait fait qu'exalter son amitié: si la garnison de Djema-r'Azouat voulait faire une sortie et venir s'embusquer dans sa tribu, il s'engageait A livrer Abd-el-Kader.
Le rêve de tout chef de poste est de prendre l'émir : rêve
l.c- Arabes firenl volte-face, cl disparurent dans un pli du terrain.
Tout à coup nous aperçûmes une grande place découverte au milieu de laquelle s'élevait une espèce de tumulus romain, ombragé par des touffes de figuiers, et vers lequel on pouvait s'avancer par un chemin dont le pavé formait encadrement.
C'était le tombeau du capitaine Géreaux.
Hélas '. au milieu de nos préoccupations journalières, au milieu de nos luttes de la tribune, au milieu de nos procès scandaleux, les choses, les événemens, et même les hommes, passent si vite, qu'un jour on oubliera, s'ils ne sont déjà oubliés, les détails de ce magnifique combat, que nous pouvons opposer à tout ce que l'antiquité nous a légué d héroïque et de grand.
Jetons donc une page de plus à ce vent qui roulait les feuilles de la sibylle de dîmes, et qui emporte toute chose humaine vers l'obscurité, le néant et l'oubli.