SEPTIÈME LION
Pendant le mois de mars 1840, une lionne vint mettre bas dans les bois appelés El-Ghela-ta-Debba, situés dans la montagne de Meziour, dans le pays des Ouled-Hall-Hall. Le chef de cette tribu, nommé Zidem, fit alors un appei à Sidi- Ben-Embarack, chef de la tribu des Beni-Foural, son voisin, et, au jour convenu, trente hommes de chacune de ces tribus se trouvaient reunis au sommet du Meziour au lever du
soleil. Ces soixante Ai, : : lV0l] 8n1 un an tous sens
le buisson qui servait de tort a la lionne, et qui n'a
trente mètres carrés, i ssèrent plusieurs hourras et ne
voyant point paraître la lionne, Us fouillèrent le buil on et y trouvèrent deux lioi de l'âge d un mois envi-
ron.
Ils se retiraient brusquement et en désordre, croyant n avoir plus rien a craindre de la mère, lorsque le scheik Sidl-ben-Embarack, resté en arrière, aperçut la lionne sortant du bois et se dirigeant vers lui. il appela aussitôt à son secours son neveu Messaoud-ben-Hadj] et son ami Aliben-Braham qui accoururent aussitôt.
Mais la lionne, au lieu d'attaquer le scheik qui était à cheval, fondit sur sur neveu qui était a pied; celui-ci l'attendit de pied ferme, ei ne pressa la détenté de son fusil qu'à bout portant.
L'amorce seule brûla.
Alors Messaoud jette son fusil et présente a la lionne son bras gauche ; celle-ci le saisit et le broie. Pendant ce temps Messaoud prend un pistolet à sa ceinture et le décharge à bout portant dans la poitrine de la lionne.
Le pistolet était chargé de deux balles.
A ce coup la lionne lâche prise, abandonne Messaoud et s'élance, la gueule béante, sur Ali-ben-Braham qui presque à bout portant, lui décharge son fusil dans la gueule.
Ah-ben-Braham essaie de fuir, met son cheval au galop mais la lionne s élance sur lui, le saisit aux deux épaules' lui broie la main droite d'un coup de dent, lui met à nu quatre côtes d'un coup de griffe et expire sur lui.
Messaoud mourut vingt-quatre heures après le combat. Ali-ben-Braham vit encore, mais est demeuré estropié.
Le 24 février 1846, ce même scheik Sidi-ben-Embarack vint à Guelma, alla trouver Gérard et lui dit :
— Une lionne est dans le Sebel-Meziour avec ses petits • elle pille nos troupeaux. Le kaid Zidem est allé sur les lieux avec son goum, mais aucun des cavaliers du kaid n'a osé approcher du bois. Je viens te chercher.
Gérard partit aussitôt avec lui, et le lendemain il se dirigea vers Meziour; il était accompagné d'Omback-ben-Attman, frère du scheik, et d'un spahis.
Arrivé au sommet de la montagne, Gérard vit la lionne qui chassait à une distance de deux cents pas à peu près.
Gérard voulut aussitôt se mettre sur ses traces, mais Omback lui dit :
— Le bois où sont les petits est là devant nous, il faut y aller. Quand tu auras les petits, il te sera facile, avec 1 aide de Dieu, de tuer la mère.
Gérard fut de l'avis de son compagnon ; il se dirigea vers le bois, et après l'avoir fouillé en tout sens, il trouva au pied d'un chêne à liège, et au milieu d'une grande clairière, une jolie petite lionne âgée d'un mois environ.
Après avoir fait porter la petite lionne chez le scheik, Gérard alla au douair de Mohammed-ben-Ahmed. situé à un quart de lieue du bois, pour y prendre quelque nourriture et attendre le coucher du soleil.
Le soleil couché, il retourna au pied du chêne. Omback avait voulu l'accompagner et se tenait près de lui.
Vers huit heures du soir les deux chasseurs entendirent les cris d'un lionceau. Gérard alla le prendre et l'apporta au pied de l'arbre espérant que ses cris attireraient la mère, mais toute la nuit il attendit vainement.
Le lendemain on fouilla la montagne, mais sans rencontrer la lionne.
La lionne avait disparu.
On apprit depuis qu'elle s'était dirigée vers le djebel de Ledore.
La petite lionne fut un peu malade, mais finit par guérir.
Quant au jeune lion, il est d'une santé parfaite et s'appelle Hubert, sans doute en souvenir du patron des chasseurs.