LE VE
que lui, le capitaine de Chargère et le capitaine de Raymond.
Il restait à peu près quarante-cinq hussards.
Le chef d'escadron Courby de Cognord et le capitaine Gentll-Saint-Alphonse se mirent à leur tête pour (aire une dernière charge et, par ce suprême effort, dégager la colonne que les balles décimaient à distance.
Au moment où ils s'élançaient dans ce gouffre non moins mortel que celui de Curtius, 1 émir descendait la montagne.
On le reconnaissait à son drapeau et à ses soldats réguliers.
Au bout de cinquante pas les cavaliers étaient réduits à trente, vingt pas plus loin ils étaient forcés de s'arrêter,
Tout à coup on vit monsieur Courby de Cognord rouler sur le sable ; son cheval venait d'être tué.
Aussitôt le hussard Têtard sauta à bas du sien et le donna à son chef d'escadron qui se trouva momentanément remonté.
Dix miautes après, ce second cheval était tué comme le premier.
Alors la plaine tout entière se couvrit d'Arabes et de Kabyles ; a peine pouvait-on, au milieu de ces bournous blancs ex sous cette fumée sombre, reconnaître les deux points sur lesquels achevait de mourir cette double poignée de braves.
Pendant ce temps le premier messager avait atteint 'e camp. Il avait trouvé le commandant Froment Coste déjà en chemin avec la '2» compagnie.
A deux cents pas plus loin apparut le second messager, l'un annonçait le danger, l'autre la mort.
Le chef de hataillon et ses 60 hommes s'élancèrent au pas de course, laissant à la garde des bagages le capitaine de Géreaux et ses carabiniers.
On entendait la fusillade, et au milieu de la fusillade 'es décharges régulières de nos soldats. •
Seulement, à chaque décharge nouvelle, le bruit allait s'affaiblissant.
On avait fait un quart de lieue à peu près lorsqu'on aperçut le hussard Metz qui se défendait contre cinq Arabes, c'était le reste de huit qui l'avaient poursuivi au moment où il pansait son officier, monsieur Klein, qui venait d'être blessé ; il s'était défendu d'abord avec les deux pistolets de son officier qu'il avait jetés après les avoir déchargés, ensuite avec les deux siens, ensuite avec sa carabine, et enfin avec son sabre.
A l'approche de la compagnie conduite par monsieur Froment Coste, les cinq Arabes prirent la fuite.
Au bout d'une demi-heure de marche, la fusillade, qui ' avait été toujours se ralentissant, cessa tout a fait.
Monsieur Froment Coste s'arrêta, il comprit que tout était fini, ceux au secours desquels il allait étaient morts.
A cette heure, la moisson de tètes se faisait.
Le commandant Froment Coste ordonna aussitôt la retraite; on n'avait qu'une chance de salut, c'était de regagner le camp et de se réunir à la compagnie de Géreaux.
On fit volte-face.
Mais les sanglans moissonneurs avaient fini, et s'épandaient dans la plaine au grand galop de leurs che\r
En un instant la compagnie fut entourée, et le troisième massacre commença.
Le chef de bataillon n'eut que le temps de commander le
La manoeuvre s'exécuta, sous le feu de dix mille Arabes, comme elle se fût exécutée au Champ -de Mars.
De tous ces hommes un seul donna, non pas un signe de crainte, mais une marque de regret.
C était un jeune chasseur de vingt ans, nommé Ismaël, 11 s'écria :
— O mon commandant ! nous sommes perdus.
Le commandant sourit au pauvre enfant, il comprit qu'a viiiv-i ans on connaissait si peu la vie qu'on avait bien le ii il (i, la ci
— Quel âge as-tu? demanda le commandant.
— Vingt-un ans, répondit-il.
— Eh bien ! tu auras donc à souffrir dix-huit ans de moins que je n'ai souffert; regarde-moi, et tu vas voir comment ou tombe le cœur ferme et la tête haute.
Il n'avait pas achevé qu'une balle le frappait au front, et qu'il tombait comme il avait promis de tomber. Cinq minutes après, le capitaine Burgsud était tombé.
— Allons ! mes amis, dit l'adjudant Thomas, un pas en avant, mourons sur le corps de nos officiers.
Ce furent les dernières paroles distinctes que l'on entendit.
Le râle de l'agonie leur succéda, puis le silence de la mort
La 2° compagnie avait disparu à son tour.
Il ne restait plus debout que la compagnie du capitaine rie Géreaux. laissée à la garde du camp.