‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 46 sur 283 · LIVOURNE · texte numérisé non relu

LIVOURNE

J'ai visité bien des ports, j'ai parcouru bien des' villes, j'ai eu affaire aux portefaix d'Avignon, aux lacchlni de Malte, aux aubergistes de Messine, mais je ne connais pas de coupe-gorge comme Livourne.

Dans tous les autres pays du monde, il y a moyen de défendre son bagage, de faire un prix pour le transporter à l'hôtel, et, si l'on ne tombe pas d'accord, on est libre de le charger sur ses épaules, et de faire sa besogne soi-même. A Livourne, rien de tout cela.

La barque qui vous amène n'a pas encore touché terre qu'elle est envahie ; les commissionnaires pleuvent, vous ne savez pas d'où . ils sautent de la jetée, ils s'élancent des barques voisines, ils se laissent glisser des cordages des bâtimens. Comme vous voyez que votre canot va chavirer sous le poids, vous pensez à votre propre sûreté, vous vous cramponnez au môle, comme Uobinson à son rocher : puis. après bien des efforts, votre chapeau perdu, vos genoux en sang et vos ongles retournés, vous arrivez sur la jetée. Bien, voilà pour vous; quant à votre bagage, il est déjà divisé en autant de lots qu'il y a de pièces : vous avez un portefaix pour votre malle, un portefaix pour votre nécessaire, un portefaix pour votre carton à chapeau, un portefaix pour votre parapluie, et un portefaix pour votre canne ; si vous êtes deux, cela vous fait dix portefaix ; si vous êtes trois, cela en fait quinze. Comme nous étions quatre, nous en eûmes vingt ; un vingt-unième voulut prendre Mylord. Mylord, qui n'entend par raillerie, lui prit le mollet il fallut lui mordre la queue pour qu'il desserrât les dents. Le portefaix nous suivit en criant que notre chien l'avait estropié, et qu'il nous ferait condamner à une amende. Le peuple s'ameuta, et nous arrivâmes à la pension suisse avec vingt portefaix devant nous et deux cents personnes par der rière.

Il nous en coûta quarante francs pour quatre malles, trois ou quatre cartons à chapeau, deux ou trois nécessaires, un ou deux parapluies et une canne ; plus dix francs pour le portefaix mordu, c'est-à-dire cinquante francs pour faire cinquante pas à peu près, juste autant (thé â part) qu'il nous en avait coûté pour venir de Gènes.

•Je suis retourné trois fois à Livourne ; les deux dernières, j'étais prévenu, j'avais pris mes précautions, je me tenais sur mes gardes ; chaque fois, j'ai payé plus cher. En arrivant à Livourne, il faut faire, comme en traversant les Pontins, la pari des voleurs. La différence est qu'en traversant les marais Pontins, on en réchappe quelquefois, souvent même ; à Livourne. jamais.

Ce ne serait encore rien si, en arrivant à Livourne, au lieu de descendre dans une de ces infâmes tavernes qui usurpent le nom respectable d'auberge, on faisait venir un voiturin, on montait dedans, et. n'importe à quel prix, on partait pour Pise ou pour Florence; mais non: puisqu est à Livourne. on veut voir Livourne. Or, ce n'est guère la peine, car il n'y a que trois choses â voir dans cette ville les galériens, la statue de Ferdinand I", et la madone de Montenero.

Les galériens sont mêlés à la population, et s'occupent de toutes sortes de travaux : ils balaient, ils équarrissent des planches, ils traînent des brouettes ; ils sont vêtus d'un pantalon jaune, d'un bonnet rouge et d'une veste brune dont il serait difficile de spécifier la couleur primitive. Sur le dos de cette veste est indiqué le crime pour lequel le premier propriétaire de l'habit a été condamné ; mais, comme il arrive souvent que le bagne use le criminel avant que le criminel use l'habit, la veste passe avec son étiquette sur le dos de celui qui lui succède. Il en résulte que, pour les galériens toscans, la veste est une grande affaire ; c'est une demi-grâce ou une double condamnation. Comme les galériens sont les seuls à Livourne qui demandent et qui ne prennent pas, la question pour l'industriel est d'avoir une veste qui éveille la commisération publique. Or, il y a des crimes que tout le monde méprise, tandis qu'il y en a d autres que tout le monde plaint : personne ne fait l'aumône a un voleur ou à un faussaire ; chacun donne à un assassin par amour. Aussi celui à qui tombe une pareille veste n'a plus à s'occuper de rien que de la brosser : chacun 1 arrête pour lui faire raconter son aventure. Nous en vîmes un qui faisait pleurer à chaudes larmes deux Anglaises, et peut-être nous allions pleurer comme elles, lorsque son camarade, à qui il avait refusé probablement un Intérêt dans sa recette, nous le dénonça comme un voleur ave effraction. Le véritable asiassino per amore était mort il y avait huit, ans. et 'a veste avait déjà fait la fortune de

ALEXANDRE Dt'MAP ILtJ ;

trois urs. Je donnai un demi-pan! à ce brave

homm i le dos le

ird qui l'ai . avait beau dire

qu'il le croire ; aussi.

dans sa reconnaissance d'une aubait : attendue et

aussi rare, promit-il bien de prier Dieu pour moi. Je revins sur m laire. présumant

que mieux i < ici sans recomman-

dation qu"; me.

C'est but la i . ve la statue de

Ferdinand I". Comme je i rand'ehose a dire sur

Livourne. j'en i -r l'histoire de ce se-

cond s pie celle de Fran-

çois ! llo sa belle-sceur. Il y

a plu s étrange et moins curieux que

cette histoire.

Sur la lin du règne de (-.-nie le Grand re vers

le comj un jeune Immioe nommé

Pierre Bonaventuri, issu d'Honnête mais oauvre famille, était venu rtune a \ le ses oncli

portai lui, et qui habitait la ville séré-

recommanda a la maison de banque des dont il était lui-même un

Le jeune homme étal e mine, r» is

une belle écriture, chiffrait comme un astrologue; il fut reçu sans ne ou quatriem

irrait.

outre sa nourriture, ■ ou quatre ans. arriver à

gagm ;

tout re que le pauvre Bonaventuri avait jamais po rêver dans ses songes les plus ambitieux. Il baisa lt< mains de son oncle et promit aux Salviatl de se conduire de manier» à être le modèle de toute la maison Le pauvre Pietro avait bonn- le mais le diable se mêla

de ses affaires et vint se jeter au travers de tout bon h

En face de la banque de Salviatl logeait un riiî. gneur de la mais ' lequel avait un

fils et une tille. Le Bis était un beau jeune- homme, a la barbe iche retroussée, a la parole leste

et in e qui faisait que quatre (ois par

mois I] jeu ou de femmes, car de

la politique, il ne s,,, mêlait aucunement, trouvant la chose trop .. utée par d'auti | ir des

barbes grises <i blet pporté deux fols

à la m ruelle Giovannlno perforé de part en part;

mais. us doute que le diable aurait trop perdu

niiuio en u. Cependant, comme

le père étall un s et qu'il avait pensé qu'il

n'aura le même bonheur, il avait

renore qu'il avait eue d'abord de faire ia fille

religieuse afin de doul .tune de son 01s : il crai-

gnait ut une belle nuit île ce monde à l'autre,

Glovannii nlle.

enfant de quinze - ans. au t mat, SUT lequel, a tOUti

tlon, le sang passai) conuni un nuage rosé; aux cheveux

de ce blond i an! don) Raphaël venait de faire une

beauté ix noirs et pleins île flamme, à la taille

souple et flexible, mais de et de cette tiexi-

: ■ a l'amour connu nu. ment où quel-

que beau I iln poui dire

a la tomtie.

me fille. Ils

aie les emp

la franchit

ne mut quand tout l, d nez le

Ho, quand la nourri

debou dernier

argu^ Un ,ie

n'être

comme une omhri

Il rue

sur h usant.

leux alors caller qui conduisait a la i Puis

matin la trouvai) endormie ,l de la i

qui i

n amant.

faire de la feril lui

se prennent en un in- ses sont in<

labiés : elle vu tout son avenir changé par un accid( elle accepta sans hésiter la

monta chez son amant, lui raconta ce qi uait u u demanda s u êtai

pour elle comme elle tout pour hii. et lui fiter des deux heures de nuit qui leur restaient i ur quitter Venise et se mettre a l'abri des poursuio- - - païens.

Pietro Bonaventuri accepta. Les deux jeunes ge dans une gondole et se rendirent chez le . port.

. letro Bonaveituri se fit reconnaître, et dit affaire mu ir la banque des

■ même de poui Riminl

l'ordre u

au lieu .:

ir Ferrare.

"n d oduisit dans le noble pal.i

pello la fui Pendant un jour tout en'

attend! re aucune recherche

que la jeune fille allait revenir: mais la journée s'ê - .le la fugitive. 11 fallut s infori la fuite de PJ

qui avaient qui u. ni dans toute leur

lance le i rapproeb aient fut la

les deux Jeunes gens étaient partis ensemble. La femm. > belle-mère de I

relie d'Aquilée : elle intei

■ était tout-puis-.

"onseil des i son beau-frère-, déclara la :

en leurs noms mda que ,

Bonaventuri fût mis au ban de pable. I eue première demain

que Ji Bonaventuri, oncle

les mains le lui fui Le pauvre Jean-Baptiste, appréheni :

■nés de l.i

oublia, attendu la grande quantité di lien autren

U mourut, au bout di

Quant à Ciiovannino. il fouill

de Venise, i

Le lecteur

toute une fainili

rdinal a Rome 11 le -

cident. mais comme on le pense bien, avec grande oeiit réfugiés chez le père de Bonaventui habitait un petit md sur la place s

tout les bienvenus Bonaventuri et sa femme ri tu- et leur Bile ■ bi renvoya :

pour .

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