hommes, qui étaient tous de la noblesse, trente
vaillans restèrent seuls, qui ne voulurent pas fuir et qui moururent.
L'infanterie, qui était composée du peuple de Florence et de gens venus des villes alliées, fit meilleure contenance et se serra autour du Carroccio : ce fut doue sur ce point que se concentra le combat et le grand carnage qui, au dire de Dante, teignit l'Arbia en rouge (1).
Mais, privés de leur cavalerie, les Guelfes ne pouvaient tenir, puisque les seuls qui fussent restés sur le champ de bataille étaient, comme nous l'avons dit, des gens du peuple qui, armés au hasard de fourches et de hallebardes, n'avaient a opposer à la longue lance et à l'épée à deux mains des cavaliers que des boucliers de bois, des cuirasses de buffle ou des justaucorps matelassés; les hommes et les chevaux bardés de fer entraient donc facilement dans ces masses et y faisaient des trouées profondes; et cependant animées par le bruit de .Martinella, qui ne cessait de sonner, trois fois ces masses se refermèrent repoussant de leur sein la cavalerie allemande, qui en ressortit trois fois sanglante et ébréchée comme un fer d'une blessure.
Enfin, à l'aide de la diversion que Ht Farinata à la tête des émigrés florentins et du peuple de Sienne, les cavaliers parvinrent jusquau Carroccio. Alors se passa à la vue des deux armées une action merveilleuse : ce fut celle de ce vieillard à la garde duquel nous avons dit que le Carroccio était confié, et qui avait fait jurer à ses sept fils de mourir au poste où il les avait placés.
Pendant tout le temps qu'avait, déjà duré le combat, les sept jeunes gens étaient restés sur la plate-forme du Carroccio, d'où ils dominaient l'armée, et trois fois ils avaient tourné les yeux impatiemment vers leur père ; mais d'un signe le vieillard les avait retenus ; enfin, l'heure était arrivée où il fallait mourir ; le vieillard cria à ses fils : Allons !
Les jeunes gens sautèrent à bas du Carroccio, à l'exception d'un seul, que son père retint par le bras: c'était le plus jeune et par conséquent le plus aimé ; il avait dix-sept ans a peine et s appelait Arnolfo.
Les six frères étaient, armés comme des chevaliers, c'està-dire de Jacques de fer, aussi reçurent-ils vigoureusement le choc des Gibelins. Pendant ce temps le père, de la main qui ne tenait pas Arnolfo. sonnait la cloche de ralliement. Les Guelfes reprirent courage, et les cavaliers allemands furent une quatrième fois repoussés. Le vieillard vit revenir â lui quatre de ses fils ; deux s'étaient couchés déjà pour ne plus se relever.
Au même instant, du côté opposé, on entendit pousser de grands cris et on vit la foule s'ouvrir: c'était Farinata des Uberti à la tête des émigrés florentins; il avait poursuivi la cavalerie guelfe jusqu'à ce qu'il se fût assuré qu'elle ne reviendrait plus au combat, comme fait un loup qui écarte les chiens avant de se jeter sur les moutons.
Le vieillard, qui dominait la mêlée, le reconnut à son panache, a ses armes, et encore plus à ses coups. L homme er. le cheval paraissaient ne faire qu'un, et semblaient un monstre couvert des mêmes écailles. Ce qui tombait sous les coups de l'un était foulé à l'instant sous les pieds de l'autre ; tout s'ouvrait, devant eux. Le vieillard fit signe à ses quatre fils, et Farinata vint se heurter contre une muraille de fer ! Aussitôt ces masses se serrèrent autour d'eux et le combat se rétablit.
Farinata était seul parmi les gens de pied qu'il dominait de toute la hauteur de son cheval, car il avait laissé les au très cavaliers gibelins et. allemands bien loin derrière lui. Le vieillard pi uvaii suivre des yeux son épée flamboyante qui se levait et s'abaissait avec la régularité d'un marteau de forgeron; il pouvait entendre le cri de mort qui suivait chaque coup porté: deux fois il crut reconnaître la voix le ses fils, cependant il ne cessa point de sonner la cloche, seulement de l'autre main il serrait avec plus de force le bras d'Arnolfo
Farinata recula enfin, mais comme recule un lion, déchirant et rugissant ; il dirigea sa retraite vers les cavaliers florentins qui chargeaient pour le secourir. Pendant le moment qui s'écoula avant qu'il les rejoignit, le vieillard vit revenir deux de ses fils. Pas une larme ne coula de ses yeux, pas une plainte ne s'échappa de son cœur, seulement il serra Arnolfo contre sa poitrine.
Mais Farinata, les émigrés florentins et les cavaliers allemands s'étaient réunis, et tandis que toute l'armée siennoise chargeait de son côté infanterie contre infanterie, ils se préparèrent à charger du leur.
La dernière attaque fut terrible : trois mille hommes à cheval et couverts de fer s'enfoncèrent au milieu de dix ou douze mille fantassins qui restaient encore autour du Carroccio ils entrèrent dans cette masse, la sillonnant, tel qu'un uni i-e serpent, dont l'épée de Farinata était le
1 1 1 ... l.'i ^i i /'<■' -■ i i unir scempio
Cllt' l'-'LV I A i Im.'i i ii 1 1 o.i la in rOSSO.
In fer no, x.
dard. Le vieillard vit le monstre s'avancer en roulant ses anneaux - . il ht signe à ses deux fils. Ils s'élan-
au devant de lenuemt avec toute la réserve. Arnolfo pleurait de honte de ne pas suivre -
i i les vit tomber 1 un après I autre ; alors il remit la corde de la (loche aux mains d'Arnolfb, et sauta au ba5 de la plate-terme. Le pauvre père n avait pas eu le courage r mourir son septième enl larinata passe sur le corps du père comme il avait passé sur le corps des Us !-•' Carroccio lut pris, et comme Arnolfo continuait de sonner Martinella, malgré les injonctions contraires qu'il recevait. Délia Presa monta sur la plateforme, et lui brisa la tête d'un coup de masse d'armes.
Du moment on les Florentins n'entendirent plus la voix de Martinella, Us n'essayèrent même plus de se rallier. Cha- ( un s enfuit Ut son côté; quelques-uns se réfugièrent dans lu château de .Monte Aperto. où ils fuient pris le lendemain. Dix mille boinmes restèrent, dit-on, sur la place du combat. La perte de la bataille de Monte Aperto est restée pour Florence tin de ces grands désastres dont le souvenir se perpétue à Après cinq slè les et demi, le
Florentin montre encore avec tristesse aux voyageurs le lieu du combat, et cherche dans les eaux de l'Arbia cette teinte rougeatre que leur avait donnée le sang de ses an De leur côté les Siennois s'enorgueillissent encore aujourd'hui de leur rictoire. Les antennes du Carroccio qui vit tomber tant d'hommes autour de lui dans cette fatale journée son ni' m conservées dans la Basilique, comme
chaînes du port de Pise, comme Pén re du palais municipal, le
lion de Florence; pauvres villes, auxquelles il ne reste de leur antiqui - se sont 1 1
le- unes aux antres! pauvres esclaves, a qui leurs maîtres. par dérision sans doute, ont cloué au front leurs couronnes de reine !
i . .'7 septembre, l'armée gibeline se présenta devan rence dont elle trouva toutes les femmes en deuil dit Viiiani. il n en était pas une seule qui n'eût perdu un (ils. un frire ou un mari. Le-- portes en étaient ouvertes, et nulle opposition ne fut faite lies le lendemain toutes les telles furent abolies, et le peuple, cessant d avoir part
nseil, rentra sous la dominât! le la noblesse.
\i< rs une du te des roscane fut con-
isadeurs de Plse el de Sien -valent d 'antres moyens d'éteindre la guerre civile qu'en d' emetu Florence, véri-
table ville des Guelfes, el qui ne Jamais de
riser ce parti. Les comtes Gnldl el Albert!, les Santafior et i baidlni appuyèi ro. Chacun
par ambition SOll par haine, soit par crainte la motion allait passer, lorsque Farlnata des Oberti se leva Ce fut un prononça
tl I Floi 'il faveur d
mère, re victorieux demandant grâce pour les v un
de mourir i r que la patrie vécût commençant
comme Coiiolan el I >mme Camille.
i.a parole de Farlnata l'emporta au conseil i : la bataille. Florence fut sauvée: les Gibelins
ouvernement, et Guldo
Novello capitaine des gendarmes de Manfred, lut nommé ineur de la ville.
ut la cinquième année de cette réaction Impériale que naquit ice, un enfant qui recul de ses paréos le
du ciel celui d~e Dante.
Les choses durèi ■•■' ainsi depuis 1260 Jusqu'en I Mais, un matin, on apprit a Florence que Manfred ce grand protêt li or du parti gibelin, avait été tue de Grandi eliu-la qui avait fait trembler I Italie
travail pin j .m que la pierre qu'en i
avait Jetée sur on cadavt de i année fran-
■ pie de Ci lui ayant ■ sépulture Improvisée par la pi
oi fait enli lavait fait jeter
sur les frontières du rds de la rivière Tarde.
un comprend le changement
la i ontenat iple manifi
inl pins qne le moment d y
i" v idarmes,
I ml en étall Honte
e trouva i nrme un naufragé sur une roche, el qui
\u lieu de faire bravemi
Il possible ts hommes ■ i< qu il apaiserait
n leur
te leur force. Il ht venir
Florence, i ar I
' re et '
d'un de !
des vœux de chasteté et de pauvreté, faisait seulement serment de défendre les veuves et les orphelins. De ces deux ' hevallers, l'un était oibeliu, l'autre était Guelfe, on leur ' omposa un conseil de trente-six prud'hommes, divisés politiquement de la même façon; on autorisa les citoyens a se réunir en corporations, on forma douze corps d'arts et métiers i : "ii accorda aux sept arts majeurs des enseignes, suis lesquelles devaient se ranger les autres en cas d'alarme, et Ion espéra que du contact naîtrait une fusion.
Il en résulta tout le contraire. Du contact naquit une émeute, à la suite de laquelle Guido et ses quinze cents hommes d'armes furent forcés de quitter Florence et de se retirer a Prato.
Cette retraite fut le signal de la réaction guelfe Les Gibelins, se sentant Incapables de lutter, quittèrent la partie et abandonnèrent la ville, et le gouvernement, d'aristocratique qu il était, redevint, du jour au lendemain, populaire.
Où était Farlnata des l'berti dans cette grande circonstance? sou nom n'est point prononcé dans cette nouvelle sa- ! lie. Le géant disparaît comme un fantôme, et, on ne le Lve que quarante ans après, dans lenfer de Dante, où plongé jusqu'à la ceinture dans un tombeau rougi par les Bammes, il se plaint , non pas de la douleur qu'il éprouve, mais de 1 acharnement avec lequel les Florentins poursuivent son nom et sa fauui
En effet, les Florentins, qui n avaient point oublié la défaite de Monte Aperto. avaient porte une loi qui ordonnait que le palais de Farinata des Uberti serait rasé, que la charrue passerait sur ses fondemens. et que jamais aucun édifice public ni particulier ne s'élèverait sur le terrain où avait été conçu, dans un jour de colère céleste, le moderne Coriolan.
La même loi portail que les l'berti seraient a jam; ceptés de toutes les amnisties que l'on pourrait accorder dans 1 avenir aux Gibelins.
Ni h- nous sommes étendus sur Florence plus que sur au- ■ une aune ville, pane que c'est Florence que nous allons d'abord, et nous nous sommes arfl e an-
née 1366, parce que i est de rette époque a peu près que datent les plus vieux monumens que nous ferons visiter A nos lecteurs. Quant as de son n- Ire, nous la trouve-
ion- écrite sur a - palais, sur -es statues et sur -e- tombeaux. et nous la beurti ique pas que nous ferons par ses
rues et ses places publlqui
ROVTi: liE LIYOTJKNE \ FI. (H-
avions pris un voiturin pour nous conduira de Li-
vonrne a Floren. i le seul mode de com-
munication qui existe entre les deux villes, il y a bien une ■ elle marche; mais, moins heuie ne peu! pas en donner la preuve.
ne tient a un i. esprit
populaire -i répandu i nrerao-
mens qui s'j sont succédé non; Jamais pu effacer cette vieille teinte guelfe répandue partout Encore aujourd'hui. ■ iilement les Individus, mais encore les palais et les murailles ont uni \ pleins sont guelfes.
!. - ' i .Me m | i al glb< lins.
Or, ]. . inniei' .■ populaire.
ci h- diligent .- h- résultat de l'Industrie aristocratique, les V'" ' ileineni sur les
uvernement. toujours guide par i Ltlque qui veut le bien-être du plus grand nombre, Impose des conditions telles qu'au bout d"n '.un temps l'entreprlsi quelle ne peul plus tenir.
d ailleurs ps ,; a tendent
I !>.■ I.i I i .l'''i"iiiin.ili"ii 'l -e I - i.i ■
.lue liiisle le iris n
i n 'lie ' .
i ■ . ... de laine : 5 l * mé fs.ii ■ .-i mercier* ; 7 i
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UNE ANNEE A FLORENCE
les voyageurs; les voiturins partent à toute heure et courent après les pratiques. Ce sont nos cochers de Sceaux et de Saint-Denis. A peine a-t-on mis le pied hors de la barque qui vous conduit du bateau à vapeur au port, que l'on est assailli, enveloppé, tiré, assourdi par vingt cochers qui vous regardent comme leur marchandise, vous traitent en conséquence, et finiraient par vous emporter sur leurs épaules si on les laissait taire ; des familles ont été séparées ainsi sur le port de Livourne, et n'ont pu se réunir qu à Florence.
On a beau monter dans un fiacre, ils sautent devant, dessus, derrière, et à la porte de l'hôtel on se retrouve, comme sur le port, au milieu de huit ou dix drôles qui n'en crient que plus fort pour avoir attendu.
Il est bon de dire alors qu'on vient à Livourne pour affaire de commerce, que l'on compte y passer huit jours. Il faut en conséquence demander au gardien de l'hôtel, devant les honorables industriels dont vous voulez vous débarrasser, s il y a un appartement libre pour une semaine; alors quelquefois ils vous croient, abandonnent la proie qu'ils comptent rattraper plus tard, et retournent a toutes jambes au port pour happer d'autres voyageurs, et vous êtes libre.
Cela n'empêche point qu'en sortant une heure après, on trouve une ou deux sentinelles à la porte. Ceux-là sont les familiers de l'hôtel; ils ont été prévenus par le garçon, auquel ils ont fait une remise à cet effet, que ce n'est point dans huit jours que vous partez, mais le jour même ou le lendemain
Il faut se hâter de rentrer avec ceux-là. Si on avait l'imprudence de sortir, cinquante de leurs confrères accourraient a "leurs cris, et la scène du port recommencerait.
Ils demanderont dix piastres par voiture ; soixante francs pour faire seize lieues : Il faut leur en offrir cinq, et encore à la condition qu'on changera trois fois de chevaux et qu on ne changera pas de voiture. Ils jetteront les hauts cris; on les mettra à la porte. Au bout de dix minutes, il en rentrera un par la fenêtre, et on fera prix avec lui pour trenlc francs.
Ce prix fait, vous êtes sacré pour tout le monde ; en cinq minutes, le bruit se répand que vous êtes accordé. Vous pouvez dès lors aller partout où bon vous semblera, chacun vous salue et vous souhaite un bon voyage ; vous vous croiriez au milieu du peuple le plus désintéressé de la terre.
A l'heure dite, le legno est à la porte. En Italie, le mot legno s'applique à tout ce qui transporte ; c'est aussi bien une barque qu'un carrosse à six chevaux, un cabriolet qu un bateau a vapeur; legno est le mâle de roba, legno et roba sont le fond de la langue. Le legno est une infâme brouette il ne faut point y faire attention : il n'y en a pas d'autres dans les écuries du paârone. D'ailleurs on n'y sera pas plus mal que dans une diligence. La seule question dont il reste à s'occuper, est celle de la buona mano, c'est-à-dire du pourboire.
C'est là une grande affaire, et elle demande à être conduite sagement. Du pourboire dépend le temps qu'on restera en voyage ; ce temps varie au gré du cocher, de six à douze heures. l'n prince russe de nos amis, qui avait oublié de se faire donner des renseignemens à ce sujet, est même resté vingt-quatre heures en route, et a passé une fort mauvaise nuit.
Voici l'histoire, nous reviendrons ensuite à la buona mano.
Le prince C... était arrivé avec sa mère et un domestique allemand a Livourne. Comme tout voyageur qui arrive à Livourne, il avait cherché aussitôt les moyens de partir le plus vite possible Or, ainsi que nous l'avons dit, les moyens viennent, au-devant de vous, il ne s'agit que de savoir en faire usage.
Les vetturini avaient su des facchlni qui avaient porté les malles qu'ils avaient affaire à un prince. En conséquence, ils lui avaient demandé douze piastres au lieu de dix, et de son côté, au lieu de leur en offrir cinq, le prince leur avait répondu : — C'est bon. je vous donnerai douze piastres ; mais je ne veux pas être ennuyé à chaque relais par les cochers, et vous vous chargerez de la buona mano. — Va bene, avait répondu le- vetturino. En conséquence, le prince C... avait donné ses douze piastres, et le legno était parti au galop, l'emportant, lui et toute sa roba. Il était neui heures du matin ; selon son calcul, le prince devait être a Florence vers trois ou quatre heures de l'après-midi.
A un quai t de lieue de Livourne, les chevaux s'étaient ralentis tout naturellement et avaient pris le pas. Quant au cocher, il s'était mis à chanter sur son siège, ne s'interrompant que pour causer avec ses connaissances ; mais bientôt, comme on cause mal en marchant, il s'arrêta toutes les fois qu'il trouva l'occasion de causer.
Le prince supporta ce manège pendant une demi-heure ou trois quarts d'heure ; mais, au bout de ce temps, calculant qu'il avait fait à peu près un mille, il mit la tète a la portière, en criant dans le plus pur toscan . Avœnti I avant) ! tirate i la
— Combien donnerez-vous de bonne main? demanda le cocher dans le même idiome.
— Que venez-vous me parler de lionne main? dit le prince J'ai donné douze piastres a votre maître, à condition qu'il se chargerait de tout.
— La bonne main ne regarde pas les maîtres, répondit l lier. Combien donnerez-vous de bonne main?
— Pas un sou, j'ai payé.
— Alors, s'il plaît à Votre Excellence, nous irons au pas.
— Comment, nous irons au pas ; mais votre maître s'est engagé à me conduire en six heures à Florence.
— Où est le papier? demanda le cocher.
— Le papier? Est-ce qu'il y avait besoin de faire un papier pour cela ?
— Vous voyez bien que, si vous n'avez pas de papier, vous ne pouvez pas me forcer.
— Ah ! je ne puis pas te forcer, dit le prince.
— Non, Votre Excellence.
— Eh bien ! c'est ce que nous allons voir.
— C'est ce que nous allons voir, répéta tranquillement le cocher; et il remit son attelage au pas.
— Frantz, dit en saxon le prince à son domestique, descendez et donnez une volée à ce drôle.
Frantz descendit de la voiture sans faire, la moindre observation, enleva le cocher de son siège, le rossa avec une gravité toute allemande, le remit sur son siège ; puis, lui montrant lo chemin : Vorwttrts, lu, dit-il, et il se rassit près de lui.
Le cocher se remit en route ; seulement il marcha un peu plus doucement qu'auparavant.
On se lasse de tout, même de battre un cocher. Le prince convaincu que d'une façon ou de l'autre il finirait toujours par arriver, invita sa mère a s endormir, et s'enfonçant dans San coin, il lui donna l'exemple.
Le cocher mit, six heures pour aller de Livourne à Pontedera ; c'était quatre heures de plus qu'il ne fallait , puis, arrivé à Pontedera, il invita le prince à descendre, en lui annonçant qu'il fallait changer de voiture.
— Mais, dit le prince, j'ai donné douze piastres à votre maître, à la condition expresse qu'on ne changerait pas de voiture.
— Où est le papier? demanda le cocher.
— Mais vous savez bien, drôle, que je n'en ai pas.
— Eh bien ! si vous n'avez pas de papier, on changera de voiture.
Le prince avait grande envie de rosser cette fois le cocher lui-même ; mais il vit aux mines de ceux qui entouraient la voiture que ce ne serait pas prudent. En conséquence, il descendit du legno; on jeta sa roha sur le pavé, et au bout d'une heure d'attente à peu près, on lui amena une mauvaise charrette disloquée, et deux chevaux qui n'avaient que le souffle.
En toute autre circonstance, le prince, qui est généreux a la fois comme un grand seigneur russe et comme un artiste français, aurait donné un louis de guides, mais il était tellement dans son droit que céder lui parut d'un mauvais exemple, et qu'il résolut de s'entêter. Il monta donc dans sa charrette, et comme le nouveau, cocher était prévenu qui! n'y avait pas de bonne main, il repartit au pas, au milieu des rires et presque des huées de tous les assistans.
Cette fois les chevaux étaient si misérables que c'eût été conscience d'exiger qu'ils allassent autrement qu'au pas. Le prince mit donc six autres heures à aller de Pontedera i Empoli.
En entrant à Empoli, le cocher arrêta sa voiture et s'en vint à la portière.
— Son Excellence couche ici. dit-il au prince.
Comment, je couche ici, est-ce que nous sommes à Florence ?
Non, Excellence; nous sommes à Empoli, une charmante petite ville.
— J ai payé douze piastres à ton maître pour aller coucher à Florence et non à Empoli. J irai coucher à Florence.
— Où est le papier. Excellence ?
— Va-t'en au diable avec ton papier.
— Votre Excellence n'a pas de papier S
— Non.
— Bien, dit le cocher en remontant sur son ,-icge.
— Que dis-tu? cria le prince.
— Je dis très bien, répondit le cocher en fouettant ses haridelles.
Et pour la première fois depuis Livourne, le prince se sentit, emporté au petit trot.
L'allure lui parut de bon présage; il mit la tète à la
portière. Les rues étaient pieu de monde, et les fenêtres
illuminées; c'était la fête de la madone d'Empoli, qui passe pour fort, miraculeuse. En passant, sur la grande place, il vit qu'on dansait.
Le prince était occupé, à regarder ce monde, ces nal ions et ces danses, quand tout à coup 11 s'aper: i I qu'il
iO
entrait sou- une espèce de von te , aussitôt la voiture s'arrêta.
us < il* manda le prince.
— Son la remise de l'auberge, Excellence. Pourquoi sous la remise ?
que ce .sera plus commode pour changer de chevaux.
— Allons: alloi non», dit le prince.
bito répondit fe <" Le prince sa »ail déjà qu'il dont il faut,
se défier en Italie, attendu ulent toujours dire le
contraire Me ce <j 1 1 il- promi tant, voyant qu'on
détachait les chevaux, il referma la glace de la voiture H ;it tcml it .
Au bout il une demi i il baissa la glace, et.
se penchant hors de la voiture:
Eb bii n ! d II me ne lui répondit
— Frantz - 1 1 tntz :
— Moi it Fraotz en se réveillant en sursaut.
— Mal : où dl n n ius donc ?
— Je n'en sais rien, monseigneur,
— 0 n n en sais rien ?
— Ni endormi, et je me réveille.
— Oh : mon Dieu : - écria la princesse, nous sommes dans Quelque ' averne de voleurs
— .Non, dit Frantz, nous sommes sous une remise.
— Eh bien ouvre la pi rte et appelle quelqu'un, dit le
i a (i irte esl termi i répondit Frantz
— Comment, fermée ' s'écria a son tour le prince en sautant en bas de la voiture
— Voyez plutôt, monseigneur.
Le prince secoua la porte de tontes ses forces, elle était parfaitement fermée. Le prince appela a tue-tête; personne ne répondit. Le prince chercha un pavé pour enfoncer la porte, il n'y avaii pas de pavé
Or comme le ili avant toui un homme d'un
sens exquis, après s'être assuré qu'on ne pouvait pas ou qu'on ne voulait pas l'entendre II résolut de tirer le meilleur parti possible de sa position, remonta dans la voiture ferma li glaces s'assura a tout hasard que ■>
étalent a sa portée nihai a h I ■ ■ n >ir .1 sa mère, clrii'li!
I mbes sur la banquette de d .1
en m aui.int sur on Lège l m que la princesse qui
1 ta le ''n\ t'iui grand ouverts, ne doutant pas qu'elle ne fut tombée dans quelqui ns.
La nuit .'ii a 11 Liai me \ epl heures du
■n "u\ in la porl de la 1 mis ■ el un voiturin pai m a la porte avec deux 1 hei au
l'ii I n v a-t-11 pa Ici di 1 r 1 1 1 1 - 1 ■ Floreni e '
demanda le \ ni avi le 1 homl parfaite, et
comme s d taisait 1 1 une question toute naturelle
Le prince onvrll la portière el sauta hors de la voiture dans l'intention d'étranglei celui qui lui faisait cette question . mais, voyam que ce n'était polnl son conducteur de la veille, Il pensa qu'il pourrait bien châtier, sinon le
bon pour le mauvais du moins 1 in enl p ■ le 1 oupable
contint donc
I "1 ■ le coi nef qui n- 1 nés li 1 1 demanda 1 il
tout pâle de colère ■• ei le plui 1 r ind sang-froid appa
renl et répondant a une question par une autre 11ue-1n.11.
l 'epi m \ m rr 1 .. elli i eul dire?
— ii lier de Pontedera.
Eh b 1 ■ 1 ■
Mm ..11 . 1 Pi ppinoî
II esl en route pour ri • lui.
— C0111 lui ?
— Oui oui 1 omm i 1 Empoll, nous avons bu
et dan té 1 embl la nuit, el ce m; 1 In, Il s a une
heure, il ni a du chevaux, «I
in Iras 1 hen her deu voya un de stlque qui sonl
sous la remise il dur : tou 1 payé exi pté la
ne main Uors |e lui al demandi 1 ■ ml il se
II Qu'il j aval! des voyageurs sous une remise, au lieu
d être dan- une chambre \ii in i Vnglal
qu'il m'a dit. lis onl eu peur qu on
ils mit mu n i aimé 1 1 ' munie je sais que les anglais -..m des originau » l'ai
dit 1 ' i bon Mors l'ai vldi un 1
chen her mes chevaux, el me voilà Esl 11 de
. mil ai
Mon sai redieu 1 dit le 1 ins pas
nii'e ; il y a une piastre de bonne m. un -i nous som il heu n si I
heures, 1 prince, dll le vi Iturin 1 h
i.iid que cela Du momi ni qu'il < b uni |
de 1 m a bli tue dans deux heures nous
. ai
— Dieu 1 lu-ave 1 ne dll la pi
Le cocher tint paroli le prince s,, rut a. si
d'Empoli, à neuf heures il descendait place de la Trinité.
Il avait mis juste vingt-Quatre heures pour aller de Livnurne a Florence.
Le premier soin du prince, après avoir déjeuné, car ni lui, ni la princesse n'avalent mangé depuis la veille au matin, fut d aller déposer sa plainte.
— Avez-vous un papier? demanda le chef du buon flore/ /m.
— Non, dit, le prince.
Eb Pieu : je vous conseille de laisser la chose tomber à l'eau ; seulement, la prochaine fols, ne donnez due cinq piastres au maître, et donnez une piastre et demie au COI
cinq pla demie d et unie, et
vous arriverez dix huit heures plus tôt.
Depuis «e temps, le prince n'a pas manqué, chaque f"is que l'occasion - n, ... . ,. de suivre le conseil lu
président du bu 10, et il s'en est toujours bien
r lUVé
La morale de ceci en rtanl de Llvourne, il faut
tirer sa montre, la meure devant les yeux du cocher, et lui dire :
— 11 y a cinq paoll de bonne main si nous sommes dans deux heures a Pontedera.
I m y sera en deux hei
II usera du même procédé en sortant de Pontedera et d'Empoli ; et, en six heure! au plus tard .m sera a Florence; on mettrait deux heures de plus en pn
la poste.
A in 1 ■ ; ■ mi de Llvourne à Florence, s'élève comme une borne [ue la tour de San-Mlniato-al-Tedesco
San-Minlatc-al-Tedesco est le berceau de la famille Bona parte C'est de cette aire qu'es! pain, ilée d'aigles
qui s'est abattue sur le monde; et, chose étranj Floreni e c esl à dire au pied de San Miniato qt léon grâce a l'hospitalité fraternelle du pold II. reviennent tous mourir.
Le dernier membre de la famille Bonaparte qui habita San-Mlnlato fut un vieux nui s mourut, je
en 18Ï8; c'était un cousin de Napoléon. Napoléon flt tout ce qu'il put pour n r son 1 anonli ai 1
un êvêché n il d refusa constamment, En échange, il tourmenta I empereui pour le décider à ca
■i'- le ses ancêtn B01 rte répondit a chaque
fois cpie cette demande se renouvela, ou il y avall déjà un saint Bonaparte, el qui assez d'un salnl dans une
famille.
11 ne ■ '■ doutai! pas ponse, qu'il y aurait un jour un saint et un martyr du même
nom.
Nous arrivai es dans la cap!
dix heures du soir. Nous i dans le bel hôtel 1 ré-
aelé de onada me Hombet 1 mu not nptlons nnns
arrêter quelque temps a Floren e le lendemain nous nous mimes en quête d un logement en vlll
Le même jour nous en trouvâmes un dans une maison particulier Porta alla 1 1
Moyennant deux cents francs par mois noua eûmes un
palais, un Jardin n de 1 ui a délia Etobbia,
des gr [uilla rceau) de lauriers roses,
une allée de cltronnlei dlniet I m elail Démé
trius.
que de notre bali on nous découvrions
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FLORENI E
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les moi ur un neuve qui pendant neul
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moins l'aria catttva devlei tome une vaste étuve
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prlj il été el prix d'hh s d ire nue le
1 1 ix d hiver est du prix d'éti la I lenl .1 ce
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il âge, el surtout de toute Itale de la Tosi ane Nous étions arrives dans le coi fil du mol
juin el I ' n préparait tOUl , .le in
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UNE ANNEE A FLORENCE
le 10 ou le 12, et qui par conséquent se trouva placé entre les fêtes de la Pentecôte et de la Saint Jean, il n'y eut que cinq jours ouvrables. Nous étions donc ai rivés au Lion moment, pour voir les habitans, mais au mauvais pour visiter les édifices, attendu que. les jours de fête", tout se ferme a midi.
Le premier besoin de Florence, c'est le repos. Le plaisir même, je crois, ne vient qu'après, et il faû1 que le Florentin se fasse une certaine violence pour s'amuser. Il semble que, lassée de ses longues convulsions politiques, la ville des Médicis n'aspire plus qu'au sommeil fabuleux de la Belle au bois dormant. Il n'y a que les sonneurs de cloches qui n'ont de repos ni jour ni nuit. Je ne comprends point comment les pauvres diables ne meurent pas à La peine : c'est un véritable métier de pendu.
Il y a à Florence non seulement un homme politique très fort, mais encore un homme du monde de beaucoup d'esprit, et que Napoléon appelait un géant dans un entresol : c'est M. le comte de Fossombroni, ministre des affaires étrangères et secrétaire d Etat. Chaque fois qu'on le presse d'adopter quelque innovation industrielle, ou de foire quelque changement politique, il se contente de sourire et répond tranquillement : /( mondo va da se. c'est-à-dire: Le monae va de lui-même.
Et il a bien raison pour son monde à lui, car son monde à lui. c est la Toscane, la Toscane où le seul homme de progrès est le grand-duc. Aussi l'opposition que fait le peuple est-elle une opposition étrange par le temps qui court. 11 trouve son souverain trop libéral pour lui, et il réagit toujours contre les innovations que dans sa philanthropie héréditaire il songe sans cesse à établir.
A Florence, en effet, toutes les améliorations sociales viennent du trône. Le dessèchement des maremmes, l'opération du cadastre, le nouveau système hypothécaire, les congres scientifiques, et la réforme judiciaire, sont des idées qui émanent de lui, et que l'apathie populaire et la routine démocratique lui ont donné grand'peine a exécuter. Dernièrement encore, il avait voulu régler les études universitaires sur le mode français, qu il avait reconnu comme fort supérieur au mode usité en Toscane.
Les écoliers refusèrent de suivre les cours des nouveaux maîtres, et. ils tirèrent si bien à eux, que l'enseignement retomba dans son ornière
Florence est l'Eldorado de la liberté individuelle. Dans tous les pays du monde, même dans la république desEtatsiUnis, même dans la république helvétique, même dans la république de Saint-Marin, les horloges sont soumises à une espèce de tyrannie qui les force de battre à peu près en même temps. A Florence, il n'en est pas ainsi : elles son nent la même heure pendant vingt minutes Un étranger s'en plaignit à un Florentin : Eh ! lui répondit l'impassible Toscan, que diable avez-vous besoin de savoir l'heure qu'il est?
Il résulte de cette apathie, ou plutôt de cette facilité de vivre, toute particulière à Florence, qu'excepté la fabrication des chapeaux de paille, que les jeunes filles tissent tout en marchant par les rues ou tout en voyageant par les grandes routes, l'industrie et le commerce sont à peu près nuls. Et ici ce n'est point encore la faute du grand-duc; tout essai est encouragé par lui. soit de son argent, soit de sa faveur. A défaut de Toscans aventureux, il appelle des étrangers, et les récompense de leurs efforts industriels sans exception aitinne de nationalité. M. Larderel a été nommé comte de Monte-Cerboli pour avoir établi une exploitation de produits boraciques ; M. Demidoff a été fait prince de San- Donato pour avoir fondé une manufacture de soieries. Et que 1 on ne s'y trompe point, cela ne s appelle pas vendre un titre, cela s'appelle le donner, et le donner noblement, pour le bien du pays tout entier.
On comprend qu'avec cette absence de fabriques indion ne trouve à peu près rien de ce dont on a besoin chez les marchands toscans : les quelques magasins un peu rtablement organisés de Florence sont des magasins lis qui tirent tout de Paris; encore les élégans Florentins s'habillent-ils chez Elin. Ilumann ou Vaudeau, et Us lionnes florentines se coiffent-elles ch - mademoiselle Bandi
Vussi a Florence faut-il tout aller chercher, rien ne vient au-devant de vous : chacun reste chez soi. toute chose demeure a sa place. Un étranger qui ne resterait qu'un mois dans la capitale de la Toscane en emporterait une très fausse Idée. Au premier abord, il semble impossible de se rien procurer des choses les plus indispensables, • u relies qu'on se procure sont mauvaises ; ce n est qu'à la longue qu'on d non pas des habitans du pays, mais d'autres étranqui sont depuis plus longtemps que vous dans la ville, où toute chose se trouve. Au bout de six mois, on fait entore chaque jour de ces sortes de découvertes , si bien que. l'on quitte ordinairement la Toscane au moment où l'on y trouver a peu prés bien. Il en résulte que chaque fois qu'on y revient on s'y trouve mieux, et qu'au bout de
trois ou quatre voyages, on finit par aimer Florence comme une seconde patrie et souvent par y demeurer tout à fait.
La première chose qui frappe, quand on visite cette ancienne reine du commerce, est l'absence de cet esprit comiii> '< lai qui a fait, d'elle une des républiques les plus riches et les plus puissantes de la terre On ! lue, lie, sans ta pouvoir trouver, cette classe intermédiaire et industrielle qui peuple les rez-de-chaussée et les trottoirs des rues de Paris et da Londres. A Florence, il n'y a que trois classes visibles I aristoi ratie les étrangers et le peuple. Or, au premier i rraj) d'oeil, il est presque impossible de deviner comment et de quoi vit ce peuple. En effet, à part deux ou trois maisons prin nies l'aristocratie dépense peu et le peuple ne travaille pas c'est qu'à Florence l'hiver défraie 1 été. A l'automne, vers l'époque où apparaissent les oiseaux de passage es d'étrangers, Anglais. Russes et Fra
s'abattent sur Florence. Florence connaît cette époque; elle ouvre les portes de ses hôtels et de ses maisons garnies, elle y fait entrer pêle-mêle. Français, Russes et Anglais, et jus qu'au printemps elle les plume.
Ce que je dis est à la lettre, et le calcul est facile a faire Du mois de novembre au mois de mars, Florence compte un surcroît de population de dix mille personnes-, or, que chacune de ces dix mille personnes dépense, toutes les 2-i heures, trois piastres seulement, je cote au plus bas, trente mille piastres s'écoulent quotidiennement par la ville. Cela fait quelque chose comme cent quatre-vingt mille francs par jour; soixante mille personnes vivent là-dessus.
Aussi, c'est encore en ceci qu'éclate l'ixtrème sollicitude du grand-duc pour son peuple. Il a compris que l'éti était une source de fortune pour Florence, et tout étranger
est le bienvenu à Florence l'Anglais i i »ue, le
Français avec son indiscrétion, le Russe avec sa réserve. Le premier janvier arrivé, le palais Pitti. ouvert tous les ii i»rs aux étrangers, à la curiosité desquels il offre sa magnifique galerie, s'ouvre encore une fois par semaine, le soir, pour leur donner des bals splendides. La. tout homme que son ambassadeur juge digne de l'hospitalité souver est présenté, et noble ou commerçant, industriel ou ai est reçu avec ce bienveillant sourire qui forme le caractère particulier de la. physionomie pensive du grand-duc Une fois présenté, l'étranger est invité pour toujours, et dès lors il vient seul à ces soirées princières, et cela avec plus de liberté qu'il n'irait à un bal de la Chaussée-d'Antin ; car, comme il est d'étiquette de ne point adresser la parole au grand-duc qu'il ne prenne l'initiative, et que. malgré son attentive affabilité, le grand-duc ne peut causer tout le monde, l'invité, vient, boit, mange, et s'en va. sans être forcé de parler à personne ; c'est-à-dire, moins la carte, comme il ferait dans une magnifique hôl IL ne.
Florence a donc deux aspects : son aspect d'été, son aspect d'hiver. Il faut en conséquence être resté un an à Florence, ou y être passé à deux époques opposées, pour connaître la ville des fleurs sous sa double face.
L'été, Florence est triste et à peu près solitaire : de huit heures du matin à quatre heures du soir, le vingtième de sa population à peine circule sous un soleil de plomb, clans ses rues aux portes et aux fenêtres fermées; on dirai; une ville morte, et visitée par des curieux seulement, comme Herculanum et Pompeïa. A quatre heures, le soleil tourne un peu. l'ombre descend sur les dalles ardentes et le long des murailles rougies, quelques fenêtres s'entre-bàillent timidement pour recueillir quelques souffles de brise. Les grandes portes s'ouvrent, les calèches découvertes en sortent toutes peuplées de femmes et d'enfans. et s'acheminent vers les Cachlnes. Les hommes, en général, s'y rendent à part. en tilbury, à cheval ou à pied.
Les Cachines (j'écris le mot comme il se prononce!, c'est le bois de Boulogne de Florence, moins la poussin plus la fraîcheur. On s'y rend par la porte del Prato. en suivant une grande allée d'une demi-lieue à p u pn toute plantée de beaux arbres. Au bout de cette allée, se trouve un casino appartenant au grand-duc Devant ce casino, une pl.ne qu'on appelle le PJazzone ; quatre allées iboutissent à cette place, et offrent aux voitures des di - par-
faitement ménagés.
Les Cachines forment deux promenades: la prou tde d'été, la promenade d'hiver. L'été, on se pn n l'hiver au soleil; l'été au Pré. l'hiver à mo.
L'une et l'autre de ces promenades sont essentiellement aristocratiques; le peuple n'y paraît mêmi pas Une des choses particulières encore aux i d
ti les rangs que les classes inférieures maintiennent avei
soin, loin de chercher, comme en France, à les et1. éternellement.
La promenade d'été est un grand pré d'un tiers de lieue de long a peu près et de cent pas de large, tout bordé
sur ité, d'un rideau de grands arbres cpii intercepte
entièrement les rayons du soleil. Ces arbres, qui se con)
posent il m i i .i- pins •'<■ hêtres ga mis d'énoi
-oui les plus beaux que j'aie jamais vus, même
dans les furets de France et d'Allemagne: c'est la remise d'une multitude de lièvre» et de laisans qui se promènent pêle-mêle avec les promeneurs ; parmi ceux-ci on reconnaît les chasseurs : ils mettent le gibier en Jo»c avec leurs canne?
Au milieu de tout ce monde, et coudoyé par ceux qui ne le connaissent pas, 'vêtu, avec une simplicité extrême, se promène le grand-duc accompagné de sa lemme, de ses deux lilles. de sa sœur, et de la grande-duchesse douairière. Deux ou trois autres beaux anfans qui composent le reste de sa famille bondissent Joyeusement a part sous la surveillance de leurs gouvernantes.
Le gTand-duc est un homme de quarante ô quarante-diirs: aux cheveux déjà blanchis par le travail ; car le grandduc. Toscan par le cour, mais Allemand par l'esprit, travaille lmlt a dix heures par jour. Il porte habituellement, un peu inclinée sur sa poitrine, sa tète que de dix pa6 en dix pas il relève pour saluer ceux qui passent. A salut, sa figure calme et pensive s'éclaire d'un sourire plein d'intel]igeiii<' bienveillance: ce sourire lui est particulier et je ne l'ai vu qu'à lui.
La grande-duchesse lui donne ordinairement le bras : sa mise est simple, mais toujours parfaitement 611 une princesse de Naples, gracieuse comme sont en gi les pr la maison de Bourbon, el qui serait belle
It, car sa beauté n'a point de type parti tillei quelque chose à la fois de bon et de distingué : ses épaules bras surtout pourraient servir de modelé à un sia- 'uaire.
Les deux jeunes princesses viennent derrière, causant presque toujours avec la grande-duchesse douairière qui i fait leur éducation, ou avec leur tante. Elles sont lilles il un premier mariage, ce qui se voit facilement, la grandeduchesse avant l'ail de leur sœur aînée. lilles sont toutes deux de cette beauté allemande doi principal est la douceur. Seulement, la taille frêle de l'aînée donne quelques ci dit-oi > sollicitude paternelle.
Mais Florence est une bonne et douce mère. Florence la bercera si bien à son beau soleil qu'elle la guérira.
il y a quelqu de touchant el de patrlari I
voir une famille souveraine mêlée ainsi à son peuple, s'arpas en vingt pas, pour causer avec les pères et pour embrasser les enfans. Cette vue me reportait en souvenu- a ni re famille royale, en.
- fulleries comme dans une i
et tremblante, chaque fois que le roi soi I e que
ses six chevaux, si rapide que soit leur galop, pour
in i adavre.
Pendant qu'on se promène, les voitures attendent dans
les allé entes Vers les sis heures, cha on remonte
dans la sienne rennent d'eux-mêmes, et
sans q b ci PJazzone ; là ils
a 'in ait même besoin de leur faire signe.
que le PI Ploi
peut-être aucune autre ville : une espèce de cercle en plein
reçoit et rend ses visites: il va sans dire
que le hommes. Les femmes restent dans
hommes vont de l'une a 1 autre, causent
a la porl lai pied i eu i là • cheval, qui
plus familiers montes sur le marchepied.
rue le i le se ré ips d œil - éi ban
ous se donnent Au milieu de toutes ces voitures passent des Ben vous Jetai roses et de violettes, dont
iront le lendemain matin, au café, demaml i I aux hommes en leur présentant un œillet. Au reste, ce lenii veut, les ileui hères à
li ,n md i lirai.
"i nuit heures, un I
brouillard fond du pré ce brouillard, -
- an' - -i- loul mal il renferme la goutte, les rhums
m immortels. C'est ainsi qu'ils ont été punis eux, d notre premier pi nillard, chaque groupe se dlspersi chaque colloque pi • lâches d'étrangers, oui, n'étanl pas du pa] pas ce formidable brouillard, ou qui le connaissant n'en ont i A neuf heures les retai I tons et i leur tour vers ]-i ville \ la porte del Prato, Ils trouvent un le: le brouillard ne vionl ;
ri,- .i i Prato on le brave on 1 chaleur que le soleil a communiquée aux plei
nie partie de la -ont le i > On ri qu'à dix heures et demie: seulement a dix
quittent i ■ la hci ■ ■ i tant donner dli sous i
lever
presque toujours les Florentins sont rentrés chez eux. a moins qu'il n'y ait fête chez la i
Nencini. Les étrangers seuis restent a courir la ville au i lair de lune, jusqu a deux heures du matin. Mais s !i y a fêle chez la comte— e Nencini, tout le
] monde s'y porte.
La comtesse Nencini a été une des plus belles femn
| Florence, et en est restée une de- m lies c'est
une Pandolrtni, C'est-à-dire une des plus grandes dames de la Toscane. Le pape .Iules II a fait don a un de ses aïeux d'un charmant palais bâti par Raphaël. C'est dans c- palais qu'elle habite, et dans le jardin attenant qu'elle donne ses fêtes; elles ont lieu les quatre dimanches de juillet. Chacun sait cela, chacun les attend, chacun s'y prépare; si bien que. bon gré mal gré. elfë est forcée de les donner ; il y aurait émeute si elle ne les donnait pas.
: - plUS
charmantes fêtes qui se puissent voir Qu'on se figure un délicieux palais, ni trop grand ni n omme . ha-
cun voudrait en avoir un. qu'on son prince ou artiste, meublé avec un goût parfait, des plus beaux meub) caprice qu'il y ait dans tout Florence, illuminé a giorno. comme on dit en Italie, et s'ouvrant par toutes ses i et par touti -
que arbre porte, au lieu de fru tes de lan-
ternes de couleur. Sous tous les berceaux de ce jardin, des groupes de chanteurs ou d'instrumentistes, et dans les allées cinq cents personnes qui se promènent, et qui vont tour à tour alimenter un bal, quon voit bondir joyeusement de loin dans une serre pleine d'orangers et de camélias.
A part quelques concerts a la Philharmonique, quelques soirées improvisées par un anniversaire de naissance ou une fête patronale, quelques rein
d'opéra a la Pergola, ou de prose au l voila Flo-
rence l'été quant à l'arlsto ratie Quant au peuple, il a les églises, les processions, les prorm > Parterre, et ses
causeries dans les rues et à la porte de.- ne se
m Jour ni ion 'oui ce qui
a l'apparence d'une fête, avec un laisser-aller plein de paresse et de bonhomie saisissant iliaque plaisir qui passe sans s i i,. ],, axer, et le quittant comme il l'a pris
pour en attendre un autre Un soir, nous entendîmes un grand bruit: deux ou troli ns de la Pergola, en
s- oMnt du vaient eu l'idée de S'en aller chez
eux en jouant une va - -, pur les rues
mise îles lisant. lies hommes qui n'avaient
uses valsaient entre eux cinq • cents personnes prirent ainsi le plaisir du bal depuis la place du Dôj la porte du Prato où demeurait le
le dernier musicien rentré chez lui. les dessous, en chantant l'air sur lequel ils avalent valsé.
LA I'F.ROhLA
I, luxer. Florence prend i ut particulier;
une ville de bains, moins les eaux La température se divise en ibux phases bien
parfaitement tranchées: ou 11 fait un soleil magnillqu il pleut à torrens le temps couvert, brumeux et humide qui fai re atmosphère trois nu quatre mois
i peu près inconnu.
S'il fait beau, à une heure, tient.
urnent forl les
chines On ne S'aperçotl pas de 1 l,s vol D igi ri - suffisent pou i
l'ement. au heu de 6 et i l'ombre, ou laisse aux lié vi
l'Arno.
omme l'indl ■ de l'Arno A gauche, on a le fleuvi
■ qu'on e au lieu d'une eau thermal
Infecb
Comme le chemin est très étroit le comme dans
'le 1 Opéra ou de la rue de Cholseul dation y est étrangement varli I liSS on nue 1 on fl I le un- langue ilifté
' in', contre leur habitude, les Anglal sont pas en majorité, les Ht • emportent , •• qui est une
grand ir les Français, qui peuvent se croire
1 soleil et ce magnifique horizon ■ i-n, - t. m parsemé -le villas au > meil-
leure et de la plus êlègai ' ries
Parmi ces nombreu ir=. mais seulement plus-
nliis taluanf que les autres, passe le
lm: annke a ki.okench
grand-duc et sa lamille ; toute sa garde consiste en deux ou trois valets qui le suivent d'assez loin pour ne pas entendre la conversation.
l>e Longo-1'Arno, on revient faire la station obligée au Piaizone. La seulement on retrouve bravant ce ou ils ap pellent les rigueurs de la saison, quelques Florentins Iranaisés, trop amoureux pour craindre le froid, ou trop jeunes pour craindre les rhumatismes. Quant aux Florentines, il re d en apen evoir plus de deux ou trois dans les plus beaux jours, encore ne font-elles qu'une station d'un instant, et juste ce qu'il faut pour prendre quelques petits wrangemens indispensables pour le soir, pour la nuit ou pour le lendemain.
C'est à la Pergola qu'on se retrouve. La Pergola, ce sont • litres de Florence. Tout ce qu'il y a de Florentins ou d'étrangers dans la capitale de la Toscane, du mois d'octou mois de mars, a loge à la Pergola ; c'est une chose dont on ne peut pas se dispenser. Dînez à table d'hôte, ou au restaurant de la Lune, mangez chez vous du macaroni et du baccala, personne ne s'en occupe, c'est votre affaire ; mais ayez une loge à l'un des trois rangs nobles, c'est l'affaire de tout le monde. Une loge et une voiture sont les tndispensabilités de Florence. Qui a loge et voiture est seigneur, qui n'a ni loge ni toiture, s'appela.t-11 Rolian ou Corsini, Poniatowskl ou Noailles, n'est qu'un croquant. Réglez-vous là-dessus; et, si vous venez à Florence, faites la bourse de la loge et de la voiture, comme eu allant de Rome à Xaples on fait la bourse des voleurs.
Au reste, voitures et loges ne sont pas cher, à Florence ; on a une voiture au mois pour deux cent cinquante francs, et une loge à la saison pour cent piastres. Ajoutez à cela que la loge à la Pergola vaut quatre fois son prix, non point pour le spectacle, personne ne s'occupe du spectacle à Florence; mais pour la salle, j'entends par salle les spectateurs.
En effet, c'est à la Pergola que se croisent tous les feux de la coquetterie féminine. Là, comme à la promenade, les Florentines sont en minorité. La majorité se compose d'étrangères qui arrivent de Paris, de Londres et de Saint- Pétersbourg, espérant écraser leurs rivales sous le poids de tout ce qu'il y a de plus nouveau dans les trois capitales. Les Françaises, avec leur élégance simple ; les Anglaises, avec leurs plumes sans fin et leurs robes aux couleurs voyantes et criardes ; les Russes, avec leurs rivières de diamans et leurs fleuves de turquoises. Mais les Florentines ont de quoi faire face à tout ; elles tirent des vieilles armoires sculptées de leurs ancêtres, des flots de guipure, de point d'Angleterre, des poignées de diamans princiers ou pontificaux transmis de père en fils, de ces riches étoffes de brocart conrme Véronèse en met à ses rois mages ; elles écrivent à mademoiselle Daudran de leur envoyer tout ce qu'elle chiffonnera pendant l'hiver, et elles attendent tranquillement le résultat de la campagne. Il en résulte qu'il y a peu de grandes capitales où l'on rencontre un luxe de toilette pareil à celui de Florence.
On comprend ce que devient le pauvre opéra, au milieu de si graves intérêts: les lorgnettes vont d'une loge à l'autre ; vers la scène jamais. A moins qu'on ne joue quelque opéra nouveau et inconnu, on cause à peu près pendant tout tnps qu'il dure. -le ne connais que Robert le niable qui soit venu mettre, pendant trente ou quarante représentations de suite, une trêve de Dieu entre les combattans.
En échange, on écoute religieusement le ballet ; il se o e de sixièmes ou septièmes danseuses parisiennes, mais ces demoiselles remédient à la faiblesse de leur talent par le peu de longueur de leurs robes. Elles dansent comme cela se trouve, tantôt sur la plante du pied, tantôt sur le talon, rarement sur la pointe, estropiant les pas, manquant les équilibres, mais raccommodant tout avec une pirouette. Une pirouette, c'est le fond de la danse, comme legno et roba sont le fond de la langue : plus elle dure, plus elle est applaudie Aussi y a-t-il peu de toupies et de totons qui poissent rivaliser avec les danseuses florentines. Elles lasseraient un faquir.
lienreusement le danseur est encore fort à la mode
les ballets de la Pergola, .et il ne le cède aux femmes.
Dl .11 mines gracieuses ni en pirouettes prolongées; c'est
peut-être très beau comme art, mais c'est certainement fort
laid comme réalité.
Une autre singularité de la Pergola c'est le privilège qu'ont les tanneurs, les corroyeufs, et en général tous les manlpuleurs de cuir, de venir se casser le cou pour le plus grand plaisir des spectateurs. A quelle époque remonte ee privilège? quelle circonstance y a donné lieu? quelle belle option est-il chargé de récompenser ? C'est ce que j'ignore, mais le privilège existe, voilà le fait. En conséquence, pourvu qu'ils s'habillent à leur compte, ces étranges comparses peuvent venir figurer gratis, chose à laquelle ils ne manquent pas, tandis qu'on a toutes les ppines du monde a avoir d'autres fifrurans payés. En vertu du même privilège, ils ne se mêlent point avec le vulgaire, ils entrent a part, restent entre eux. s'emparent d'un Intermède tout en-
tier et exécutent des groupes, des combats et des cabrioles pareils à ceux des Alcides, moins la force, et à ceux des Bédouins moins la légèreté. Ces groupes, ces combats et cescabrioles, au reste, sont toujours fort applaudis, et l honora ble corporation des tanneurs et des corroyeurs emporte sa bonne part des applaudissemens de la soirée.
Parfois, au milieu d'une cavatiue ou d'un pas de deux, une cloche au son aigu et déchirant se fait entendre ; c'est la cloche de la Miséricorde. Ecoutez bien : si elle sonne un coup, c'est pour un accident ordinaire ; si elle sonne deux coups, c'est pour un accident grave; si elle sonne trois coups, c'est pour un cas de mort. Alors vous voyez les loges s'éclaircir, et il arrive souvent que celui avec qui vous causez, s'il est Florentin, s'excuse de vous laisser au milieu de la conversation, prend son chapeau et sort. Vous vous informez de ce que veut dire cette clo che et d'où vient l'effet qu'elle produit. Alors on vous répond que c'est la cloche de la Miséricorde, et que celui avec qui vous causiez étant frère de cet ordre, il se rend à son pieux devoir.
La confrérie de la Miséricorde est une des plus belles institut ions qui existent au monde. Fondée en 1244, a propos des fréquentes pestes qui désolèrent le treizième siècle. elle s'est perpétuée jusqu'à nos jours sans altération aucune, sinon dans ses détails, du moins dans son esprit. Elle se compose de soixante-douze frères, dits chefs de garde, lesquels sont de service tous les quatre mois. Ces soixantedouze frères sont divisés ainsi : dix prélats ou prêtres gradués, vingt prélats ou prêtres non gradués, quatorze gentilshommes et vingt-huit artistes. A ce noyau primitif, représentant les classes aristocratiques et les arts libéraux, sont adjoints cent cinq journaliers pour représenter le peuple.
Le siège de la confrérie de la Miséricorde est place du Dôme. Chaque frère y a, marquée à son nom, une cassette renfermant une robe noire pareille à celle des pénitens, avec des ouvertures seulement aux yeux et à la bouche, afin que sa bonne action ait encore le mérite de l'incognito. Aussitôt que la nouvelle d'un accident quelconque parvient au frère qui est de garde, la cloche d'alarme sonne selon la gravité du cas, un, deux ou trois coups, et, au son de cette cloche, tout frère, quelque part qu'il se trouve, doit se retirer à l'instant même et courir au rendez-vous. Là il apprend quel est le malheur qui l'appelle ou la souffrance qui le réclame, revêt sa robe, se coiffe d'un grand chapeau, prend un cierge à la main et va partout où une voix gémit. Si c'est un blessé, on le porte à l'hôpital ; si c'est un mort, on le porte à la chapelle ; grand seigneur et homme du peuple alors, vêtus de la même robe, s'attellent à la même litière, et le chaînon qui réunit ces deux extrémités sociales est un pauvre malade qui, ne les connaissant ni l'un ni l'autre, prie également pour tous deux.
Puis quand les frères de la Miséricorde ont quitté la maison, les enfans dont ils viennent d'emporter le père, la femme dont ils viennent d'emporter le mari, n'ont qu'à regarder autour d'eux, et toujours sur quelque meuble vermoulu, ils trouveront une pieuse aumône déposée par une main inconnue.
Le grand-duc fait partie de l'association des frères de la Miséricorde, et l'on assure que plus d'une fois, à l'appel de la cloche fatale, il lui est arrivé de revêtir cet uniforme de l'humanité, et pénétrer inconnu, côte à côte d'un ouvrier, jusqu'au chevet de quelque pauvre mourant, chez lequel, après son départ, sa présence n'était trahie que par le secours qu'il avait laissé.
Les frères de la Miséricorde doivent encore accompagner les condamnés à l'échafaud ; mais comme depuis l'avènement au trône du grand-duc Ferdinand, père du souverain actuellement sur le trône, la peine de mort est à peu près abolie, ils sont délivrés de cette pénible partie de leurs fonctions.
Son devoir rempli, chaque frère revient place du Dôme. dépose dans la maison miséricordieuse robe, cierge, chapeau, et retourne â ses affaires ou à ses plaisirs, prescpie toujours allégé de quelques trancesconi.
Revenons à la Pergola, dont nous a. pour un instant, êi artë la cloche de la Miséricorde.
Le ballet fini, on chante le second acte, car en II ilie pour
doi r aux chanteurs le temps de se repo le bail I s'exé
cuto entre les deux actes. Comme en général on s'occupe 1res peu de l'opéra, personne ne se plaint de cette solution de continuité, les étrangers seuls s'en étonnent d'abord, mats bientôt ils s'y accoutument; d'ailleurs on n'habite pat trois mois Florence qu'on est déjà aux trois quarts toscanlsé.
Florence est en tout temps ce qu'était Venise du temps de Candide, le rendez-VOUS des rois détrônés. A la première représentation des Vipres Siciliennes, J'ai vu à la fois dans la salle: le comte de Saint-I.eu. ex-roi de Hollande le prince de Montfort, ex-roi de Westphalie, le duc de Lur- ,, ex-rol d'Etrurie. madame Christophe, ex-reine de
Haïti, le prince de Syracuse, ex-vice-roi de Si< ile, et peu s'en était fallu encore que cette illustre société de têtes découronnées ne lût complétée par Chris 1 ex-régente
gne.
Il est vrai que l'opéra qu'on représentait était du prince Poniatowski, dont l'am l'ologne.
Comme on le voit, la Toscane a enlevé a la France le privilège d'être l'asile des rota malheureux.
Après la Pergola, il y a toujours quelque soirée russe, anglaise ou florentine, où 1 on va continuer sa nuit et a< hever une conversation commencée aux Cachines ou à la Pergola.
Voila ce qu'est Florence l'hiver pour l'aristocratie, pliant au peuple t< heureux que le peuple pari-
sien, l'hiver n'est paa pour lui une saison où il a froid
et où il a faim mmi pour 1; blés ntraire,
une époque de plal li Comme les grands - Igneurs, il a deux théâtres dopera, auxquels il va moyennant cinq sous, et où il entend du Mozart, du Rossini et du Meyerbeer, et de plus que les grands seigneurs, il a son Stentarello qu il i a applan lir pour deux i 1
Stentarello es( à Florence ce que Jocrisse est a Paris, ce que Cassandre est a Rome, ce que Polichinelle est a Naples et ce que Girolamo est a Milan, c'est i-dire le comique ernel et inamovihle, qui depuis trois cents ans a le privilège de faire rire les - cents
ans encore, selon toute probabilité, aura 1 honneur de faire rire les descendans. Stentarello enfin est de cette illustre famille des queues rouges, qui, à mon grand regret, a disparu en France au milieu de nos commotions politiques et de nos révolutions littéraires Aussi va-t-on quelquefois en débauche à Stentarello comme on va à Paris aux Funambules.
Ce qui frappe encore à Florence, comme une coutume toute particulière a la ville, c'est l'absence du mari. Ne iez pas le niai i dans la voiture ou dans la loge de sa femme, c'est inutile, il n'y est pas. Où est-il? Je n'en sais rien; dans quelqu lans quelque autre voi-
ture. \ Florence, le man ; anneau de Gygès, il
est Invisible. Il y a telle femme de ta société que je rencontrais tr..is fols par jour pendant six mois, et qu'au boni de ce teni; iyats veuve, lorsque par ha
dans la conversa iris qu'elle avait un mari, qu
i -nt ei demeurait dan-; La i qu'elle. Alors |e cherchai le mari, je le demandai il le monde, je m 'entêtai à le voir. Peine perdue 11 fallut Florence sans avoir eu l'honneur de faire
sa connais- Dérant être plus heureux à un autre
voyage.
il nen est point ainsi, au reste, pour les jeunes métout une génération s'avance qui s'écarte, sous ce point de vue, des traditions paternelles, et l'on cite, comme remontant i Inq ans. le di
où fut inscrite par les parens de la mariée cette étrange réserve qu'il nt à leur tille du droit de choisir un
rvant
lié. il faut hkn parler un peu •lu ca' I rvant; d'ailleurs SI le peu disais rien, on
i il y a trop à en dire.
mlUi s "ii les allian i s au li< a des mariages d'à presque toujours des unions
il arrive, après un temps plus ou
- Mule ci ii . i.niii mi le besoin d'un Ir le mai I i brutal, la femme
est revéche et boudeu iux ne sP parlent plus
que pour échai mil as mutuelles; Ils sont
sur le polnl de se détester.
' al se présente. La femme lui narre
ouleurs ; le mari lui conte ses ennuis: chacun rejette sur lui une l'.n •
pari donl 11 vlen d i harger un tiers . il y a de. Hou dans i ■■' i Bientôt Li n<J I I contre
mme était l'obliga emeni par lui
de la mener partout avec lui; la ferai
■ von- que la iu la • ondutt son mnri
ne lui est Insupi .'•« d'y
aller avec lui (Juand on en on est
bien prés ,i, si comprendre.
C'est alors que le rôle de l'ami ne: il se sacrifie
pouT tous deux : le dévoumenl est sa
mari pi l veut sari
son dévoumenl la femmi i
m i i-i revient en soni temme
\ qui l'un et l'autre ls ce enang
d'hum. . mais raml réduit a
on retombai la position i>re-
mlèn nue parfaitement Intolérable Le mari
•il il ne se soucie plus et don! Il ne
.à tin - i.i Use prendn \ e l'ami se substitue a
lui. il se sent plus à son aise dans sa maison ; l'ami devient cavalier servant en titre, et le triangle équilatéral s'établit ainsi tout doucement a la satisfaction de chacun.
Ceci n'est point l'histoire de l'Italie particulièrement, c'est 1 histoire de tous les pays du monde ; seulement dans tous les pays du monde on le cache par hypocrisie ou par orgueil ; en Italie, on le laisse voir par habitude et par insouciance.
Mus ce qui n'arrive qu'en Italie, par exemple, c'est que cette liaison (revient le véritable mariage, et que presque toujours la hdélité trahie envers le premier est gardée au second. En effet, une fols la dame et son cavalier liés ainsi l'un à l'autre, plus cet arrangement a été public, plus il devient nécessairement durable. Maintenant, ne vaut-il pas mieux prendre publiquement un amant et le garder -i vie. que d en •' inemenl tous les
huit jours, tous les mois, ou même tous les ans, comme c'est l'habitude dans un autre pays que je connais et que je ne nomme pi
Mais les maris quelles figures font-ils»
A ceci je répondrai par un petit dialogue :
— .m "'. .lis. ut l'empereur a l'un de ses cour-
tisons, on m'assure que vous êtes cocu; pourquoi ne me l'avez pas dit 1
. ut M. de '", parce que j'ai cru qui n'intéressait ni mon honneur ni celui de Votre Majesté.
Les maris italiens sont de l'avis de M. de "".
Malheureusement, ce petit arrangement intérieur, que Je trouve pour mon compte, du moment que cela convient aux trois intéressés, tout simple, tout naturel, et je dirai presque tout moral, ne s'exéi ute qu'aux dépens de pitalité. En effet, on comprend combien doit être gênant, plongeant du salon à l'alcove, le coup d'oeil investigateur d'un étranger, et surtout d un Français, qui, avec sa légèreté et smi Indiscrétion habituelles s en ira, Florence à peine q er par la publli ité de leur vie privée
les femmes qui. sur la recommandation d'un ami. l'auront accueilli comme un ami. Lui, inconnu, n'aura cependant passé chez ceux qui l'ont reçu ainsi, que pour laisser le i m re icleuses el attentives poll-
'i'i'il en a réel il vrai,
que l'étranger, admirablement accueilli d'abord, ou sur la foi de son nom seul, ou sur la lettre qui lui sert d'introprès les invitations ordinaires aux diners et aux bals, sent 1 intimité se fermer devant lui, et demeurat-11 un an à Florence, reste presque toujours un étranger pour les Florentins. De la, absence complète de ces bonnes et longues causeries auprès du feu. où. après toute une soirée bavarder, on s'en va ignorant parfaitement ce qu'on a pu dire, mais sachant, par l'envie même qu'on a de les renouveler le lendemain, qu'on ne - nt en-
nuyé un Instant
Mais, cm, ne une fols, stAel Inst, la faute n'en est
certes pas aux Florentins, mais a l'ii et-je dirai
mie frr.nça
SAINTE-MARIE-DESFLEURS
Notre premier soin, en arrivant a Florence, avait déposer au\ palais Corsln Poniatowski et Martelllni, les
mr leurs Illustres maîtres l.o ni. nie |our des .actes - nt en- Invitatlons OU de -.iréos. on de bals ou de dln Corstnl, entre autres. taisait Inviter à venir voir dn -•• des Barbert, et des salons de son palais l'Illumination • ftS sur l'Arno.
En effet, les fêtes de la Saint-Jean arrivaient, et l'on sen-
tiit s,.|,s ie .i. |oyi use
qui précède !•- grandes solennités. '- ■ comme il
in.ii- restait deux ou ■ lui où
n. .us nous trouvions et celui ..u les fêtes devaient commencer, nous résolûmes de le- les principaux monn. nens de Florence Mes deux premières visites en arrivant dans une ville,
l'hâte] de ville. En effet, toute l'histoire rellg litlque d'un
est ordinairement groupée autour de ces ni->nu- M ■ i. i ' -:irl et
tttpubllQUtt Italiennes ,i, Slsmonde de si-. je donnai donc l'ordre à mon rocher de i luire au,
l'Intervertissais tanl -nt peu i uiolo-
gique. la fondation du Dôme êl pure d'une don-
. celle du i tout sei-
gneur tout honneur, et il est bien juste neur
• lu .ni passe avant le- seigneurs de la terre
de Floreni ■ -,. u, grâce a sa nouv u ir d'une tranquillité
UNE ANNEE A FLORENCE
profonde. En même temps qu'elle faisait entourer la ville d'une nouvelle enceinte, revjtir de marbre le baptis i de Saint-Jean, bâtir son Palais-Vieux et élever la tour du grenier de Saint-Michel, elle résolu! de faire réediner avec une magnificence digne d'elle, et par conséquent sur de plus larges proportions, l'ancienne cathédrale dédiée d'abord au saint Sauveur, puis a sainte Reparata. En conséquence, la commune se rassembla et rendit ce uécret :
- Attendu que la haute prudence d'un peuple de grande origine don eue de procéder uans ses auaires de taçon que 1 on reconnaisse, d'après ce qu'il fait, qu'il est puissant .. nous ordonnons à Arnolfo, maître en chef de notre commune, de faire le modèle et le dessin de la reconstrucde Saime-Reparata, avec la plus haute et la plus somptueuse magnificence qu'il pourra y mettre, afin que cette église soit aussi grande et aussi belle que le pouvoir et 1 industrie des hommes la peuvent édifier; car il a été dit et conseillé par les plus sages de la ville en assemblée publique et privée, de ne point entreprendre les choses de la commune si Ion n'est point d'accord de les porter au plus haut degré de grandeur, ainsi qu'il convient de faire pour le résultat des délibérations d'une réunion d'hommes libres, mus par une seule et même volonté, la grandeur et la gloire de la patrie. >•
Arnolfo di Lapo avait à lutter contre un terrible prédécesseur, qui avait parcouru l'Italie, laissant partout des monumens puissans ou splendides. C'était Buono, sculpteur et architecte, l'un des premiers dont Je nom soit prononcé dans l'histoire de l'art. En effet Buono, dès la moitié du douzième siècle, avait bâti a Ravenne force palais et églises, lesquels lui avaient fait une si grande et si noble réputation, qu'il avait été tour à tour appelé à Xaples pour y élever le château Capouan et le château de l'Œuf ; à Venise, pour y fonder le campanile de Saint-Marc : à Pistoie. pour y bâtir l'église de Saint-André ; à Arezzo, pour y construire le palais de la Seigneurie ; et a Pise, pour y fonder, de compte a demi avec Bonnanno, cette fameuse tour penchée qui fait encore aujourd'hui la terreur et l'étonnement des voyageurs.
Arnolfo ne s'effraya point du parallèle, et malgré cette envie naturelle a l'humanité qui grandit toujours la réputation des morts pour abaisser celle des vivans, encouragé par le succès que lui avait valu l'exécution de l'église de Sainte Croix qu'il venait d'achever, il se mit hardiment â l'œuvre, et fit un modèle qui réunit si unanimement les feuTrages, iju il lut décidé qu'on le mettrait immédiatement à exécution. En effet, après des travaux préparatoires pour détourner des fondations des sources d eaux vives auxquelles on attribuait les tremblemens de terre qui avaient secoué plusieurs fois l'ancienne basilique, la première pierre fut posée, en 129S, par le cardinal Valeriano, envoyé exprès par le pape Boniface VIII, le même qui, entré au pontificat comme un renard, devait, dit son biographe, s'y maintenir comme un lion et y mourir comme un chien.
La nouvelle cathédrale commença donc de s'élever, sous la gracieuse invocation de Sainte-Marie-des-Fleurs, nom quelle reçut, disent les uns, en souvenir du champ de roses sur lequel Florence fut bâtie, et, disent les autres, en honneur de la fleur de lis dont elle a fait ses armes' Alors on assure que, voyant sortir majestueusement son (ruvre du sol, et prévoyant sa future grandeur. Arnolfo s'écria :
— Je t'ai préservée des tremblemens de terre, Dieu te préserve de la foudre !
L'architecte avait tout calculé pour l'exécution du dôme, excepté la brièveté de la vie. Deux ans après la première pierre posée, Arnolfo mourut, laissant sa bâtisse â peine commencée aux mains de Giotto, qui, au dessin primitif, ajouta le campanile. Puis les années s'écoulèrent encore ; Thaddeo Gaddi succéda ;i Giotto, André Orcagna a Gaddi, lippi i André Orcagna, sans qu'aucun de ces grands entasseurs de marbres eût osé commencer l'exécution de la toupole i.e monument avait donc déjà usé cinq architectes, et restait encore inachevé, lorsqu'en un Philippe Brunelentreprlt cette œuvre gigantesque qui n'avait de moque Sainte-Sophie de i onstantinopl î, et qui ne devait avoir de rivale dans l'avenir que Saint-Pierre de Rome ; et l'œuvre réussit si bien aux mains du sublime ouvrier, que. cent ans après. Michel-Ange, appelé a Rome par le pape Juifs n pour succéder a Bramante, dit en jetant un dernier coup d'oeil sur cette coupole, en face de laquelle il avait retenu son tombeau, pour la voir même après sa mort
. — Adieu, je vais essayer de faire ta sœur, mais je n'espère pas faire la pareille.
Le dôme ne fut jamais terminé. Baccio d'Agnolo (tait en train d'exécuter sa galerie extérieure, lorsqu'une raillerie de Michel-Ange la lut fit abandonner: enfin, au moment de plaquer de marbre la façade, on s'aperçul que l'argent manquait au trésor. Dix-huit millions avaient déjà passé
â l'érection du monument. Les travaux s'interrompirent et ne furent jamais repris depuis lois. Seulement, â l'occa sion du mariage de Ferdinand île Médicis avec Violante de Bavière, quelques peintres de Bologne couvrirent de peintures â fresques la façade blanche et nue. Ce sont ces peintures dont on voit aujourd'hui les restes presque entièrement effacés.
Tel qu'il est et tout inachevé que l'ont laissé les vicissitudes qui s'attachent aux monumens comme aux hommes, le dôme, tout incrusté de marbre blanc et noir, avec ses fenêtres ornées de colonnes en spirales, de pyramides et de statuettes, ses portes surmontées de sculptures de Jean de Pise ou de mosaïques de Ghirlandajo, n'en est. pas moins un chef-d'œuvre, qu'à la prière de son premier architecte les tremblemens de terre et la foudre ont respecté. Son premier aspect est. magnifique, imposant, splendide, et rien n'est beau comme de faire, au clair de la lune, le tour du colosse accroupi au milieu de sa vaste place comme un lion gigantesque.
L'intérieur du dôme ne répond point â l'extérieur; mais ici, les souvenirs historiques viennent dorer la pauvreté de ses murailles et la nudité de sa voûte.
A droite et à gauche en entrant, à une hauteur de vingt pieds â peu près, sont deux monumens : l'un peint sur la muraille par Paolo Uccello, l'autre exécuté en relief par Jacques Orcagna, et représentant les deux plus grands capitaines qu'ait eus a sa solde la république florentine La fresque est consacrée à Jean Auc-id, célèbre condottiere anglais, qui passa du service de Pise à celui de Florence. Le bas-relief représente Pierre Farnèse, le célèbre général florentin, qui, élu le 27 mars 1363, gagna la même année, sur les Pisans, la célèbre bataille de San-Piero. Le moment choisi par le statuaire est celui où Pierre Farnèse, ayant eu son cheval tué sous lui, remonte sur un mulet, et l'épée à la main, â la tête de ses cuirassiers, charge porté par cette étrange monture.
Quant à Jean Aucud, comme prononcent les Italiens, ou plutôt à Jean Hawkwood, comme l'écrivent les Anglais, c'était, ainsi que nous l'avons dit, un célèbre, condottiere â la solde du pape. Son engagement avec le saint-père honorablement fini, Aucud ayant trouvé son avantage à passer a la solde de la Magnifique république, devint, en 1377 le plus ferme appui de ceux qu'il avait combattus jusque-là, et qu'il servit jusqu'au 13 mars 1394, c'est-à-dire près de vingt ans. Pendant cette période, il avait si bien travaillé pour l'honneur et la prospérité de Florence, que, quoiqu'il fût mort de maladie dans une terre qu'il avait achetée près de Cortone, la seigneurie le fit ensevelir dans la cathédrale.
Comme on le pense bien, ce n'était point par des œuvres de sainteté que Jean Hawkwood avait mérité un pareil monument. Jean Hawkwood était au contraire assez peu respectueux envers les gens de sa religion, et d'avance sentait -un hérétique d'une lieue. Un jour, deux frères convers étant allés lui faire visite dans son château de Montecchio :
— Dieu vous donne la paix! lui dit un des deux moines.
— Le diable t'enlève ton aumône ! lui répondit Hawkwood.
— Pourquoi nous faites-vous un si cruel souhait ? demanda alors le pauvre frère tout ébouriffé d'une pareille réflexion.
— Eh! pardieu! répondit Hawkwood, ne savez-vous donc pas que je Vis de la guerre? et que la paix que vous me souhaitez me ferait mourir de faim.
Un autre jour, ayant abandonné le sac de Faenza à ses gens, il entra dans un couvent au moment où deux de ses plus braves officiers, se disputant une pauvre religieuse agenouillée au pied d'un crucifix, venaient de mettre l'épée à la main pour savoir celui des deux auquel elle appartiendrait. Hawkwood n'essaya point de leur faire entendre raison; il savait bien que c'était chose inutile avec les gens â qui il avait affaire. Il alla droit à la religieuse et la poignarda. Le moyen fut efficace, et à l'aspect du cadavre, les deux capitaines remirent leur épée au fourreau.
Aussi Paul Uccello a qui la peinture qui devait sui ter la tombe avait été confiée, se garda bien de mettre le simulacre de l'illustre mort dans la posture du repentir «m de la prière ; il le planta bravement sur son cheval de bataille, â qui, au grand désappointement des savaris, il fit lever à la fois le pied droit de devant et le pied droit de derrière. Pendant trois siècles et demi eu effet, les savans discutèrent sur l'impossibilité de cette allure, qui, direntils, dans tout le genre animal n'appartient qu'à l'ours. Ce ne fut qu'il 5- a quelques années, qu'un membre du Jockey- Club s'écria en apercevant la fresque de Paolo:
— Tiens! il marche l'amble!
Cette exclamation mit les savans d'accord.
A quelques pas en avant je Hawkwood est un portrait de Dante; c'est l'unique monument que la république ait jamais consacré .1 L'Homère du moyen âge.
Un mot sur lui. Nous aurons si souvent l'occasion de le citer, comme poète, comme historien ou comme savant, que
notre lecteur nous permettra, je l'espèn de le prendre par de lui fnire faire le tour Uu colosse. ■ mit. comme nous l'avons 411 on 1265, la cinléé de la réaction gibeline, C'était le rejeton ininill.- dont il a pris soin lui-même de nous logle dans le quinzième chant de son Parail fut le rameau d or était Guida iliseï, qui avant pris pour femme une jeune fille de Ferrare. de la maison des Alighieri. ajouta à son nom et a ses armes le nom et les armes de sa femme, puis s'en alla mourir en terre sainte, chevalier dans la milice de l'empereur Conrad.
jeun i! perdll son père. Elevé par sa mère que
l'on ai D éducation fut celle d'un chrétien et
d'un gentilhomme. Brunetto Latini lui apprit les lettres latines; quant aux lettres grecques, ce n'était fort heureusement notai encore la mode, sans quoi au lieu de sa
D doute fait quelque poème (..mine
[uanl au nom de son maître de chevalerie, il s'est | pie la l.aiaille de Campoldino ail prouvé
qu'il en avait reçu de nobles le.
\ii.. i, lia la philosophie a Florence, Bologne
ai Homme, il vint a Paris et > apprit la théologie, a retourna dans sa belle Florence, où di ire el la statuaire étaient nées, et où la poésie l'ati itre.
tait liors en proie aux guerres civiles: laide liante avec une femme de la famille des lionau le jeta dans le parti guelfe. liante était un de ces hommes d'il se donnerai corps fi lue loraqn ils se donnent; aussi le voyons-nous à la bataille de < ampoldino, charger a
.i Irezzo, ei dans la guerre contre les 1 monter le premier a l escalade du château de Caprona.
après . .' Il obtint les premières dignités de la
république Nomtni quatorze fois ambassadeur, quatorze fols il mena a bien la mission qui lui était confiée. Ce fut au m. .m. -m de partir pour l'une de ces ambassades, que. m, -m un .in regard les événements et les hommes, et que trouvant les uns gigantesques et les autres petits, il laissa tombi i .^es :
— Si |e reste, qui bral SI je vais, qui restée
par les discordes i L\ Iles est prompte a lui .nie pareille semence: sa plante est l'envie
el son Huit l'exil.
nesion, Dante fut condamné, le il j . du comte Gabriel Gubbio, podestat de Florence, a huit nulle livres d'amende, a deux ans de pros
ma
a la n de ses biens et à un exil
■ ne v, uliii pas nue le crime, en reroiinais-
sant l'arrêt; il abandonna ses emplois, ses maisons, ses terres et sortit de Florence, emportant pour loute richesse a\.i laquelle il avait combattu i Campoldino, s) la plume qui éa rs i hauts de i / <<
fer. Peut-être est-ce ce moment que choisit le peintre, car on voit derrière l'exilé Florence, et pies du poète une représentai Ion des ■ es de sa Dtui -.- Comt
UOl l'ii's et vendus au profit de
l'Etat; on passa la charrue a la place où avait eie sa maison, et i ..n \ sema ^n sel enfin, condamné a mon par
■ace, il fut brûlé en efhgie suc la inertie pis
deux i réalité.
L'amour de la patrie, le ...mage dans le combat, l'ardeur
lent [ail . , ., brave guerrier, l'ha-
dans l'intrigue, la persévérance dans la pol
al i.ni de Dante un grand homme d'Etat. Le d
el la ven nnl de lui un poète sublime.
m lie mondaine dont 11 avait hesm
âme se jeta .la. mplatlon des .h. .ses divines; et,
tandis que son corps demeurail enchaîne sur la terre, son
esprn rlsltall h- triple royaume des morts et peuplait l'en-
fec de -• - naini iradls de ses am ■-. La Diurne
m..- Dante ..lia sa plumi
avec son épée.
!.. i .i •il. i.i asile qui t'offrit au tngltti fut le i hateau de
te dalla Scala tnssl, dés les premiers
chant
de sa re. . muai-- . i il exprimera encore dans le
XVII" . liant du /Mr././ il trouva la cour de cet Auguste du moyen âge peuplée
.. Il, lin , lie I vellr,.
. h '>'.... .11. .rir <li dofl
..i/ i, ■ .Min».,', e virlnti,
, i' i, lire
Inf Caal i
.,.''' ■ i grand l <>.<■'
l'a il -:»nlo I
l'ar Canl \v II.
de prescrits 1 un d'eux, Sagacius Mutins Gaiiata. historien de Reggio, nous a laissé des détails précieux sur la manière dont le seigneur de la Scala exerçait l'hospitalité eux qui venaient demander un asile à son château Ils avaient, dit-il, différens appartemens, selon leurs diverses conditions, et a chacun le magnifique seigneur avait donné des valets et une table splendide : les diverses chambres étaient indiquées par des devises et des symboli la Victoire pour les guerriers. l'Espérance
pour les proscrits, les Muses pour les poêles Mercure poux la peinture, le Paradis pour les gens d'église, et pendant les repas, des bouffons, des musicien: loueurs de
gobelets parcouraient les appartemens. Les salles étaient - par Giotto. et les sujets qu il avait traités avalerai rapport aux "vicissitudes de la fortune humaine. De temps en temps le seigneur châtelain appelait a sa propre table quelqu'un d ml cuido de Casiello de
i, qu'a eau- m appelait le simple
Dante Alighlerl, homme très illustre alors, et qu il vénérait a cause de son génie. ••
honore qu'il eiait. I. proscrit ne pouvait plier sa fierté a .eue vie. et des plaintes profondes sortent a plusieurs reprises de sa poitrine. Tantôt c'est Farlnata des ri. .-ru qui, de sa voix alueiv. lui du La renie de ces
lieux n'aura pas rallumé cinquante fois son visage imc- (unie, que tu apprendras par toi-même combien es; difficile l'art de rentrer dans sa patrie. - Tantôt c est sou aïeul Canota Guida qui. compatissant aux peines de son di dant, s'écrie \msi qu Hippolyte sortit d'Athènes, chassé par une marâtre perfide et impie, ainsi il te faudra quitter les choses les plus v hères, el ce sera la première flèche qui partira de i arc de l'exil; alors iu comprendras t.- que ren-
l amertume le pain de le combien
lier >1 uni ru i esi dur a monter et a de i.ns le poids
le plus lourd à tes épaules sera cette société mauv.. divisée, en compagnie de laquelle tu tomberas dans i abîme. »
Plts avec les larmes des yeux et le sang du cœur.
Cependant, quelque douleur amère qu il souffrit, le poète refusa de rentrer dans sa patrie, parce qu'il n y rentrait poinl par le chemin de l'honneur. En laii, une loi rappela les proscrits ■■ la condition qu ils paieraient une ont les biens avalent été vendus
m n- lémolie, ne i- ia somme ne. assaira.
On lui offrit de l'en exempter, mais i la condition qu'il se constituerait prisonnier, et qu'il Irait recevoir son pardon ,, ia porte de la caUv p'eds nus. rate de la loue
de pénitent, el li
tion lui lui transmise par un religieux de ses amis. Voici ir Dante
« J'ai reçu avec honneur et ave.- plaisir votre 1er i après, en avoir pesé chaque parole, j'ai compris avec reconlen vous désire] du fond du cœur mon retoui dans la paine ie:ie preuve de voue souvenir me lia d'autant plus étroitement à vous, qu d est rare ..ux exilés de tiouver des .unis I* point
que le souhaiterait la pusillanimité de quelqai Je la remets affectueusement a l'examen de voue pin.
e que j'ai appris par une lettre de a, qui
de mes amis D après une
l..i c aiment p i i sur le i .. bannisj
il paraît que, si Je veux donner une somme d
.■ honorable, j. : s et i 'tourj
Florence Dans cette loi. 6 mon p. ce n faut l'avouer]
d \ a deux choses ridicules el mal ls mal
conseillées par ceuj qui ont fall la loi, car voue h-iire.
aent i oni ne, ne contenait rien de ■ es chi