BENVENUTO CELLINI
Au dessus de ces mots est le rescrit suivant qui est écrit de la main même du duc :
.. Veggasi q' a chi sta a venderla. e il prezzo che ne domandano ; perche vogliamo compiacerne Benvenuto. >•
Passons par-dessus les mille aventures qui lui arrivent encore, par-dessus les accusations qui le poursuivent, pardessus sa fuite et son voyage a Venise, par-dessus ses disputes avec Bandinelli, pour arriver enfin à la fonte du Persée, l'événement principal de cette période de sa vie, et qu'il va nous raconter lui-même.
Tous les malheurs sont venus l'assailli] e( onl menacé la
naissance de cette statue, si longtemps nu 11 problème
par ses rivaux. Le feu a pris à la ' une manier., m
violente qu'on a craint un instant 113 le toit ne s'abimàt sur la boutique. Le temps s'est mi! > ge, et il est tombé
une si grande pluie, et il a fait e nid vent qu on a
eu toutes les peines du monde à entretenir le feu de la foui nai-. Enfin, le mouli en fusion, il n'y
a j. lus qu'à faire couler le bronze de la chaudière dans la forme, quand le pauvre Benvenuto se sent pris d'une si
grosse fièvre, qu'il est oblls r jouer à des ouvi 1 1
cette partie dont dé] (onneur, et que ne pouvani
plus tenir sur ses jambes, il se décide à aller se mettre ait lit.
ALKXANDRE DUMAS ILLUSTRÉ
rs, dit-il, triste et tourmente, je me tournai vers ceux qui m'entouraient et qui étalent au nombre de dix ou maîtres fondeurs que manœuvres et ouvriers traits ma boutique*; un < .un Berinellini di Mugello, qui ralsait partie de ces ■ ; ui était plusieurs années. Dl'ètre recommandé a ton-, je lui djs a lui particuliè- - Mon ns ponctuellement les ordres que je t'ai donnés, et fais le plus vite que tu injurias, métal ne peu t. Tu ne peux te tromper; ces bran inal, et je suis certain qu'en ne vous écartant point de mes instructions la tonne s'emplira parfaites mol -ms plus malade «lue je ne l'ai jamais été depuis le jour où je sur ma parole, je crains bien avant peu d'heures de plus de ce monde.
«. Et ayant rlé, je les quittai bien triste, et |
me coucher
^ A peine fus-je au lit. que j'ordonnai à mes serrantes de
la boutique de quoi boire et manger pour tout
le monde, et je leur disais : — Hélas : hélas : demain je ne
serai plus en vie. Kux cependant, essayant de me rendre mon
i mil. étant vnu par trop ue fatigne passerait par un peu de repos
.i pendant lesquelles le rouit rainement contre 1 au lieu de décroître alla toujours s'augmentant ; et pendant ces deux heures, je ne
ma servante eu i hl gouvernait toute la maison, et qui se nommait Mona Fiore de i astel-Rk), la femme la plus vaillante et du meilleur mi fut Jamais il de me crier que
naffl de son mieuv et tout <en me consolant, elle ne pouvait enfermer dans son brave cœur la quantité nt, -' qui,
riaient par les j eux [ue toutes I
ne la voyais i^a-s. elle pleurait joie J'étais donc en proie •■ ces tribulations, lorsque Je vois entrer dans ma chambre un petit homme tortu comme un S majuscule qui
d'une »oi: aussi lamentable que celle des gens qui annoncent 1ère heure: — O Benvenuto :
■pauvre Benvenuto J tout votre travail est perdu, et il n'y a plus d . .1 mond
> Ans pan malheureux qui me remt
■in ni lomi .les entrailles, le jetai un si terrible cri qu'on ■ ■' i ■' " ! ■ le pris mes
r distribuant a droite et à gaui h .us el ■■ tous ceux qui
: main, une grêle de coups de pied el de la en me la n i oui en
\ii : les traîtres ! ah ! I< - ent leux ! C'esl nne trahison, non pas faite a mol seul mais à l'art tout mais par le ■ lel : Je jure que Je ci me i n
ivanl de mourir j'
" tvanté vu
roubli tabuler;
i.am ver.- ma boutique, où tous que J'avais
épou-
leur dis je d'une voix terrible, écoutez: et luand je n i m mi voilà pour présider a mon heure j ai m
I ondre et me dit :
Vou bien, Benvenuto, que vous vouli
compllr tu m conl re toutes les ri gles de
l'art 11 «VI u étais
i qui ni'h-
irner, que tous
lez e< nous
un SOUtfle de ut
• dirent ci bonnes
le i is que . ompter sur eux i
leau.
ordonnai aussitôt -i rir en
■i -i-oii d'un boucher ui
• pUe de i . i - plus
l i nt des brasa
lu i lient que
u n .i pas besoin d un
ce feu Infernal
je fis préparer les canaux, j'envoyai quelques-uns de mes liojnm - ce que le toit endommagé par le feu n. nous
Jouât pas quelque mauvais tour, et comme j'avais fait tendre des ries devant l'ouverture du jardin, je me trouvais de ce côté garanti du vent et de l'eau. De
il vu a tout et o"'- tout allait bien, je criais de ma plus grosse voix : — Faites ceci, .lie/ là, venez Ici Et toute ente brigade, voyant que le gâteau fondait, que c'était merveille, m obéissait à eux mieux, chacun faisant la besogne de trois. .Alors Je ti- prendre un demi-pain d'étain qui pesait environ ie livres, et je le jetai au beau milieu de la fournaise, en plein sur le gâteau, lequel. In , - qui le
chauffait ei . n lesquels
nous l'attaquions en dessus se ti en peu
d'insl
« Or, ayant vu que, contre l'attente de tous ces ignorans. j'avais pour ainsi dlr un mort, je repris tant de
e. qu'il me semblait n'avoir plus ni fièvre nie de la mon roui à coup une détonation se Bt entendre, levant nos yeux, et cela avec un tel bruit et un tel éclat, quecha- < un i' lit, et moi-même peut-être plus stupéfait et ipie les au Ré et cette clarté éteinte, nous nous regardâmes les uns les autres dans le blanc des yeux, nous demandant ce que cela voulait dire, lorsque nous nous aperçûmes que le couvercle de la de se rompre et que le bronze débordait ; j'ordonnai aussitôt qu'on ouvrit la bouche de mon moule, tandis qu'en même temps je faisais frapper sur les tampons du fourneau Vloi I ne coui dt pas avec piflité qui lui était habituelle, j'attribuai sa lenteur a ce que i ondre t>vait consumé toul l'alli; Je fis aussitôt pn m mes
uin, et,
i je fis
jeter le reste dans la fournaise, de manière que. voyant que
on le bronze était devenu parfaitement
liquide et que mon moule s'emplissait, tous mes traînards.
. m'aidaient el m 'obéissaient a
qui mieux mieux; tandis que moi, tantôt Ici, lanto
- de mon i .mandant et disant tout en cont-
int — n mon Dieu ! Seigneur l bol qui par ta toutepulssaace ressuscitas d'entre les morts et montas glorieu- ' dans le i lel : De manière qu'en un instant mon moule s'emplil el que moi, le voyant mbal à ge-
noux ; et .'pus avoir renier, lé le Seigneur de toute mon • • me relet le qui
était sur un vieux banc. Je me jetai dessus et le mangeai en ne ma brigade, qui mangeait et buvait en même temps que moi; ensuit- car il était deux
i lit, sain et sauf.
où je me reposai aussi tranquillemen . us la-
i la moindre Ind Pendant et temps, ma bonne servante, sans me rien
I nue d'un a qu'elle avait fait
elle nul toyetisc- Ali I le voilà donc, cet irt i e matin : .1.
■ que vous nous avez donnée la null passée, quand vous étiez dans votre
enfuie i d en avoir sa - ainsi que toute ma pauvre
ni >iu elle avait eue
et de . ranquflnm
en me voyant hors de dangi loyeu-
remplai er la n que
i rre, dans lasquula
le meilleur dîner qui ma
• nt me oi nt les m
r. a lent
veille que
tous les — Lble.
i la main a la ] le monde.
i le moule ouvrir
-e que je ■ u' i
qui grai iplraux qui pour
donner contint uvrir le n
et de ue I ie du mou
puisé ; n i i la me-
i une ...
île l'avant et . oui muai de
LA VILLA PALMIERI
découvrir ma -tatue : et à mesure que je la découvrais, je trouvai i haque partie admirablement venue, jusqu qu'eufiu j'arrivai au pied droit qui pose a tune, et je vis cju. ce talon était aussi complet que tout le reste ; circonstance qui me rendait a la fois joyeux et mécontent, car j'avais dit au duc qu'il était impossible que le bronze cou lit jusqu'au bout du moule, de manière que je crus un instant que l'événement allait me démentir.
« Mais en continuant mon exhumation, je trouvai que, selon ma ii ion, les doigts n'étaient pas venus, et qu'il en manquait dans leur partie supérieure près de la moitié. lue fatigue que dût me donner en plus cet accident, J'en fus enchanté, car il devait prouver au duc si je savais ou non mon métier. Au reste, si le métal avait coulé plu» avant que je croyais qu'il ne put le faire, cela tenait tout simplement d'abord à ce que j'avais fait chauffer le bronze plus que d'habitude, et ensuite à cette quantité d'étain que j'y avais mêle, chose dont les autres maîtres ne s'étaient jamais avisés. Or, voyant mon œuvre si bien venue, j'allai aussitôt trouver le duc à Pise, où lui et la duchesse me firent un accueil aussi aimable que possible ; et quoique le majordome leur eût déjà appris l'événement dans tous ses Bétails cela ne leur suffit, point, et ils voulurent me l'eniconter de vive voix. J'obéis aussitôl . mais lorsque j'en fus venu aux pieds du Persée, et que j'annonçai à Son Excellence, qu'ainsi que je lui avals dit qu'il devait le faire, le métal n'avait point entièrement rempli le moule, le grand-duc fut émerveillé de ma prévision, et la redit à la grande-duchesse dans les propres termes dont je m'étais servi pour l'en prévenir lui-même. Voyant alors mes maîtres et seigneurs si bien disposés à mon égard, je priai le grand-duc de me donner congé d'aller à Rome, congé qu'il m'accorda gracieusement, mais en me recommandant toutefois de revenir au plus vite pour finir son Persée; de plus. il me donna des lettres pour son ambassadeur, qui était à cette époque Averard Serristori. »
Ce fut dans cette même maison que Benvenuto Cellini mourut le 13 de février 1571, et fut enterré à l'église de l'Annunziata. ainsi que le prouve la note suivante que j'extrais des archives de l'Académie des beaux-arts :
« Ce 15 février 1571.
« Punira lies lattes à mesure Benvenuto Ceilini, sculpteur.
« Aujourd'hui, jour sus dénommé, fut enterré maître Benvenuto Cellini, sculpteur, et par son ordre l'inhumation fut faile dans notre chapitre de l'Annunziata avec une grande pompe ir laquelle concoururent toute l'Acadi
toute la compagnie des Beaux-Arts. On se rendit à sa maison, on se rangea comme d'habitude, et lorsque tous les moines eurent défilé, quatre académiciens prirent le cercueil que 1 on porta à l'Annunziata avec les mutations êrémonies du culte divin ayant été accomplies, un [nie entra qui, la veille de l'enterrement, avait reçu la mission de faire l'oraison funèbre à la louange dudit maître Benvenuto, oraison qui fut fort goûtée de tous ceux Qui ai i i le défunt, non seulement pour lui rendre
les derniers devoirs, mais encore dans l'espérance d'entendre faire son éloge. Et le tout fut fait avec un grand appareil de cierges et de lumières, tant dans l'église que dans le piapiti faire le compte des cierges que l'on donna
ll'Académie D ib rd i su] i curent chacun un cierge
d'une livre; les conseillers, les secrétaires et les camerlingues, chacun un cierge de huit onces; le provéditeur, un i une livre ; enfin tous les autres, au nombre de'cinquanfe. chai un un neige de quatre onces. »
Oui u a pus de si brillantes funérailles, si scru-
puleusement enregistrées, la compagnie des Beaux-Arts, a lu e; c'esl de mettre le nom de Benvenuto Cellini mu i ombe ! Ce qui fait que, grâce à cet oubli, nul, dflIIS ' ne peut montrer du doigt la place où
lot enterré l'auteur du Persée.
MAISON D AMÉRIC YESl'l CK