‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 248 sur 283 · LE TOMBEAU DE SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DE SAINT LOUIS

Au milieu des ruines de la Carthage romaine s élevé un monument oui j> un marabout arabe; c'est) le

tombeau de .samt Louis.

doute celte forme lui a été donnée par calcul : les point de différence entre le tombeau d'un ils et d'un saint musulman, devaient respecter l'un à 1 égal de l'autre.

énemenl n'a point ti de l'archl-

Aujourd liui saint Louis est dans la régence de Tunis i' presque aussi vénéré que sidi Fathallah ou i el-Kader.

mot de la mort sainte qui couronna cette

Nous avons raconte dans notre voyage au Sinaï cette Il d Egypte, où Louis IX alla chercher une délaite plus belle qu'uni

11 avait juré, en quittant la terre sainte, de ne toucher m France Imite I-i halte fut longue:

elle dtu ' '■ i rais i\ ava i ordre È mettre en

L était malade, souffrant, aftalbll, il ne - porter ni bouclier ni cuit tait-il épée, te n i tait i lu

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comme dit i Srnceriauz, n'en demanda pas davan

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On n etan pas venu de si loin potu céder devant aient chen her le martyre ne martyre

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de France aurait réuni loir, il fallait attendre le roi de S .nelia

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LE YELOCE

Se sentir frappé c'était être averti de se préparer à mourir.

Le fléau était impitoyable, Louis ne se fit pas illusion. Il se coucha, certain de ne plus se relever, aussi se cou- Cba-t-il sur un lit de cendres.

C'était le 25 août au matin.

Louis était étendu sur la terre, les bras croisés sur la poitrine, les yeux levés au ciel.

Les mourans moins mourans que leur roi s étaient traînés jusqu'à lui, et formaient un cercle autour de lui.

Autour de ce premier cercle, les soldats qui étaient demeurés sains et saufs se tenaient debout et armés.

Au loin, sur le miroir azuré de la mer. on voyait poindre comme une bande de mouettes et de goélands, c'étaient les Toiles de la flotte du roi de Sicile.

On apporta le viatique, le roi se souleva mit ses genoux pour recevoir le Dieu qui venait à lui en attendant que lui-même allât à Dieu.

Puis le roi se n coucha immobile, les yeux à demi fermée, priant tout bas.

Tout à coup il se souleva de lui-même, jeta un grand soupir, et prononça distinctement ces mots :

— Seigneur, j'entrerai dans votre maison et je vous adorerai dans votre saint temple.

Puis retombant, il expira.

Il était trois heures de l'après-midi.

La flotte de Sicile était assez près pour qu'on pût entendre les f. mlaies joyeuses qui annonçaient son arrivée. Lorsque Charles aborda, il y avait deux heures que son frère était mort.

Il réclama les entrailles du saint roi et les obtint; elles sont au couvent de Montréal, près de Palerme. Le cœur et les ussemens furent rapportés en France. Pendant 560 ans. rien ne recommanda à la piété du pèlerin français la place oii saint Louis était mort ; pas une croix; cette terre ennemie et infidèle semblait se refuser à conserver la trace de ce grand événement.

Mais v: rs 1S29, des négociations furent engagées par l'ordre du roi Charles X. entre le consulat de France et le bey Hussein. La France demandait à élever un autel là où le tombeau avait si longtemps manqué.

Cette autorisation venait d être acGordée par le bey quand la révolution de 1830 arriva.

Louis-Philippe monta sur le trône. Lui aussi descendait de saint Louis. Il profita des circonstances et envoya un architecte avec ordre de rechercher l'emplacement où le saint roi avait rendu le dernier soupir, et de bâtir un tombeau sur cet emplacement.

Mais ce fut inutilement que monsieur Jourdain, c'était le nom de l'architecte chargé de cette pieuse mission ; mais ce fut en vain, disons-nous, que monsieur Jourdain essaya de recueillir quelque chose de positif dans le récit des historiens et dans les traditions flottantes des siècles. Lui et Jules de Lesseps se contentèrent de choisir l'endroit le plus beau, le plus en vue, l'endroit où ils eussent voulu mourir eux-mêmes s'ils 'eussent été à la place du saint roi, et ce fut sur l'endroit préféré par eux que !e tombeau s éleva.

Il est placé sur une colline où l'on monte en trébuchant sur des décombres mêlés de marbre et de mosaïque. Peutêtre Te hasard les a-t-il servis, et ces débris sont-ils ceux du château aux portes duquel saint Louis dut mourir.

En tout, cas, rien de plus admirable que la vue qui se déroule aux yeux du pèlerin qui s'assied pensif là où saint Louis se coucha mourant.

Au nord, la mer resplendissante sous les rayons du soleil ; a lest, les montagnes de plomb sombres et mornes comme l'indique leur nom; au sud, Tunis, blanche comme une ville taillée dans une carrière de craie; à l'occident, une plaine bosselée par des mamelons au sommet desquels se détachent des marabouts et des villages arabes.

Puis un écho qui répète les noms de Didon, d'Enée, d'Iarbas. de Magon, d'Amilcar. d'Annlbal, de Sciplon, de Sylla, de Marins, de Caton d'inique, de César, de Genséric et de saint Louis.

Nous entrâmes dans l'enceinte consacrée au monument La forme du tombeau, je crois l'avoir déjà dit, affecte celle des marabouts arabes. Peut-être, nous l'avons dit encore, est-ce une précaution inspirée à l'architecte par la connais sance du pays.

Les murs d'enceinte sont couverts de débris incrustés dans la muraille : débris de vases, débris de colonnes, débris de statues. Au milieu de ces fragmens, un torse de statue d'un beau travail et parfaitement conservé.

L'intérieur du tombeau est sculpté à la manière arabe. Les dessins sont à ceux de l'Alhambra de Grenade et de l'Alcazar de Séville ce que le style de Louis XV est au style de la renaissance. Je m'informai au gardien, vieux soldat français, de qui étaient ces sculptures: il me répondit que c'était d'un artiste tunisien nommé. Younls.

Il y a peu a voir dans le monument ; beaucoup à penser peut-être; mais on pense mal en compagnie de cinq ou six

personnes. Aujourd'hui que J'écris ces lignes dan- mon

cabinet, sur mon i au au milieu du bruit de 1.

entre mes souvenirs d hier el les événemens d'aujourd Je donnerais beaucoup de choses pour rêver deux h : tranquille a la port.? du tombeau de saint L i Nous redescendîmes rers la ] ig On dirait que la nature animale est morte au milieu, de toutes ces ruines. Paalouette dans les champs, pas une mouette au bord de la

ise non seulement d'aride, mais de ma le cimetière d'une ville avec ses ossemens qui perce, terre ; de place en place, une étroite bande de U-rre . taie disputée par l'agriculture à tous ces débris crou . sur cette bande de terre, deux bœufs petits c-t maigres ; lés à une charrue de forme antique, et aiguillonnés pai d Arabe a demi nu. Au bord de la plage, des colonnes le marbre blanc et rouge qui roulent au mouvement des vagues comme de frêles roseaux ; çà et là, à la surface de la mer, un îlot noir, ancienne construction que la mer r ce long et patient murmure de l'éternité; entin. t paysage désolé dominé par le petit village maure de Sidi Bou-Said.

Oh! je l'avoue, j'eus alors un profond regret que nos deux peintres fussent restés à Tunis. Comme Giraud, aTec son coup d'oeil rapide, eût esquissé ce tableau merveilleux ; comme Boulanger, avec son âme mélancolique et profonde, se fût identifié à cette grande désolation.

Je fis un détour pour m isoler et j'allai me coucher au bord de la mer, qui depuis mille ans roule colonnes de jaspe et de porphyre comme une algue arrachée au rivage , au bord de la mer qui les roulera mille ans encore peut-être. Et 11 me semblait que dans le bruit de ce flot mouvant j'entendais la plainte des siècles passés !

Quelle cité vivante peut se vanter d'être peuplée comme ta ruine, Carthage ! quelle voix, si puissante qu'elle soit, peut se vanter de parler aussi haut que ton silence 1

Combien de temps serais-je resté ainsi à rapprocher les deux rives de la Méditerranée, à confondre dans un même rêve l'Afrique et l'Europe ; à évoquer Paris, son bruit, ses bals, ses spectacles, sa civilisation ; à me demander ce que faisaient mes amis, ce que vous faisiez, vous, madame, tandis que je songeais à vous avec cette vague et délicieuse mélancolie du voyageur, quand je m'entendis appeler par Alexandre !

Comme un homme qui dort à moitié, et qui sent que son rêve va lui échapper en se réveillant, je ne répondis pas d'abord; j'étais comme celui qui, ayant trouvé un trésor, se charge de tout l'or qu'il peut porter; moi, j'emplissais mon cœur de peine, ma mémoire de souvenirs.

Deux coups de fusil partirent à vingt pas de mol, en même temps que mon nom retentissait sur deux, ou trois l'oints différens.

Cette fois il était impossible de ne pas répondre à l'appel; on commençait à s'inquiéter de mol.

Je me levai en criant à mon tour et en agitant mon mouchoir.

A la pointe d'une jetée située à un quart de lieue de nous, à peu près, une barque faisait des signaux.

C'était la yole du commandant du Monlêiuma qui nous venait prendre; nous étions attendus à déjeuner à bord.

N'ous suivîmes un ancien quai en ruines; puis nous firoes le tour de deux grandes excavations, au fond desquelles trois ou quatre bécassines barbotaient dans un peu de boue et parmi quelques rares roseaux.

Ces deux excavations, c'étaient, au dire des savans, l'ancien port de l'ancienne Carthage, qui avait soixante pieds d'ouverture du côté de la mer," et qui se fermait avec Jes cliaînes de fer.

La première, c'était le port marchand ; la seconde, c'était l 'arsenal .

Oh! si je ne craignais pas de tous ennuyer, madame, comme je vous citerais Polybe, Salluste, Stranon, Applen. le docteur Sliaw et le docteur Estrup.

Mais, ma foi! j'aime mieux vous dire que c'e-t là que s'embarqua Youssouf, vous savez, notre brave, notre spirituel Youssouf, un beau soir du mois d'octobre 1S30, i suite d'une certaine aventure dont je ne sais pas trop si je dois parler, aujourd'hui que Youssouf a épousé,' ni plus ni moins qu'un simple mortel, une jeune, belle et spirituelle Parisienne.

Mais, ma fol ! les voyageurs sont si Indiscrets, et comme ce n'est qu'à ce prix qu'ils sont amusans, J'aime mieux, je l'avoue, être indiscret qu'ennuyeux.

Un jour le consul français, monsieur Mathieu de Lesseps vit arriver au consulat un beau jeune homme de vil vingt-deux ans, revêtu du costume arabe, qu'il avait porté depuis sa naissance, quoiqu'il fût né à Llvourne ou à nie d'Elbe.

C'était Youssouf, le favori du bey. et l'un des officiers du bach mamelouck.

Comme dans les Ville el une Suit*, l'humble esclave avait levé les yen abousah. fille du bey

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