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Le jour même de notre arrivée nous limes toutes nos conditions pour notre départ du lendemain
Il y a des diligences de Philippeville à Constantlne : mais comme nous n'avions pa cl ance de trouver nuit places vacantes nous trouvâmes plus court de prendre une diligence l our nous tout seuls
Moyennant la somme de trois cents Crânes le marché fut fait : pendant six jours, une espèce à omnibus et cinq chevaux turent mis a notre disposition.
Cependant tous nos apprêts de départ, nous firent perdre du temps, et au Ueu île partir a neuf heures du matin. Comme nous l'espérions, nous ne pûmes partir qu'a deux heures.
Philippeville n'est ni un village, ni un bourg, ni une ville. C'est une longue rue qui monte pendant cinq cents las et qui redescend pendant cinq cents autres. Toute la partie montante, c'est-à-dire toute la partie en amphithéâtre sur le rivage de la mer, est assainie par la brise ; tandis qu'au contraire les habitans qui demeurent sur la parlie qui descend vers l'intérieur des terres sont exposés, dit-on, à des fièvres fort lentes et fort difficiles à guérir.
En sortant de Philippeville, un paysage plein de grandeur se déploie à la vue ; l'horizon est borné par des montagnes d'une belle coupe et d'une belle couleur. Aux deux côtés de la route, la terre pleine de vigueur produit de grandes herbes et une plante extrêmement commune qui s'élance d'un oignon gros parfois comme la tête.
A l'époque de la floraison de cette plante, la campagne doit sembler un tapis de fleurs.
Vers cinq heures, après avoir fait une partie de la route à pied, à cause des montées, nous arrivâmes à El-al-Rouch. Pendant toute la route, sauf l'aspect plus pittoresque du on aurait pu se croire en France. Toutes les charrettes étaient conduites par des rouliers en blouses ; les ornières du chemin étaient réparées par des pontonniers en uniforme. De temps en temps, seulement, on apercevait, au milieu d'un petit bois, un berger arabe, aux yeux brillans sous son burnous en lambeaux, portant son bâton recourbé avec la même fierté qu'un empereur porte son sceptre. Puis, à cent pas de là, une tente couverte en peaux de • blanches et noires, telle que la Bible nous . dit qu'étaient les tentes des Ismaélites, et entourée d'une haie d'épines pour garantir celui qui l'habite de l'attaque des c bai als et des hyènes.
El-al-Rouch, que nos soldats, par abréviation et par esprit national, appellent la Housse, est tout à la fois un village et un camp. Les premières maisons sont crénelées et dominent une espèce d'ouvrage avancé en terre, qui ne tiendrait pas une heure devant des troupes régulières, mais qui suffit pour soutenir un long siège contre les Arabes.
Nous nous arrêtâmes dans un hôtel provisoire, bâti en planches jointes à peu près comme sont jointes dans les rues de Paris les palissades qui protègent les terrains à vendre. On nous -conduisit par une espèce d'échelle, dont les marches craquaient sous nos pieds, à un long couloir déjà orné de deux lits, et auquel on en ajouta un troisième.
Ces trois lits furent à l'instant même égoïstement retenus par Alexandre, le docteur et moi.
- ne sauriez vous faire une idée de ce qu'est cette chambre de laquelle je vous écris, le vent entre par le plancher, par les cloisons, par les fenêtres et par les portes ; et quel vent, le même qui voulait, il y a quatre ou cinq s, nous faire faire connaissance avec le Lion. La cheminée seule est en pierre ; mais comme elle fume il est impossible d'y faire du feu.
Je ne sais pas où sont nos amis, je n'ose pas m'en informer ; mais en tout cas, il est impossible qu'ils soient plus mal que nous.
r.t cependant, je vous le jure, j'éprouve un singulier senflmi nt de bien-être. Je pense a vous, à nos amis, au Théâtre Historique, qui se bâtit et où l'on répète la Heine Margot. La Heine Margot, à quoi diable vais-je penser, je vous le demande? en Afrique, dans une baraque isolée, ouverte à tout vent, et surtout à tout bruit.
Et croyez bien que ce dernier membre de phrase n'est point mis là pour arrondir la période. Oui, à tout bruit.
Les sentinelles crient: Qui vive! les roqs chantent; les pigeons roucoulent : les chiens aboient : les chacals glapissent ; les hyènes hurlent.
Le conceri est plus complet encore, vous le voyez qu i ti iemma-r'Azouat
i i écrit a la Houlette, en vue à la fois de Carthage et de Tunis, une longue lettre. A qui? devinez: à madame Ménessier à la fine de noire bon et cher Nodier.
Comment avàls-je pensé a elle, à 'l'unis: comment al-Je été pris tout à coup dune étrange et irrésistible envie de lui écrire? Je n'en sais rien, sans raison, par un de ces caprices de la mémoire OU plutôt par un de ces souvenirs du coeur
Je vais mettre la lettre ici il y a une poste,
je m'en suis informe je ni c'urleuj de avoir si cette porte les lettres qu'on lui confie; je n'en crois rien, mus n'importe.
Une fois, hélas: il" y a déjà une douzaine d'années de cela, une fois, je voguais sur la mer de Sic île. entre Agrigente et Panthellerie ; c'était par une de ces belles et ca) mes après-midi de la mer Ionienne J'étais couché a la porte de ma cabine, sur un tapis de Smyrne Je demandai qu'on allât chercher un livre au hasard, dans la caisse aux livres.
On m'apporte le Vicomte de Bézicrs, de mon cher Frédéric Soulié.
Je ne l'avais jamais lu. Nous travaillons tant l'un eï l'autre que nous n'avons pas toujours le temps de lire ce que, nous faisons. Seulement, de temps en temps, j'entends un bruit autour d'un de nos livres, ce bruit c'est le succès et cela me réjouit.
On m'apporta donc le Vicomte de Bêzlers ; je l'avais acheté à .Messine, c'était une édition de Bruxelles. Je le dévorai.
Alors, j'éprouvai le besoin de lui écrire, de lui raconter tout le. plaisir que je lui avais dû, pendant tout un jour que la lecture avait duré.
Je lui écrivis, et voyant une piste dans l'île de Panthellerie, je mis ma lettre à la poste à Panthellerie.
Il la reçut, un an après mon retour en France, et en y réfléchissant tous deux, nous trouvâmes que ce n'était pas trop de temps de perdu.
Nous verrons quand ma lettre, datée de Turns, mise à la , poste à El-al-Rouch, arrivera à madame Ménessier.
Bonsoir, madame, la fatigue est une si puissante berceuse, que j'espère dormir malgré le vent, malgré les sentinelles, malgré le coq, malgré les pigeons, malgré les chiens, malgré les chacals et malgré les hyènes.
Eh bien? je ne me suis pas trompé, madame, j'ai dormi si bel et si bien, que j'ai eu toutes les peines à m arracher de mon lit.
Le départ avait été fixé à sept heures, mais selon notre habitude, nous ne fûmes en route qu'à huit heures et demie. L'étape était longue, et nous étions bien décidés à coucher le soir à Constantine.
Après quelques instans de ce malaise matinal, qui influe sur les tempéramens les plus solides et sur les caractères les plus faciles, la gaîté nous revint : je ne sais rien en vérité de plus charmant que le voyage que nous faisons, et je serais bien étonné que nous ne payassions pas plus tard notre bonheur par quelque grande catastrophe.
Au bout de quatre ou cinq heures de marche nous atteignîmes le camp de Smindou, où nous fîmes halte pour déjeuner. C'est à la fois un camp et mie ferme. Nous y coucherons probablement à notre retour et je frémis d'avance en songeant où et sur quoi nous coucherons.
Notre conducteur est charmant et plein de complaisance. Paul, qui depuis qu'il fait froid est engourdi comme un serpent, est tombé, roulé en boule dans son manteau, de l'impériale sur le timon et du timon à terre. Il ne l'a pas écrasé, et, tout à l'heure, arrivé à un endroit escarpé, il s'est arrêté, a ouvert la portière, et nous a dit de sa voix la plus agréable :
— C'est ici l'endroit où l'on verse. Ces messieurs aiment ils mieux rester dans la voiture ou descendre? I! va sans dire que nous avons préféré descendre. Nous avons pris les fusils et. nous nous sommes mis en chasse à travers terre. La route fait, un coude à deux lieues et demie de l'endroit où l'on verse, et, bien renseignés, nous dîmes à notre conducteur de nous attendre à ce coude.
Je ne connais que le mistral, cet ennemi personnel de Méry, qui puisse lutter de violence avec le vent de Constantine. Il y avait des momens où littéralement il nous empêchait d'avancer. On conçoit que la chasse soit difficile avec un pareil vent. Des perdrix partaient, devant nous, de cinq cents pas en cinq cents pas, mais elles se jetaient dans le vent et filaient comme des balles Cependant je parvins à en tui r
J'y joignis au bout d'un instant un merle et une chouette. Un magnifique vautour planait au dessus de ma tête. Son vol circulaire semblait calculé pour n lolgner de
moi. On eût dit que j'étais l'alouette que cherchait à endormir cet épervler gigantesque.
Tin balle que je lui envoyai fut une balle perdue et no pa eut même aucunemi n roi i sans doute
elle ne parvint pas Jusqu'à lui
Le Tent qui, i mime le Borée de La lointaine, s'acharnait inutilement cou re nous et contre nos manteaux, le vent
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