‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 259 sur 283 · LA CARRE A BABORD · texte numérisé non relu

LA CARRE A BABORD

Et la v..i\ du timonier qui répondait:

— I : i i r \ I st TOUTE !

L'ordre et la rêp rose se composaient en tout de huit mots, ce qui est bien peu de chose dans la langue ordinaire, mais ce qui est beaucoup, a ce qu'il parait, dans la langue maritime, car à peine ces huit mots avaient-ils été prononcés qu'il se fit sur le pont un charivari comme peu d'oreilles peuvent se vanter d'en avoir entendu un pareil. Et cependant, si terrible que fût ce bruit, une voix se leva qui domina tout, vent, pluie, orage.

— .Nues sommes sir le. LION J criait cette voix.

Ces cinq mots, — vous voyez, madame, que nous devenons de plus en plus concis. — ces cinq mots étaient ac compagnes d'un juron à faire fendre le i ni.

Aussi chacun laissa-t-il a moitié achevé l'un son dessin, T'autre ses vers, l'autre son rêve, et sauta-t-il sur le pont. -me j'étais le plus près de la porte, j'y arrivai le premier.

Vous ne pouvez vous faire une idée, madame, de la vue qui nous y attendait

Nous étions en effet â dix pas du Lion, Notre avant, -

vert d'écume, était prêt a toucher les rochers qui entourent la base lu gigantesque animal, tandis que notre beaupré passait iusb par l'ouverture, que fort heureusement nous la vague, a force 4e caresser l'animal, lui a pratiquée entre ['arriéré et l'avant-train.

— Huit "brasses ! répondit le matelot. Le bâtiment avançait toujours.

— Sondez !

— Six brasses !

soudez !

— Cinq brasses !

f.e bâtiment s'arrêta.

— Machine en arrière '. cria une seconde fois le capitaine. 11 y eut encore quelques secondes d'angoisse

Entin les roues mordirent la vague, et un mouvement rétrograde s'opéra.

Deux tours de roues en avant de plus, madame, al tous aviez, selon toute probabilité, dans l'autre monde un de i rviteurs les plus dévouée.

Notre marche en arrière s'opéra, mais si rapide que le capitaine crut devoir s'opposer à la vitesse du bâtiment en criant

Mouillez l'ancre de baln.nl

L'ancre se détacha du bâtiment ; la chaîne roula toi le pont avec un bruit effroyable; mais bientôt la touée a ni. ancre ne nous suffi poui l en grand

t'êvltage , i ii uavlri le commandant se décida a laisser passer la chaine par le

Au milieu de toutes ces iceuvTi m .1 tiré deux

,,u trois coups de canon pour annoncer au commandant du „,, de i l'U y avait un navire en danger.

Dix minutes après nous étions en position sûre, et nous

ALEXANDRE DUMAS Il.l.'

tribord i .

1 milieu de tout

re son

Litre.

i -qu'aux os, ,ue si nous notre hôte de Bone.

l. savez- vous que nous

- nous avec la tranquillité

hangea de matin le dessin de Giraud fut I 1er que c'est m

i flèle de structure inities du danger, nous n'étions qui le rou :

i liâmes pour nentrall Me.

lie, roulait effroyable irets se promenaienl les airs p< ni des allures mcro> le plein de

une de ses balles à navire In iinait à bâbord. Ces drain qu'Ai ut tomber pour de cuivre. Seulement les

a bruyante qui s'tiarmonlalt, du son coté, un boulet rou-

II n Giraud itaJt anéanti

et des tabourets

■ n peine, et disait :

i le mal de mer... C'est éton-

<lu malin A cinq li

llbles ralentirent leurs i.ms les ang^

i i Marin:

liage, et nous nous endormîmes.

VI N I DEBOL' I

nous éveillâmes < vlona : rénal

boule

liage du ton Génois.

de triées et lalsiu milieu.

point

• nous

■ d un

journée < ■•

i le mal de

lUIlllté nu

.•1 me

vents, lui donnait le premier soulagement que demande le du mal de mer :

formaient sur le banc de quart, ir un rayon de soleil glissant deux nuages. Alexandre et Chancel jouaient aux cartes.

s fumaient ; ils avaient cru. au milieu du

que leur dernier jour ou plutôt leur

Ère nuit était arrivée; mais ils l'avaient, attendue

eue tranquillité fatidique qui fait le fond du ca-

tout bon musulman.

quelques heures de repos, après la terrible nuit qu'ils venaient de passer, étaient réfugiés dans l'entrepont.

cinq heures Uaquet el le docteur rentrèrent ; ils vu ,i poursuivi deux hyènes, mais ils n'avaient pu les Joindre.

assez mal déjeuné excepté moi, que le roulis creuse et que le tangage affame-, on attendait donc le dîner avec impatiente.

il vi que la conversation roula sur le danger

que nous avions couru la veille, et qui, de l'aveu même : ii îers. avait été des plus sérieux. Ce s me ne veilla, chacun avait grand besoin

de son dix heures tout le monde rattrapait ou

i ait de rattraper le temps perdu. \u point iiu .jour, nous fûmes réveillés par un grand bruit qui se faisait sur le pont, et par une voix qui re- - ut i.imme celle de Dieu sur le mont Sinai. un était pai l'équipage, qui regardait mouil-

ler le bateau a vapeur l'Etna, lequel arrivait de la pleine mer, et renaît i tiercher un abri dans les mêmes eaux que nous.

ix était celle du capitaine, qui, a l'aide de son porteuda aux La mer avait été affreuse; ce qu'il nous était facile de reconnaître au reste, en jetant un regard au large, dont l'horizon dentelé nous laissait soupçonner ce que pouvaient les vagues en pleine mer.

ilamme arborée au fort Génois avait indiqué à l'Etna que l'entrée do porl «le Boni able.

nt. le vent étant tombé et la mer ayant

calmé, l'Etna leva l'ancre et alla mouiller dans le port.

ii lend m, in nous levâmes l'ancre nous-mêmes; nous

doublâmes le Lion, et allâmes à la recherche de notre

ancre.

Il nous paraissait assez difScile à nous autres, gens de

terre, de comprendre comment on reconnaîtrait la place

quarante ou cinquante pieds sous

ma(6 les marii i contraire que

la chose la plus fa ode.

Je le désirais le tout mon coeur pour être parti le soir

e, au lieu de partir le lendemain matin, nous avions

pi niii trois jours.

Kous jetâmes l'ancre à cinq cents pas du Lion a peu près -, puis nous envoyâmes chercher à Bone des chalans, et prévenir le capitaine

halans, madame, sont de grands bateaux qui ressem-

... r.\ ères, halans vinrent pendant ce temps, un de nos taatelots avait plongé a la recherche de notre ancre. M an quatrième on inqulème plongeon lavait en effet 'rouvée. a quarante-cinq pieds de profondeur.

11 s'aglssal ht a ces quarante-cinq pieds r-

r mil m 'anneau de la chaîne

m iii'ui de laquelle * trouvait l'ancre. Le matelot s"j reprit à sept fols.

s, il remonta rapportant le bout du

l'opération était terminée, lent arrivés, on commença l'extraction de l'ancre.

une lourde .pératlom â accomplir, aussi tous les hommes furent-Ils appelés au cabestan.

e, j'avais rencontré une pauvre famille de muse

: nlsé toutes 11 nt de l'Afriqu Ils se trouvaient, demandaieir S Alger.

J'avais obtenu leur passage du capitaine ; nous avions • ut une collecte entre nous, et je leur avaii- d Ittné luit avec lequel i té des vivres, ilin de

i plètoment oublié les pauvres diables,

i les vîmes sortir de l'écoutille

Instrumens en mains

courager les marins dans leur effroyable travail.

NI la double ration de vin, ni la ration de rhum, ni itlon en argent, n'a sur le marin l'Indu musique

LE VE1 i «T.

Au- i illeurs ea oui tgés pa t les polkas m

reot-lls s! bien d s pieds et des mains, qu'au bout de deux heures de travail l'ai .rd.

La même nuit nous partîmes, et le Lendemain nous mouillâmes, devant St<

J'ai dit en parlant du Var, que le Var était après l'Arno le plus grand neuve ■ >

Je dirai qu'après Le poi ( Bone le port de Sti i le l'ius mauvais pori que t 'on puisse trouver.

La mer était fort agitée même au mouillage, de sorte -on il nous fallu! descendre ce fut tout une histoire 1 1 ie qui nous attendait montait avi vague a la hauteur du pont, tantôt elle descendait u dis pieds au-dessous 'te l'escalier Je tribord, sur lequel nous ,,- nos i rolui ions.

De temps en temps il y avait deux on trois secondes de calme, pendant lesquelles la chaloupe el i scalier se trou vaient en i ontai

m-unens de calme sont ce qu'en terme de marine on appelle une embellie.

Vial nous criait d'en haut :

— Allons, allons, profitons de l'embellie.

Mais, malgré l'avis, l'embellie était si rapide, que nous arrivions toujours trop tôt ou trop tard.

Enfin l'escalier finit par nous êgrainer les uns après les autres comme les perles d'un chapelet, et, nous passâmes, non-, nos armes et nos bagages i bord de la chaloupe.

Nos Arabes éreintes avaient besoin de prendre terre, et me firent demander par Paul la permission de venir jusqu'à Philippeville. permission qui leur fut bien entendu dêe

Ce que voyant tes Maltais, ils demandèrent à aller donner un concert au susdit Philippeville, ce qui leur lut accordé avec pareille facilité

. . haluupes au lieu dune furent donc mises à la mer.

L'une pour notre transport personnel; l'autre pour le transport de notre suite

Vou> ne pouvez vous Imaginer, madame, ce que c'est que les vagues aux jours de tempête dans le port de Stora.

Je vais vous en donner une Idi

Le 26 janvier 1841, jour du naufrage de la Marne, au

moment où cette corvette venait de couler, nue goélette

ai emportée par la vague franchit la corvette fran-

ile bâbord à tribord sans la toucher, passant entre

le mat de misaine et son grand mal. et alla enfoncer son

beaupré dans ta falaise.

Que dites vous d'une mer qui tait jouer au saut de mulet les bricks et les corvettesl

Vous dites nue c'est Impossible, n'est-ce pas, madame?

Prenez garde, le mot est lâché . maintenant, vous acceptez mes preuves.

Je ne sais rien d'ailleurs de plus dramatique que le simple récit que je vais mettre sons vos yeux, et qui n'est que le il de ce terrible évé-

' ii " fa p le capitaine île la Marne lui-même.

.,/ airetté a Son Excellence le ministre âe la marine, par daller, capitaine de corvette, sur le nau-

frage de la corvette la Marne.

Stora, 05 janvier 1841.

lonsieur le ministre, j ai à remplir le pénible devoir de faire connaître i Votre Excellence le naufrage de la corvette la Main- dont le commandement m avait été confié.

« Arrivé le 15 janvier à stora, où nous avions à débarquer un matériel considérable, le bâtiment fut amarré par le maître du port au mouillage le pins convenable, entre les deux rang- de navires du commerce, qui occupent d'ordinaire la position la plus abritée.

« Deux ancres de bossoirs, I une avec cent brasses de i haine l'autre ivec qu rfs brasses par onze et dix

brasses de fond, furent mouillées ai) barbe L'ancre de veilla de tribord fut mouillée par bâbord arrière, pour servir d'ancre d'êvitage; elle avall une bittuj de quatre-vingts brasses; deux grelins bottl i bout fixés sur les rochers qui li irdent la plage non- tenaient, par tribord. Telle était la disposition de noire amarrage a quatre. Dès qu'elle fut toi

dépassa le mât: de perr tuet et le déM meut commença.

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