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LE MARABOUT

Au premier pétillement de la fusillade, le capitaine de Géreaux et le lieutenant Chapdelaine, commandant tous

deux la compagnie de carabiniers, s'étaient tés sur la

hauteur qui dominait le camp, et pour voir de plus loin, et pour tenir une position plus avantageuse.

au milieu de cette plaine toute bosselée de mamelons, toute sillonnée de ravins, tout enveloppée de fumée, on ne pouvait rien distingaer clairement ; les deux officiers furent donc obligés de s'en rapporter, pour asseoir leurs conjectures, à leurs oreilles bien plutôt qu'à leurs yeux.

Les mêmes indices qui avaient indiqué au chef de bataillon Froment Coste la destruction des corps commaudés par le colonel Montagnac et par monsieur Courby de Cognord, vinrent annoncer au capitaine de Gv i m, i.i destruction. non seulement de ceux-ci, mais ucore de la compagnie du commandant Froment Coste.

On entendit par degrés s'éteindre la fusillade, puis le silence lui succéda, troublé seulement par le cri des vainqueurs, puis enfin la fumée monta lentement vers le ciel rougi.

Le capitaine de Géreaux comprit alors qu'il avait avec lui le reste de la colonne.

Il regarda autour de lui, la retraite est impossible avec cette cavalerie, qui en dix minutes lui aura coupé le chemin de Djema-r'Azouat ; mais à cinq cents pas est un marabout, le marabout de Sidi-Brahim, c'est un refuge à l'aide duquel on peut, sinon vaincre du moins se défendre : si l'on atteint le marabout, on n'échappera pas à la mort, mais du moins on vendra chèrement sa vie.

Mais les Arabes occupaient déjà le marabout.

On s'élance au pas de charge, la baïonuette en avant, les Arabes sont délogés, et trois ou quatre cadavres français servent de marchepied pour escalader la petite muraille ; de leur côté, les Arabes ont perdu huit ou dix hommes.

Le marabout est emporté.

Aussitôt le capitaine de Géreaux et le lieutenant Chapdelaine organisent la défense, ils font l'aire des créneaux à ce petit mur à hauteur d'appui qu ils viennent de franchir, et comme il faut toujours, chez nos soldats, que le pittoresque se mêle au courage, il se trouve un brave, le caporal Lavaissière, qui improvise un drapeau, et qui au milieu des balles va le planter au faite du marabout.

Cette opération s'exécute au milieu des cris de joie des soldats : étrange chose, ce lambeau tricolore, qui se déploie au-dessus de leur tête, au souffle d'un vent qui vient du côté des Arabes et qui par conséquent semble aniion cer la mort, ce drapeau c'est le palladium, c est le roi, i la patrie, le soldat meurt mieux à l'ombre de son drapeau qu'ailleurs; au bout d'un quart d'heure, des masses de Kabyles cernent le marabout ; ils viennent jusqu'au pied du mur enlever les mulets, qu'on n'a pu faire entrer: il est vrai que les balles françaises touillent les masses, et qu'eu échange de cette razzia ils laissent une trentaine de cadavres.

C'est qu'avec le sang-froid d'hommes qui savent qu,

, i pour eux, et lui se sont serré la main en souriant, chaque homme vise son homme et l'abat. Le lieu

lelaine surtout, excellent tireur, a pris et les cartouches d'un de ses soldats morts, et d avance, 11 désigne les hommes qu il va abattre.

En ce moment, une masse plus press " côté

de l'on véb à quatre cents mê t it. elle

s'ouvre et laisse voir l'émir suivi d n allers.

sa venue est aussitôt saluée par m uious-

queterie, cinq à six Arabes lui, et lui-

même est blessé d'une balle a La i

t □ ce moment, il fait un signe, on san arde,

ri l'on s'aperçoit qu'il dicte

Alors des deux côtés, comme d'un mutuel a 'd, le feu

C6SSG.

Un cavalier se détai " ' ' osten-

siblement ses armes, evanl ^ lettre au-des-

sus de sa tête.

En ui an i» Pied du g a remet au

capitaine de G ' ■■ ' I

insoucieux des cadavres amis un ennem qui l'entourent, Insoucieux en apparence de vie.

Le capitaine de Géreaux lit à haute voix :

VDRE DIMAS ILLUSTRE

ii fait plusieurs i i que tous

finie, de Géreaux r le lui, re-

- les voix, m I mes amis?

défendre, et d'allleu: irder à Tenir a

Le« nccla-

rir que de de la lettre de Ternir, >nse à l'émir.

I \r.itc n 1er; mais celui-ci ne

:•■ franchit, avec une BUI M des

te encore que 1 • i-abe, cette fols, n'obtient ras mime de

■ nt encore à nous, porteur

billet, écrll - en arabe, et dans

' M dit ii n vain qin • ntent ju'II tel 'i« m

i I qu'il •■ de Dieu.

I, et qu'il attend que Ton • ■ le [ni

! émir abine, tue.

quatre faces du ma- •lés on esi

illlans s'api iu'lls usent leur

sur la muraille ner.

■ut une gi ■

ur ménager leurs muni' g jus-

i lever

le alors et va, ,i vingt i marabout, établir son camp

• • ran-

mqulllement. selon leur habitude, les

ient.

•nime

' 1er la muraille.

cette mul-

ir ne

douze avait

igner le cortège, et naît

i'e atformè-

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îrnés dans la du

I a, sans eau Stmtlonn:.

tes. ils annonçaient seulement de temps en temps par quelques décharges qu'ils veillaient.

La nuit se passa toujours tranquille, seulement on ne dormait pas. La faim et la soif, ces deux vautours du désert, planaient au-dessus du marabout de Sidi-Brahim. La journée tlu 25 ne fut qu'une longue et douloureuse attente. Tous sont épuisés, quelques-uns tombent en défaillance ; mais pas une plainte, pas un murmure ne signale .et épuisement, ces défaillances ils savent qu ils sont là pour mourir, et ils acceptent l'agonie, sinon sans regret, du moins sans désespoir.

Dans la nuit on décide la retraite ; mais, comme si les Arabes devinaient cette intention, ils disposent leurs forces d'une façon plus habile qu'ils n'ont fait encore, et établissent un grand poste sur la route de Djema-r'Azouat.

Le 26, à six heures du matin, tout espoir de voir arriver du secours étant perdu, le capitaine de Géreaux annonce que l'on va faire une trouée et marcher sur Djema-r'Azouat. 11 y a quatre lieues à traverser. Des milliers d'Arabes sont éparpilles sur les quatre lieues comme les pièces d'un immense échiquier Les hommes sont épuisés ; mais n'importe, la nécessité inexorable, la nécessité qui traîne la soif d'une main, la faim de l'autre, la nécessité ne les pousset-elle pas hors de leur abri ?

Par cette décision, on ira au-devant de la mort au lieu de l'attendre. Djema renferme quelques troupes, peut-être y aura-t-11 moyen de faire prévenir monsieur Coffyn, peutêtre sera-ton aidé dans cet effort suprême ; on marchera sur Djema-r'Azouat.

On charge les fusils silencieusement ; on s'apprête avec le moins de mouvement possible.

iup les cinquante-cinq ou soixante hommes qui restent de toute cette colonne, se lèvent, franchissent les murs du marabout sur les quatre faces. Ils se précipitent ni -e sur le premier poste, qui est enlevé. Pas up de fusil n'a été tiré par nos soldats pendant cette un homme n'est tombé, les Arabes, étonnés de cette agression impossible, se rallient autour de nos soldats ralliés. L'éveil e>i donné les directions. Les Souhalins. dont on voit les l'horizon, viennent se joindre ans Kabyle- La fusillade, que la stupeur a fait taire un instant, s'engage, Inq carabiniers sont grièvement bli Mais il y a entre tous ces hommes la fraternité du danger, la solidarité de la mort; tout affaibli- qu« soient ces hommes, ils chargent les blessés sur leurs épaules ou les soutiennent par-dessous les bras. On n'abandonnera que les cadavres.

lit une chose merveilleuse a voir que cette poignée

i a t s , faciles à reconnaître à leur uniforme m mi-

[i cette nuée d'Arabes (roi les poursuivaient, qu'ils

et qui reviennent sans cesse.

■. lieues ont été franchies ainsi : on a semé plu- d un cadavre sur la route; mais, dans l'ivresse même lu danger, on a trouvé la force d'arriver, toujours combat t nt. lusqu a l'extrémité du plateau que l'on -un depuis Sidi-Brahim

. plateau on distingue toute la vallée de l'Oued Zirl. Ce ruisseau, qui coule au fond de la vallée, c'est celui qui 'i mer a quelques pas de Djema-r'Azouat; on ne volt pas encore la ville, mais on n'en est plu une deml-lb ue. et de Djema-r'Azouat on va sans doute entendre la fusillade et accourir.

'rente-cinq carabiniers sont encore vivans ; cinq nt portés sur les bras de leurs compai

reaux, essoufflé et ruisselant de sueur, ne mat m à peine.

tllonsi allons: dit le caporal I notre ca-

ld peu i'ros, de soi de la 'ii/flculté

One halte d'un Instant, mes amis, o

■ use.

me on fait halte, et l'on se forme en i ,rré

autour du capitaine de Géreaux et du lieutenant. Chapda-

halte, qui dure d'ix minutes, trois hommes • m\ morts, un expirant. it emporter le moribond.

utile, dit-il, je suis perdu ; il me resti aatre les voici.

- se tendent, les quatre cartouches se parta- !■ les plus nécessiteux

• précipite dans la vallée.

A moitié du versant, le lieutenant Cbapdelalne esl frappé a m

ti instant debout, agitant encore sa carabine, et disant :

• - pas attention à mol : a] ■

' i lemi nt à un pari .n ne

l lemier mot un homme, commi celui qui

LE YELOCE

vient de tomber, à la merci des Arabes. Si l'on n a pu l'enlever vivant, on vent du moins l'emi ït mort

Un nouveau combat se livre autour de son cadavre, un nouveau carré se forme.

Et cela avec d'autant plus de courage que l'espéran revenue; de ce versant où l'on vient de s'arrêter i air un dernier effort, on aperçoit le blockhaus, et l'on voit s'avancer par les crêtes des montagnes opposées une troupe Iran çaise.

Les Arabes aussi ont vu cette colonne au: s'avance, et se sont arrêtés.

.Mais, par une fatalité étrange, inconcevable, inouïe, la colonne rebrousse chemin ; elle n'a rien vu, rien entendu, et, malgré les signes, malgré les cris des malheureux aban donnés, elle disparaît.

C'est une nouvelle lutte qu'il faut reprendre. Le capitaine de Géreaux donne Tordre de la retraite.

On dit adieu au cadavre de Chapdelaine : un soldat coupe un côté de sa moustache, dernière relique qu il enverra, si lui-même se sauve, à une mère ou à une amie.

Mais pendant celte lutte suprême, les Arabes sont descendus du douar qui domine la montagne de droite, et lis ont coupé la retraite a cet héroïque débris de ce combat qui a dure six i

En arrivant près d'une haie de figuiers, dont quelquesuns s'élèvent à la hauteur d'un chêne ordinaire, la petite troupe se trouva tellement entourée quelle ne put faire un pas de plus.

Le capitaine de Géreaux, pour la troisième fois, ordonne de former le carré.

A cette voix chacun s'arrête, et le carré se forme.

Vingt-cinq hommes à peu près sont encore debout.

C est là que chacun use jusqu'à sa dernière cartouche.

Puis on présente la baïonnette, seule et dernière arme qui reste aux mains des soldats,

Alors les balles déciment la petite troupe.

Alors les Arabes chargent de si près, que l'un d'eux mei la main sur l'épaulette du capitaine de Géreaux.

Un pistolet chargé lui restait L'Arabe tombe tué à bout portant.

C'est He dernier coup de feu qui sort du carré.

Les Arabes reculent et nous fusillent à vingt pas.

A la première décharge, de Géreaux tombe mort avec une dizaine d'hommes.

Douze ou quinze survivent seuls.

Alors il n'y a plus de carré a former, il n'y a qu'une trouée à faire.

On se jette tête baissée au milieu des Arabes.

A partir de ce moment ces douze ou quinze braves disparaissent.

Les uns tombent morts, les autres se jettent dans les broussailles où ils pénètrent en rampant.

D'autres arrivent jusqu'aux lignes de Djema-r'Azouat. où ils sont recueillis mourans par le docteur Artigues.

Trois expirent d'épuisement, sans que leur corps offre la trace d'une seule blessure.

Mais avant de mourir, ils ont donné tous les détails de cette terrible affaire.

Ils ont dit qu'on peut sauver peut-être encore cinq ou six de leurs camarades.

Tout »ce qui reste d'hommes valides a Djema-r'Azouat demande à marcher.

On sort, on repousse les Arabes, on recueille en effet cinq ou six hommes échappés au yatagan des Kabyles

Au nombre de ces hommes, est le caporal Lavaissière.

Huit hommes survécurent.

C'était le glorieux reste d'un de ces bataillons que le duc d'Orléans créait et faisait manœuvrer cinq ans auparavant à Saint-Omer.

De l'aveu des Arabes, la victoire leur coûtait plus de neuf cents hommes.

MONSIEUR COURBY DE COGNORD

Le soir du jour du premier combat, après avoir fait sommer trois fois le capitaine de Géreaux et se-- carabiniers de se rendre. Abd-el-Kader revint vers la tente qu'on lui avait dressée.

Aux deux cotes de l'entrée de cette tente trois cents têtes étaient jetées à terre.

Abd-el-Kader laissa tomber un coup d'oeil insouciant et calme à droite et à gauche, essuya sa joue d'où découlaient encore quelques gouttes de sang, et ordonna qu'on lui amenât les prisonniers.

En tète de ces prisonniers, le plus important de tous était le chef d'escadron Courby de Cognord.

Il avait reçu cinq blessures ;' un Arabe était en train de lui scier la gorge, lorsque passa par hasard le khalifat Bou-Amédy.

Celui-ci reconnut monsieur de Cognord pour un chef, s'aperçut qu'il était encore vivant, et arrêta le bras de l'Arabe.

La blessure demeura béante, horrible à voir, mais heureusement non mortelle.

Monsieur de Cognord fut relevé, soutenu, conduit à Abdel-Kader.

Il se souvient comme on se souvient d'un rêve, il se souvient d'avoir vu ces tores gisantes, il se souvient d'avoir entendu la voix de l'émir, il se souvient d avoir essayé de répi

Autour de lui et. derrière lui étaient les quatre-vingts pi isonnii i -

Sur ces quatre-vingts prisonniers, soixante deux hommes étaient blessés, et entre ces soixante-deux hommes on comptait cent douze blessures.

Abd-el-Kader ordonna que l'on conduisit monsieur Courby de Cognord dans la tente. d'Adja-Bit, un des chefs d'Abdel-Kadei

Le chef d'escadron Courby de Cognord passa la nuit avec le maréchal des logis chef Barbut, qui pansa ses blessures.

Pendant ce temps on forçait les autres prisonniers de trier les tètes de leurs camarades et de les enduire de miel pour les conserver.

Parmi ces têtes de soldats, Têtard, celui-là même qui avait donné son cheval à monsieur de Cognord, reconnut c;lles du colonel Montagnac, du capitaine Gentil-Saint-Alphonse, et du lieutenant Klein.

Puis, lorsque ces têtes furent enduites de miel, on les leur fit compter par vingt, et mettre en piles comme des boulets dans un parc d'artillerie.

On compta quinze piles de têtes, elles étaient destinées a être envoyées aux principaux chefs du Maroc.

Le lendemain matin, lorsqu'il fut question de partir, on reprit ces tètes, on leur perça les oreilles, on les lia les unes aux autres avec des attaches de palmier, puis on mit ces tètes dans des paniers qu'on chargea sur des mulets.

Alors on amena les prisonniers.

Les plus valides durent marcher à pied.

Les plus malades furent placés sur les mulets.

Leurs pieds reposaient au fond des paniers: ils avaient des tètes jusqu'aux genoux.

Monsieur de Cognord eut seul un mulet sans paniers et par conséquent sans têtes.

On marcha, cette première journée, depuis sept heures du matin jusqu'à cinq heures du soir. On menait très rudement les prisonniers qui suivaient à pied.

A cinq heures, on s'arrêta pour coucher dans un village des Beni-Snassen : tout le monde passa la nuit, a l'air, les tètes étaient déchargées avec les paniers; les prisonniers couchaient à côté d'elles.

A six h.ures du matin on partit en se dirigeant vers la Moulaja. En suivant ce chemin on laissait à gauche les Eeni-Snassen.

En côtoyant un ravin, un mulet s'abattit: les tètes qu il portait roulèrent dans les broussailles, rebondirent sur les rocs, et se perdirent dans les profondeurs.

On s'arrêta, et l'on mit les prisonniers à la recherche des têtes. Ils durent rapporter jusqu'à la dernière; puis on se remit en route.

Ce jour-là on marcha jusqu'à la nuit ; on s'arrêta à une demi-lieue de la Moulaja et l'on établit le bivouac proximité de quelques douars.

Les prisonniers souffraient horriblement de la ques-uns n'avaient pas bu depuis l'heure où 1

été pris. On conduisit ceux qui étaieni

jusqu'à la rivière, où ils burent, et d'i i I "■ rterent

à boire a ceux qui n'avaient pu les sulvri

Comme la veille, on déchargea l l'on

à l'air.

Le troisième jour on partit de :-" ": aiatln. Ver heures et demie on était sur les b rds ' "'■ >m

la longea pendant quelque temps; enfin, vers neuf heures du matin, on la trav.

A onze heures on étal! à la

Aussitôt les prisonniers furent conduits à la tente qu'habitaient la mère d'Abi et ses femi

A cette époque l'émir avait trois femmes.

Alors on promena les prisonniers par toute la deïra, on leur donna à boire et à manger, puis on les dirigea sur le camp situé n peu près à trois lieues de l'endroit où l'on avait pa fleuve le matin même.

Dans cette dernière marche, on éloignait de la mer.

Les têtes restèrent à la deïra pendant trois jours : elles

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