I.E MIDI VF. LA FRANCK
Marseille. Enfin on souffla à Louis XIV que tout le mal tenait de ce que, les Marseillais nommant leurs consuls eux-mêmes, ces consuls étaient naturellement portés à 1 indulgence envers leurs compatriotes; or. l'Indulgence, comme on sait, est un pauvre remède en fait de guerre civile
C'étaient là de ces avis comme il faisan bon en donner au roi Louis XIV. Aussi fut-il parfaitement de l'opinion de Louis de Vento, qui lui conseillait de casser les consuls élus par le peuple et d'en nommer d'autres lui-même. Le rot demanda une liste. Louis de Vento présenta Lazare de Vento-Labane, Boniface Pascal et Joseph Fabre pour cou-
Nioselle reçoit une légère blessure qui exaspère ses partisans. L'hôtel de ville allait être pris, lorsque les consuls envoient un médiateur aux insurgés. Ce médiateur était Fortia do Piles. Il s'engage, au nom des consuls, a ce que la galère sera renvoyée. Tout se calme et chacun rentre chez soi.
Le 19, on apprend à la Bourse qu'au lieu de renvoyer la galère, les consuls ont fait demander de nouveaux renforts ; en même temps, le bruit se répand que Moselle vieni d'être arrêté. A ces deux nouvelles, l'émeute, à peine éteinte, reprend feu. La présence de Moselle, au lieu de calmer les esprits, les exaspère. Il se met à la tête des révoltés avec son
Enl'n, on pratiqua une brèche dans la muraille.
suis, et Jean Descamps pour assesseur. Louis XIV signa de confiance et chargea Louis de Vendôme, duo de Mercceur, pair de France, son gouverneur en Provence, de veiller à l'exécution de l'ordonnance qu'il venait de rendre.
La précaution n'était point inutile. Les nouveaux consuls, s'étant rendus à l'hôtel de ville pour prendre la place de leurs prédécesseurs, furent hués par toutes les rues où ils passèrent ; mais, se sentant fortement soutenus, ils na se découragèrent point, et, comme des corsaires avaient été vus le long des côtes, ils saisirent ce prétexte pour faire prier le chevalier de Vendôme, fils du duc de Mercceur, d'entrer dans le port avec sa galère. C'était un moyen d'introduire des soldats dans la ville, au mépris de ses privilèges.
La ville. Indignée, se souleva tout, entière. Il en est ainsi de toutes ces têtes provençales pleines de mistral et de soleil, une étincelle y met le feu, et, en Provence, tout feu est un incendie.
Gaspard de Nloselle prit la direction de la révolte : c'était un homme de coeur et qui jouissait d'une grande popularité. Aussi dix ou douze de ces beaux noms marseillais, si sonores dans la langue et si retentissants dans l'histoire, accoururent a son premier appel et se réunirent à lui. Le 13 juillet 1658, pendant que les consuls sont en séance, on veut forcer l'hôtel de ville ; des coups de fusil sont échangés ;
frère, le commandeur de Cugex. Les portes se ferment, les bourgeois se rassemblent en armes, les femmes se mettent aux fenêtres et les excitent ; les soldats que les consuls appellent à leur aide sont repoussés. Fortia de Piles, qui veut une seconde fois se présenter comme parlementaire, a son valet lue à ses côtés. On marche sur l'hôtel de ville ; l'hôtel de ville est enveloppé de la fumée des mousquets et sillonné par les balles. L'un des consuls se déguise en abbé et se sauve ; les deux autres attachent des serviettes au bout de leur canne, en signe qu'ils se rendent à discrétion. Les soldats sont chassés de la ville dans la galère ; la galère à son tour est chassée du port ; elle double la Tvte-du-More, et gagne la haute mer aux applaudissements de toute la ville.
Nioselle était tout-puissant à Marseille ; il se servit de cette autorité pour mettre la ville sur le pied de défense le plus respectable qu'il put. Mais, de son côté, le duc de Mercceur avait fait bonne diligence; un corps de troupes royales s'était avancé Jusqu'à Vltroles, un autre aux Pennes, un troisième a Aubagne ; et le chevalier Paul de Vendôme vint bloquer le port avec six vaisseaux. Marseille était cernée par terre et par mer.
Cependant, cette fois encore, les choses s'arrangèrent : le duc de Mercceur était de l'avis d'Alexandre VI, qui ne voulait pas la mort du pécheur, mais qui voulait qu'il vécut
LE Mlhl DE LA FRANCE
et qu Mazarin. en outre, comme on sait, lui per-
mettait encore île chanter ; il fallait que le pécheur lût bien endurci pour se plaindre.
..nient le pécheur .-e nie le
duc: d but eut-Il ce se de peser sur lui par sa présence,
qui! i de d iiveau la p ensuis nom-
més par le roi, on nomma François de B <7acer et
Lagrange : l'avoi nie eut le chaperon d assesseur.
Comme on le voit, 11 n'y avait rien de fait et tout était a recommei Le 16 octobre 1658, la Gouvernelle. lieutenant des gardes
rsellle ; il était porteur d un décret de orps du pari
de Moselle
les partisan dans la chambre des
séances ret du parlement d'Aix, et arra-
i uvernelle. Cette f.us, c'était
: i qu :1 viendrait lui-même mettre
tous ces mutins à la raison.
En effet, le t.' du mois de janvier 1GG0, le roi | Ithùn. de la reine mère.
. nai Mazarin, du pi ince de < onl l, du comte de S
lit son entrée .i A:x |
MV il 11 .V rivait l H à plal
sauter. Son lu parlement, tout botté et tout épe-
■ . avait eu n ir toute la France.
tll non pas le fouet, mais e a la main que Sa Majest ntall
i ..n • - . ;i le plus coupable, on le força de ,
ii trouva, avec deux d e dans
le son ' m mes - puis on envoya au mi. afin
de i. t. tienne de Puget êvêque do Marseille.
Etienne di lit très flatté du choix que ses compa-
Hi de lui; mais, comme il avait, a l'en-
de la révolte n l I allait d, mander
■ quelques peccadilles a se reprocher, il résolut d'in- !■ ie un bu ajoutant une vingtaine d'années
.n se couvrant la tête d'une immense caen Imprimant a ses jambes un tremblement continuel, et en condamnant sa figure a une rimace qu'il avait étudiée devant le miroir, et qui avait l'avan-
l'en taire ressortir toutes li Ces précautions
i le roi Le jeu fut m bien joué, que Louis \iv en fut dope; il i ni», baissa la tête pour i entendre; car h- pauvre prélat était si courbé et avait la il faillie, que ts paroll msqu'a
on lue .du i ittei a t il qu'on
iiat nu fauteuil a l'ambassadeur I sur ni
i anie mai- enchanté, au t< d m n par s'asseoir sur son siège, o
i ... , es de t. eux prii le pair, e ■ rul qu il allait passer dans une quinte, et plusieurs ■ la suite de Ma/.iriu. voyant une
incement. s'appro ai et lui demandèrent la survivance ne l'évêque. Au lazarln ne dit rien : au second, il se contint ie il appela -.m capitaine des
ri que qui. pli
son fauteuil, continuait de jou la plus
an il avec
: geste
tauteull
pi elature
- M as que
iclc- de le tOUl i pnis
mort.
belle
ur l'annoi
lune -
i ordre
dit
Messieurs, je vous crois plus malheureux que coupables; mais vous êtes tombés dans la Sa M<v
Jesté ne veui plus que vous isuls, ni qu'à lavent»
il y ait de m - de ce nom: ell ie changer
in gouvernement de la ville, m'ayant commandé le remettre votre autorité aux mains ee M >ie fil,- pour commander aux habitants et au\ de guerre qui y sonl et y sernnt en gai ce que
Sa Majesté ait réglé la forme du poli-
tique.
Lorsqu'il eut fini ce discours, le duc de Mercreur lit un signe au capitaine de des cou-
leur prit des mains les chaperons de velours iramoisi liserés de blanc, insigne de leur charge Ainsi dépoulli-iils se rel comme ils se retiraient,
le duc leur dit encore que tentes les autres charges municipales, même celles de capitaines de quartier, étaient maint. ce qu'ils pren-
1 l.e même jour, i i te le- ordres du roi
êtaleni - > Mazarin,
les soldats campèrent dans les rues, on scia par le a tous les bronze, i leille
de glorieu I laquelle avait
rallie, le roi ayant déclar i 11 voulait entrer dans Mar-
seille comme dans une ville prh e En effet, le roi. après avoir visité la Sainte Baume, après i monti n plendissant i omme le sol ait sa
lyères Solii - et à
Maine de-Grace, se voila le front du nuage de sa et. le -2 mars 1660, a quatre heures de l'aprc se présenta a cheval devant la brèche.
Arrivé la. il jeta les yeux sur la ! "e honteuse
du dédain royal dont elle venait d'être l'i voyant
au-dessus d'elle une grande plaque de marbre noir, sur laquelle était écrit en lettres d'or : Sut llbertai t il demanda ce que c'était que cette Inscrl il. lui répondit que c'était la Marseille.
— Sous mes prédécesseurs, c'est possible, ré] Louis XIV. mais pas sous mol.
A ces mots, il fit un geste, et la plaque fut an JLe roi s'arrêta jusqu'à ce 'lue s. m ordre i puis il se remit en chemin. Sur la brèche, il trouva de
u\ ie nouveau renaît lui prés
sur un plat d'argent les ciels d'or de la ville. Le nu lit ite pour les prendre, puis, le- , n,t sur
ie bassin
— cardez les. de Piles, lui dit-il; vous les gardai fort
me.
marchait un capitaine provençal nommé de deux compagnies; mais celui-ci se omme on lui faisan ii.i
liull que la b iaile POUT epl'il
ce serait insulter ma patrie, répondit-U ; peut être bonne pour un ,-oi : mais nous autres, capitaines et ce us d'armes, nous ne passons que par des bi ion l.e roi r dans l'hOtel de Rlquettl de Mira'
l'aïeul .In Mirabeau qui devait, un m
r si vi.eiemment cette nar Louis \iv
. i,.\ai: éternelle Quant S l'hOtel, c'était le même qui
ie sur la i ' a.i.iur-
siii toute la ' a. , ie
, i, -,, montré l.e
jeune rot et il l'ae comj excep er le
cardinal, avalent si bon éputation, qu'il en
allies ,.( |
rj | unie, le- pires el les maris n'entendaient
NIO! Bl i
e la noblesse que '
Cet m i ftdèlemenl
. plus Importanti pi uni i i i ans délation, et N'ioselle pan
exilé clnqu \u i Louis XIV, vli
! "s sa nu. I.' qui di
mrut la lin me année.
mourir.
i \IV, un jour qu'il se pi M**-
Iqi mpire |o
LE MIDI DE L'A FRANCE
seille. et qu'il voyait toutes les charmantes maisons qui entourent la ville, riant au soleil et étalant leurs murs blancs, leur* toits roses et leurs contrevents verts, sous les quelques pins qui les couvrent, il demanda comment, dan* le langage du pays, on nommait ces jolies demeures.
— On les nomme des bastides, répondit Fortia de Piles.
— C'est bien, dit Louis XIV. Eli bien, moi aussi, je veux avoir une bastide à Marseille. Duc de Mercœur, cherchezmoi un emplacement ; je me charge de vous envoyer un
lecte.
[placement fut choisi en face de la tour Saint-Jean, b.'itie par le roi René. L'architecte fut Yauban ; la basti le S'appela le fort Saint-Nicolas.
Sur la première pierre, qui fut posée en grande pompe, on grava l'Inscription suivante, que nous traduisons du latin en français, pour la plus grande commodité de nos lecteurs :
De peur que la fidèle Marseille, trop souvent eu proie aux criminelles agitations de quelques-uns, ne perdît enfin ta ville et le royaume, ou par la fougue des plus hardis, ou par une trop grande passion de la liberté, Louis XIV, roi des Français, a pourvu à la sûreté des grands et du peuple en construisant cette citadelle. Le roi l'a ordonné ; Jules Mazarin, cardinal, après la paix signée aux Pyrénées, l'a conseillé; Louis de Vendôme l'a exécuté.
Le fort Saint-Nicolas fut démoli en 1789 : c'était l'année fatale aux bastides (1).
Il y aurait bien encore quelques souvenirs sanglants et terribles, pareils à celui que nous venons d'évoquer, et qui datent de lSlô. à mettre sous les yeux de nos lecteurs ; mais ces souvenirs-là sont trop près de nous. Nous sautercns donc a pieds joints par-dessus, pour arriver plus vite ù la Marseille d'aujourd'hui.
Autrefois, la première chose que l'on disait, à l'étranger qui arrivait à Marseille, et qui voulait manger des clovis et de la bouillabaisse, les deux mets nationaux des Phocéens, c'étaient ces mots sacramentels: « Connaissez-vous Policar? » et l'étranger répondait: « Oui, je connais Poli- » car Policar était connu du monde entier. Qui a fait descendre Policar du haut de sa grandeur, " i renversé la statue du piédestal? C'est ce que j'ignore; mais ce que je sais, c'est que, lors de mon dernier voyage, i j'ai parlé de Policar, tout le monde m'a ri au nez; ulu insister, car je me rappelais Policar avec reconnue. Alors, quelqu'un m'a demandé si je revenais ikan.
Sous peine d'être berné comme Sancho, il fallait en rester la; cependant , au bout d'un instant, comme je tenais nger des clovis et de la bouillabaisse, je me hasardai a dire:
— Eh ! mais, alors, où irons-nous ?
— Au Prado, pardieu !
Je compris- que c'était le Prado qui avait remplacé Policar. En attehdanl l'heure de nous rendre au lieu indiqué.
nous allâmes faire un tour sur' le i
Le rort de .Marseille est le plus curieux que j'aie vu,
non pas à cause de son panorama, qui s'étend de Notre-
Lame de la Garde à la tour Saint-Jean, non pas a cause
de ses colibris, de ses perroquets et de ses singes, qui,
e beau ciel méridional, se croient encore dans leur
patrie, et font, du chant, de la voix et du geste, mille
gentillesses a ceux qui passent, mais | le port de
Ile est le rendez-vous du monde entier: on n'y ren-
pas deux personnes vêtues de la même manière,
on li ; pas deux honiuit^ parlant la D langue.
est bien sale, c'est vrai ; mais, au-dessus
il) Tous ces détails sonl empruntés à la belle Histoire de Provence <U:
M. Louis Méry, I- poêle. Tout à l'heure, nous allons faire mieux que lui
ici île détails, nous allons lui prendre une chronique tout
Histoire de- Provence en quntre voluni l'archéo-
■' d'érudil, M [-mi. Méry a encore publie deux volumes de
«ironique le poêle ol de romancier. Nous renvoyons nos lecteurs
- que par patriotis sans doute, .M. Louis Méry a
voulu pu a ville natale, et qui. p.n celle raison, ne -ait
point aussi connu i itéraient de l'ôtn .
de cette eau, qui n'en est crue meilleure, à ce qu'assurent les Marseillais, pour la conservation des navires, il un i-l si bleu, semé de si beaux gel nul. le jour, et de si belles étoiles la nuit, que l'on peu! bien prendre sur i de ne pas regarder à ses pieds qua.n i une si belle
chose à voir au-dessus de sa i
i dans ce port qu'on a jeté les cadavres des mamelouks en 1S15. Ces pauvres mamelouks : sai qu'ils avaient fait?
Napoléon les avait ramenés de cette vieille terre d'Egypte,. où ils avaient servi sous Ibrahim et sous Mourad-Bey ; puis, en dédommagement de la patrie qu'ils avaient perdue, il leur avait donné un beau soleil, frère de leur soleil, et une petite pension qui leur assurait une vie douce et une mort tranquille. Aussi, ces vieux enfants d'Ismaël aimaient fort Napoléon.
Lorsqu'il tomba en 1814, ils versèrent de grosses larmes: on les vit pleurer, et on leur fit un crime de leur reconnaissance. Ces pauvres gens ne pouvaient plus sortir sans être assaillis d'injures et de pierres; ils s'étaient pourtant aux trois quarts francisés; ils portaient des redingotes et des pantalons ; ils n'avaient gardé que leur turban : la coiffure est toujours la dernière à rompre avec la nationalité.
Les mamelouks ôtèrent enfin leur turban et mirent des chapeaux. Certes, on aurait dû leur tenir compte de ce sacrifice : point. On les reconnut à leurs vieilles moustaches blanches, et l'on continua d^ leur jeter des pierres. Ils auraient pu couper leurs moustaches: mais ce fut au-dessus de leurs forces : ils préférèrent s'enfermer chez eux. Pendant quelque temps, on alla crier: « Mve le roi ! » à leur porte et casser leurs carreaux ; mais enfin les esprits se calmèrent et on les laissa à peu près tranquilles.
Un beau jour, on apprit que Napoléon était débarqué au golfe Juan : les mamelouks regardèrent par le trou de leur serrure. Huit jours après, on apprit qu'il était à Lyon .- les mamelouks mirent le nez h leur fenêtre. Trois semaines après, on apprit qu'il était entré à Paris : les mamelouks revêtirent leur vieux cafetan de bataille, ces vieux cafetans qui avaient vu Embabeh, Aboukir et Héliopolis, et se promenèrent dans les rues de Marseille, où, depuis un an, ils n'osaient plus se montrer.
Puis, lorsqu'ils rencontraient quelqu'un de ceux qui les avaient insultés, ils s'arrêtaient devant eux ou devant elles, car les femmes s'en étaient mêlées ; Us frisaient leurs vieilles moustaches blanches, puis ils disaient en secouant la tète et avec un sourire goguenard : — Napoleoné, il é piou fort que tout.
Voilà ce [qu'ils avaient fait, ces pauvres mamelouks : Us furent tous assassinés pour ce crime; mais, aussi, pourquoi diable étaient-ils reconnaissants ? Pareille catastrophe n'est arrivée ni au prince de Talleyrand ni au duc de Eaguse.
Le grand avantage du port de Marseille, c'est d'offrir en tout temps une promenade constamment sèche, pavée de briques posées sur champ, ce qui est inappréciable, surtout lorsqu'on arrive de Lyon; et, de plus, de l'ombre l'été et du soleil l'hiver; ce qui est inappréciable partout et toujours, de quelque pays qu'on arrive, ou vers quelque pays que l'on retourne
Quel dommage que l'eau de ce port soit si sale, et qu'on y ait jeté les cadavres des mamelouks ! Du port, nous allâmes au Musée.
Sous ce nom de Mutée, dont le titre solennel se lit sur une porte qui l'ait face au marche des Capucins, sont comprises l'académie de Marseille, sœur honnête de l'académie de Lyon ; la bibliothèque, dont Méry esl le gardien ; le cabinet d'histoire naturelle, le cabinet des médailles, l'école de dessin, l'école d'architecture, et enfin la galerie de tableaux.
Le tout est enfermé dans le vieux couvent des Bernardins.
La Bibliothèque contient cinquante mille volumes et huit i dix mille manuscrits. La i
arrêtée a la fin du XYiif siècle l'acadéi de Marseille
i m probablement jugé que rien ne s'étah écrit depuis cette époque qui méritât d'être lu. Vfi upe de la
remettre au courant, au grand scandale .1 ' anciens
provençaux il y perdra sa p iblement: tant
mieux ! cela lui fera peut-être refaire quel lie I lllêltade. En échange, le cabinet d'histoire naturelle s'enrichil tcus les jours. Il n'y a pas de : rrlvant (Tu
arctique ou du pOle antarctique, de nus lyres, de la Nouvelle-Hollande ou du Groenland, qui ne lui apporte son tribut. Il en résulte que les différents règnes y sont fort à l'étroit, et qu'on a recommandé aux capitaines de ne plus rapporter, autant que possible listitis, des sardines et des colibris.
i ''cole de dessin, elle porte le nez au vent et le
poing sur la hanche : cela tient à ce qu'elle a produit Paulin Guérin, Beaume et Tanneur.
• change, sa sœur, l'école d'architecture, a l'oreille basse : la pauvre vieille n'a produit qii> et elle
attend toujours quelque chose de mieux
La galerie de tableaux est magnifique : peu de villes de province possèdent une collection aussi ri he que Marseille : il est vrai que Marseille, depuis la prise d'Alger, est devenue une capitale.
Le local où les tableaux sont plac e fort, a la
première vue, la chapelle Sixtine : même défaut dans la manière dont la lumière leur arrive a travers d'avares fenêtres, mais aussi même silence et même recueillement ; si bien que Je crois qu au tond les tableaux y gagnent ; en regardant bien, on y vol
Il v a dans le musée de Marseille douze ou quinze tableaux de premier ordre : un paysage d'Annibal Carrache. une grande Assomption d'Augustin Carrache, un tableau rugin, comme il n'y en a ni à Paris ni à Florence, deux toiles immenses de Vien, un superbe portrait attrivan Dyck, deux tableaux de Puget. qui, après avo'r rembler le marbre, essayait parfois de faire vivre la toile; un Salvator Rosa. un Michel-Ange Caravage, une eute de Jordaens, un Guerchin dune couleur magnilique, enfin, le chef-d'œuvre du musée, — la célèbre Chasse de Rubens.
Quand on aura vu tout cela, on jettera un coup d'œll sur un Mercure, qu il faudra aller chercher dans un coin de la salle du fond. Ce n'est qu'une copie, il est vrai, mais une copie de Raphaël par M. Ingres
En sortant du Musée, nous revînmes prendre une voiture place Royale. Cette course me permit de voir la fontaine qui fait l'ornement de la place. Comme le fameux lac dont parle Hérodote, il ne lui manque qu'une chose, c'est de l'eau. Méry l'appelle la fontaine Hydrophobe; le nom pourra bien lui rester. Je demandai I . utres :
i m avait fait de la peine.
Méry ordonna au cocher de nous conduire d'abord à la Uibagne ; la, j eus ce que je demandais, c'est-à-dire fontaine coulant a pleins bords; celle ii est dédiée au iioeta Sovranno. comme l'appelle Dante, et on cette simple inscription : Les descendants des Phocéens à m magnilique plateau s'étend au-dessus de la . qui coule dans un lavoir troyei
irde du Siinoi- i est un chapitre de l'Odyssée en action.
le viens de copier, ou à peu près, oes dans l'album des étrangers Ces diables de ■i liais ont tant d'esprit et de poésie l four-
rent part"i! lans les guides, ce qui ïamais
vu nulle part On peu plus de froldein i têtes-
en pariant di ! et il- seraient
presque tous des hommes de génie
Bmi auprès de la pyramide d " Cas-
mie pas qu'elle e dans un
Ire un pendant quelconque à l'arc de
porte d'Aix. L'une vaut à peu pies l'autre;
ment, l'arc de triomphe a sur la pyramide le désa-
ivert de te qui gâte un reu
ii piei ela ne l'embellit pas I
as de la place Casteil Marseille, sur un beau boulevard où 11 j aura de l'ombre si les arbres poussent; en attendant, Il usslère est le fléau de Marseille ; on a de 1 i dans la boui ne, dans
les poches On en prend son parti quand on est philo- SODll on ne s'y i
Marseille sont ven; ne sais i i
guerre, ni bols ma es cou-
les mais de leur.- vaisseaux Peut-ètTe aussi est-ce a la grande consommation qu il il faite autrefois
dm la pénurie actuelle; mal
trouverait difficilement ■ e botte
i umettes.
il y a de magnifiques \
•un.
id la girafe abord;'
. lai. lent .pi elle e mer .
et expliqua ti nement, ei an, que ce au on pn
de n. mal du pays < omm
du un ni
nie crim.-i. e Ini Uni ren >! .■
la prit son anlrr.nl p.ir ; . midi Bonn ieil de
trct.te cinq degrés, Il longea le bord do la mer et alla 'm 'ci- dan-- les gorges du mont Redon
A peine la girafe se trouva-t elle au milieu de ces rocs nus et pelés, qu'elle releva la tête, ouvrit ses naseaux. frappa le sol du pied, et, voyant jaillir autour d'elle un sable aussi brûlant que le sable natal, elle se crut revenue dans le Darfour ou le Kordofan. et bondit si folle et si joyeuse, qu'elle tira sa corde des mains de son conducteur, lui sauta par-dessus la tête, et disparut derrière un rocher.
Le pauvre Ethiopien accourut tout penaud à Marseille. Cette fois, les savants, le voyant tout seul, comprirent qu'il revenait sans la girafe. De la a la probabilité qu'il l'avait perdue, il n'y avait qu'un pas : la science le fit avec toute sa certitude ordinaire.
On demanda au commandant de la garnison deux régiments ; les deux régiments cernèrent le mont Redon, et retrouvèrent la girafe couchée tout de son long dans ce beau sable africain qui lui avait rendu la vie. La girafe se trouvait trop bien là pour se laisser rattraper sans essayer de fuir; mais elle avait affaire à un habile stratéglste. Le colonel commandant l'expédition était de Gemenos ; il connaissait, en conséquence, tous les défilés du mont Redon. Après avoir fait des prodiges de légèreté, la pauvre bête, retrouvant partout le pantalon garance, fut forcée de se laisser reprendre ; elle se rendit donc de bonne grâce à son Ethiopien, qui la ramena en triomphe à Marseille.
.Ïamais elle ne s'était mieux portée; un Jour p3ssé dans les sables du mont Redon avait suffi pour lui rendre la santé.
En tournant l'angle d'un mur. nous non- trouvâmes en face de la mer ; dès lors, nous ne vîmes plus rien qu'elle. C'est que, de la plage du Prado, surtout, elle est magni-
iiqile
Quant à mol. je n'y pus résister; je laissai Méry commander les clovis et la bouillabaisse à In Muette de Portici. et je me jetai dans un bateau.
Ce bateau était à un pécheur qui allait justement retirer ses filets; outre la promenade, j'avais la pèche.
Tout en allant a nos bouées, le pêcheur me dit les noms de tous ces caps et de tous ces promontoires, noms sonores. [ue tous à la langue Ionienne, et qui. à défaut de chronique, attesteraient l'origine des anciens possesseurs de cette terre Au fond de l'horizon se levait sur son i milieu
ii ihare de Planier. Mon tout en ra-
mant, me i ce phare venait d eu il y a quel-
ques mois, témoin d'un accident horrible. Cn bâtiment chargé de sucre avait été jeté contre le ro en fait
sa, s'était ouvert et avait uipage
sauvé, mais toute la cargaison av.
— Diable ! répondis-Je touché de la perte ' faite les armateurs et le capit a Iheur.
— Oh! oui, C'est un grand malheur, me ré] dit mon
homme. Imaglnex-vous, m [ue, pendant plus de
six semaine ide, on ne voyait plus
lerlan. U paratt qui '-'-là. ça ne peut pas
r l'eau SU I Pour ce brave homme, la perte du sucre n'était quelque
pendant six semaine-
Heureusement, le premier filet que nous tirâmes nous donna la preuve qu. les merlans étaient revenus: il en un gros comme la cuisse.
Les autres re les loups, des rougets, des sur-
- des sépillons et des dorades; il y avait de tout,
Jusqu'à une langouste, qui était venue pour manger très
probablement les prisonniers, et qui se tri ' expo-
i.ar un revirement de fortune, à être D •' eux
Nous revînmes avec notre pêche, qui passa immédiatement
,l0 |a ; s la casserole et dans la poêle; puis Méry
propriétaire de rétablissement
p osemei
Courty pai lissait fort troublé; on lui ai le mol
comme d'un lin gastronome, ce qui m'avait donné dans
son esprit un bien antre relief que II prés enté
toui b comme l'auteur VAntony i.lemof-
Or Co " '"-'"' df,rc p,nl?
approfondie
rln que ne I ^ sauf
quelques exceptions, on n pas le besoin de dîner:
pourvu que l'on mange, cela suffit.
rty e-t donc perdu dans un monde où il reste- Incom-
ce qui ne l'empêche pas de chercher de temps en
,..,,„„. pla< inconnu Sous ce rapport. 11 est de
,,.|o„ de Pansey. qui disall que la décou-
utile à l'humanité q
la 6 nouvell. étoile. . Car des étoiles d t
. n y en aura toujours assez pour
lui nous en faisons d'autant plus vrai qull
y a beau., .i.P plus d'étoiles encore à Marseille qu là 1 arl s
rty se surpassa Je reerettai de ne pas être à la liau-
LE MIDI DE LA FRANCE
teur de la réputation qu'on m'avait faite auprès de lui. Mes éloges lui ouvrirent le cœur ; il me conta ses peines. La Muette de Portici a près d'elle une malheureuse guinguette ouverte à tout venant, à cause de la modicité de son prix, et tout le monde y va, même ceux-là gui ne devraient pas y aller.
Cela tient peut-être aussi à ce que, chez Courty, il y a de l'ombre et des fleurs, choses dont les Marseillais n'ont pas l'habitude.
Pendant que nous dînions, un ami de Méry vint s'asseoir à coté de nous, et nous offrir pour le soir une pêche au feu. C'était une trop bonne fortune pour que nous la refusassions. En attendant. Méry lui demanda pour moi la permission d'aller visiter sa maison, bâtie sur un modèle si antique et surtout si étranger, qu'on est convaincu à Marseille que, comme celle de Notre-Dame de Lorette, elle a traversé la mer. Aussi l'appelle-t-on la maison phénicienne.
C'était, en effet, une maison tout orientale, comme on en trouve aussi quelques-unes à Florence, avec deux étages pleins et des colonnes qui soutiennent un toit qui fait double terrasse ; sous le toit, terrasse pour le jour ; sur le toit, terrasse pour la nuit. La petite maison de Marseille a, de plus, de sa base à la moitié de sa hauteur, une treille toute courante qui lui sert de cuirasse, verte au printemps, rouge à l'automne, et la moitié de l'année chargée de raisins magnifiques.
Après nous avoir fait voir sa maison, M Morel nous présenta à sa famille, qui se composait de trois ou quatre filles, tontes plus belles les unes que les autres, de presque autant de gendres et du double de petits-enfants.
Tous demeurent ensemble dans cette petite maison phénicienne, qui me paraît une des plus heureuses maisons de Marseille.
Et cependant, M. Morel allait abattre cette jolie petite maison pour faire bâtir une bastide comme toutes les bastides; c'est-à-dire quelque chose de carré, avec des trous percés régulièrement, qu'on tient ouverts le jour et fermes la nuit, tandis qu'à mon avis on devrait faire tout Il contraire. M Morel, au grand désespoir de Méry, allait mettre le marteau dans la pauvre maison phénicienne, lorsque, dans un vieux coffre qu'on n'avait pas ouvert depuis deux cents ans, une fille de M. Morel trouva un vieux manuscrit écrit sur du vieux parchemin, d'une toute petite écriture d'une forme si biscornue, que, M. Morel ni ses gendres n'y comprenant rien, il fallut envoyer chercher -Méry pour la lire.
M. Morel espérait que c'était quelque titre de propriété qui allait doubler son revenu territorial : c'était tout bonnement une chronique du temps du connétable, et relative à la maison phénicienne.
La maison phénicienne avait joué son rôle pendant le siège de Marseille. Or, du moment que la maison phénicienne devenait une maison historique, il n'y avait plus, comme on le comprend bien, moyen de la démolir; aussi resta-t-elle debout, à la grande joie de Méry.
Je demandai à M. Morel la faveur de lire cette chronique ; mais, comme il est encore, pêcheur plus passionné qu'ardent archéologue, 11 me dit qu'il me la donnerait après l'expédition En effet, la nuit était venue avec cette rapidité toute particulière aux climats méridionaux, et à peine le temps nécessaire nous restait-il pour nos préparatifs.
Chacun se mit â l'œuvre, hommes et femmes, moi comme les autres. Mon habit pincé me gênait, on m'apporta une veste de M. Morel. J'aurais pu y loger Méry avec moi; mais Méry était déjà logé dans son manteau, et, quand Méry est logé dans son manteau, il est indélogeable.
Vers les neuf heures du soir, tout fut prêt. Un des gendres de M. Morel se chargea d'alimenter le feu qui brûlait à la proue dans un réchaud de fer ; deux autres prirent des tridents pour harponner le poisson, et se placèrent â bâbord et à tribord. M. Morel et moi, nous en limes autant ; car, malgré mes réclamations, on m'avait placé dans la partie active. Méry se plaça à la poupe, au milieu des dames, qui ajoutèrent à son manteau leurs châles et leurs
I lus. Jadin, le crayon à la main, s'assit sur une des
banquettes, avec Milord entre ses jambes L'homme aux merlans se plaça sur l'autre banquette, un aviron de ebaque main. Courty. qui devait rester sur le rivage, poussa la barque, et tout l'équipage se trouva a flot.
En ce moment. Jadin eut une s,:nie affreuse avec Milord .pu voulait absolument aller manger le feu. 11 eu résulta des aboiements éclatants, qui. n'étant pas dans le programme de la pêche, pendant laquelle, au contraire, on doit garder le plus profond silence, se terminèrent par des gémissements sourds, lesquels prouvaient que Jadin employé a l'endroit de Milord les grands moyens, c'est-à-dire le talon de la botte.
Néanmoins mmme cet épisode n'avait point attiré le i nous dou mes pendant quelque temps du succès de notre pêi lie. Aucun poisson ne se montrait, et pour-
tant on apercevait, à travers trois ou quatre pieds d'eau, le fond de la mer, comme s'il n'eût été séparé de nous que par une simple gaze. Tout a coup un des gendres de M. Morel piqua son harpon, et le retira avec une espèce de serpent qui se tortillait au bout: c'était un congre de trois ou quatre pieds de long. Je trouvai 1 animal fort laid, et me promis bien de n'en point prendre de pareils.
Cela prouvait, au reste, que nous entrions flans les domaines habités.
Le fond de la mer, vu ainsi de nuit à la lueur tremblante d'un feu de sapin, est une des choses les plus curieuses qui se puissent imaginer ; il a, comme la terre, ses endroits couverts et ses sables arides; ses longues algues sombres, où les poissons se détachent comme s'ils étaient d'or ou d'argent, et ses plaines découvertes, où voyagent, pesamment chargés de leur énorme bagage, les nautiles, les bernard -l'ermite et les oursins, laissant derrière eux la trace du chemin qu'ils ont parcouru. Puis, si quelque rocher se présente, au milieu des moules et des huîtres qui y ont établi leur domicile sédentaire, on est sûr de voir quelque polype au gros ventre, aux yeux à fleur de tête et aux longs bras tremblants, dont chaque extrémité va cherchant la proie que sa gueule béante s'apprête a engloutir. Tout cela vivait, selon ses instincts, sa vie mystérieuse et sous-marine, a laquelle nous venions apporter un si grand trouble avec le feu et le fer.
Cependant le bateau se remplissait ; M. Morel et ses tendres piquaient à qui mieux mieux, et m'excitaient à en faire autant ; mais j'attendais, en faisant signe de la tète que je me tenais prêt. Quant au bateau, il continuait, poussé par le doux mouvement des rames, à voguer dans un cercle de lumière où de temps en temps entraient de gros papillons de nuit, qui venaient étourdiment d nuer de la tète contre nous. Tout à coup je vis passer directement au bout de mon harpon quelque chose qui ressemblait à une poêle à frire: je donnai de toute ma force "un coup en plein corps de l'animal, et je tirai de l'eau une raie de la plus belle espèce.
Je fus proclamé le roi de la pêche.
Comme, à part moi, j'attribuais bien plus au hasard qu'à l'adresse le coup magnifique que j'avais fait, je déclarai que je m'en tiendrais là; je passai mon sceptre à celui des gendres de M. Morel qui avait jusqu'alors pris soin du feu, et je me remis à mes études de mœurs conchyliologiques.
Il ne fallut pas moins pour les interrompre qu'une décision de ces dames, qui, sur les gémissements que poussait Méry, déclarèrent que le vent de la mer commençait a leur paraître un peu frais ; en conséquence, on décida qu'on allait continuer la promenade sur l'Huveaume.
L'Huveaume est un ruisseau qui se jette dans la. mer, et abuse de sa position topographique pour prendre le nom de fleuve : mais il y a noblesse et noblesse, disait Saint- Simon, et ce n'est pas une raison parce qu'on fait résolument comme le Rhône ou le Danube pour qu'on se croie leur é^al
Au reste, l'Huveaume n'a pas. je crois, ces hautes nrétentions; il est impossible d'offrir une embouchure plus modeste, et de se perdre plus silencieusement qu'il ne le fait dans la Méditerranée : c'est tout à fait un fleuve de Gforgiques, un fleuve à la Théocrite et à la Virgile, un fleuve non pas pour porter des bateaux, mais pour baigner les pieds des nymphes.
Nous remontâmes donc, sous une voûte de tamaris aux troncs fantastiques et aux bras tordus, notre fiumicello, dont non- touchions les deux bords avec le bout de nos rames. Là. je reconnus tout le tort que j'avais eu de me moquer de 1 Huveaume sans le connaître. En effet ce ruisseau coule avec une tranquillité et une quiétude qui fent plaisir à voir, et je )e crois au fond beaucoup plus Peureux que la Méditerranée.
Aiuès une demi-heure d'exploration, l'Huveaume
porter, sous prétexte qu'il n'était plus ble
Force nous lut donc de redescendre vers la mer; mais nous n'allâmes point jusqu'à elle. Au bruit qu'elle faisait en se brisant contre son rivage, nous comprimes (pull.- se mettait tout doucement à la tempête, (.niant a notre fleuve. il était au-dessus de toutes ces vicissitudes humaines Aussi non- lai-sa-t-il accoster tranquillement une de ses rives, et descendre au milieu d'un ioli verger, a travers lequel nous regagnâmes la maison phénicienne
Comme il me l'avait promis, M. Morel me remit le manuscrit trouvé par sa fille dans le vieux coffre qu. savez II m'accorda, de plus, la permission de le > ce qui fait que je suis assez heureux pour l'offrir lecteurs.
Peut-être, quand j'aurai été refusé cinq ou six fois a m m tour . i \, adémie Crançi i e, lui d< vrai Je la fayeur reeu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
ALEWXDRE DUMAS ILLI/STRE,
LA MAISON PHÉXH
ptembre i.v.>, Marseille se bat avec le connétable de Bourbon cel illustre fou. qui s'en allait ravageant 11 -on ennui. C'est
le vingt-deuxième Joui ouverte; les nobles sei-
Sneui uriers Ue Marseille, réunis
sous les m ait juré de s'en- 15 leurs
ruines. Le connétabli . -. murailles se- :
Espagnols La (oui in, la butte
Jes Mo mte-Paule em i leurs batte-
ries, a pluies de boulets, pardessus les i-em-
il 11 es du Lazaret, sur le chemin du i mitre du connétable, et ■ ml -Victor, où le marquis de Pescaire a établi son camp. Un violent orage de septembre &
du jour; la nuit descend avec les plus profonest un temps comme il en faut pour les entreprises d'amour et de guerre.
Aussi le capitaine < i fonteoux, a la tète de mille
i itoyens n t-11 de se iaire ouvrir la porte Royale.
'les Fabres -, car il \ ,- une
invre de la Canebière. Deux bérolqu ies le suivent: lui
i:ime, et l'autre de Lava] ; elles
ont dans leurs fontes des pistolets richement damasquines.
et tiennent chacune a leur blanche main une épée si bien
travaillée, qu'elle a plutôt l'air d'un bijou que d une arme
Ltl en désordre dan [ion de la
île, moi gardait cette . niha sur les Ma ■ \e> força de rentrer dans la ville. Pour beaucoup des noires (I), raite fut malheureusement coupée; ils arn
' Royale: elle était déjà fermée.
pont-levls I découvert un foss | rem-
| larseillals furent pris; d'autres,
al la campagne. De ce nom-
ae rivaux
- mmes donl nous av. m,- déjà parles genres de périls niedeux an
pour
ang.
renterlse A 1 Inrpi e par la proposition dune ' "•■ le capitaine i i mx et
: nie, e. avec l'aven) - femmes donnèrent tant de prc;,
pas voulu faire attendre le chef de ' était
i taille lo
nnalt la 1 1
front la veux d un noir limp une boui lie adorable, où le soui comme
ilans i île divin qu
poi ail
1er des reflets ai , ,,. llne
le La-
■ ' in in-
ne des hommes et l'honi d'énerglqui
I pou
■ire de
-l un M.l
Laval, a peu près vêtue comme sa tanie, aurait pu être prise Tour la soi.- <l Gabrielle. Elle avait des cheveux 1
-ués sur les tempes et sur les épaules ; de yeux druidiques, couleur de mer orageuse; un teint admirablement fondu dans le lis et la rose ; un charme de figure saisissant et magnétique : enfin une grâce souveraine dans toutes les ondulations de son corps, quand elle marchait ave. une étourderie charmante sur la pointe de ses brodequins, dorés comme les sandales d'une odalisque; assise die avait .eue exquise nonchalance des
femmes blondes, cette tranquillité radieuse <i toujours, est un volcan en repos.
Leur seul compagnon, VU lux, était un grand et
eune homme de vingt-quatre an-, renommé pour sa entre les plus aimables donneurs de la place de Lenche ; un franc .Marseillais du moye fortement bruni sur les deux j, m - par le soleil des der- 1 esplanade de la Major.
, nés et le jeun- qui leur senait
il quelque temps au grand galop la direci il- avaient prise a travers terres; mais biai sol se trouva tellement coupé de haies et de fosses, que leurs IX leur devinrent non seulement une inutilité, mais un -oit en hennissant, .- liant.
Us pouvaient les trahir. Les trois fugitifs mirent donc pied à terre, abandonnèrent leurs montures dans un cari ehanvri muèrent leur route sans prononcer une
seule parole; car de tout côté autour .1 fracas
annonçaient la présence de l'ennemi. Enfin lès ■ mmes, suivant toujours aveuglément leur guiu
non [rayés, atteignirent les hauteurs qui domi-
Lnriol: la. ils tournèrent h- dos a la ville,
sinuosités en abîmes, ils arrivèrent sur cette plage
sablonneuse qui se courbe en arc du rocher Ulanc au mont
Redon.
le monde sait que ce rivage ressemble, a s'y méprennes dune Ue d- -eite ; car, préoccupé sans de la guerre le M ,e songe à
r d'autres jardins que ceux qui s'étendent à l'ombre de ses remparts. L'Huveaume, a son embouchure, forme un delta de marécages au milieu desquels il .ouïe a la mer; q Lbanes de pécheurs s'élèvent seules, a de
longs intervalles, sur les cailloux de la rive Seulement, au nui ;■; stagnantes du petit fleuve, "et à 1-
unie d'une chausi vertes
par les vagi: ,t une ma
-ter contre la solitude, el rappeler aux iers Piauler les temps ., , cette
plage in ar les galère- de Tyr et d.
Lorsque les fugitifs atteignirent ce mer était
ras. vicior de Rivaux s'élança, le e naturelle, en S'aldant des branches d'un t i 1 oreille aux bruits noc-
turne- il n entendit plus que le ralement de la tempête , nte, le frôlement Ori saules et des i
lenient sourd parti sans doute de la couqui chantait un duo avec la foudre
il -. baissa alors, et tendit la main à Gabrielle. qui en près d.- li pola
dant cette fui; reniai-,, mm, uni ■ de soins
sur II
, unes, leur dlt-U en respirant plus
tum?s en heu SOT il n'y a plus i
ir mol, du Gabrielle avec un nre. je ne
pardoni . hj de m 'avoir fermé
la hou, ux mortel:, -i bien que Je
n ai p i un ,
qui . ■ ; itant que j ai pu ni
iTt Peau
— Sali dans quel
us sur terre ou sur
ir, je connais
i .aux T
U ,,:n ■ mol ;
lit la lune .pi. •.,-,- \,,ir
us les tamaris, .iiiino la mienne de
, belle
de l'orlici.
, , qui m,-! an
LE MIDI DE LA FRANCE
l'évêcbé. Nous y sommes venus cent fois avec M. de Beauregard, le capitaine de la tour Saint-Jean.
— Et (lue veniez-vous faire ici, monsieur î dit Gabrielle accompagnant .eue interrogation d un ton à demi goguenard, pendant que Claire regardait le jeune homme avec une certaine inquiétude.
Le jeune homme comprit ce regard et répondit en souriant aux deux femmes, quoiqu'une seule l'eût interrogé:
— Nous venions faire une chose toute simple, mesdames ; nous venions y pêcher au {ustié (1). Cette petite maison
le Beauregard ; il ne se doute guère qu'elle i ir d'asile cette nuit.
— Et si la porte est fermée? demanda Gabrielle. —.Nous renfoncerons, répondit VictOI
— Oh ! murmura Claire, à qui cette manière de s'impa-
rt paraissait, malgré le danger, un peu sans façon.
— Que la Vierge de Bon-Secours nous garde ! dit Gabrielle : il me semble que je vois luire quelque chose de sinistre là-haut.
Et, de la pointe de son épée. qu'elle n'avait point encore remise au fourreau, elle désignait la colline du nord.
Les regards se tournèrent dans cette direction, et il se fit un moment de silence
— Chut ! dit Claire en tressaillant.
— Qu'y a-t-il .' demanda Victor en se plaçant instinctivement devant la jeune fille.
— J'entends du bruit, reprit Claire.
— Où? demanda Victor baissant la voix à chaque interrogation.
— Là, là, tout près de nous, dans ces algues noires, répondit Claire si bas. que, pour l'entendre, Victor fut obligé d'approcher sa joue près des lèvres de la jeune fille, et quil sentit son haleine.
— C'est la mer ou le vent, dit le jeune homme restant un instant incliné Le danger n'est pas là. Il est la, ajoutat-il a voix basse à son tour en montrant l'Huveaume.
— En effet, en effet, dit Claire en saisissant le bras du jeune homme. Teuez là, là devant nous.
\ li ir se retourna du côté indiqué, et. en effet, il aperçut une grande figure noire qui se levait d'entre les saules de 1 lluvfaume et s'avançait vers la chaussée.
— Silence ! dit Victor.
Et il laissa l'apparition s'engager sur la digue étroite ;
puis lorsqu'elle ne fut plus qu'à quelques pas de lui, il
a a sa rencontre, l'épée à la main, tandis que les
dtux femmes s apprêtaient, si besoin était à prêter secours
à leur défenseur.
— t^ni es-tu? que veux-tu? demanda le jeune homme en appuyant son épée sur la poitrine du nouvel arrivant, qui au lieu de se défendre, tomba humblement à genoux.
— Oh ! monsieur le Marseillais ! répondit le bonhomme, qui. a l'accent de Victor, avait reconnu son compatriote.
— Ah ! ah ! dit Victor, qui venait de faire la même découvert, il puait que nous n'avons pas affaire à un ennemi; nais h quand, par ce temps-ci. on se rencontre dans un lieu semblable, et à pareille heure, il faut se connaître. Je répéterai donc ma question. Qui es-tu? que veux-ti .'
— Je suis le patron Eousquié, le pêcheur de M de Beauregard, et je \.us tirer les thys.
— Eht pardieu ! c'est vrai, dit Victor. Mesdames, ajoutat-il en se retournant, ne craignez rien, nous sommes en pays de connaissance
— Tiens' c'est M- Victor! dit le pêcheur avec tu. sourire. Et moi qui ne l'avais pas reconnu! — Bonsoir, monsieur Victor !
— Bonsoir, mon ami.
— Ah bien, en voilà une merveille de vous voir, quand je von ère les forts de la ville! Est-ce que ce sérail encore une partie comme...?
— Chut ! dit Victor.
— Ah! mais c'est que le temps serait drôlemenl i
— Tu dis donc que tu allais pêcher? interrompu brusquement le jeune homme, à qui le ton qu'avait pris la
Ion paraissait évidemment désagréable, et qui désirait le changer.
— Hélas! oui, je vais pêcher, répondit le patron Bousqulé avec un gros soupir.
— Eh bien, qu'as-tu donc? demanda Victor. J'ai vu le temps où cette occupation étai li une tête.
— Oh! oui, quand je péchais pour .M. de Beauregard, on bien pour vous, quand vous veniez ave.- cette petite...
pour qui pêches-tu donc, maintenant?
— Pour qui je pèche? Sainte Vierge nuire ! je pêche pour
ces gueux d'Italiens, qui viennent mani n poisson,
et qui me le payent en grands coups de manche de hallebarde.
— Comment ! des Italiens viennent Ici? s'écria Victor.
(1) Au feu C'était la même pèctie guenons renions
- Vils viennent?... Mais ils n'y manquent pas une nuit, de venir; dans une heure, ils y seront... Tenez, ne m'en le/ pas, monsieur Victor, ce sont de vrais Turcs, des cordes sarrasins, qui cherchent gratis des femmes et des bouillabaisses; des maudits de Dieu, quoi ' Ils ont avec lis Allemands, habillés comme îles valets de carreau. . n'ont pas inventé la poudre, mais ils ne valent pas mieux, allez !
— ("est bon ; assez parlé, dit Victor. Bon patron Bous (raie,
les dames qui ont besoin de repos... Elles ont laissé la semelle de leurs bottines sur les roches, et ont leurs jolis pieds tout meurtris. As-tu dans ta rabane un bon lit d'algues sèches pour ces deux dames?
— Oh! dans ma cabane, répondit le patron Bousquié. ces dames y seraient trop mal; ce serait bon tout au plus pou! les petites demoiselles que...
— Eh bien, mais alors, interrompit Victor, où ces dames vont-elles passer la nuit ?
— Si la mer n'était pas si terrible, je vous dirais qu'où elles seraient le mieux, c'est chez elles. Nous monterions dans ma barque, et, comme la mer est libre depuis que la flotte de la layette a chassé ce damne Moncade, je me ferais fort de vous remettre dans une heure à la chaîne du port.
— Eh bien, dit Gabrielle, ceci me paraît un moyen excellent. Montons clans la barque ; nous sommes braves, et nous n'aurons pas peur.
— Oh ! non, madame, non, dit le patron Bousquié en hochant la tète ; non. ce serait tenter Dieu.
— Mais la mer n'est cependant pas trop grosse, murmura Claire.
— Non, pas ici. sans doute ; mais la mer. ma petite demoiselle, sans comparaison, c'est comme les femmes, il ne faut" pas en juger par ce qu'elles nous montrent. Ici, elle est assez tranquille, assez bonace ; mais, là-bas, voyez-vous, au delà de ce rocher où rien ne l'abrite, elle fait le diable. Non, non, monsieur Victor, croyez-moi, mieux vaut attendre.
— Mais où attendre, puisque tu dis que, chez toi, nous ne serions point en sûreté?
— Suivez-moi, dit le patron Bousquié ; je vais vous ouvrir la maison de M. de Beauregard : vous y serez mieux que chez moi. Si les Italiens viennent, montez à mesure qu'ils monteront ; dans le grenier, vous trouverez une échelle et une trappe. Vous monterez sur le toit, vous tirerez l'échelle ; et. s'ils vous poursuivent jusque-là, vous aurez toujours une dernière chance : c'est de vous jeter du haut en bas de la maison, si vous ne voulez pas être pris.
Les deux femmes se serrèrent la mnin.
— Viens, alors, dit Victor de Vivaux.
Le pêcheur prit la tète de la colonne, et les trois fugitifs le suivirent en silence; puis, au bout d'un instant, ils passèrent devant une treille de feuilles marines, montèrent l'escalier d'un perron : le patron Bousquié poussa une porte, et la porte s'ouvrit.
— Diable ! dit Victor, si la porte ne ferme pas mieux que cela, tu aurais bien dû nous conduire autre part.
— Nous la barricaderons. en dedans, dit Gabrielle.
— Gardez-vous-en bien, ma belle dame ! répondit le pécheur ; ce serait vous dénoncer au premier coup. Non, non ; ils ont l'habitude de trouver la porte ouverte, laissez la ouverte ; ils n'y verront pas de changement, et peut-être qu'ils ne se douteront de rien. Croyez-moi. laites ce que je vous dis.
— Vous croyez donc qu'ils viendront? demanda timidement Cla'ire.
— Peut-être qu'ils viendront, peut-être qu'ils ne viendront
. ibles d'Italiens, c'est fantasque comme des marsouins eut rien dire. Dans tous les cas, je tâcherai i, leur ' assez bonne cuisine pour les tenir à la maison El voila pour te défrayer du souper que tu leur don , i . dil Vutor en glissant deux pièces d'or dans la main .le patron Bousquié.
— Ah ! il n'y avait pas besoin de cela, monsieur \
ça m'ôte le piaisir de vous obliger pour l'amour du bon Dieu. Cependant je ne veux pas vous refuser, car ce ne serait, pas honnête
— Eh bien, donc, mets cela dans i et fais-nous bonne garde.
— Oui, oui ; mais surtout ne fermez pas la porte, entendez-vous ?
— C'est chose dite ; sois tranquille.
— Alors, bonne chance!., A propoi • reprit le patron en revenant sur ses pas, i leUrne petite prière bien efficace... je ne veux pus me permettre de vous donner un conseil; mais, vous comprenez, il n'y aurait pas de mal ;i la dire
Puis comme effrayé de sa hartl ! '""'
fit un dernier signe de la tète et de la main, et sortit vivement , . ..
Restas seuls, Victor et ses deux compagnes soriem , , .i i "i les yeux, dans cette salle
ALEXANDRE DUMAS ILLISTRÉ
n'y fallait pas compter : allumer une lumière quelconque, c était se dénoncer. Force était donc de se reconnaître a tâtons Tout en cherchant. Victor entendait dan- le silence Lattre le cœur de ses deux compagnes, et il lui semblait qu'il ri ait les battements de celui de Claire.
Enfin il trouva l'escalier.
— Par ici, dit-il.
Les deux femmes se rallièrent à sa voix ; Victor étendit la main et saisit une main tremblante. Par terreur, sans doute, cette main serra la sienne. Victor n'eut pas môme besoin de demander a qui elle lit.
— Suivez-nous, madame, dit-il en se retournant du côté où il présumait que pouvait se trouver Gabrielle ; nous sommes au pied de l'escalier.
— Moulez, alors, dit madame de Laval; je tiens la n bi de Claire.
— Que cherchez-vous, ma tante? demanda la jeune fille.
— Rien, mon mouchoir que j'ai laissé tomber.
— Je redescendrai tout a l'heure, et je le ramasserai, dit Victor.
Tous trois alors montèrent l'escalier étroit et sombre qui conduisait aux BUTS; puis les deux jeunes
femmes cherchèrent à tâtons la porte d'une chambre, et entrèrent clans la première venue, avec l'intention d'y aitendre que la mer fût calmée. Elles ne purent remarquer -i l'ameublement était digne d'elles, car l'obscurit vrait les quatre murailles; mais elles (nient ravies Je trouver sous leur main quelque chose de souple et de ■ uati qui ressemblait à l'édredon d'un in.it.
-Victor, dit Gahrielle, si vous voulez descendre, nous allons i tant.
— Vous veillerez sur non-, n'est-ce pas? dit claire.
— Oh! comptez sur mol, mademol Victor. Jamais sentinelle, je réponds, n'aura été plus fidèle à sein poste que je ne le serai.
— Et t.ârhez de retrouver mon mouchoir, qui pourrait nous trahir.
— J'y vais, répondit Victor.
Et un l'entendit descendre l'escalier
Le ,'eune homme chercha pendant un quart d'heure, mais il ne
Pendant ce temps les deux femmes met leurs
robes, avec lesquelles il était Impossible lier.
— i omprenez tous, ma tante, dit Claire, dans quelle inquiétude M. de Laval doit être à cette hem
— Bah I répondit Gabrlelle, ce s,, ut là les accidents de la guerre M de Laval nous > roit mortes; mais, comme il est de garde a la u>nj' Salnte-Paule, il n'a pas le
de nous pleurer. Je l
t ti miroir, ma tante : et pour quoi i
— Pour rajuster mes cheveux, qui re dans un
— Ma i vous aune/ un miroir, ma tante, il me semble - L'obsi mi ' il ne vous si rviraii pis .1 grand
— Bah ! en ouvrant cette fenêtre, n belle. i|ue nous ; plein Jour Pousse donc un peu le 1 lire.
— Oh : ma tan
— No quille
nocturne illumina la chambi ini la chai te de la jeune tille
1 Vmphitrite, la ! ' ird d'amour smr la be
Pendant • e temps Gabriel 1 1 [1 m Mi qu'elle
désirai . dans
le même rayon, elle i\
— Voii 1 qui 1 oit ; maintenant, jetons nous sur ce lu. N les litanies de la Vierge et le Sub tuum avant ,1e no tir .le dirai les versets, et tu rép ira Vienstu?
— Oui, m; Liant un peu sans ce] il me semble...
— 11 le semble quoi
— Voir des hommes qui s'api
'lue non- lame.
Ut Gabriel! e vent qui
— x - inq
reposer Jus ■ : ■ 1 o 1 v m, les de regarda pai
nies paroli - entre eux.
— Ce sont des Italiens, dit Gabrielle
— Oh I mon Dieu ! mon Dieu : nous sommes perdues ! murmura Claire en joignant les mains.
Trois petits coups frappés a la porte de la chambre firent en ce moment tressaillir les deux femmes; puis elles entendirent une voix qui disait .
— C'est moi, n peur ; c'est Victor de Vivaux. Gabrielle courut à la porte et l'entrouvrit.
— Eh bien ? demanda-t-elle.
— Eh bien, on vient de notre côté.
— L'ennemi !
— J'en ai peur
— Que faire?
— Suivez le conseil du patron Bousquié, montez plus haut Cherchez une bi is inquii ez pas de moi. Si loin que je paraisse être de vous, je ne vous perdrai pas de vue
El ;ans anen épouse des deux femmes, il se
replongea dans lier.
— Claire? dit Gabrielle.
— ■ Me voila, ma tante.
— Viens vite !...
A ces mots, elle lui prit la main et l'entraîna hors de
mbre.
Et elles gagnèrent l'étage supérieur, où elles restèrent aux aguets, le cou tendu sur la rampe de plâtre qui tourne avec l'escalier.
Au dehors, entre la treille et le perron, deux hommes qui 1 les chefs dune bande de maraudeurs par-
laient haut, sans gène aucune. Ire en-
ns le silence de la nuit.
— Je te dis. ] . ,,, 1 un ,|Ue je ]es ai v,„ .
inme des ombres, que j'ai mesuré leurs pieds sur le sable. Ce soni des pieds pas plus longs que mon doigt n ma langue. Et puis, qu'est-ce que u> 1 brodequin cpie nous avons tl sur la . on sent la chair fraîchi
le commence a croire que tu as raison, repondit l'autre
Per Baccol Je li n que j'ai raison: vois-tu,
nous avons perdu leur piste à vingt pas d'Ici,' 1.1 bas où
les cailloux Si les déesses ne prennent pas
un bain dans ce donnent là, derrière
Hien ! où est mon lansquenet ? Eh ! Cornélius,
avance: Mais avance donc! Que diable fais-tu. drôle? Tu
aux étoiles. Ecoute, passe Vous cet arceau, mon potll
le la maison de 1 au raite, et, pur saint Pierre: mes belles dames, vous
ce que ce1 : nt le mou-
choir que Gabrielle ci lans le ves-
tibule et qu'elle ssé tomber au pied du perron.
répondll Géronlmo en le prenant des mains de son compagnon, c'est un faizoletto tout
lequel ne m'a ilr «le s.utir d, m ne prend
pa
Montons ' léronlmo 1 1 1 irades,
zsit ' :
v, ni : ici, et 1 Bien : Maintenant, soyez sages,
e1 vous aurez les femmes de chambre, s n y en a.
— Eh! non: non: montons to
d'ailleurs, plus nous serons, plus 1 tnplète si ulement, l'autre Allemand
Eb : mon lansquenet Ici 1 Vssleds-tol
sur le pem m, & cheval et le poignard au poing déesses
ont un cavalier avec elles pieds
sur le sabb monde 1 ' li
cavalier; entends-tu. mon petit --ne.
t- 1 nie que lui .naît II11I1-
lant.
v: ors, 1 e.anda-
'11 patron Bousquié elle ti I fermée.
On ne voll pas plus clair Ici un four, dit un
ton briquet, Taddeo?
1 ce que jamais Je m ns cela! répondit le
soldai Au n 1 nt on vit Jaillir les étincelles du caillou :
e dune allumette lui ■ livre une
ittalre, dit-il; il y a un bon Dieu pour allume
deux fois Les Italiens levè- 1 île mais les Blets de toute espèce murailles sont les B re père nourri ;
LE MIDI DE LA FRANCE
— Voyez donc la calomnie ! répondit Géronimo. Il y a cependant des gens qui disent que nous ne respectons rien : ce sont des langues de vipère. Amis, ne touchez à rien ; vous savez que Bourbon ne plaisante pas sur le bien du prochain.
— Les femmes en sont-elles? demanda Taddeo.
— L'ordonnance ne porte que sur les moissons, les meubles et les bestiaux ; vous voyez que cela ne regarde pas les femmes.
— Alors, montons au premier étage, dit Taddeo ; tu vois bien qu'il n'y a rien à faire ici.
La bande suivit le conseil, et envahit la eliambre que les deux femmes venaient de quitter.
— Oh ! oh ! s'écria Géronimo, la coque est restée, mais les papillons sont partis Deux robes de princesse, diable ! Si j'étais cardinal, je voudrais une dalmatique de ces étoffes-là. Mon cher, regarde-moi ce velours, et dis-moi ce qu'il devait y avoir là-dessous. Oh ! rien qu'à le toucher. le sang me monte à la gorge.
— Prenons toujours, dit Taddeo ; la chose a une valeur.
— Et, attention, voici deux escarcelles... De l'or !... Ceci est à nous comme Marseille est au connétable. Demain, nous partagerons.
— Géronimo, le lit n est pas même défait : nos déesses n'ont fait que changer de robe, et elles se sont esquivées. Touche le lit, il est uni et froid comme du marbre.
— Eu chasse, en chasse ! cria Géronimo ; nous les trouverons, quand même le diable s'en mêlerait.
A ces mots, ils s'élancèrent sur l'escalier.
Gabrielle et Claire n'avaient pas perdu un seul mot de cette horrible scène. En entendant ces dernières paroles, elles ressentirent un effroi mutuel, et leurs cheveux frissonnèrent à leur racine. Mais il n'y avait pas de temps à perdre : elles s'élancèrent vers l'angle où était la petite échelle de bois qui conduisait à la trappe du toit, montèrent l'échelle, soulevèrent la trappe, s'élancèrent sur la plateforme, tirèrent l'échelle derrière elles, et laissèrent retomber la trappe. Le toit était entouré d'un petit parapet, à
t de ti façade du midi, par laquelle, grâce ;i une
légère inclinaison des tuiles, se déversaient les eaux pluviales : les deux femmes se serrèrent dans un angle.
Peu d'instants après, un grand fracas de voix qui éclata sous leurs rieds leur apprit que la bande était parvenue dans la chambre de l'échelle, et que leur destinée se décidait en ce moment. Les deux nobles femmes se comprirent sans se parler, leurs lèvres se rapprochèrent dans un baiser radieux," et. les bras entrelacés, les yeux au ciel, elles S'avancèrent rapidement jusqu'au bord des tuiles saillantes qui se détachaient du toit. Les yeux fixés sur la trappe, elles s'attendaient a la voir se soulever à chaque instant, et, dans ce cas extrême, leur résolution était prise, elles sa précipitaient du toit sur les dalles du perron. Cette agonie fut longue. Les tuiles craquaient sous leurs pieds, et, plus d'une fois, par l'effet d'une convulsion nerveuse, les deux femmes se sentaient poussées vers le précipice par une invisible main. Ainsi suspendues, immobiles sur leur tombe, elles ressemblaient aux statues de la Pudeur et du Désespoir élevées sur les ruines d'une ville prise d'assaut.
Cependant peu à peu le bruit des voix inférieures s'éteignit, l'escalier fut ébranlé sous des pas lourds ; un rayon d'espoir passa sur le visage des deux femmes, dont les yeux se levèrent au ciel avec une expression de gratitude infinie ; puis Gabrielle souleva la trappe avec précaution, et elle entendit distinctement les lamentations de la bande: elles furent suivies du cri de la porte qui se refermait. Bientôt après, un lias léger froissa l'escalier, et l'on entendit une voix timide qui, avec un accent de désespoir croissant, appelait à travers toutes les cloisons. C'était la voix de Victor de Vivaux.
La trappe se rouvrit, l'échelle fut replacée; Victor jeta un cri de joie et posa son pied sur le premier échelon.
— Nous sommes ici, Victor, dit tout bas Gabrielle.
— Alors, venez, venez vite ! répondit Victor. Une minute de retard, c'est la mort.
Les deux femmes descendirent l'escalier avec une agilité merveilleuse ; mais, arrivées dans le vestibule, elles entendirent les soldats, que l'on croyait déjà loin, qui causaient art tes sur le perron. Victor poussa les deux femmes sous les masses profondes des filets qui pendaient devant les murs, et s'y ensevelit avec elles, prêtant une oreille attentive à tout ce qui se passait, car un bruit mal interprété pouvait être la mort de tous trois.
— Eh bien, capitaine, disait Forster, la visile a donc été imilile?
— Hélas! oui, répondit Géronimo.
— Vous avez cependant bien cherché partout!
— Nous n'avons pas laissé une pierre sans la flairer. Et toi, tu n'as rien vu ?
— Rien.
— Descends : je te relève de garde.
— Merci, dit Forster en sautant lourdement à terre; je n'en suis pas fâché, car le poste n'était pas bon.
— Que dis-tu là ?
— Je dis, capitaine, que, quand vous vous amuserez à' vous promener sur les toits, je vous prie de me mettre de garde autre part que sous la gouttière.
— Et pourquoi cela?
— Parce que, quand il pleut des tuiles et qu'on n'a pas de parapluie, c'est malsain.
— Comment ! il t'est tombé une tuile sur la tête, dis-tu?
— Une? Il m'en est tombé dix! mais j'étais là, Adèle au poste ; le toit tout entier serait tombé, que je n'aurais pas bougé.
— Mes amis, s'écria Géronimo, elles sont sur le toit. Lansquenet, mon amour, si tu as dit vrai, il y a dix pièces d'or pour toi
— Au toit ! au toit ! crièrent tous les soldais.
— Allons, camarades, vous savez le chemin, s'écria Géronimo ; qui m'aime me suive !... Cornélius, Forster, venez, venez aussi, et flairez comme de bons chiens que vous êtes...
Et la bande, pleine d'un nouvel espoir, rentra dans le vestibule et s'élança dans l'escalier. On entendit s'éloigner alors jusqu'aux pas lourds des deux Allemands qui fermaient la marche.
— Et maintenant, dit Victor de Vivaux, il n'y a pas une minute a perdre; de la présence d'esprit, du courage, et nous sommes sauvés.
En même temps, il sortit le premier de dessous les filets, et, prenant les deux femmes par la main, il s'élança avec elles hors de la maison. Toute la bande était sur le toit.
— Capitaine ! capitaine ! cria Forster, les voilà qui se sauvent; tenez, tenez, là, là... prenez garde!... der Teufel!,..
Un grand cri, un cri terrible, un de ces cris de mort qui traversent l'espace quand une âme sent qu'elle va sortir violemment du corps, suivit ce juron. Les trois fugitifs s'arrêtèrent comme cloués à leur place ; ils virent une masse qui passait dans le vide, et ils entendirent le bruit d'un corps qui s'écrasait sur le pavé.
— C'est le capitaine, dit Vivaux d'une voix toute frissonnante d'horreur : il se sera approché trop près du bord, et le toit aura manqué sous ses pieds.
— Capitaine ! capitaine !... crièrent plusieurs voix. Mais rien ne répondit, pas même un cri, pas même une
plainte...
— Il est mort, dit Vivaux ; Dieu ait son âme ! Songeons à nous.
Et, ayant repris les deux femmes chacune par une main, il courut avec elles vers le bord de la mer.
Une barque était sur le rivage, les fugitifs s'en approchèrent ; quoique le temps fût redevenu sombre, la mer était plus calme.
— Poussons cette barque à la mer, dit Victor. Dieu ne nous a pas sauvés si miraculeusement pour nous abandonner au dernier moment.
— Est-ce vous, monsieur Victor? dit une voix qui sortait du bateau, tandis qu'une tête inquiète se soulevait et dépassait, a peine le bordage de la barque.
— Nous sommes sauvés, dit Victor, c'est le patron Bousquié.
— Et la mer? demanda Gabrielle.
— Douce comme du lait, dit le patron Bousquié ; juste du vent ce qu'il en faut pour ne pas faire de bruit avec les rames. Montez, montez !
— Montez, mesdames, montez ! dit Victor.
Les deux femmes sautèrent dans le canot. Le patron Bousquié le poussa à la mer et se lança derrière les fugitifs. Victor tenait déjà les rames.
— Pas de rames ! pas de rames ! dit le patron Bousquié. Les rames font du bruit. La voile au vent, et Dieu nous garde ! Où faut-il aller, monsieur Victor ?
— Droit sur la chaîne du port, droit sur la tour Saint- Jean.
— Bien, bien, dit le patron Bousquié. Tenez-vous au gouvernail Quand je dirai : « Tribord ! » vous appuierez à gauche ; quand je dirai : « Bâbord ! » vous appuierez à droite. En tendez- vous?
— Oui.
— Alors, en route !
Et, comme si elle n'eût attendu que la permission de son maître, la chaloupe glissa doucement sur la mer.
Le patron Bousquié avait dit vrai ; la. brise les favorisait comme si file les eût connus. La petite voile, noire comme les vagues et invisible dans les ténèbres, se gonflait a ravir. Au bout d'une demi-heure, la barque touchait le pi ton de la chaîne, et Victor se faisait reconnaître par le gardien de In batterie à fleur d'eau. En ce moment, un silence solennel planait sur la ville assiégée: les sentinelles seules veillaient sut' le rempart, et. devant les tentes, les deux armées prenaient du renos, afin do réparer les fatigues de la veille ci puiser dans le sommeil de nouvelles forces pour la bataille du lendemain. I
Le trente-neuvième jour du siège, Marseille était la ville | des angoisses, car une large brèche était béante depuis la base de la tour Sainte-Paule jusqu'au premier arceau de l'aquedu de la porte d'Alx. Le connétable disposait le dernier et le plus formidable de ses assauts. Il fallait un '■ miracle pour sauver Marseille ; car ses défenseurs, brisés par une résistance trop longue, cherchaient, en eux un effort suprême qui pouvait leur être refusé par des bras affaiblis. Ce fut alors qu'au milieu des bastions enflammés et • roulants, apparut une nouvelle armée au secours de la ville, une armée de femmes ! T3abrielle de Laval commandait ces nouvelles Amazones du nouveau Thermodon, et Claire, sa nièce, pariait la bannière de la cité grecque. A cette vue. les assiégés poussèrent un cri de résurrection qui épouvanta le! Espagnols et les lansquenets sur les hauteurs du Lazaret et de Saint-Victor; puis, quand l'assaut fut donné, le connétable trouva toute la ville sur la brèche; Jeunes gens, femmes et vieillards, un rempart vivant couvrit les ruines des bastions, et Marseille cria victorieusement a. son ennemi comme Dieu a la mer: Tu n'iras pas plus loin. »
Quinze jours après, on célébrait à la maison phénicien iule mariage de Victor de Vivaux avec Claire de Laval. Le patron Bousquié ne demanda d'autre récompense qu'une tlon i la noce. Quant à M. de Beauregard, il jura de ne Jamais toucher à une seule pierre de la maison antique, et de la léguer à ses enfant-, ave son vernis séculaire, son double toit, son perron, sa treille de feuilles, telle enfin qu'elle se leva du milieu des roseaux, comme une hôtellerie miraculeuse pour sauver deux héroïques femmes dans la plus terrible des nuits.
Au reste, on aurait pu ci ni ce qui
resté au milieu de l'avant toit une légère é a la plaa où les tuiles avaient
cédé sous les pieds du capitaine Géronimo.
Maintenant, -i l'on veut savoir notre avis sur cette chronique, qui a -aine la maison phénli lenne de la démolition dont elle était menacée, nous avouons que nous soupçonnons fortement notre ami Méry d'en être 1 auteur, et de l'avoir Introduite furtivement, par une pieuse ruse, dans le vieux bahut de m Morel.
I X i HASSE Af CHASTRE
il y .1 a Marseille une tradition antique et solennelle-, cette tradition, q la nuit des temrls, est qu il
-se des pigeons sauvages.
Or, tout Marseillais s mu-
es, n'a conservé, comme les Alguemortains, que le le porter un fusil, tout Mai
: ivlté, 1(» I b
i il arrive à le rejoindre, il ne croît i S BSl 'tonnée lui fasse rien perdre de sa ms l'esprit de ses compatriotes.
- d'indolence, le chasseur attend te gibier lidi le gibier doit venir trouver lhomme ;
l'hommi n'est-11 p la création ?
De l fabuleuse d un
Tout illais un peu ficelé, — j'en des
. est le terme ■ ■
lOUt ! 1 ,..,,/,■ ,/ ;
Exp ■. ».
Le i ,lans le sol.
rouverte d'un amas de feuillages flétris et de branches cou-
POis pins, quels de longues bl .talent
leur* squeli
horizontalement: la troisième 6! le ces
htgues des Tous les i matin, le illals vient
ivant le Jour dai rler, en arrangeant ses
'l'arbre de manière que la tête sera
est, ' iné, qui se marie a me' des bi ! ur marseJJ lonc in-
- yeux, ex 'leur.
SI !• est un sybarite. Il a. au tond «le son trou.
un tal un ci il se met tout bonnement a gel
Il 6 . qu'il est éternel ./uln
alernus.
■ il) il al
En temps ordinaire, le chasseur marseillais attend la grive, le merle, l'ortolan, le beengue, le rouge-gorge ou tout autre volatile ; car son ambition ne s est Jamais élevée jusqu a la caille. Quant a la perdrix, c'est pour lui le phénix ; il croit, parce qu'il l'a entendu dire, qu il y en a une dans le monde qui renait de ses cendres, qu'on aperçoit de temps en temps, avant ou après les grandes
pour annoncer la colère ou la démena Dieu. Voila tout. — Nous ne parlons pas du lièvre; il est reconnu a Marseille que le lierre est un animal fabuleux. dans le genre de la licorne.
-Mais, comme la grive, le merle, l'ortolan, le becflgue et le roug 'tuaient aucun uiotn pour venir se poser
de leur propre mouvement sur les pins où ils sont attendus, le chasseur marseillais se fait, en général, suivre par un gamin qui porte plusieurs cages dans chacune desquelles est enfermé un oiseau du genre de ceux que nous avons - oiseaux, innocemment achetés sur le port, sont indifféremment de l'un ou de 1 autre sexe, les mâles étant destinés â appeler les femelles, et les femelles à appeler les mâles.
Les cages sont suspendues dans les branches basses des pins ; les oiseaux prisonniers pipent les oiseaux libres. Les malheureux volatiles, trompés par l'appel de leurs camarades, viennent alors se poser sur les cimeaux placés horin faut due. cependant, que la chose est rare. la que les attend le chasseur. S'il est adroit, il les tue ; s'il est maladroit, il les manque.
En général, le chasseur marseillais est maladroit. — L'adresse est une affaire d'habitude, le calcul tait par Méry :
Le chasseur marseillais vient à son poste tous les huit jours.
Un jour sur huit, un oiseau vient se percher sur les cimeaux.
Sur huit oiseaux, tl y a un oiseau de tué.
Il en résulte que. compris ai bat de terrain, achat de fusil, achat d'oiseaux et entretien du poste, chaque oiseau i -r- cents francs.
Mais aussi le jour où un chasseur marseillais a tué un oiseau, il est grand devant sa famille comme Nemrod devant Dieu.
En temps extraordinaire, c'est â-dire lors du passage des ■ âges, le chasseur marseillais vient tout bonnement à son poste avec un pigeon privé. Ce pigeon privé est attaché par une ruelle au cimeau perpendiculaire ; de sorte qu il est toujours obligé de voler, la pointe de la bigue finissant en paratonnerre, et la ficelle qui le retient étant trop courte pour que le malheureux captif puisse se reposer comme les bigues horizontales. — Ce vol éternel est destiné, corni oant, a attirer à lui les vols plus ou
moins considérables qui devraient passer, se rendant de l'Afrique dans le Kamtchatka.
S il passait des pigeons, les pigeons seraient probablei lait de me; mais, de mémoire de Pho-
céen, le chasseur mai .me Ingénument qu'il n'a
Cela ne l'empêche pas d'affirmer qu'il en pa
lu bout de quatre dimanches, le pigeon privé meurt étlque
Or, comme le passage des pigeons sauvages dure trois mois, c'est-à-dire du l" octobre à la fin de décembre, c'est encore trois pigeons de plus qu i e à l'amateur.
11 est vrai de dire que. pendant tout ce temps le seur ne tue pas un seul autre oiseau, le pigeon privé faiuiio peur épouvantable aux autres oiseaux.
Le chasseur marseillais ou huit heures, c'est-à-dire de quatre heures du matin lusqu'à mi. h . il y a même ii iportent
leur déjeuner et leur dîner, et qui n< tue le soir
dans leur l ur faire leur t ;o. —
Le loto termine merveilleusement une Journée commencée par la chasse au poste.
Je demandai 8 Méry s 11 ne pourrait pas nie faire faire la connaissance d'un de ce* chasseurs: cela me paraissait une es] Méry me promit de
occasioi
Toute- ces explications m'étaient donnée-' en mont. Notre-Dame de la Garde. De ses hauteurs, on découvre 1 1 le et ses environs; sur I une lieue i
i cinquante postes a feu i mt une heure que Je mis à monter a Notre Dame île la Garde, tn.i< qui re que je mi* à en descen-
I, en tout trois heures, len au Méry Je ne fus donc pas distrait de mes Investigations rellgieuarchéologlques. .Dame de la Garde e un fort et une église.
Le fort est en grand mépris parmi les ingénieurs.
LE MIDI DE LA FRANCE
L'église est en grande vénération parmi les marins. C'est de ce fort que Chapelle et Bacliaumont ont dit :
Gouvernement commode et beau, Auquel suint pour toute garde Un Suisse avec sa hallebarde, Peint sur la porte du château.
Ce qui prouve que, de tout temps, le tort de Notre-Dame de la Garde s'est a peu grès gardé tout seul, à moins que ce quatrain épigrammatiqûe n'ait été fait encore plus contre le gouverneur que contre le château, attendu qu'a cette époque le gouverneur était M. de Scudéri, frère de la dixième muse ; — car, de tout temps, comme le fait très judicieusement observer ce guide marseillais, que je dénonce à ses confrères comme ayant plus d'esprit à lui seul gu'eux tous ensemble, — de tout temps, il y a eu en France une dixième muse.
11 résulte de cette vénération dans laquelle est demeurée l'église, et de i • discrédit où est tombé le fort, que celui-ci tt'a plus aujourd'hui que des madones pour ouvrages avandi s pénitents pour garnison. Il est vrai que, si l'on s'en rapporte a la quantité d'ex-voto suspendus dans sa chapelle, il y a peu de vierges aussi miraculeuses que Notre-Dame de la Garde ; aussi est-ce à elle que tous les mariniers provençaux ont recours dans l'orage ; et, le beau temps arrivé, selon que la tempête a été plus ou moins terrible, ou que le votant a eu plus ou moins peur, le pèlerin lui apporte, pieds nus, ou marchant sur ses genoux, l'ex-voto qu'il lui a promis. UDe fois le vœu fait, il est au reste religieusement accompli : il n'y a peut-être pas aple qu'un marin, si pauvre qu'il soit, ait manqué à sa promesse. La seule chose qu'il se permette peut-être, c'est, quand il n'a pas désigné positivement la matière, de donner de l'étain pour de l'argent et du cuivre pour de l'or.
Une vigie placée au plus haut du fort signale tous les navires qui arrivent à Marseille.
Du haut de la montagne de Notre-Dame de la Garde, on découvre, comme nous l'avons dit, Marseille et ses environs ; c'est de la qu'on voit, dans leur incalculable multiplicité, ces milliers de bastides qui font une ville clairsemée tout autour de la ville compacte.
C'est que chaque habitant de Marseille possède sa bastide ; beaucoup n'ont pas une maison de ville qui ont une maison des champs. Or, comme généralement chacun fait la course à pied, il choisit pour sa bastide le point le plus rapproché de la porte par laquelle il sort ; il en résulte que, pour que toutes les maisons soient ainsi à la portée de leurs propriétaires, il faut bien qu elles se serrent un peu : aussi c'est ce qu'elles font. Rien n'est moins exigeant qu'une bastide : une bastide n'exige ni cour ni jardin Il y a des bastides qui ont un arbre pour quatre, et celleslà, ce ne. sont pas les plus malheureuses.
Nous descendîmes de Notre-Dame de la Garde au port des Catalans. Le port des Catalans est une des choses curieuses de Marseille.
Un jour, une colonie mystérieuse vint s'établir sur une langue de terre inhabitée, à l'entour d'une petite crique; elle demanda à la commune de Marseille de faire de cette crique son port, et de ce promontoire sa ville : la commune accorda leur demande à ces bohémiens de la mer.
Depuis ce temps, ils sont là, habitant des maisons étrangement construites, parlant une langue inconnue, se mariant entre eux. et tirant chaque soir leurs petits bâtiments sur le sable, comme des matelots du temps de Virgile.
Cependanl depuis un siècle ou deux la petite colonie va diminuant chaque année. Un demi-siècle encore, peut-être elle aura disparu, comme disparaît tout ce qui est étrange ou pittoresque. Que la chose soit au-dessus ou au-dessous d'elle, notre civilisation a horreur de tout ce qui n'est pas à son niveau. C'est la civilisation qui tue les pauvres Catalans.
Nous nous séparâmes en nous donnant rendez-vous pour le soir au théâtre ; après le théâtre, nous devions aller souper chez Sybillot : Méry me quittait pour commander le souper et me chercher un chasseur au poste.
J'arrivai au théâtre à l'heure convenue, et je trouvai Jadin et Méry qui m'attendaient avec trois ou quatre convive? Mon premier mot fut pour demander à Méry s'il m'avait trouvé le chasseur promis.
— Oh ! oui. me répondit-il, et un fameux !
— Vous ctes sûr qu'il ne vous échappera pas?
— Oh! il n'a garde: je lui ai dit que vous aviez chassé le lion â Alger et le tigre dans les pampas.
— Et où est-il ?
— Tenez, la ! voyez-vous à Porches'
— La troisième basse?
— Non, la quatrième, là, tenez, là !
— Parfaitement.
— Eh bien, c'est lui.
— Tiens, c'est étonnant !
— Il n'a pas l'air d'un chasseur, n'est-ce pas?
— Ma foi, non !
— Eh bien, vous m'en direz des nouvelles. Etassuri par cette pr»messe, je revin tacle.
Le théâtre de Marseille n'est ni meilleur ni plus marnai que les autres: on y joue la comédie un peu mieux qu'a Tours, l'opéra un peu plus mal qu'a Lyon, le mélodrame à peu près comme aux Folies-Dramatiques, et le vaudeville comme partout.
Il y avait par hasard, ce soir-là, chambrée complète ; une petite troupe italienne qui se trouvait à Nice avait, un beau matin, passé le Var, et était venue chanter du Rossini à Marseille, où elle avait le plus grand succès. Parce qu'ils parlent provençal, les Marseillais se figurent qu'ils aiment la musique italienne.
Comme je ne suis pas un mélomane frénétique, et que la crainte de perdre quelques notes n'était point assez puissante pour me distraire de mes éternelles investigations, je levai les yeux au-dessus du lustre pour y chercher le fameux plafond de Réatu. dont j'avais tant entendu parler. Il représente Apollon et les Muses jetant des fleurs sur le Temps. Malgré la vieillerie du sujet, il mérite véritablement la réputation qu'il a, et c'est une des choses qu'il faut voir à Marseille.
Seulement, je ne donnerai pas à mes amis le conseil d'aller le voir les jours d'opéra.
La Semiramlde finie. — on jouait, parùieu ! bien, la Semirainlde, — Méry fit un geste d'intelligence à la quatrième basse, qui y répondit par un sign correspondant. Le geste de Méry voulait dire : « Nous vous attendons chez Sybillot. « Le signe de la quatrième basse signifiait : « Je reporte mon instrument chez moi, et je vous rejoins dans cinq minutes. » Deux sourds-muets n'auraient pas dit plus de choses en moins de temps.
En effet, à peine étions-nous chez Sybillot, que notre chasseur arriva. Méry nous présenta l'un à l'autre: puis nous nous mîmes à table.
Pendant tout le souper, on pelota pour se reconnaître. Chacun raconta force charges ; seul, M. Louet ne raconta rien. II paraît que rien ne donne de l'appétit comme défaire aller une main horizontalement et l'autre perpendîeu lairement ; mais il écouta tout, ne perdit ni un coup de dent ni une parole, approuva seulement de la tête les beaux coups que nous avions faits, et accompagnant son approbation d'une espèce de petit grognement nasal, quand l'anecdote lui paraissait très intéressante. Nous nous plaignions des yeux à Méry de ce silence ; mai.s Méry nous faisait signe qu'il fallait laisser le temps à l'appétit de se satisfaire, que chaque chose aurait son temps, et que nous ne perdrions pas pour attendre.
En effet, au dessert, M. Louet poussa une espèce d'exclamation qui voulait dire, à peu près: « Ma foi. j'ai bien soupe ! » Méry vit que le moment était venu : il demanda un bol de punch et des cigares. A deux cents lieues de Paris, le punch est encore l'accompagnement obligé du dessert d'un dîner de garçons.
M. Louet se renversa sur sa chaise, nous Tegarda tous les uns après les autres, comme s'il nous apercevait pour la première fois, accompagnant cette inspection d'un sou- Tire, bienveillant : puis, avec ce doux soupir de satisfaction du gourmet, rassassiê :
— Ah ! ma foi ! j'ai bien soupe, dit-il.
— Monsieur Louet, un cigare, dit Méry. C'est excellent pour la digestion.
— Merci, mon illustre poète, répondit M. Louet: jamais je ne fume. Je prendrai seulement un verre de punch, avec la permission de ces messieurs.
— Comment donc, monsieur Louet ! mais il est venu % votre intention.
— Vous êtes trop honnêtes, messieurs.
— Puisque vous ne fumez pas. monsieur Louet...
— Non, je ne fume jamais ! De mon temps, on ne fumait pas encore, messieurs. Ce sont les Cosaques qui vous ont apporté cela avec les bottes. Moi, je n'ai jamais quitté les souliers, et je suis toujours resté fidèle à ma tabatière. Eh ! eh ! je suis national, moi !
Et, à ces mots, M. Louet tira de sa poche une tab à miniature, "et l'étendit vers nous. Nous r i l'ex-
ception de Méry, mal, voulant flatter M. Lou le prenaii par son faible.
— il est excellent, votre tabac, monsieur Louet ; il n'esl pas possible que ce soit du tabac de t
l'h ! mon Dieu. si. monsieur: seul. ment, je l'arrange I un secret que m'a donné un cardinal, pendant que
l'étais à Rome.
— Ah ! vous avez été à Rome ? ilemandai-je à M. Louet
— Oui. monsieur: J'y suis resté quelque dix-neuf ou vingt ans.
Monsieur Louet. reprit Méry. je disais donc que. pui que vous ne fumez pas. vous devriez bien raconter l i m îleurs votre chasse an eliastre.
Qu'est-ce qu'un chastre? demandal-je.
— Un chastre : me dit Méry. Vous ne connaissez pas le chastre? Dues donc, monsieur Louet. il ne connaît pas le chastre, et il se vante d être chasseur : Le chastre, mon ami, c'est un oiseau augurai; c'est le rara ails du satirique latin.
— Une espèce de merle, continua M. Louet, mais excellent à la broche.
— Alors, monsieur Louet, racontez-lui donc votre chasse au chastre !
— Je ne demande pas mieux que «Je me rendre agréable à la société, dit gracieusement M. Louet.
— Ecoutez, messieurs i écoutez ! dit Méry. Vous allez entendre une des chasses les plus extraordinaires qui aient été laites depuis Nemrod Jusqu à nous. Je l'ai entendue raconter vingt lois, mol. et je relais toujours connaissance avec elle avec un nouveau plaisir. Un second verre de punch a M Louet : La, bien : Commencez, monsieur Louet, on vous écoute.
— Vous savez, messieurs, dit M. Louet. que tout Marseillais est né chasseur !
b mon Dieu oui, interrompit Méry en poussant la
de son cigare ; c'est un phénomène physiologique
que je n'ai Jamais pu m'expliquer; mais il n en est pas
moins vrai que c'est comme cela. Les desseins de Dieu sont
Impénétrables.
M iment, ou heureusement peut-être, car il
est incontestable que leur présence est rangée parmi les fléaux de l'humanité; malheureusement, ou heureusement, donc, continua M. Louet, nous n'avons, sur le territoire de Marseille, ni lions ni tigres ; mais nous avons le passage des pigeons.
— Hein ! fit Méry, quand Je vous l'avais dit, mon cher... Ils y tiennent.
Mais certainement, reprit M. Louet visiblement piqué, certainement. Quoi que vous en disiez, le passage des pigeons a lieu. D'ailleurs, ne m'avez-vous pas prêté, l'autre jour, un livre de M Cooper où ce passage est constaté : les Pionniers ?
— Ah ! oui. constaté en Amérique.
— Eh bien. s'ils passent en Amérique, pourquoi ne pas-
Marseille? Les bâtiments qui vont d'Alexandrie et de Constantlnople en Amérique y liassent bien. Ah !
— Ceci est Juste, répondit Méry étourdi du coup. Je n'ai plus rien à dire. Comment n'avals-Je point pensé à cela? Monsieur Louet, donnez-moi la main. Jamais je ne vous contredirai plus sur ce sujet.
insleur, la discussion est libre.
— C'est vrai, mais Je la ferme... Continuez, monsieur
— Je disais donc, monsieur, qu'à défaut de lions et de tigres, nous avons la passée des pigeons.
M. Louet s'arrêta un instant pour voir si Méry le contredirait.
Méry fit un signe ! \t et dit:
— C'est vrai. Ils on! la passée des pigeons. M. ! Usfalt de cet aveu, continua:
Vous comprenez qu'un chasseur ne laisse point passer aller se mettre chaque maie di- chaque malin : car. n'étant occupé au t! ai heureusement mes matinées
mi 1811 ; j'avais trente-cinq ans, n i veut dire ■ ; un peu plus leste
ne, Dieu merci ! comme trs, je me i bien.
ttmes un
— J'étais donc un : avant le Jour, '■'inn i cimeau mon pigeon
mme un di. ; vu me sembla voir, a la lueur .: ..<,. qui se repo m Malheui
Jour ] ■ que ait une
>l l'animai en fit
autant, el J'atti ment, que le solell s.' levât.
■ Je sori .non fusil de la hutte
. quand le ppuyai
barger
hareé do la veille D mporte ! Je vis bien.
une -niante, j'av la ficelle de mon pl-
n pigeon bien que, ce
Jour ! ■ N mon temps an
donc a me mémo a la i mon al oublié de vous dire, messieurs, que
avals pas de chien. A la chasse au i ■ un animal nmi seul, nient Inu-
tile mu- vant pas de chien. Je ne
pouvais pas compter sur l'arrêt de mon chien ; il me fallut battre les buissons moi-même. Le chastre avait couru a pied ; il partit derrière moi quand je le croyais devant, je me retournai au bruit de ses ailes, je lui envoyai mon coup de fusil au vol. Un coup de fusil perdu, comme vous comprenez bien. Cependant Je vis voler des plumes.
— Vous vîtes voler des plumes? dit Méry.
— Oui, monsieur ; j'en retrouvai même une que je mis à ma boutonnière.
— Alors, si vous vîtes voler des plumes, reprit Méry, c'est que votre chastre était touché.
— Ce fut mon opinion aussi. Je ne l'avais pas perdu de vue. je m'élançai à sa poursuite. Mais, vous comprenez. 1 animal était sur pied. 11 partit hors de portée. Je lui envoyai tout de même mon coup de fusil. Un grain de plomb! qui sait? On ne sait pas où cela va, un grain de plomb !
— Un grain de plomb ne suffit pas pour un chastre, dit Méry en secouant la tète ; le chastre a la vie diablement dure.
— Ceci est une vérité, monsieur ; car le mien était déjà touché de mes deux premiers coups, j'en suis certain, et cependant il fit un troisième vol. de près d'un kilomètre. Mais, c'est égal, du moment qu'il était posé, j'avais juré de le rejoindre : je me mis à sa poursuite. Oh ! le gredln ! 11 savait bien à qui il avait affaire, allez ! Il partait a des cinquante pas, à des soixante pas ; n'Importe, monsieur. Je tirais toujours. J'étais comme un tigre. Si je lavais tenu, je l'aurais dévoré tout vivant. Avec cela, je commen-
- grand faim; heureusement que. comme je comptais rester au poste toute la journée, j'avais pris mon déjeuner et mon dîner dans ma carnassière... .le mangeai tout en courant.
Pardonl dit Mery interrompant M. Louet; une simple observation de localité. Voici, mon cher Dumas, la différence entre les chasseurs du Nord et 1 - du Midi ; elle ressort, comme vous avez pu le ' es ] i"pres paroles de M. Louet : — le chasseur du Nord emporte >a carnassière vide, et la rapporte pleine : le ehas.-eur du Midi emporte sa carnassière pleine, et la rapporte vide Maintenant, reprenez votre narration, mon cher monsieur Louet: j'ai dit
Et Méry se mit à presser amoureusement des lèvres le trognon de son cigare.
— Où en étals-je? demanda M. Louet, à qui l'interlocutlon de Méry avait fait perdre le fil de son
— Vous franchissiez plaines et montagnes à la poursuite de votre chastre.
— C'est la vérité, monsieur: ce n'était plus du sang que j'avais dans les veines, c'était du vitro
de feu, l'Irritation nous rend féroces, et j'étais on ne peut plus Irrité Mais le maudit chastre, monsieur. Il é'ait ensorcelé; on eût dit l'oiseau du prince Caramalzan I Je laissai à droite Cassis et la < is la grande
plaine qui s'étend de Ligne à Salnt-Cyr 11 y avait quinze heures que je marchai- ter, tantôt à droite, tantôt
à gauche; car. si c'eût été en ligne droite Toulon les Jambes me rentraient dans le ventre Q au diable de chastre. il n'< paraissait pas. Enfin, )< venir la nuit; a peine me restait-Il une demi heure de jour pour rejoindre mon infernal oiseau!... Je i Dame de la Garde de lui accrocher dans sa chape]
d argent, si l 'arrivais à rejoindre le mien, caïre : sous i marin, elle ne fit pas
semblant de m'entendre... La nuit venait de plus en plus J'envoyai a mon chastre un dernier coup de fusil de • !>oir ' Il aura entendu siffler le plomb, monsieur a cette fols-là, il fit un tel vol. que j'eus !>eau le suivre fondre e! se perdre
!■ : Il n'y av. Ile. Je t\c
dal à aller coucher à Salnt-Cyr Heur solr-la.
Il n'y avait ras théâtre.
rivai à l'hôtel de 1 iigle noir, mourant de faim, le l'hôte, vieil irer à
souper el de me faire couvrir un lit pois |e lui r.n H me fit 1>
'e lui Indiquai du mieux que je
n r. né. lut un instant : pul
que je l'ai I erdu .-. n' de la lune. Je
bien connu.
Demain, an point du niiez. Je pren-
mon chien, et nous Irons le faire lever? . — r veux bien ! Il ne sera pas dit qu'un mi-
sérable volatile m'aura fait aile: • que nous
le retrouvai . — -
LE MIDI DE LA FRANCE
« — Eh bien, voilà qui va me faire passer une bonne nuit. N'y allez pas sans moi. au moins.
« — Ah ! par exemple :
Comme je ne voulais pas qu'il m'arrivât même chose que le matin, je débourrai mon fusil et je le lavai. Il était sale, monsieur, que vous ne pouvez vous en faire une idée ; le fait est que j'avais bien tiré cinquante coups dans la journée, et que. si le plomb poussait, il y en aurait une belle traînée de Marseille à Saint-Cyr. Puis, cette précaution prise, je mis le canon dans la cheminée pour qu'il séchât pendant la nuit. Je soupai, je me couchai et je dormis, les poings fermés, jusqu'à cinq heures du matin. A cinq heures du matin, mon hôte me réveilla.
■ Comme je comptais retourner à Marseille par le même chemin que j étais venu, j'avais pris, dès la veille, la précaution de garnir ma carnassière des restes" de mon souper. — C'était mon droit, monsieur, je l'avais payé. — Je mis donc ma carnassière sur mon dos; je descendis, je remontai mon fusil, et tirai ma poire à poudre pour le recharger ; ma poire à poudre était vide !
• Mon hôte, heureusement, avait des munitions. Entre chasseurs, vous savez, monsieur, la poudre et le plomb, cela s'offre et cela s'accepte ; mon hôte m'offrit sa poudre, je l'acceptai. Je flambai mon fusil, puis je le chargeai. J'aurais dû voir au grain de cette maudite poudre qu'il y avait quelque chose; je n'y fis pas attention. Nous partîmes. mon hôte, moi et Soliman ; son chien s'appelait Soliman. . Et le vôtre, monsieur Jadin, comment s'appelle-t-il?
— Il s appelle Milord, répondit Jadin.
— C'est ur. joli nom, poursuivit M. Louet en s inclinant ; mais le chien de mon hôte ne s'appelait pas Milord, il s'appelait Soliman. C'était un crâne chien tout de même ; car à peine étions-nous dans les bruyères, qu'il tomba en arrêt ferme comme un pieu.
« — Voilà votre chastre, me dit mon hôte.
« En effet, je m'approchai, je regardai devant son nez, et je vis mon chastre, monsieur, à trois pas de moi. Je le mis en joue.
« — Qu'est-ce que vous allez donc faire? me cria mon hôte. Mais vous allez le mettre en cannelle !.. C'est un assassin.]1 ; sans compter encore que vous pourrez bien envoyer du plomb à mon chien.
» — C'est juste, répondis-je.
« Et je me reculai à dix pas, une belle portée. Soliman était fiché en terre, monsieur ; on aurait dit le chien de Céphale. Le chien de Céphale fut changé en pierre, comme monsieur sait.
— Non, je ne savais pas. répondis-je en souriant.
— Ah : Eh bien, cet animal eut ce malheur.
— Pauvre bête : dit Méry.
— Soliman tenait l'arrêt que c'était une merveille. Il y serait encore, monsieur, si son maître ne lui avait pas crié : « Pille, pille! » A ce mot... il s'élance, le chastre s'envole. Je l'encadre, monsieur, comme jamais chastre n'a été encadré. Je le tenais là... au bout de mon fusil. Hein !.. Le coup part. Poudre éventée, monsieur, poudre éventée! Rien!...
" — Ah bien ! voisin, me dit mon hôte, si vous ne lui faite* pas plus de mal que cela, il pourra bien vous conduire à Rome
■ — A Rome? dis-je. Eh bien, quand je devrais le suivre jusqu'à Rome, je le suivrai. J'ai toujours eu envie d'aller à Rome, moi! j'ai toujours eu envie de voir le pape!... Qui peut m'empêcher de voir le pape? Est-ce vous?...
« J'étais furieux, vous comprenez ! S'il m'avait répondu la moindre chose, je crois que je lui aurais donné mon second coup de fusil dans le ventre. Mais, au lieu de cela :
«—Ah! me dit-il, vous êtes bien libre d'aller où vous voudrez : Bon voyage!... Voulez-vous que je vous laisse mon chien? Vous me le rendrez en repassant...
« Ce n'était pas de refus, vous comprenez, un chien qui tient 1 arrêt comme lui, ferme !
« — Mais oui, je veux bien ! dis-je.
— — Alors, appelez-le... — Soliman ! Soliman ! allez, suivez monsieur...
Tout le monde sait qu'un chien de chasse suit le premier chasseur venu : aussi, Soliman me suivit, nous partîmes. Cet animal était l'Instinct en personne. Figurez-vous: il avait mi se remettre le chastre. il alla droit dessus; mais J'eus beau lui regarder sous le nez. je ne vis rien. Cette fois, quand j'aurais dû le pulvériser, je ne lui aurais pas fait Poinl du t. ut. Voilà que. pendant que je le cherourbé i -Jinme cela, mon diable de chastre s'envole : .. Je lui envoie mes deux coups, monsieur !... Pan I pan ! Poudre éventée, monsieur! poudre éventée!... Soliman me regarde d'un air qui vent dire : ■■ Qu est-ce que c'est cela?... » Le regard du chien m humilia Je lui répondis comme s'il avait pu m'entendre : « Ce n est rien, ce n'est rien ; tu vas voir... » Monsieur, on eût dit qu'il me comprenait! Il se remit en quête, cet animal. Au bout de dix minutes, il s'arrête... Un bloc ! monsieur, un véritable bloc ! C'était toujours mon chastre... J'allais devant le nez du chien, pié-
tinant comme si j'étais sur la tôle rouge. Dans les jambes: monsieur ; il me passa littéralement dans les jambes ! Je ne me possédai pas assez; je le tirai au premier coup trop près, et au second coup trop loin. Le premier coup fit balle et passa à côté du chastre ; le second coup écarta tr.op, et le chastre passa dedans. C'est alors qu'il marriva une de ces choses... une de ces choses que je ne devrais pas répéter, si je n'étais pas si véridique .. Ce chien, qui, du reste, était plein d'intelligence, ce chien me regarda un instant d'un air très goguenard. Puis, s'en étant venu près de moi, tandis que je rechargeais mon fusil, il leva la patte, monsieur, me fit de l'eau sur ma guêtre, et reprit le chemin par lequel il était venu ! Vous comprenez, monsieur, que, si c'eût été un homme qui m'eût fait une pareille insulte, il aurait eu ma vie. ou j aurais eu la sienne. Mais que voulez-vous que l'on dise à un animal que Dieu n a pas doué de raison?...
— Monsieur, dit Jadin, je vous prie de croire que Milord est incapable de commettre une pareille incongruité.
— Je le crois, monsieur, je le crois, répondit M. Louet ; mais Soliman me la fit, monsieur, cette incongruité, car vous avez dit le mot ; je ne l'avais point trouvé, moi. — Cela, comme vous comprenez bien, ne fit qu'augmenter ma rage. Je me promis, quand j'aurais tué mon chastre, de le lui faire passer devant le nez. De ce moment, vous comprenez que le chemin de Marseille fut oublié. De remise en remise, monsieur, j'arrivai... Devinez où j'arrivai, monsieur"
» J'arrivai a Hyères ! Je n'avais jamais vu Hyères ; je la reconnus à ses orangers. J'adore les oranges, je résolus d'en manger tout à mon aise; d'ailleurs, j'avais besoin de me rafraichir : vous comprenez qu'une course pareille échauffe. J'étais à quatorze lieues de pays de Marseille; c'était deux jours pleins pour y retourner. Mais il y avait longtemps que j'avais envie de venir à Hyères et de manger des oranges sur
I arbre. Je donnai donc le chastre à tous les diables, monsieur ; car je commençais à croire que ce misérable oiseau était enchanté. .Je 1 avais vu passer par-dessus les murs de la ville et s'abattre daus un jardin. Allez donc retrouver un chastre dans un jardin, et cela sans chien encore ! C'était comme on dit. une aiguille dans une botte de foin. J'entrai donc en soupirant dans un hôtel : je demandai à souper. et la permission d'aller, en attendant, manger des orange* dans le jardin ; bien entendu qu'on me les mettrait sur ma carte, je ne comptais pas les manger pour rien, ces oranges. La permission me fut accordée.
« J'étais moins fatigué que la veille, monsieur, ce qui prouve que l'on s habitue à la marche ; aussi, je descendis tout de suite au jardin. C'était au mois d'octobre, la véritable époque pour les oranges. Figurez-vous devuc cents orangers en pleine terre, le jardin des Hespérides, moins le dragon Je n'eus qu'à étendre la main, des oranges plus grosses que la tète. Je mordais dedans, je mordais a même, comme un Normand dans une pomme, quand tout à coup j'entends : Pi, pi, pi, piiiii, pi !
— C'est le chant du chastre, comme si vous l'entendiez, dit Méry en prenant un autre cigare dans 1 assiette.
— Je m accroupis, monsieur, je fixe mes yeux dans le rayon de lumière oui venait de la Grande Ourse, et, entre moi et la Grande Ourse, au sommet d'un laurier, j'aperçois mon chastre, posé, monsieur, posé à quinze pas... Je tendis la main pour chercher mon fusil ; le malheureux fusil ! il était dans la cheminée de la cuisine. Je le voyais d'où j'étais, là, — dans son coin, le fainéant ; — je mettais le chastre en joue avec mes deux doigts, et je disais : « Ah ! sredin ! ah ! tu es bien heureux... Oui, chante !.. chante !. si j'avais mon fusil, je te ferais chanter, moi! »
— Mais pourquoi ne l'alliez-vous pas chercher? demandai je.
— Oui. pour qu'il se sauvât pendant ce temps, pour qu'il prît son vol vers des régions inconnues. Non, non, j'avais fait un autre plan que cela. Je me disais — suivez bien mon raisonnement : « J'ai commandé le souper ; plus tôt ou plus tard il sera prêt ; alors, l'aubergiste viendra me chercher.
II sait que je suis dans son jardin, cet homme ; et je lui dirai : « Mon ami, faites-moi le plaisir d'aller me chercher « mon fusil. » Comprenez-vous?
— Hum : dit Méry, comme c'était profondément pensé :
— Je restai donc accroupi les yeux sur mon chastre. Il chantait, il s'épluchait, il faisait sa toilette. Tout à coup j'entends des pas derrière moi ; je fais signe de la main pour recommander le silence.
« — Ah ! pardon, je vous gêne? dit l'aubergiste.
« — Non pas, non pas, lui répondis-je ; venez ici seulement.
« Il s'approcha.
<• — Regardez la, là, tenez, dans cette direction.
« — Eh bien, c est un chastre. nie dit-Il.
« — Chut : allez me chercher mon fusil.
•• — Pour quoi faire ?
« — Allez me chercher mon fusil.
« — Vous voulez le tuer, cet oiseau?
« — C'est mon ennemi personnel
« — Ah ! ça ne se peut pas.
■ — Comment, cela ne se peut pas?
Non, non, il est trop tard.
• — Oh! il y a une amende de trois frances douze sous et deux Jours de prison quand on tire dans l'intérieur île la ville un coup de fustl liasse !
« — J irai en prison et Je payerai trois francs douze sous d'amende ; allez me chercher mon fusil
« — Oui. pour qu'on me déclare complice! Non. non: demain il fera jour.
« — Mais, demain, malheureux ! m'écriai je plus haut que la prudence ne le permettait, demain, je ne le retrouverai plus.
•• — Eh bien, vous en trouverez d'autres
« — C'est celui-là que je veux : je n'en veux pas d'autres! pas (pie je le poursuis depuis Marseille, ce gueux-là : que je veux l'avoir, mort ou vif, pour le plumer, pour le manger, pour Allez me chercher mon fusil :
• — Non, je vous l'ai dit ; merci, je n'ai pas envie daller en | ii' vous.
« — Eh bien, je vais l'aller chercher moi-même.
« — Allez ! mais je vous réponds bien que vous ne le retrouverez plus, le chastre.
» — Vous seriez capable de le faire envoler? dts-Je à l'aubergiste en le n collet.
« — Prrrrrouuu ! fit l'aubergiste.
■ Je lui mis la main sur la bOUi
« — Eh bien, non: lui dls-Je M on I allez me chercher mon fusil : je vous donne ma • je ne
tirerai pas avant l'Angtlui Parole d'honneur I foi d'honnête homme: La. êtes-vons content? Aile? me chercher mon fusil ; je passera) la nuit i.i puis, demain, au dernier coup de VAngelui, pan I Je le tue.
« — Peuh ! Parole de . basseur Faisons mieux que cela.
■ — Faisons n ' Oh maii regardez-le donc; mats il
nous insulte Voyons dites vite, faisons quoi t
« — Restez la. puisque C'est votre plaisir: on vous y apportera a souper; vous ne manquerez de rien; puis. après souper, si vous voulez dormir, vous avez le gazon.
« — Dormir.' \ nw;; bien ; je ne fer-
merai pas l'œil de la nuit pour qu'il s'en aille pendant que Je dormirai.
« — Et demain
iln T
« — Et demain tu sonnant, je vous apporte votre
fusil.
«— \ vous abusez de ma position.
« — Que i Ii ivser.
« — \i.u> n. roulez pas m'allei mon fusil,
lois?
« — Non
« — Eh bien, allez me chercher mon souper, alors, et faites le moins de bruit possible en me L'apportant.
« — Oh: il 1 1 ■ .-, danger; du moment qu'il n'est
point ; ibbat que nous avons tait, il m
tira tenez, le voila qui si
En effet, monsieur, cet animal menait la t6te sous son aile; car monsieur a la manière de
de presque tous les volatiles.
pas mi , . ,,,,,,
- verre de puni ti Malheureu
mi Us
-i bon qui
ibli m n y a pas
per d Nous nous inclinami ne de remerciement,
nie l'homna
Je les
il, Je me pi Il
int valait don je m i ndormls
- ■•n 1. 1 n . .1111110 les arbre
lit m Aiimi de la i oual nnaitre, M. Anl
Je li rti . n cet avantage.
a lui parler Aussitôt la toile Laissée, Je m'i
or, je ne fais pas attention a la trappe
par laq vlan l je m'enfonce par la
trappe Je me crus pulvérisé; heureusement, le ma-
telas y était encore. Le machiniste venait pour l'ôter. juste- 1 ment; 11 me voit les quatre fers en l'air
• — N'est-ce pas M. Auiel que vous cherchez-' nie dit-il. Il vient de passer à l'instant par ici, et il doit être maintenant a sa loge.
• Je lui dis :
• — Merci, mon ami :
• Et je monte à sa loge ; 11 y était effectivement.
« C'est pour vous dire seulement comme le théâtre ie Marseille est bien machiné.
■ Je rêvais donc que l'arbre sur lequel était mon chastre rentrait en terre, de sorte que je prenais ce misérable oiseau .; la main Cela me fit un tel effet, que je me réveillai. « L'oiseau était toujours à sa même plaie « Cette fois, je ne me rendormis plus; j'entendis sonner deux heur. quatre heures