‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 25 sur 283 · LA TARASQUE · texte numérisé non relu

LA TARASQUE

Nous fimes en trois heures, a peu pie- la route de Ximes

>mme cette ville n'est séparée de Tarascon,

où nous comptions coucher, que par le Rhône, nous nous

airétâmes au pied du château, et nous envoyâmes notre

cabriolet nous annoncer â l'hôtel.

Beaucaire. comme ces serpents gigantesques de l'Amérique méridionale qui mangent tout un jour et qui digèrtnt pendant six mois, vit toute l'année de sa foire, dont la réputation est européenne. I.a plupart des maisons, qui soir des magasins fermés trois cent cinquante-huit jours m. s'ouvrent â l'approche du 22 juillet, époque où le- iuais déserts de la ville réveillée se changent en bazars. Alors, les routes de Ximes, de Paris et d'Orgon s'encombrent de voitures ; les canaux de Toulouse, les ports de Cette et d'Aigues-Mortes se couvrent de bateaux et de navire- et le Rhône, cette grande artère du Midi, semble rculer de- flots de vie: c'est que le commerce de l'Europe ancre est convié à cette fête de l'industrie. Mulhouse envoie ses impressions et ses calicots blancs, Rouen ses tissus. Ximes ses toiles et ses alcools, Perpignan ses anchois et ses sardines, Saint-Etienne ses fusils et ses as. Grasse ses eaux de fleur d'oranger et ses huiles. Avignon se- cuirs et ses fiorences. MarsîiUe ses bois de campéche e' ses denrées coloniales, Tarare ses mousseline- e- ses broderies, Saint-Quentin ses basins et ses percale-, Lyon -e- chapeaux et sa -oie. Sauve ses bas et ses bonnets le coton, Montpellier ses drogueries, Salins ses cristaux Venins ses chanvre-. Saint-Claude ses tabatières, Chatellerault sa coutellerie, Vienne ses draps. Amiens ses Velours, Paris sa quincaillerie, ses bijoux et ses châles, enrin fouies ses pâtes, J.a Catalogne ses lièges, et la Prusse se- chevaux Cette foire, commencée, comme nous l'avons dir. le 22 juillet huit le JS du même moi- Pendant ces six leurs, il s'est fait pour plusieurs millions d'affaires; ce i,u. est venu, en marchandise s'en retourne en or; ce qui uni m ir s'en retourne en marchandise.

' oeur qui a battu un moment, a suffi pour donner de la vie pendant une année, non seulement a une ville, mais a quarante tant chacune de ses pulsations a attiré de sang i lui et en a renvoyé aux extrémités. Le iS. la foire ■'-' te minée; le 29. chacun charge et reprend sa route; les magas vident; les maisons se ferment; quelques

jours encore les stl nos les. en lus le ! Esp i ri vivre de- reste- de li fête errent sur le quai, mang, , dans les rues ce qu'ils y ont ramassé; enfin les den bribes du festin s'épuisent, ils disparaissent a leur toui et Beaucaire est rendue pour un au à son sommeil i ■ m silence et à sa solitude.

Le vieux château qui domine Beaucaire et qui a I grand bruit au xne siècle avec ses machines de guerr» et au xvf avec ses canons, est bâti sur des substructions romaines; ses différents ouvrages de guerre sont du xr du xine et du xiv- siècle. Du haut de ses rempart- on ,, çcit un magnifique paysage, dont le premier plan es rascon et Beaucaire. sépares par le Rhône et liés par un pont, et le dernier Arles, la ville romame, Arles l'Herculanum de la France, engloutie et recouverte par la de la barbarie.

Nous descendîmes de norre vieux château, dans lequel il ne reste île complet qu'une charmante cheminée du temps de Lo.iis \iii nouS traversâmes le pont suspendu qui est long de cinq cent cinquante pas, c'est-à-dire d'environ quinze cents pieds, nous passâmes au pied de la forte resse, bat le par le roi René, et nous entrâmes dans : ; édifiée au XII- siècle, restaurée au xiv

Cette église est sous l'invocation de sainte Marthe 1 hôtesse du Christ. Toute une pieuse et sainte histoire se rattacha a son érection; la science la nie. mais la fo consacre, et, dans cette lutte de l'âme qui croit et de 1 esprit qui doute, c'est la science qui a été vaincue

Marthe naquit â .Jérusalem. Son père Syrus et sa mère Eueharie étaient de sang royal Elle avait un frère aîné qui s appelait Lazare; elle avait une sœur cadette qui s appelait Madeleine.

J,azace était un beau cavalier, moitié .Asiatique moitié Romain, qui, ne pouvant employer son temps à la' guerre puisque Octave avait fait la paix au monde, le passait en chasses et en plaisirs. Il avait de jeunes esclaves achetés en Créée: il avait de beaux chevaux amenés d'Arableet plus d'une fois, dans un char a quatre roues orné d'ivoire et d'airain, précédé par un coureur a robe retroussée, il avait croisé le fils de Dieu marchant pieds m milieu de son cortège de pauvres.

Madeleine était une belle courtisane ; â la manière de ■Julie, la fille de l'empereur, elle avait de longs cheveux blonds, qu'une esclave de .Lesbos assemblait tous les matins sur sa tète en les nouant avec une chaîne de perles ; elle portait le manteau ouvert par devant, qui laissait voir une gorge merveilleuse, soutenue par un réseau d'or, et que les .Latins appelaient Cêesicium, a cause des blessures qu'il faisait au cœur des hommes. Elle avait des tuniques parsemées de grandes fleurs d'or et de pourpre, qu'on nommait â Rome patagiata, du nom d'une maladie nommée patagus, qui laissait des taches sur tout le corps ; et, comme ses pieds délicats et parfumés, tout couverts de bagues et de pierreries, n'étaient point faits pour marcher, on lui amenait des litières avec des rideaux d'étoffes asiatiques, où elle se faisait porter comme une matrone romaine par des esclaves vêtus de panulœ, tandis qu'une suivante, l'accompagnant â pied, étendait entre elle et le soleil tm grand éventail recouvert de plumes de paon ; e". les coureurs africains, qui marchaient devant elle pour ouvrir le chemin, firent plus d'une fois ranger devant l'équipage de la riche courtisane cette pauvre Marie qui était la mère du Sauveur.

Marthe voyait toutes ces choses avec peine, et souvent elle tenta de réformer 1 existence dissipée de son frère et la vie dissolue de sa sœur ; car, des premières, elle avait écouté et recueilli la parole du Christ ; mais toujours tous deux avaient ri à ses discours. Enfin, elle leur proposa de venir recueillir la manne sainte que le Sauveur laissait tomber de ses lèvres. Madeleine et Lazare y consentirent ; ils y allèrent joyeux, railleurs et incrédules ; ils écoutèrent la parabole du trésor, de la perle et du filet ; ils entendirent la prédication du dernier jugement ; ils virent Jésus marcher sur les eaux, et ils revinrent pensifs (1).

Et, le soir même, Lazare dit a Marthe :

— Ma sœur, vendez mes biens et distribuez-les tua pauvres.

Et, le lendemain, tandis que le fils de Dieu dînait chez Simon le pharisien. Madeleine entra, portant un vase d'albâtre plein d'huile de parfum.

Et, se tenant derrière le Sauveur, elle s agenouilla a ses pieds, et commença â les arroser de ses larmes, et elle les essuyait avec ses cheveux, les baisait et y répandait ce parfum.

Ce que voyant le pharisien qui l'avait invité, il dit en lui-même :

— Si cet homme était prophète, il saurait qui est celle qui le touche, et que c'est une femme de mauvaise vie

(1) Histoire '!<• sainte Marthe.

Al"i ■ parole,

sin g ie i si ■ dire.

— .Maine, dites.

i Jt doux i lui devait

:. . . il Leur remit .

deux i aimera a< n davantage?

• lit :

— Je crois que ce sera celui auquel il a le plus remis. Jésu- lui 111

— Vous avez fort bien in

Et, se retournant vers la femme, U Simon

j, - ne m avez

a an

as ne m avez poial donné mais

eue au con qu'elle est entrée n'a

8 poln ré] île sur

du ses parfums sur mes tous déi '■■ i ■■ ■' I

: elle a beaucotiii aime Mais celui a qui

Uors, U ■' femme :

u sonl aient à table ave lui enl a dire :

,i (mj rem.

Et .i dl em ore à cette Cemm

Votre l"i vu us a sauvée; allez eu pai: quelque temps après i tant en i lu

une femi \i, utile le rei m dans - i maison. Elle avall ■ ■ nomméi di leine, i

.. parole , i upée a préparer tout ce qu 11

| n ,,, | , ■, . . m devant JéSUS, elle lui dit

poinl une ma soeu

qu'elle m'aide.

elgi . . „„„.

mpres et vous vous

p de i noses i

,,i,. ,.., néi . ain tfarie a l la meilleure

■ ,„, | [s, u.. larant aull était la

i | i, bon pasteur, prouvai - ml ion i

• '" uommé

ail du i -- de Béthanii ■

lai i sa ■- ■

reite Vlarii i tail celli qu

Hiiiiu et nul lui essuyi pieds avei si

veux, e Lai ire mil étafi alor i a freri

[l SUS

malade.

Ce qt) Fi 'i ayi indu, U dii :

maladie ne va point a la mort, mais elle n'est Ire de Dieu i • que le EU de Dieu en

aimait Marthe, et Marie sa soeur, et i

ni !■ ■ tde, il de ara e

1 étal

ami 1 Lort, et Je m en

Hier.

Se- .11 II lp

Seigneur

ment ;

— !.. mort.

Jésus et ml ■ mva qu'il it di la quatre Jours

le n était 61 ' ' osalem que

ivalt quantité A ru)

pour les consoler «le la

Mai us »«aalt, alla nn de-

le lui, et Man 'ans la lu.

dit a Jésus Seigneur, si vous eu

OS Ulle ]U.

. IUS lui d.'I'i

Jésus lui répondit

liera

Mai fi P ""l't :

au ' ur.

ii-^u- lui i. pondll :

,1, u et la vie ; celui qui I fi

(I) K.VItn

ml Luc.

i quiconque ■ oe mourra point a jamais, croyez-vous cela? Elle lui i'

.m Selgnc 1 1 êtes le CL

du Dieu vivant, qui êtes venu dans ie monde.

ainsi, i lie s lu alla e; appela emeni tfarie, sa sœur, en lui disant:

— Le maître est venu, et il vous demande.

Ce q.i îdus tôt eutendu, quelle ^e leva e:

vint le trouver.

a était pas i ncore entré dans le bourg, mais il i nie lieu où Marthe l'avait renco

Juifs qui t Marie dans la mai-

qui la consolaient, ayant vu quelle s était le

il et qu'elle le, la suivirent en disant:

y jileurer.

une lut venue au lieu uu était Jésus, l'ayant

VU, elll dit :

iez été ici, mon frère ne point mort.

Jésus, voyant qu'elle idem les .luit- qui étaient

venus ave, elle pleuraient aussi, frémit en son esprit et se troubla lui-même.

Et il leur dit .

.'n i .... toi} il- lui répondirent :

Seigneur venez et voyez.

Uors, Jésus pleura.

Et les luiïs dirent entre eux:

— Vo ne il l'aimait :

Mn- n ! .n i quelques-uns qui dirent:

Se i \ait il pas qu'il ne mourût, lui

n les yeux a un aveugle-né?

Jésus frémissant doni de i veau en lui-même, vint au

sépulcre: c'était une grotte, et on avait mis une ;

dit; Otez la j.ierre.

lui était la sieur du mort, lui

— Seigneur, il si u il y a quatre Jours qu il ist la.

ri i- lui répoDi

— Ne VOUS '' |i | li dit que, • ■ vez, VOUS verrez la gloire de lueu?

Ils Citèrent doni la pierre, et .lé-iiis. levant le< yeux en haut, dit i es paroles :

— Mon père, je vous rends grâce de ce que vous m'avez

exi Pour mol. je savais que leurs ;

mais Ji i uple qui m

croie enfin qui

\\ .n i a d une voix forte :

i.i dehors

Et a l'heure même le mort sortit, ayant les ] mains lies de 1 reloppé d'un linge.

Uors Jésus leur dit :

liez le et Le laissez aller.

Plusieurs donc d'entre : lent 'venus v..ir

Mur ii .i M ni, i avalent VU ce que Jésus avait fait,

m en lui i Or, la - vint

i r,\ qu'il avait ressus

un lui apprêta la servait, et Lazare

de . eux qui oie avec lui.

i i ne in tv d huile de parfum de

vrai nai.i qui était de grand prix, elle le répandit suc

"o les llte la maison fut n D de I ...I.iii . ■ 'uni

un de ses disciples, savoir Judas Iscarlote, qui

devait le it

Pourq ' du ce pai tum

denier- qu'on aui Mais Jésus lui dit

i t -. li fane, parce qu'elle a gai tum pour

le jour de ma sépulture Car \.>ns aurez toujours dee pauvres parmi vops, el d ara

JéSUJ

a saint Jean, et le monde a saint Pierre.

Le premier Jo1

i.- matin au sépulcre, lorsqu'il in: obscur, et

elle \it que la i du sépulcre.

n -u, eUi teural

vit deux ai

le cor] de J< -u- . i un à la I l'autre aux i> ■

Ils lui du

i ■ mu 'qui i pli urr,' «..u-?

leur répondit

lelon ■ "ut Jo in.

LE MIDI DE LA FRANCE

— C'est qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis.

A; air. dit cela, elle se retourna, et vit Jésus debout, sans savoir néanmoins que ce fut Jésus.

Alors, Jésus lui dit :

— Femme, pourquoi pleurez-vous ? Qui cher hez-vous! Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit :

— Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où voua l'avez mis, et je l'emporterai.

Jésus lui dit :

— Marie !

Aussitôt, elle se retourna et lui dit :

— Rabboni ! — c'est-à-dire: <: Mon maître! » Jésus lui répondit :

— Ne me touchez point, car je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais allez trouver mes frères, et dites-leur de ma part : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu U)

Ici s'arrête l'histoire écrite par les sainrs apôtres, euxmêmes et commence la tradition.

Les Juifs, pour punir Marthe, Madeleine, Lazare, Maximin et Marcelle, d'être restés fidèles au Christ au delà du tombeau, les forcèrent d'entrer dans une barque, et, un jour d'orage, lancèrent la barque à la mer. La barque était sans voile, sans gouvernail et sans avirons ; mais elle avait la foi pour pilote : aussi à peine les condamnés eurent-ils commencé de chanter les hymnes de grâce au Sauveur, que le vent s'abaissa, que les flots se calmèrent, que le ciel devint pur, et qu'un rayon de soleil vint entourer la barque d'une auréole de flamme Tandis qu'une partie de ceux qui voyaient ce miracle blasphémaient le Dieu qui l'avait fait, l'autre tombait à genoux pour l'adorer; et cependant la barque, glissant comme poussée par une main divine. aborda aux eûtes de Marseille, et les ouvriers de Dieu, les envoyés de sa parole, les apôtres de sa religion, se dispersèrent dans la province pour distribuer à ceux qui avaient La sainte nourriture qu il~ apportaient de la Judée. Tandis que Marthe était à Aix avec Madeleine et Maximin, qui fut le premier évêque de cette ville, les députés d'une ville voisine, attirés par le bruit de ses miracles, accoururent à elle : ils venaient la supplier de les délivrer d'un monstre qui ravageait leur pays. Marthe prit congé de Madeleine et de Maximin. et suivit ces hommes.

En arrivant aux portes de la ville, elle y trouva tout le .peuple qui était venu au-devant délie. A son approche, il s'agenouilla, lui disant qu'il n'avait d'espoir qu'en elle, et elle répondit en demandant où était le monstre. Alors, on lui montra un bois près de la ville, et elle s'achemina aussitôt seule et sans défense vers ce bois

A peine y était-elle entrée, qu'on entendit de longs rugissements, et chacun trembla car tous pensèrent que c'en était fait de la pauvre femme, qui avait entrepris une chose que nul n'osait entreprendre et qui était allée sans armes où aucun homme armé n'osait aller : mais bientôt les rugissements cessèrent, et Marthe reparut, tenant une petite croix de bois d'une main, et de l'autre le monstre, attaché au bout d'un ruban qui nouait la taille de sa robe. Elle s'avança ainsi au milieu de la ville, glorifiant le nom du Sauveur, et amenant au peuple, pour lui servir de jouet, le dragon, encore tout sanglant de la dernière proie . qu'il avait dévorée.

Voilà sur quelle légende repose la vénération qu'ont vouée à sainte Marthe les habitants de Tarascon. Une fête annuelle perpétue le souvenir de la victoire de la sainte sur la Tarasque, car le monstre a pris le nom de là cité qu'il lit I.a veille de ce jour solennel, le maire de la ville fait publier à son de trompe que, s'il arrive quelque accident le lendemain, personne n'en sera responsable, qu'il prérient les blessés qu'ils n'auront aucun droit de se plaindre, et que qui aura le mai le gardera. Grâce à ce formidable avis qui devrait cloîtrer chacun chez soi, dès le point du jour toute la ville est dans la rue ; quant à la Tarasque, elle attend sous son hangar.

C'est un animal d'un aspect tout à fait rébarbatif, et dont l'intention visible est de rappeler l'antique dragon qu'il représente. U a environ vingt pieds de long, une grosse tête ronde, une gueule immense, qui s'ouvre et se ferme à volonté ; des yeux remplis de poudre apprêtée en artifice, un cou qui rentre et s'allonge, un corps gigantesque, destiné à renfermer les personnes qui le font mouvoir; enfin, une queue longue et roide comme une solive, vissée à l'échiné d'une manière assez triomphante pour casser bras et jambes à ceux qu'elle atteint

Le second jour de la fête de la Pentecôte, à six heures du matin, trente chevaliers de la Tarasque. vêtus de tuniques et de manteaux, et institués par le roi René, viennent chercher l'animal sous son hangar; douze portefaix lui entrent dans le ventre. Une jeune fille vêtue en sainte

Évangile selon saint Jean

Marthe lui attache un ruban bleu autour du cou ; et le monstre se met en marche aux grands applaudissements de la multitude. Si quelque curieux passe trop près de sa tête, la Tarasque allonge le cou et le happe par le fond de sa culotte, qui lui reste ordinairement dans la gueule. Si quelque imprudent s'aventure derrière elle, la Tarasque prend sa belle, et, d'un coup de queue, elle le renverse Enfin, si elle se sent trop pressée de tous côtes, la Tarasque allume ses artifices, ses yeux jettent des flammes ; elle bondit, fait un tour sur elle-même, et tout ce qui se trouve à" sa portée, dans une circonférence de soixante-quinze pieds, est impitoyablement brûlé ou culbuté. Au contraire, si quelque personnage considérable de la ville se trouve sur son passage, elle va à lui, faisant mille gentillesses, caracolant en preuve de joie, ouvrant la gueule en signe de faim ; et l'individu, qui sait ce que cela veut dire, lui jette dans la gueule une bourse qu'elle digère incontinent au profit des portefaix qu'elle a dans le ventre.

En 93, les Arlésiens et les Tarasconais étant en guerre, les Tarasconais furent vaincus, et Tarascon fut prise. Alors, les Arlésiens ne trouvèrent rien de mieux pour humilier leurs ennemis que de brûler la Tarasque sur la place publique. C'était un monstre de la plus grande magnificence, d'un mécanisme aussi compliqué qu'ingénieux, et qui avait coûté vingt mille francs à confectionner.

Depuis cette époque, les Tarasconais n'ont jamais pu dignement remplacer l'ancienne Tarasque, qui est encore l'objet des regrets les plus vifs. On en a fait faire une, mais mesquine et pauvre en comparaison de son aînée; c'est celle-là <iue nous visitâmes et qui nous parut, malgré les lamentations de notre guide, d'un aspect encore très confortable.

Maintenant, comme clans toute tradition, il y a un côté qui tourne à l'histoire, et dans tout miracle un point qui peut s'expliquer, il est probable qu'un crocodile venu a Egypte, comme celui qui fut tué dans le Rhône et don' la peau fut conservée jusqu'à la Révolution dans l'hôtel de ville de Lyon, avait établi son domicile dans les environs de Tarascon. et que Marthe, qui avait appris au bord du Nil comment on attaquait cet animal, parvint à délivrer de ce monstre la ville où son souvenir est en si grand honneur.

L'église où nous avons introduit nos lecteurs au commencement de cette légende n'offre rien de remarquable comme architecture, mais elle contient quelques tableaux assez curieux : sept sont de Vien, et représentent la Visite du i hrist <i suinte Marthe. — la Résurrection de Lazare. — V Embarquement de sainte Marthe, de Marie-Madeleine, de Lazare et ■ !•■ Maximim, — le Débarquement de sainte Marthe à Marseille, — Sainte Marthe vrêchant l'Evangile à Taras eon. — la Mort de sainte Marthe, — enfin l'Ensevelissement de sainte Marthe.

Outre ces sept tableaux, remarquables par tous les défauts et toutes les beautés des maîtres de cette époque et de cette école, il y a une Sainte Cunéqonde refusant d'épouser un prince grec, et se vouant au service de Dieu ; — un Christ-; — une Annonciation : — une Adoration des Mages;

— une Sainte Catherine; — un Saint Thomas d'Aquin, et une Vierge du Parrocel : — une Assomption de la Vierge, et une Sainte Marthe relevant Xotre-Seigneur, par Mignard,

— et enfin un Saint François d'Assise mourant, par Vanloo L'église de Sainte-Marthe possédait encore plusieurs autres

tableaux de prix; mais, lors de la Révolution, comme ils avaient été transportés dans le grenier de l'hospice d^s indigents, les pauvres en firent passer la plus grande partie à la lessive pour se faire des pantalons avec la toile.

Mais la plus grande perte qu'ait faite à cette époque la paroisse fut celle d'un buste d» sainte Marthe en or massif, donné à la ville par Louis Xf, qui avait fondé un chapitre avec quinze bénéfices. Ce buste, autour duquel toute la vie de sainte Marthe était représentée en émail, pesait, non compris la statue du roi, qui priait à genoux devant lui, vingt-deux mille ducats d'or. Au moment de la disette il fut transporté à Gènes et échangé contre du blé; la république de Gênes le prit pour son poids, c'est-à-dire pour cent mille francs.

Une autre Telique non moins précieuse était un bras de vermeil renfermant un os de sainte Marthe, et aux doigts duquel il y avait quatre-vingt-dix bagues, dont quelquesunes valaient jusqu'à dix mille francs Vers la même époque où ce buste partait pour Gènes, le bras se mettait en route de son côté. On n'a jamais su à quelle destination il était arrivé.

Une chose curieuse à voir dans cette église de Tarascon est le tombeau de sainte Marthe, moins remarquable pour le mérite de son exécution que pour la vénération qu'il Inspire. Au reste, la sainte, qui est de marbre blarc sur un lit de marbre noir, est belle, et, vue à la clarté tremblante de la lampe qui éclaire cette chapelle souterraine, elle est d'un aspect tout à fait religieux et imposant.

Comme Tarascon ne nous offrait rien d'autrement c

t.E MIDI I>E I.A rR .NCE

Tieux à voir, nous déterminâmes notre ami Boyer à remettre, vers les cinq heures du soir, son cheval au cabriolet, et r.ous partîmes pour Arles, où nous arrivâmes à neuf heures.

Arles est la Mecque des archéologues français : c'est la cité antique par excellence. Des monuments romains forment le Bol, et autour d'eux, à leur pied, à leur ombre. dans leurs crevasses, a poussé, l'on ne sait comment, par la force végéta' ive de la civilisation religieuse de saint Louis, une seconde ville gothique, qui à son tour a donné naissance à des maisons qui, tant bien que mal, ont formé la Tille moderne. Au premier aspect, ce sont ces deux dernières que Ion aperçoit; mais l'œil lnterroge-t-il les fondations, fouille-t-il les ruelles, réunit-il les débris, c'est la ville romaine qui reparaît, avec son théâtre, son cirque, son prétoire, ses thermes, son forum, le palais de ses empereurs, son autel de la Bonne Déesse et son temple de Jupiter Olympien. Le squelette du géant a été mal enseveli, et de tous cOtés ses ossements percent la terre

C'est qu'Arles, s'il faut en croire Ausone, était la reine des Gaules. « Le lieu où elle était bâtie, écrivaient Honorlus et Théodose à Agricola, préfet des Gaules, était si heureusement choisi, elle avait une si grande foule de commerçants, tant de voyageurs affluaient dans son port, que tout ce qui naissait ailleurs venait à elle : si bien que, devenue l'entrepôt du monde, on eût dit, u la quantité des objets qu'étalaient ses marchés, que ces richesses exotiques étalent le produit de son propre sol. En effet, tout ^e que le riche Orient, l'odorante Arable, la fertile Afrique, la molle Assyrie, la belle Espagne et la Gaule féconde recueillaient dans leurs campagnes, elle le prodiguait, au besoin, au désir ou au caprice du sybarite le plus raffiné, et tout ce qui était produit venait i elle par terre, par mer et

m- des navires et dans des charte ■ I

Aussi la ville d'Arles fut-elle chère à Constantin. Elle balança Byzance dans son esprit; car, au temps OÙ il l'habitait, il y sa femme, Fausta, y avait mis au jon. Iné, qui porta le même nom que lui. Quelle fut la cause qui empêcha Arles de devenir la seconde capitale du monde? On ne sait. Constantin s'en démine un amant d'une maîtresse, et lui fut-il Infidèle an a eaux bleues du Pont-Euxln et les rivages fleuris du Bosphore? Son dégoût lui vlnt-U du danger qu il courut dans son palais sur le RhOne, la nuit où. prévenu par sa femme, il vit, caché derrière une tapisserie, son beau-père Maxlmln Hercule s'avancer vers le lit imepée a la main, et poignarder un eunuque qu il avait fait coucher a sa place? Ou bien encore le terrible mistral, le fléau de ces contrées. parut-Il un ennemi trop

.1 un homme qui

avait respiré le vent bals d'Ostle et la brise parfumée de Naples ?

Ce fut o \ri - que partit Constantin pour aller combattre pendant le voyage des Gaules à Rome qu'une croix lumineuse lui apparut, avec l'Inscription /n hoc .m . et ce fui en double souvenir de sa ville

et de sa victoire sainte qu'il fit frapper des médailbronze, i in coté une

main qui sort d'un nuage tenant un< carabe, et de l'antre coté une légende composée de ces deux mot- Irelai tfVIUU i oye dans le Tibre, et ton niers élar-

gis, l'empereur, solennellement baptisé par le pape Sylvestre, revint a en 314 II assembla un concile. en 31G ût célébrer les Jeu LUX, et en 3-M nomma trois qu'il ave Minervine, mière femme; Constantin, qui. ainsi

i, a. Arles de Fan M&ximln n< n ule, et

dus, son neveu. Puis, roulant consoler de son aban i.ile qu'il allai' quitter, ail

on répudti an rli i donalre, Il 'tr des

il un obélisque de granit : il ai palais

tatn

u .us un aqueduc an n ueJ les

eaux i ignés voisines Dirent connu les ré-

servoi onls enfin 11 y établit le siège du pré-

toire d i (nil la imguste

à l'i intlnoplê.

Vrles que saint Algnan. évêque d'Oi

■r. et Thcoi , lil). Il

loyant sa ville assiégée par Attila, vint demander secours

à Aétius, préfet des Gaules, qui, avec le secours de itère-

rot Je» Etnns près de Chah

La puissance romaine s'éteignit a Arles avec Jules Valère Majorien. Il traversa les Alpes en 45S, s'empara de Lyon, et, trouvant, comme Constantin. Arles merveilleusement située, il résolut d'y établir sa cour impériale.

Ce fut pendant son séjour en cette ville et dans le palais de Constantin qu il invita Sidoine Apollinaire a s'asseoir à sa table; et c'est à cette circonstance que nous devons la lettre du poète à Montius son ami. lettre dans laquelle U consigne les détails de ce mémorable festin, où sept grands seigneurs avaient assisté, et où U fait la description du palais, orné, dit-il. de magnifiques statues placées entre des colonnes de marbre.

Majorien, assassiné à Tortone, perdit avec la vie l'empire d'Occident, et la ville d'Arles, qui était restée seule colonie romaine, passa en 465 sous la domination des Goths ; elle resta sous leur domination Jusqu'en 537. époque à laquelle Vittegis céda au roi des Francs Chlldebert la ville d'Arles et tout ce qu'il possédait dans les Gaules.

Le nouveau maître d'Arles y fit un voyage, y donna des jeux et des combats à l'instar des jeux et des combats romains. Un jour qu'il chassait dans les environs de la ville, U trouva, an milieu d'une forêt et sur une petite montagne, plusieurs pieux anachorètes. Touché de leur piété, il fonda le monastère de Montmajour.

En 735, les Sarrasins d'Espagne, ayant été bat'us entre Tours et Poitiers par Karl Martel, refluèrent sur les provinces méridionales, et, furieux de leur défaite, ils pillèrent la ville d'Arles, renversèrent ses monuments, et enseveli tent sous leurs débris les trésors d'art amassés par cinq siècles de civilisation romaine. Chassés par Karl Martel en 73Ô, ils reparurent en Provence en 797. où Karl le Grand les vainquit deux ans après, et leur tua vingt nulle hommes près de la montagne de la Corde.

Ce fut en honneur de cette victoire, dit M. Le Noble de la Hauzière dans son Histoire ;ue Karl le Grand fit

construire au bas de la montagne du Montmajour une penpelle qu'il dédia a la sainte Croix. Une lus. ription latine en lettres onciales. dégradée et presque illisible, constate cette érection I

Malheureusement pour l'authenticité de cette déit les nouvelles études historiques ne reconnaissent ni lins cription. ni la victoire qu'elle consacre. 11 est donc probable que les moines de Sainte-Croix, ne voulant pas r>ii»r pour Charles Martel, qui avait fortement rançonné ton'communautés religieuses au secours (lesquelles n était venu, auront fait honneur de sa victoire à son petit -fils la véritable date de la conservation de IN S Unte-

;,ar une charte, est postéi Karl le

Grand de deux cent vingt ans. Elevée par l'abbé Rambert. supérieur du monastère de Montmajour, elle fut dédiée en 1019 par Pons de Marignan, archevêque d'Arles.

I. démembrement de l'empire Je Karl le Grand arriva. La Provenci ogne et lEmpIre échurent à Lod-Her.

lu mondi prit l'habit relu.

• son fils Louis II empereur, son fils Lod-Her II roi de Lorraine et son fils Karl roi d'Arles et d

Enfin, l'empereur Karl le Chauve dén non-

veaux \ une et lui

in, qui était déjà gouverneur de Pro-

[talie Le nouveau royaume dont Arles était la

]■ se composait de la Pi

de la principauté d'Orange, d'une partie du Lyonnais et Je la Bourgogne, de la Franche-Comté, et du Pli de la Savoie jusqu'à Genève.

Le i -nbslsta pendant deux cent cinquante

insuis Quatre-vingt-neuf ans séconlèrent

fl) • ^

de I • lille, qui ton! au po oi - en élanl rendu • " '"* T"

empirer

■mlilii-r. le i l.ini laisse) u i

ible; il le rénbtil d.™* in ■ i

el lui lit île u.

Phuitmri dtt Franmit

nbal Reposent tlnni la chapelle de ce monast

i III. dit

~iliipir.

■ i. Ilenrv IV. Hcnrj V «I Conrad III.

LE MIDI UE LA FRANCE

dans des alternatives continuelles de royauté et de république ; puis enfin, en 1220, le podestat lut établi.

Ce fut pendant cette période et au milieu de ses troubles civils qu'Arles vit s'élever sa splendide basilique de Saint- Trophime, et la première partie de son cloître ; elle possédait déjà Montmajour. Ce lut donc du xi<> au xn» siècle que ! la civilisation religieuse porta ses fruits, et que l'art chré- i tien prit racine sur le sol païen.

Pendant cent quarante-quatre ans, la ville, tantôt, république, tantôt commune, et tantôt royaume, passa des mains des podestats dans celles des confrères, des mains des confrères dans celles des consuls, des mains des consuls dans celles des sénéchaux, et des mains des sénéchaux dans celles de l'empereur Charles IV, qui abdiqua en faveur de abdication eut neu a » iileneuve-lez,-Avignon, et, de ce jour, le titre de roi d'Arles s'éteignit pour mpereurs, et la ville retomba sous la domination des comtes de Provence, rois de Naples, de Sicile et de Jérusalem, titre que portait encore, en 1480, le bon roi René, l'artiste couronné, qui se consolait avec son pinceau et sa viole de la perte de son sceptre et de ses trois royaumes.

Deux ans après. Louis XI, en sa qualité d'héritier de Charles III, prenait à son tour le titre de comte de Provence, que portèrent ses successeurs, et réunissait Arles à la France.

Nous demandons pardon à nos lecteurs de cette longue Introduction historico-archéologique ; mais elle ne sera pas perdue pour le voyageur qui, comme nous, arrivera le soir a Arles, et qui voudra prendre d'avance une idée de la ville qu'il parcourra le lendemain.

Nous lestâmes trois jours à Arles, et il ne faut pas moins que ce temps bien employé pour tout voir et bien voir. Notre première visite fut pour la place des Bonshommes. Bans un rayon de cinquante pas. elle nous offrit les restes de trois civilisations distantes l'une de l'autre de mille ans. Le premier est l'obélisque de granit égyptien, le seul que l'on ait retrouvé en France, et qui est, comme nous l'avons dit, un don de Constantin à la ville qu'il quittait ; une portion de la façade d'un grand monument qu'on croit apparaît Capitole, et donl ii ne reste qu'une partie île la frise et les deux colonnes qui la soutiennent ; enfin la basilique de Saint-Trophime, merveilleux pendant à celle de Saint-Gilles : ces deux basiliques étant d'autant plus curieuses qu'elles sont, nous le croyons du moins, les deux seuls monuments complets de l'an byzantin en France. Au reste, une chose digne de remarque, c'est qu'on reconnaît, dans l'ornementation de la façade de Saint-Trophime, l'Influence que la vue des modèles antiques qu'il avait sous les yeux a exercée sur l'architecte, qui a surmonté sa porte principale d'un fronton triangulaire, pareil à celui que les restes du Capitole lui offraient encore, et qui a orné sa corniche de palmettes rampantes, fille* naturelles peutêtre, mais à coup sûr filles reconnues de l'architecture romaine.

Près de l'église de Saint-Trophime s'élève son cloître, moitié roman, moitié gothique, et l'un des plus curieux de France, peut-être. \ la quantité d'ornements qui couvrent les draperies des personnages sculptés dans les chapiteaux des piliers romans, il est facile de reconnaître le style byzantin du xn» siècle. Constantînople essayait de dédommager Arles de lui avoir enlevé l'empire du monde.

L'amphithéâtre est plus grand, mais aussi plus dégradé que celui de Nîmes. A l'époque où les Sarrasins désolèrent le Midi, une partie de la population se réfugia dans les Arènes, et. murant ses arceaux, se fit du monument romain une forteresse imprenable. Bientôt des tours grandirent audessus des portes, des maisons s'établirent avec ordre, une ville enfin s'.Meva au milieu de la ville, isolée mais complète, ayant son faubourg, ses remparts, ses rues, sa place publiirue et son église. De cette ville étrange, il ne reste plus aujourd'hui qu'une seule maison.

Les autres ont été démolies quand le gouvernement s'est enfin aperçu qu'il possédait à Nîmes et à Arles des merveilles a rendre Rome jalouse.

Après les Arènes, le monument le plus important est le théâtre, dont l'érection précède la conquête romaine et remonte à la colonisation grecque. Arles avait reçu, si l'on en croit les vers de Festus Aviénus. de ses voisins .le Marseille, le surnom de Théline (1). à cause de la fécondité de son sol. Les descendants d'Euxène lui avaient déjà donné leurs dieux, ainsi que le prouvent les fragments retrouvés du temple de Diane d'Ephèse. Ils voulurent encore lui faire connaître leurs poètes, et lui firent don d'un théâtre. Il encore Fini lorsque les Romains leur succédè- De là la différence clr- travail qui existe entre le i ■■ I colonnes de marbre africain, debout encore, qui supportent un morceau d'architecture avec la frise au-dessus, et. là parlie opposée dite aujourd'hui la tour de Roland, et qui est

d'un goût tout à fait barbare.

(i) Thili, mamelle.

Puis vient la promenade d'Eliscamp, ainsi appelée des deux mots latins Elisei campi. Autrefois c'était un vaste cimetière où païens et chrétiens venaient avec une toi différente, mais avec un même espoir, se oucher a côté les uns des autres. Leurs tombes sont confondues et entremêlées : mai-, on reconnaît les nus au D et a ; u qui le^ recommandaient aux dieux mânes, et les autres à la croix qui les mettait sous la protection du Sauveur. Presque tous ces tombeaux ont été fouillés : une partie a été emportée par les habitants de la Crau pour faire des auges et des dalles ; l'autre, dont les seuls couvercles ont été utilisés, sont béants et vides ; et quelques-uns de ceux-ci montrent encore la séparation de pierre qui empêchait le mari et la femme, quoique couchés dans le même tombeau, de confondre jamais leurs ossements.

Enfin, de distance en distance, le sol, retentissant sous les pieds qui le foulent, prouve qu'à coté de ces tombeaux profanés, il en reste de vierges et Intacts, que n'ont fouillés encore ni la curiosité ni l'avarice.

Le musée d'Arles, à qui celui de Paris a enlevé son chefd'œuvre, la Vénus au miroir, s'est enrichi des dépouilles des autres monuments ; tous lui ont fourni leur contingent de débris ; mais la plus riche récolte qu'il a faite lui vient du champ de la mort. Là est une collection de tombeaux du Bas-Empire, riche comme je n'en sais aucune autre, et dont les bas-reliefs peuvent servir a l'histoire de la décadence de l'art. Les plus anciens, au reste, ne m'ont paru remonter qu'au commencement du ive siècle.

Le gouvernement accorde sept cent mille francs par an pour les fouilles d'Arles; il ferait mieux d'y envoyer un préfet artiste, et de mettre à sa disposition un bataillon de pionniers. Nous avons une armée de quatre cent mille hommes, sur lesquels trois cent cinquante mille se reposent. Ne pourrait-on pas sans inconvénient grave en distraire cinq cents, qu'on emploierait à déblayer la nouvelle Pompéi?

Il est curieux, au reste, de se promener autour des remparts d'Arles; l'enceinte des murailles est presque un second musée. De vingt pas en vingt pas, on rencontre^ incrustés dans le mur, un fragment de colonne, un débris de chapiteau. Partout où les Romains avaient élevé des monuments, on a, de ces monuments, bâti des villes avec leurs églises et leurs remparts, et cependant à peine s'aperçoit-on qu'il manque quelques pierres â ces gigantesques constructions.

L'un des trois jours que nous passâmes à Arles était un jour de fête, ou plutôt de marché ; il y avait une foire aux moutons. Cent vingt-cinq ou cent trente mille brebis, descendues des plaines de la Crau, étaient parquées au pied des remparts du midi. Cette circonstance, assez indifférente en elle-même, eut pour ma curiosité de voyageur un excellent résultat : ce fut celui de faire sortir de leurs maisons, et dans leur costume de fête, les Artésiennes, que je n'avais encore vues qu'allant à la fontaine ou filant sur le seuil de leur porte. Vers les trois ou quatre heures de l'aprèsmidi, abandonnant le boulevard extérieur aux élégants et aux dandys de la ville, elles se répandirent dans les. rues. lin niant bras dessus bras dessous, par rangées île sept ou huit jeunes filles, s'arrêtant de porte en porte, pour commêrer, en formant des groupes bruyants et moqueurs. Leur réputation de beauté est tout à fait méritée, et elles sont non seulement belles, mais encore gracieuses et distinguées. Leurs traits sont dune délicatesse extrême, et appartiennent surtout au type grec ; elles ont généralement les cheveux bruns, et des yeux noirs veloutés, comme je n'en al vu qu'aux Indiens et aux Arabes. De temps en temps, au milieu d'un groupe ionien, passe rapidement une jeune fille, marquée au type sarrasin, avec ses yeux longs et relevés aux coins, son teint olivâtre, son torsage flexible et son pied d'enfant ; ou une grande femme, au sang gaulois, aux cheveux blonds et aux yeux bleus, à la démarche grave et tranquille, comme celle d'une antique druidesse Presque toutes sont fraîches et épanouies comme des Hollandaises: car l'humidité du climat, qui à trente ans flétrira leur beauté d'un jour, leur donne ce teint blanc, et rose qu'ont les fleurs qui bordent les fleuves ou qui poussent dans les marais.

Malheureusement pour le peintre et le poète, qui vont cherchant le beau et le pittoresque, ces gracieuses filles de Bellovèse; d'Euxène. de Constantin et d'Abdérame ont perdu une partie de leur charme le jour où elles ont renoncé au costume national, qui, résumant pour elles ( int le passé, se composait de la tunique courte des jeunes filles Spartiates rin corsage et de la mantille noire des Espagnoles, du soulier à boucle des Romaines, de la coiffe étroite d'Anubis et du large bracelet gaulois. De tous ces vêtements pittoresques, les Arléslennes n'ont gardé que leur antique et originale coiffure, qui, toute dépareillée qu'elle semble avec la taille longue et la manche à gigot, ne laisse pas que de conserver à leur aspect une physionomie ton1' Meulière, que leurs amants sont, loin d'avoir la siens n'ont rien de remarquable; aussi dit-on général

ALEXANDRE DUMAS 1I.LI > i TtE

les hommes de Tarascou Et :es femme; d'Arles, omme on dit les Romaines et les Napolitains.

N est-il pas remarquable que, du costume national, la dernière chose que l'on abandonne soit la <.oitfure 1 Dans tous les ports de mer du Midi, on rencontre par les rues une foule de Turcs et de Grecs qui ont adopté les habits et le pantalon, et conservent obstinément le turban. Les ambassadeurs de la Sublime Porte eux-mêmes nous offrent tous les jours cette singulière anomalie, en se présentant dans nos salons et dans nos spectacles avec le costume français et la tête cachetée de leur calotte grecque comme des bouteilles de vin de Bordeaux.

Lorsque la ville aux vieux débris cesse d'être galvanisée nielque fête ou tue marché, elle se recouche

et se rendort dans la poussière romaine. Bien plutôt pareille â une tente militaire, placée au bord d'un fleuve par une colonie errante et lassée, qu'à une cité vivace, Arles fut une villa impériale et non pas une ville souveraine. Embellie et décorée par fantaisie puis abandonnée par caprice, cette maltresse royale n"a plus, dépoli siècles, une raison suffisante de vitalité. Sa position sur le Rhône, source de richesse pour elle quand ses murs renfermaient un empereur magnifique ou un roi guerrier n'a plus aucune valeur maintenant qu'elle n'est qu'une ville usième ordre. Sous la République et l'Empire, Arles une vie factice et momentanée ; car le commerce. îssé des mers, reflua dans les fleuves, et. d exportatif qu'il était, devint Intérieur; aussi, comme à Avignon, tout ce qui est marin, portefaix, employé des ports, est-il républicain, tandis qu'au contraire les gentilshommes, les luiers et les paysans sont généralement carlistes. Ces opinions se partagent la cité. Comme partout, la ville haute, qui a commencé par être une aire féodale, est ue la ville basse, dont les chaumières •ives sont venues se grouper autour du château, et ! peu s'y sonl ' ii mgées en malsons, se souvenant de

di populali presque entièrement dém

■ Arles, qui de rétrograde était devenue stationnalre, com mence cependant aujourd'hui à marcher, mais lentement • mais d'un pas embarrassé, et plutôt avec la dénii ' i i i Ion de l'enfance. Quot-

■•uplée de dix huit nulle habitants, elle n'a qu'une marchande de mo ne peut pa- vivre de son com-

merce, et, depuis cinq ans seulement, un libraire, qui soutient qu'avec l'aide des malsons d'Atx et de Mar- \uparavant, les seuls livres qui s y vendissent étaient i Livres de prières lportés par des marchands fca Aussi Arli i ne doit-elle pas être con.-i

r ,mme une ville \n inti mais comme une ville morte: mi .n pourrail faire pour ranimer son commerce ou Ddustrie serait chose Inutile et perdue; c'est un pèi artiste et de poète, et non pas une situation de ■ immerçani on de voyag lut Jamais le- rois de Naples n "m de repeupler Herculannm et Pompéi. et ils ont bien

mtant qu'il est :

plus grande solennité lui vient de son silence et de

mais la tombe d'un peut d'une civilisation, uni pareille celle de ces guer-

lesquels on enterrait leur or. leurs armes et leurs dieux 1 i ville moderne est campée sur et la terre sur laquelle est dressée sa tente renferme autant de richesses dans son sein qu'elle <vffpauvreté et de misère à la surface

ndant, Il quelque l'Arles s'élève une Mlle en-

lus triste encori

i de Bj ron, l'auteui

d qui est la seule élêbrlté littéraire qu'Arles ait m'avait fortent immandé de ne point la-

ser dans .sa ville natale Sans aller faire une excursion i ancienne cuir d'amour de la Provence, nul donna ■ni. i prince; i Orai des stathoui Vrosterdam i I

d tout ce an

i ' plus remarquai! ius nous acheminâmes vers les

t ivec le lieu on elle conduit

fîant d'abord le petit et le grand étang de reluque, elle

• iiuelque temps un aqueduc romain qui prend sa source dans une montagne près d Orgon, traverse la toute. d'Aix un peu au-dessus d Elsemat. passe a côté de Saint-Remy, et vient se perdre aux environs d'Arles. Nous nous enfonçâmes avec elle dans une espèce de désert de joncs et de roseaux, dont le sol marécageux semblait le lit d'un ancien étang. Nous abandonnâmes 1 aqueduc d Arles pour suivre celui de Barbegal. Puis nous nous engageâmes dans des montagnes aussi tristes que les plaines désolées que nous venions de quitter. Enfin, a Maussane. on nous invita a prendre quelque chose, attendu que noua ne trouverions absolument rien â manger ni à Manvill» ni a Baux.

A une demi-lieue de Maussane. au détour d'une montagne, nous commençâmes à apercevoir au haut d'un rocher, au milieu d'un paysage nu et rougeâtre, la ville que nous iiter. Nous nous engageâmes dans un sentier escarpe qui monte en tournoyant, et nous avançâmes sans rien voir de ce qui annonce le voisinage d'un lieu destiné i'ix nommes, sans entendre aucun souffle de cette reï tion immei lénonce 1 existence d'une ville

qu'en effet les hommes ont disparu, et que la pauvre villeest morte, entièrement morte : morte d'abandon, morte - -ment, morte de faim, parce qu'une route qu

' qui était l'artère qui menait le sang a son coeur, s'est éloignée d'elle ou perdue ellemême quand a commencé de s'éteindre la splendeui Provence , et qu'alors tout lui a manqué pour vivre, comme à une jeune fille qui vivait par l'amour et dont l'amour s'est retiré

Alors, peu i peu une partie des habitants, las solitude, s'est éloignée peur aller habiter Orgon, 'a; ou Arles, l'autre, fidèle et religieuse au toit patein. est éteinte dans l'isolement. Nul n'est venu ni renip

mort; | sans hal

a fini par rester seule debout, ouverte, abandonnée et toute en deuil sur sa route, et pareille à une men i qui pleure et demande l'aumône au bord du chemin. A li moitié de la montée, sentinelle avancée du tom nous rencontrâmes une croix. La destruction s'était étendue sur ce symbole de la rédemption éternelle, comme sur tous mortels nui l'entouraient : les deux jambes du

i un de ses bras un des bras de fer de la croix.

Quelques pas plus loin, nous tournâmes un nouvel angle, as trouvâmes en face de la porte basse et r de la ville ; les battants de bois en avaient été ôtéêtre brûlés sans doute, et les attaches de fer arrachées par • bohémien qui comptait les vendre Nous entrâmes a rue; portes et fenêtres étaient ouvertes. Nous vlme-; lisons dont le portail, soutenu par des colom la renaissance, était baronlal : nous

finie- ux où il n'y avait plus ni gardiens ni

malade ni derniers soupirs. Nous

un an. eau taillé dans le roc. sans doute en mé-

moire évangélhrues Heureux l'homme

sa maison sur le rocher I - Mais le rochei

.illé en appartements, creusé et.

ié par sa base, et le château monolitli tombé tout d une p mi main d'un

t.i m iui se fût conservée a peu prt

sur une la vallée, on a creusé dans la pierre caire i mbes de grandeurs

Il y en a jwnir le fils et pour

■ mère, pour le vieillard et pour l'enfant Ces tombés

ont-elles une main sacrilège en a telle soulevé

.er, i- et dispersé les ossements, ou bien sont-elles

ur plus prodigue que la mort

plus trouver d i y

herî

1 m .,--.- au milieu pieds

iilie e1 Je

ibl table et q nabi-

: parences d enfin

pareille ai;

- qui ont Mes qui ont des sang;!

homme q livre les yeux, il.ni.i'

ntinualt ai

■ mi i t 11 me I

montai une dizaine de mai i sent à son péristyle I vainement tenté d" tremper mes doigt! itler

et comme II voulu m'inonder en un

I E MIDI DE I A FRANCE

jour de toutes les poésies de la mon, le spectacle le plus irlste qui se puisse voir s'offrit tout à coup à mes yeux.

Au pied de l'autel, dans une bière découverte, le front ceint d'une couronne blanche, les mains cTolsées sur la poitrine, était couchée une petite fille de neuf ou dix ans : aux deux côtés du cercueil se tenaient â genoux ses deux sœurs, dans un coin pleurait sa mère, et le frère tintait lui-même la cloche pour appeler Dieu à cette cérémonie funèbre, où manquait le prêtre. Une douzaine de mendiants, crai ferment toute, la population des Eaux, était dispersée dans le reste de l'église.

Je sortis de l'hôpital. Devant sa façade, qui date de la renaissance, et dont l'entablement croule malgré les neuf colonnes qui le soutiennent, s'étend une plate-forme de laquelle on embrasse un immense paysage ; au sud, la mer bleue et immense, tachetée de voiles blanches ; au levant, la plaine où Marius battit les Cimbro-Teutons, dominée par le mont Victoire, au haut duquel il éleva les trophées ramassés sur te enamp de bataille ; au nord et à. l'occident, l'hôpital et la ville.

C'était, comme on le voit, un beau et vaste paysage au milieu duquel se dressait un immense souvenir. Le génie

Mon guide vint me dire qu'il était temps de retourner à Arles.

11 n'y eut pas de messe pour le salut de 1 âme de cette pauvre" enfant, il n'y eut que des prières basses, des sou-

• des sanglots; puis quatre pauvres, qui avaient mis leurs plus beaux habits pour cette solennité funèbre, portèrent le cercueil à bras, et, accompagnés du reste du cortège, sortirent de l'église, s'acheminèrent vers la haute «lie, entrèrent dans l'hôpital, et, s'approchant d'une tombe

e, posèrent la bière à côté d'elle. Aussitôt la mère s'avança, embrassa encore une fois sa fille: les deux Jeunes sœurs en firent autant, et puis le frère, qui, étant le dernier, recouvrit le visage de la morte. Un homme prit alors, derrière une pierre, un marteau, des clous et une ua le. couvercle du cercueil, puis ou le lit dans la fosse. La terre roula dessus avec ce bruit dont l'écho profond est dans l'éternité el lorsque la derpelletée de terre l'eut recouverte, les jeunes filles s approchèrent et jetèrent sur la tombe des bouquets de fleurs blanches qu'elles avaient cueillies aux environs. Je n'avais pas de bouquet; je jetai ma bourse. Un des mendiants la prit et la présenta à la mère, qui ne me remercia

. mais qui pleura plus fort.

de Rome avait eu là une de ses plus belles fêtes. Deux cent mille barbares, couchés dans cette vallée, lui avaient fait une hécatombe, et leurs cadavres laissés sans sépulture, lavés par la pluie, brûlés par le soleil, se décomposèrent lentement sur cette terre, qui dut à la corruption de leurs fétides lambeaux son nom antique de Oarnpi putridi, et son nom moderne de Pourrière. Mais bientôt la nature répara tous ces désastres, le sol poussa, là où il avait été si largement engraissé, de plus puissantes herbes et de plus riches épis ; et, lorsque la moisson fut faite, il ne resta plus sur ce champ funèbre, qui avait été le cimetière d'un peuple, que d'immenses ossements blanchis, dont les paysans firent de pâles clôtures pour leurs vignes.

Un autre jour, dans un autre moment peut-être, je serais descendu de mon rocher dans cette plaine. J'aurais marché jusqu'à ce que je trouvasse les rives du Canus ; puis j'eusse cherché sur la sainte montagne, que le matelot provençal, debout sur le pont de son navire, montre de loin aux voyageurs, les rentes de cette pyramide où d'énergiques bas-reliefs représentaient Marius debout sur des boucliers portés par ses soldats, et proclamé imperator. Je

me serais tait î-^onter par quelque paysan i mme un événement de la \eille, ceue bataille qui date de deux mille ans 11 m'eût dit alors, tant les traditions dt grand présentes encore aux lieux qui la

virent >i, comment le général romain conduisait

, rophétesse syrienne, nommée Martha, en lhonneur de laquelle il donna son nom au village fie Martlgues, et qui, la veille de la bataill. 1 1 ouni dans

une ! i rangs de ?ul elle avait

promis la victoire. 11 meut indiqué 1 endroit où Manus, a ses soldats mourant de soi! et qui lu Sent a noue,

dit. montrant li vaut lequel étalent rangi

de l'eau et où les soldats ridement, !e même soir, ceue eau rou-

gle et ensanglai il m'eût raconté cette fête qui

se perpétua dans le ; . .-:ur de cette victoire;

de sorte que, lorsque le mois de mai revenait, chaque année on vo> ru au temple bâti par Marius les popula-

tions voisines, et entrer da - ■•'■ païenne une !

slon de chrétiens et de chrétiennes portant des bannières ornées de croix, et couronnes, les hommes de branches d'arbi. triomphe, et les femmes de guirlandes

de fie ne de fête; puis sur quelques murs crou-

lants du bourg de Pourrlère. 1! m'eût fait voir les arm.s de la commune, qui. Jusqu'à la Révolution, furent un porté sur le bouclier de deux soU Mais à cette heure, j avais une autre pensée ; ce n'était le la mort d une armée et de la tombe d'un peuple prit était occupé. Je !.• ue la mort

lune mendiante et la tombe d'un enfant; si bien qu'il me prit envie, non pas d aller chercher de la poésie et de

:- du recueillement et de la religion dans cette petite église. Je m'acheminai donc vers elle, et la retrouvai vide et silencieuse. Je cherchai son coin le plus obscur, et, m'appuyant une colonne. Je us une ti. saintes,

qui, l nanqnent aux lèvres, deviennent

la prière du c.vui

Je ne sais le temps que Je restai ainsi, pris de ce vertige religieux .iuquel je suis si acce-sibh -, que. .lan- la chartreuse le et chez les .

il m'arrtvs ipitamment ces hauteurs saintes,

ie me sep me précipiter dans le cloître ;

d'extase que lorsque mon guide vint me dire que

lit arrivait, et que, par conséquent. 11 était temps de

\n morne-, te église, je fus pris du désir d'en

rter quelque chose II en est ainsi de toutes les émo-

: i -ndes que nous éprouvons, au moment où elles

nous possèdent et nous étreignent ; nous désirons le-

tuer, et nous comprenons que le seul moyen d arriver à

de les raviver par la vue d'un objet qui nous

les rappelle, tant nous sentons notre pauvre cœur faible

pour conserver .1 lui seul un souvenir; mais en même temps

pie ce vol religieux fait à une église, tout pur

qu'il de Dieu, qui savait dans quelle

Intention Intime et pieu-e je le cours ut pas

moine II dans la maison du Seigneur, et. par con-

rs, il me vint une pensée qui

mon remor

la pi. nie râleur quadruple dont profl

ferait le premier pauvre qui viendrait prier Je portai

une main sur d ' vermoulu :

mais, en fouillant de l'autre a ma poche et en La trouvant

vide. Je me rappelai que J'avais donné ma bourse à i

■.i enterrer. J'allais reposer mon |alnl sur l'autel, lorsque l'aspect de mon guide me tira 11 n1.il s'il avait de

était 1 qu'il : lette, et

e. Je l'emportai avec moiii

• Je. au ri- Lier sut les léVl uns de

mes lecteurs le sourire dédaigneux et de la

ne devrais dire i|ii'.i on et Oui car quelques esprits poét aiprendront i ailleurs, toute .un ■ elle que l'on fait ti corps vivant

nie. irrnee aux dix francs que J'avais place, l'avais emporté le snint avec moins de crainte Ce pend ilt loin de me rsflSUl

que cette 'nient depuis le matin, dé-

roulés devant mes \ que cette cérémonie simple,

mais .-eut triste, qui étall arrivée jusqu'à mon

exaltation même Je quittai l'église témoin

de mon acl >• )f mment qualifier la rho-e ni

la pensant -pendant ne la croyant p.i'

I de terreur dans l'âme. La r.uit

qui approchait rapidement contribuait encore à augmen- Impression inqualifiable. Je descendis avec mon conducteur la route qui mené a Maussane, et j'arrivai dans e i Ulage sans avoir échangé un mot avec lui.

Notre voiture nous y attendait, Boyer attela le cheval. Pendant ce temps, J'aperçus mon fusil, que j'avais laissé le matin dans la cheminée, et, craignant un accident que je n eusse pas craint • autre cil ne vou-

lus pas remporter chargé, de peur que les cahots du cabriolet ne le lissent partir. Je laus le jardin pour le tirer en l'air: mais, au moment où j épaulais, l'idée me vint, pour la première fois peut-être, à mol, chasseur depuis mon enfance, que les canons pouvaient crever et m emporter une main. Je ris de cette Idée. Je rapprochai mon fusil de mon épaule une seconde fois et j'appuyai mon doigt sur la gâchette; mais le coup ne partit pas ; le chien n'était pas armé, je crus cette circonstance un avertissement : je lis jouer la bascule de mon fusil, tirai mes deux cartouches du canon, les mis dans ma carnassière, et rentrai dans la cuisine.

J y trouvai Boyer, qui avait Uni son opération. Le cheval tel attendaient a la porte. Je sortis pour monter en voiture ; mais, au moment de mettre le pied sur le mari hepled, mes craintes superstitieuses me revinrent. Je pensai au chemin bordé il- - que nous allions parcourir, je pensai, comme Je l'avais pense à propos de mon fusil, . action que j'avais commise était mauvaise, Dieu pou- -uite une punition au lieu de l'autre : et, ne voulant pas Le tenter, Je fis signe au cabriolet de marcher devant, et je le suivis par derrière. De temps en temps, qui ne comprenait rien à cette manie de marcher seul quand je pouvais paresseusement être voiture près de lui. s'arrêtait, et me demandait si je ne voulais pas monter Constamment je lui répondis que non ; et cependant j'étais fatigué, plus encore par l'émotion que par le voyage, aussi moralement que physiquement

Nous nous trompâmes de route à Saint-Martin ou à Fon-

vielle. je ne sais : de sorte qu'au lieu de revenir par le grand

liarbegal. nous revînmes par le i .cstelet. Nous nous enga-

e de petite forêt où j'eus a peine fait

un quart de lieue, qu'en montant sur une éminence. Je

de l'abbaye de Montmajour, dont nous avons parlé' dans

- historique sur Arles. Vu de nuit, ce monument

était magnifique, et la clarté de la lune Ai grande

pour qu'on en put distinguer les i m'avançai

pour m engager sous ses voûtes croulantes; nuls

me pensée a laquelle j'étais en proie me re\

m'arrêta sur le seuil ; une pierre pouvait se tier du haut de ces voûtes et me briser le front. Kn arrivant i Je tirai le saint de ma carnassière. Je le mis sur la com-

le m'ageni qui ne m'était pas. je dois l'avouer, arrivé depuis longi emp-. Le lendemain. Boyer emporta mon saint, atin de le joindre à diffère et oui de-

•ngnon retourner directement 1 en— parmi met Is probable-

ment i -inuer mon chemin.

Maintenant, j'avoue qu'il y a peut-être une grande faioir raconté cette histoire; mais i lecteur d m n itonrle du

cœur humain, elle est peut-être, sinon la plus intéressante, du moins la plus curieuse de tout m'

consacrâmes le reste de la Journée à prendre des le la ville et des croquis de monuments main avant le jour, nous nous mîmes en route poul seille

crac rr .kMAintr

mi- p.uir aller il la route de mer et la rôtit, de terre La route

de terre, i e canal de Bouc. Pei

ii que le nom donné à cette dernière route ne

tlfla pas ti • nt . mai* elle s'appelle comme

. l ii Seigneur sont profondes.

i allai voir chez madame Saqul une pantomime

in fort Joli ouvrage, d'un

trrand remarquable par son haut style et

:ui m'avait été fort recommandé

mais, de la première à la der

LE MIDI DE LA FRANCE

nière scène, j'attendis vainement l'intéressant animal gui avait donné son nom à l'ouvrage.

La toile tombée, je sortis, et. en sortant, je demandai a 1 ouvreuse :

voudriez-vous me dire, ma bonne femme, pourquoi la place que je viens de voir s'appelle le BœuJ enragé? — Parce que c'est son titre, me répondit l'ouvreuse. Je rentrai chez moi très satisfait de l'explication. Comme on nous donna un fort mauvais déjeuner à bord du coclie. nous demandâmes où nous pourrions dîner ; on nous répondit que nous pourrions dîner à la ville de Bouc. Nous ignorions tout ce qu'il y avait de fantastique dans la ville de Bouc ; nous montâmes donc sur le toit de notre coche, fort satisfaits de savoir que nous dînerions.

Le but de notre ascension était de voir le paysage ; car la terre du canal, ayant été rejetée adroite et à gauche, forme un talus qui fait que, tant qu'on reste sur le pont, on croit voyager dans une ornière.

Le paysage, au reste, sans être varié, est curieux; car on a à droite la Camargue, où. d'après le proverbe, tes chasseurs ne trouvent pas une pierre à jeter d leurs chiens, et à gauche la Crau, qui est littéralement pavée de cailloux. La Camargue, ou champ de Marius : Caii Marii ager (l'étymolonie en vaut bien une autre), la Camargue est le delta du Rhône : cela veut dire que les géographes lui ont trouvé d'un D grec A. et cela avec aussi juste

raison que Polybe avait trouvé à l'Italie la forme d'un triangle, Pline celle d'une feuille de chêne, et M. Piquet celle dune botte. C'est une immense plaine marécageuse, que la mer a visitée il y a quelque deux mille ans, et qu'elle semble avoir abandonnée d'hier. D'innombrables troupeaux de chevaux blancs et de taureaux noirs, plus sauvage* e< plus ébouriffés les uns que les autres, y enfoncent jusqu'au jarret dans un sol tout bourgeonné de plantes épaisses, d'un vert foncé, et qui, de place en place, se panache de grandes fleurs jaunes et rouges, de roseaux tranchants élevés, et de tamaris tortueux. De temps en temps, au milieu de ces marais Pontins de la France s'élève une pauvre maison, où le. chasseur perdu dans ces solitudes est sûr de trouver l'hospitalité du désert. Le paysan n'a qu'un peu de pain et un peu d'eau ; mais de ce pain et de cette eau la moitié est à celui qui a faim et qui a soif.

La Camargue, tout inhabitée et inhabitable qu'elle est, a cependant ses traditions religieuses et ses souvenirs historiques : les unes se rattachent au village des Saintes-Mariés, que. par abréviation, on appelle le village des Saintes, et les autres aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Le village des Saintes-Marie, que l'on nommait autrefois Notre-Dame-de-la-Mer. doit son nouveau nom au roi René. Le roi René, en sa qualité de poète, connaissait la vieille légende provençale qui dit qu'après la mort du Christ, les Juifs mirent dans une barque Marie-Madeleine, le- deux Marie, Marthe. Marcelle, leurs servantes, Lazare et Maximin. et, profitant d'un orage, poussèrent cette barque à la mer pour les faire périr tous ensemble. Mais Dieu n'abandonne point ses serviteurs. La mer se calma, un doux vent poussa l'embarcation loin du rivage. Pendant tout le temps de la traversée, qui dura un mois, deux fois par jour le Seigneur fit pleuvoir sa manne. Enfin, un beau soir, les saints hommes et les saintes femmes abordèrent à la pointe la plus avancée de la Camargue, dans un pauvre village habité par quelques pêcheurs. Marie-Madeleine se dirigea vers la Sainte-Beaume. Marthe, vers Tarascon, où nous avons vu son tombeau en passant ; saint Maximin prit le chemin d'Arles, et saint Lazare celui de Marseille. Quant aux deux Marie et à Marcelle, elles restèrent au villase de N'otre-Dame-de-la-Mer. où elles moururent, après en avoir converti les habitants à la foi chrétienne.

Le roi René non seulement connaissait cette légende, mais il lavait mise en vers, il l'avait mise en musique, il l'avaii mise en tableau, lorsqu'une nuit, voulant lui donner une preuve non équivoque de leur reconnaissance, les saintes femmes de Notre-Dame-de-la-Mer lui apparurent et lui ordonnèrent de se mettre en quête de leurs reliques, dont elles lui donnèrent l'adresse exacte, de les tirer de terre, et d» leur faire bâtir un tombeau digne d'elles. Comme on le pense bien, le bon roi René ne se le fit pas dire deux fois. Au point du jour, il monta a cheval, suspendit à son côté cette bourse qu il emportait toujours pleine et qu'il rapportait toujours vide, prit son album pour croquer, chemin faisant, quelque joli visage de paysanne, et s'achemina vers Notre-Dame-de-la-Mer.

Il va sans dire que ' le roi René trouva les reliques a l'endroit indiqué. Ce fut à cette occasion que le bon roi changea le nom de Notre-Dame-de-la-Mer en celui des Saintes-Mariés, plus approprié désormais au trésor qu'il possédait.

La nouvelle de la découverte que l'on venait de faire se répandit par toute la France, par toute l'Italie et par toute l'Espagne, si bien que de tous côtés les pèlerins abondèrent, que chaque maison se changea en auberge, et que chaque aubergiste devint millionnaire. La fortune ascen-

dante du village saint dura jusqu'à la moitié du xvi" siècle ; mais à cette époque la Réforme arriva : le doute suivit la Réforme, l'indifférence suivit le doute. Les habitants, lorsque éclata la révolution française, comptaient sur la persécution : la persécution les oublia. De ce jour, ils furent véritablement ruinés-

Et, en effet, malgré l'exposition annuelle des reliques saintes, qui autrefois faisait d'un seul jour de fête la fortune de toute l'année, le pauvre village s'en va mourant, faute de pèlerins, si bien qu'il en est revenu à ses premiers moyens d'existence, c'est-à-dire que les aubergistes se sont refaits pêcheurs, et encore, depuis l'établissement des bateaux à vapeur, la mer est-elle devenue tellement avare de- poissons, qu'elle ne fournit plus â ces malheureux que d'insuffisantes ressources. Ils ; lestent hâves et affamés, parce que le toit qu'ils habitent est le toit de leurs pères, parce qu'ils y sont nés et qu'ils doivent y mourir. Mais, lorsqu'une maison tombe, on ne la relève pas : la famille qui 1 habitait se disperse et s'en va mendiant ; si bien que peu â peu le village s'efface, que, dans cinquante ans, il ne restera plus que l'église, et, dans trois ou quatre siècles, que la légende.

Pendant que nous étions à Arles, il s'était passé au village des Saintes-Mariés un fait assez curieux, et qui donnera une idée de l'esprit des bonnes gens qui l'habitent.

L'église des Saintes, près de laquelle est un puits miraculeux, creusé par elles, et qui donne d'excellente eau, quoique à cent pas à peine de la mer, a pour curé un bon vieillard, dont le frère a servi autrefois en qualité de timonier sur les bâtiments de l'Etat : «on temps fini, le brave marin revint, buvant sec, fumant fort, et n ayant pour faire face à ces habitudes assez dispendieuses qu une petite pension de deux cent cinquante francs. Quoique le curé, de son côté, eût à peine de quoi vivre, il prit son frère chez lui, à la seule condition qu'il ne jurerait plus. Le timonier promit à son frère tout ce qu'il voulut : mais, comme l'habitude est une seconde nature, le marin n'en jura que plus fort. Les premières fois, le curé le reprit, puis il se contenta de faire des signes de croix ; puis il ne fit plus rien du tout, s'en remettant religieusement à l'indulgence de Dieu, qui ne punit que l'intention. Or, son frère était un cœur d'or, qui n'avait jamais eu une mauvaise intention de sa vie.

Les choses allèrent ainsi cinq ou six ans ; au bout de six ans, le bedeau mourut. Or, comme le défunt cumulait les fonctions de bedeau, de chantre et de sacristain, la place qu'il laissait vacante était une fort bonne place, qui rapportait cent francs de fixe, sans compter les baptêmes, les mariages et les enterrements.

Le curé réfléchit que cent cinquante ou deux cents francs de plus amèneraient force douceurs dans son petit intérieur, et offrit, la place à son frère. Le frère accepta, à la condition que le curé lui commanderait le service en termes maritimes, toujours en vertu de cet axiome qu'une habitude est bien plus facile â prendre qu'à perdre. Le curé ne vit rien là qui dût fâcher Dieu, et, grâce à cette concession dès le dimanche suivant, le timonier, revêtu de la chape et la crosse à la main, se promena gravement de l'avant à l'arrière, et, quand vint le moment de chanter l'épitre, passa fort adroitement l'Evangile de bâbord à tribord Cela gêna bien pendant quelque temps le bon curé dèntendre appeler la sacristie la chambre du capitaine, et le tabernacle la soute au pain ; mais il s'y habitua, comme il s'était habitué, à tant d'autres choses. Quant à Dieu, la preuve qu'il trouva tout cela bon, c'est qu'il bénit le ménage fraternel en envoyant aux habitants du presbytère une excellente santé-

Les deux frères vivaient ainsi depuis quinze ans, a peu près lorsqu'un matin une affaire appela le bon curé à Arles ■ ' il s'informa si aucun enfant n'était sur le point de venir au monde, et si aucune jeune fille n'était au moment de se marier. La réponse fut négative, de sorte que le bon curé vit qu'il pouvait s'absenter sans inconvénient. Il ii bien un malade, mais le médecin lui promit de le faire durer jusqu'à son retour. Le curé partit donc parfaitement tranquille.

Le même soir, le malade mourut.

Grand embarras, comme on le comprend, dans le village des Saintes. Le trépassé, qui n'avait pas voulu atl -mire le curé pour mourir, ne pouvait pas l'attendre pour être enterré car le curé ne devait revenir que dans trois ou quatre jours. L'envoyer chercher était à peu près impossible ; le village des Saintes ne communique, par 1 entremise d Arles avec le reste de la terre qu'au moyen d'un messager qui va dans la ville de Constantin une fois la semaine- Or le- curé avait justement attendu le jour de cette communication, afin de profiter du cheval du messager, et il était parti en croupe derrière lui.

Les parents du mort allèrent donc trouver le frère du curé pour lui exposer leur pénible situation. L ex-timonier les laissa aller jusqu'au bout, puis, lorsqu'ils eurent fini:

VLEXÏNDBE DUMAS ILLUSTRE

— N'est-ce que cela! leur dit-il

— Dami • Jirent les pai

— Le d -deau.

— il lique comme vous et nous.

— r alors envoyez-moi quelqu'un pour mi

. et aussi i • qu mon û

— Tiens, au fait : direi us n'y i

uste.

Is s'en ■ que le dis

:. revêtait les bal dans la chambre du

La messe fut dite, le mi le village

-•a a la pria religions

• ne s en formai.

Quand le curé revu- Jes nouvelles d

lade.

— Le malade, répe il est à fond ci- Tout fut dit le ton aire ne se montra pas plus suscep-

parut, au contraire, enchai ; de maladie, d'avoir quelqu'un q le --ui ; ' - fonctions

-lècles et passons des Salîmes :

ers d< Saint-Jean de Jérusalem, q iraient été foi i Tenque. i

homni al, dont nous retrouverons plus tard '•

an xiv siècle l'Ile de lent aussi le nom Or, Rhodi ■ • re serpent Ce nom. ..omme

on le rieuse bien, avait u -e cause,

la quantité Lie de reptiles que de temps immé-

il renfermait la patrie du colosse, l! est ju^te de fort diminué det .pie les moines

-m étal h- dan; 1 île. attendu que, dans leurs ■ tenir la main ent une i ;; résulta !-

• lui, le fameux ser] nie couleuvre.

g qu'il fut de les suivre Plusieurs si p pour

II

us i eux n omme touji Le grand maître Hé

itives. qu .

ordres cri, qu'un

fléau ne pouva -■ nienl

i 11 le fallali

ment dn monstre, qi mmeni r à la

tement des moir Sur ces entrefaites arriva à Rhodes un de la

nié Dieudonné de Gozon : c était un et d'une ,

faire :

II un homme aussi sagi que brav< nji

de la leur ceux qui

.1 avait al-

r le monstre II

et il apprit qu il habitait un n leux lieues de la

n moment le plll< < 1 : .' 1 1 1 ' I m

.i -rue p.. lil

«••■ • yeux. En co t|t un m.

i. ers li m .t i - m al

i et d'une 1 b \

i ha un lu il pût 1011

eu il plût au ■ Le serpent e-

jeta sur un bœui qui - dar.s ses domaines, l'engloutit

tout entier dans son vaste estomac, et. satisfait di

cinq cents pas de droit où Gozon était caché Gozon eut donc tout le temps de faire son portrait: le posait comme un modèle aussi reprodm une fidélité scrupuleuse les moindres détails di

puis, le dessin termii - le chevalier se retira -.vec la même précaution et s'en revint à Rhodes.

lui demam avait vu le -

Gozon leur montra son dessin, et ceux qui n'avaient fait mirae que l'entrevoir nt qu'il était de la plus

exactitude.

Le lendemain. Gozon sortit de nouveau de Rh tourna à sa cachelte ! : revint à la m

que la veille Les au liers lui demi:

qu'il avait fait, et il répondit qu'il avait fait quelques

ssin de la v-ille Les chevaliers à rire Le surlendemain, même- - . -, - mêmes ]

iur même réponse- Le? . n-valiers crurent : rade fou. et ne s'en occupèrent plus.

ce m - au bout

nés. le jeune c!i< • serpent par cœur

il demanda au grand maiiie un congé de si -

son château de Gozc sur le petit Rhône, en Camargue, A son retour, chacun lui fit grande fête, et surtout deux magnifique- étaient des cb

• habitues a tenir les taureaux tandis que l'intendant de Gozon les marquait ai

ir fit grande fête, car il i eux. et. comme il craignait qu'ils n ■ sence. il les lança sur deu iffèrent à la minute.

Le même jour. Gozon. sûr d'avoir on eux deux mmi il les lui fallait, se mit à l'œuvre.

ssin qu'il avait pris sur les lieux, et enluun serpent si parfaitement ■ la même taille, les mêmes coule

laide ci un mécanisme intérieur, il lui d mêmes mi [mis

ienca l'édu I -on cheval et de ses

ils qu ils virent le monstre, tou qu'il était, le cheval se cal chiens s'enfuir-

■ iront moins efl • ni les uns ni le- ■ voulurent

'demain. 1« i heval vil Ce pas du n - biens im montrèrent

. : eval toulail ieds, et les deux dogues donnaient dessu- rnme taureau.

endant Gozon les ic mois habi-

tes hiens à taire leur prise sous te vu : «marqué que. le serpent : -

la chair h mac de son autos lens. q

leur déjeuner les allaient le chercher jus-

qu'au fond de ses entrailles vu bout de deux m i

• plus rien a leur a] (ailleurs, si bien rac-

ode qu'il fût tous le ruonsti

iller par morceaux.

evalier partit pour Ethodi

ment, moins de six mois qu il en était parti

En mettant le pied dans le port, il' demanda des nouvelles du monstre Le monstre se portait à merveilli lement. comme de jour en troupeaux et le

plus rares, il i m ilntenanl ses

sions jusque sous les murs de la ville Le grand maître de Villeneuve avait ordonné des prlèn - de quarante heures Mai- les tarante heures n'y faipas plus que si - Ib* Maria de sorte que 1 île de Rhodes était dans •.ton la plus profonde.

Le chevalier, moulé sur son cheval et suivi de ses deux

. n alla droit à l u il resta en prières depuis sept heures du matin .usqu'à • . us manger, et donnai ■ u |i monstre avait l habitude de fali - la la ville et se dirigea vers le marais su vi de - qui hurlaient lamentablemeir enra-

dc- faim.

mme Je l'ai dit. le monstre s'était fort rapproché de la ville: de sorle que li hevaller eut a peine I mille hors des portes, qu'il le vit Payant au soleil et dant quelconflue lussl, à peine de son a

re eut-il vu le qu'il releva la tête en sif-

rapldement contre lui.

. -ur laquelle il lomptait était

II y avait un peu

1 E MIDI DE LA FP\N< E

ion, car à peine les deu;x dogues l'eurent-ils vu qu'ils crurent que c'était leur serpent <3c carton et que, se souvenant qu'il avait leur déjeuner dans le ventre, au lieu 'le fuir, ils se jetèrent sur lui et l'attaquèrent avec acharnement. De leur côté, le cheval et le chevalier laide leur mieux, l'un ruant des quatre pieds, l'autre mt des deux mains; de sorte que le malheureux sergui .ne s'était jamais vu en pareille aventure, voulut .ris sa caverne: mais il était condamné: un coup du chevalier le jeta sur le flanc, en même temps il u an coup de pied du cheval lui brisait l'aile, et que les il.ux dogues lui fouiltaient l'un l'estomac pour lui manger le cœur, et l'autre les entrailles pour lui manger le En même temps, les habitants de la ville, qui étaient - sur les remparts, et qui, d'où ils étaient, voyaient Dbat battirent des mains à l'agonie du monstre Les ludissements encouragèrent le chevalier, qui sauta à coupa la tête du serpent, et. l'ayant atta,: u ophée à l'arçon de son cheval, rentra dans la ville de Rhodes, triomphant comme le jeune David, e! fui reconduit au palais des chevaliers, accompagné de toute la population. Ses deux chiens le suivaient en se léchant le museau.

Mais, arrivé à la commanderie. il trouva le grand maître Hélioii de Villeneuve qui l'attendait, et qui. au lieu de le féliciter sur son courage, lui rappela l'ordonnance qu il avait rendue, et qui défendait à aucun chevalier de Saint- Jean de se mesurer contre le monstre ; puis, en vertu de nnance a laquelle le chevalier avait si heureusement contrevenu, il l'envoya en prison en disant que mieux valait que tous ies troupeaux et la moitié des nain lants de l'île fussent mangés qu un seul chevalier de l'ordre manquât à la discipline. En conséquence di et ixiome.

ens ontestaient la vérité, mais 6 i valier fut obligé de subir l'application, le grand maître a Gozon au cachot, assembla le conseil, qui, séance tenante, condamna le vainqueur à la dégradation : mais, comme on le comprend bien, à peine le jugement fut-il rendu, que la grâce ne se fit point attendre. Gozon fut .lité, réintégré dans son titre et comblé, d'honneur; puis, quelques mois après. Hélion de Villeneuve étant mort, il fut élu grand maître â sa place. Ce fut a comptei de ce moment que Gozon prit pour armes un dragon, armes qui furent conservées par sa famille jusqu'au commencement du xvne siècle, époque à laquelle cette ï i mille :L'nit.

Quant au cheval et aux deux dogues ils furent nourris le Ternis dp leur vie aux frais de la comnru : 1 1 liés après leur mort.

Voilà pour la Camargue ; maintenant passons â la Crau La Crau e-; la plaine- où eut lieu la lutte d Hercule avec les peuples qu'il voulait < iviliser. lutte dans laquelle le vainqueur de l'hydre était tout pré- de succomber, lorsque Jupiter vint à son secours en faisant pleuvoir sur les saillants une telle grêle pierres, qu'aujourd'hui encore, c'est-à-dire quatre mille ans après le combat, la plaine tle -appelle la Crau. du mot celtique craïg, qui signifie caillou, ou, disent d'autres savants, car les savants disent toujours deux choses, du verbe kradro. qui 1 it dire je crie, et qui imite le grincement d'un pas ferré glissant sur les pierres dures. Quoi qu'il en soit, il est de fait que le sol est entièrement couvert de es ailloux si raie* en Camargue ; mais aussi faut-il dire qu'entre les cailloux, pousse, excitée par les sels marins que le vent lui apporte, une herbe si fine et si savoureuse, que les pâturages peuvent le disputer aux près salés de la Normandie : aussi les pâturages, dont, au premier coup d'œil, un métayer de la Beauce ou de la Champagne ne voudrait pas pour cinquante francs l'arpent, sont-ils des propriétés d'un revenu d autant plus sûr. qu'il n'y a pas d'avances à faire. que le gazon de la Crau ne craint ni grêle ni gelée. Comme le paradis terrestre, l'herbe y pousse toute seule ; il n'y a qu'à la laisser pousser.

Au reste, c'est quelque chose d'étrange à la vue que cette vaste plaine qui a ses mirages et ses ouragans comme le désert : c'est là que ce bon mistral, avec lequel nous i; fait connaissance à Avignon, a établi sa résidence Comme rien ne s'oppose à ses rafales, il s y déploie dans sa majesté ; aussi, à ses premières haleines, troupeaux, chiens et bergers, qui connaissent leur ennemi, se hâtentils de se rapprocher, de se serrer les uns contre les autres, et d'opposer une masse compacte ■ laques

le mistral gémit, siffle, rugir, éclat I ,1 par-

court la Crau sous la forme d'un tourbillon, et alors les pierres s élèvent en tournoyant comme une trombe , tantôt il s élance en rafales étroites, et alors il chasse les pierres devant lui comme des feuilles: tantôt enfin il rase la terre comme une vaste herse de bronze, et alors, s'il trouve Isolés moutons, bergetrs ou cabanes, il lets emporte, les roule, les meurtrit, les brise, les anéantit on dirait que ourse il les • - r on ne le même,

brsqu il est rentré dan? ses montagnes, les débris des choses que sa colère a enveloppées en passant dans les plis de son terrible manteau

Aussi, chez les anciens, le mistral passait-il pour un dieu, et Sénèque. qui en enumère les salutaires influences, iaconte-t-il Qu'Auguste lui éleva un temple

Au reste, il était pour ie moment sans doute retiré dans ses cavernes du mont. Venteux, car nous traversâmes toute la Crau sans en entendre parler. Vers les deux heures de l'après-midi, notre coche s'arrêta; nous descendîmes à terre, et, comme nous demandions dans quel but on nous avait déposés là. notre patron nous répondit que nous étions arrivés à la ville de E

Nous regardâmes autour de nous, et nous vîmes maisons; deux étaient fermées et une ouverte. Nous nous acheminâmes vers celle qui était ouverte, et nous la trouvâmes habitée par un aubergiste qui jouait tout seul au billard; sa main droite avait fait défi à sa main gauche et était en train de 1 quoiqu'elle lui rendit six p

Nous demandant ave homme s'il y aurait moyen

d'avoir à diner ■ il nous répondit que rien n'était facile, pourvu que nous eussions la complaisance • d attendre une heure. Nous lui demandâmes ce que nous pourrions faire pendant ce temps-] Il nous répondit que nous pourrions visiter la ville.

— Quelle ville? déni d;

— La ville de Bon ce] ndit 1 aubergiste.

Je crus que j'avais i ss< près d'elle sans la voir: je retournai sur le seuil de la porte, je regardai tout autour de moi : il n'y avait que le- deux maisons fermée?, et loin que là vue pouvait - -tendre, pas le plus pi cule derrière lequel pût se cacher, non pas une ville, mais un plan en relief. Je rentrai, et trouvai Jadin qu; un papier imprimé collé contre le mur.

— Il faut, lui dis-je. que Bouc soit quelque ville souterraine, comme Herculanum. ou cachée dans la :endre comme Pompéi, car je n'en ai pas aperçu de vestige.

— Eh bien, je l'ai découverte, moi, me dit Jadin.

— Et où est-elle"

— La voilà, me dit-il

Et il me montra du doigt l'imprimé.

Je m'approchai et je îus :

.. Napoléon, par la grâce de Dieu, empereur des Français, roi d'Italie, etc

.. Avons ordonné et ce qui suit :

■ Il sera élevé une ville et ereusé un port entre la ville d'Arles et le villas.'" des Martigues. Cette ville et * appelleront la ville et le port de Bouc.

. Notre ministre des travaux publics est charge de cation de la présente ordonnance

Tuileries, le -21 juillet -

.■ Signé : Napolë in •

Au-dessous de l'ordonnance était le plan.

— Voilà, me dit Jadin.

Et en effet, dans un de ce- rares moments de repos que lui donnait la paix. Napoléon avait reporté ses yeux de la carte d'Europe sur la carte de France, et. posant le doigt sur les bords de la Méditerranée entre la Crau et la Camargue, â six lieues d'Arles et à dix lieues de Marseille, il avait dit :

— Il faudrait là une ville et un port.

Aussitôt sa pensée, recueillie au vol. avait pris un corps et s'était représentée â lui, le lendemain, sous la forme d'une ordonnance au bas de laquelle il avait mis son nom.

Alors, on avait fait un plan et envoyé des ingénieurs Fuis la campagne de Russie était venue, suivie des désastres de Moscou, e-, comme on manquait d homme,, attendu la grande consommation qu en avait faite 1 hiver les ingénieurs furent rappelés; ils avaient eu le temps de un canal et de fracer le plan de la ville ; puis un spéculateur précoce avai- bâti trois J»*"^,*^*^ e-laient fermées faute de locataires, et dont la roL-ieme. transformée en auberge, était habitée Pa? notre hôte

C'était cette ville qui n'existait pas qu il nous avait

Veuslm instant de terreur; l'idée m'était venue ; que le

diner pourra,, bien être ™*VMl^li?ine la proche ne fis qu'un saut de la chambre a la i uiMne . la Dr°<-ne tournait et les casseroles étaient sur le fourneau. Je m approchai de l'un et de l'autre, pour «n'assurer si ce n'était naT le fantôme d'un gigot et l'ombre dune perdrix que f'avas devant les yeux cette fois, c'était bien une réaé-

4h ' ah ' c'est vous me dit l'hôte en remontant le tournebroche: patience, patience! Faites un tour dans ;a grande rue. je vous rejoins en face du théâtre.

Je crus qu'il était fou mais, comme j'ai autant de respect pour les insensés que- de mépris pour les imbéciles, . pi 3 Jadin par le bras et nous sortîmes cherchant la

grande rue. Nous ne lûmes pas longtemps à la trouver. A quelque? pas de la maison, il y avait une perche, au bout de cette perche un écriteau, et sur cet écriteau : Grande- Duc ou Rue du Port ; nous y étions.

engageâmes Au bout de cent pas. nous trouvâmes un autre écriteau sur lequel il y avait : Théâtre de Sa Majesté l'impératrice Jlarie-r.ouise. Nous nous mes: c'était là, selon toutes le? probabilités, que nous avait donné rendez-vous notre aubergiste.

En effet, cinq minute? après, nous le vîmes paraître.

Le brave homme fut d'une complaisance merveilleuse: je n'ai jamais vu cicérone plus érucUt. Pendant deux heures, 11 nous promena dans les quatre coins de la ville, et nous fit tout voir, depuis les abattoirs jusqu'au jardin des plantes, nous indiquant chaque bâtiment dans ses moindres détails et ne nous faisant pas grâce d'une fontaine. Heureusement. mon fusil, si bien que. tout en

parcourant la ville, je tuai une couple de cailles à la Bourse et un lièvre à la Douane.

C'est une ville magnifique que Bouc ; seulement, elle a le malheur contraire a celui du cheval de Roland : le cheval de B i qu'un seul vice, celui d'être mort; la ville de Bouc n'a qu'un seul dé! de ne pas être née. A oela près, il n'y a pas un reproche à Lui faire; je dirai même pins, c'est qu'on y dîne mieux que dans

Mes gui po geurs, ont le malheur d'exister.

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