‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 72 sur 283 · I.'enfant •; es cheveux couronnés de Heurs · texte numérisé non relu

I.'enfant •; es cheveux couronnés de Heurs

tenant d'une main une palme e; de l'autre un crucifix; et 1 et ut mort -ans agonie, ou eût dit [oui simplement qu'il dormait

La mère le -rut aussi, ou plutôt elle essaya de le cr Elle se Jeia sur son lit. serra l'enfant dan- - . bras, baisant . ; -a bou. ic - lui ci lant

.r.a, ,.1 r,. qui rev< pour ne

le plu- quitter. Mai- l'enfant dormait du sommeil sans réveil, et ne répond' Alors le Seigneur permit que le cœur de la mère, au Heu

LA VILLA PALMIEHI

de se livrer au désespoir, s'ouvrît à la foi ; elle se laissa glisser du lit mortuaire, et tombant sur ses deux genoux : Domine, Domine, s'écria-t-elle comme les sœurs de Lazare, si tulsses hic, filius meus non fuisset mortuus ,• c'est-à-dire : Seigneur, Seigneur, si tu avais été ici, mon enfant ne serait pas mort.

Puis alors un espoir lui revint. Comme à ses cris maternels les voisins étaient accourus, et que l'appartement commençait à se remplir de nmnde, elle se retourna vers les assistais et demanda si personne parmi eux ne pouvait lui dire où était saint Zanobbi. Tous lui répondirent d'une

— O saint homme du Seigneur! s'écria-t-elle, les Joues livides, les cheveux épars et la voix pleine de larmes ; — ô miséricordieux évêque ! ô père des pauvres ! ô consolateur des affligés ! tu sais que dans la perte des choses humaines là est la plus grande douleur où était la plus grande espérance et le plus grand amour. Or, toute mon espérance, tout mon amour, je les avais mis dans cet enfant que voilà mort à mes pieds. Que voulez-vous donc que devienne une mère quand son enfant unique est mort? N'oubliez donc pas que c'est par votre conseil que j'ai continué mon voyage vers Rome, que vous m'avez dit de laisser cet enfant entre vos

Le procès s'instruisit bientôt au grand élonnement de toute la ville.

seule voix que, comme on célébrait ce même jour la fête des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, l'évêque était avec tout son clergé occupé de célébrer l'office divin à l'église de Saint-Pierre-Majeur, situé hors les murs, après quoi il reviendrait sans doute à l'église de Santa-Reparata, aujourd'hui le Dôme.

Aussitôt, avec cette foi qui soulève les montagnes, elle leva ses regards au ciel, adressa sa prière à Dieu, et l'on remarqua qu'à mesure qu'elle priait les larmes se séchaient dans ses yeux, et que le calme reparaissait sur son visage ; puis, la prière finie, elle se releva, prit son fils contre sa poitrine, et s'avançant vers la porte : — Place, dit-elle, à l'enfant qui va ressusciter !

On la crut folle et on la suivit.

Alors elle s'avança par les rues de Florence ; et, arrivée à la via Borgo-degli-Albizzi, elle aperçut, au bout de la rue, saint Zanobbi qui revenait processionnellement avec tout son clergé. Elle s'engagea aussitôt dans la rue, suivie d'une multitude de peuple presque aussi grande que celle qui suivait l'évêque, et l'ayant rencontré juste à l'endroit où se trouve aujourd'hui le palais Altoviti, elle déposa l'enfant devant lui, et se jetant à ses pieds :

mains, et que je l'y ai laissé. Et à cette heure, comment me rendez-vous mon enfant ? Vous le voyez, saint homme de Dieu, mort, mort ! Priez donc Dieu de renouveler pour moi le miracle qu'il a fait pour la fille de Jaïre et pour le frère de Marthe et de Madeleine. Je crois comme ces saintes femmes croyaient ; j'ai dans l'âme la même foi qu'elles avaient dans l'âme. Dites donc les paroles saintes: je suis à genoux, je crois, j'attends.

Et la pauvre mère levait en effet vers le ciel des yeux si pleins d'espérance que tout le monde pleurait autour d'elle en voyant une si profonde douleur jointe à une si pieuse croyance.

Quant à saint Zanobbi, il s'était arrêté comme stupéfait d'un pareil espoir et dans l'humble doute toujours que le Seigneur daignât se servir de lui pour accomplir de si grandes choses. Mais tout le peuple, qui lui avait déjà vu faire tant de miracles, se mit à crier, partageant la confiance de la mère :

— Ressuscitez l'enfant, saint évêque, ressuscitez-le !

Alors saint Zanobbi s'agenouilla, et, avec des larmes d'une dévotion profonde, 11 demanda à Dieu de permettre que le

ciel s'ouvrit et laissât tomber sur le fils de cette pauvre femme la rosée de sa grâce. Puis, cette prière terminée, il fit le signe de la croix sur le corps de l'enfant, le souleva dans ses bras et le déposa dans ceux le sa mère.

La mère jeta un grand cri de joie et de reconnaissance . l'enfant venait de rouvrir les yeux ; puis le dernier mot qui était sorti de sa bouche en sortit encore le premier, et l'enfant s'écria : — Ma mère !

Aussitôt tout le peuple se mil à louer Dieu, disant : Benedictus es, Domine, Deus j • trorum, et laudoi>iii<

et olorinsus in sxcul sanctos mtrabilla opérait

non cessas. — C'est-a aire Sois béni, ô Dieu de nos pères' sois béni et lôu Si siècles, toi qui ne cesses d'opê

rer des miracles par l'intermédiaire de tes saints !

Et tou-s ain-i chantant, et la mère tenant son flls par la main, ils accompagnèrent le saint homme jusqu'à l'archevêché. Puis la mère el l'enfant partirent pour la France, où

tous deux : rent en bonne santé, glorifiant le nom du

Seigneur et celui du saint évfique qui les avait réunis l'un à l'autre quand ils se croyaient séparés pour jamais.

A Tendron infime où le miracle eut lieu, c'est-à-dire au pied du palais Altovlti, on Voit encore aujourd'hui une pierre où est gravée cette inscription :

B. Zcnnbbus puerum sibi a maire

Oallica Romte eunti

crcittitm. at<iu<' tiitcrx mortuum,

Hum jfW urbem lustranti cadem

Reversa hoc loao conclurent

Occurrit, signo cruels ai vttam revotât,

sal. cccc.

A son tour, après une vie toute de bonnes œuvres, saint Zanobbl mourut mais comme il devait mourir, consolant ei bénissant Jusqu'à sa dernière heure. Ce fut vers l'an 424. disent les uns, et 420. disent les autres, qu'arriva cet événement, qui plongea Florence dans le deuil. Son corps, embaumé avec les parfums les plus riches et les aromates les plus précieux, fut déposé dans le cercueil revêtu de ses habits pontificaux, et transporté, ainsi qu'il l'avait de lui-même, dans l'église de Saint-Laurent. Mais trois mois après, saint Zanobbl ayant été canonisé son successeur, qui se nommait André, et qui était un homme d'une piété suprême, résolut de lui rendre les non en transportant son corps do la modeste église où il avait été enterré dans la cathédrale de Saint-Sauveur Le jour de cette translation fut fixé au 20 du ■ le janvier, c'est-à-dire quatre ans environ après sa mort.

On se pré] solennité par un Jeûne gé-

néTal. Toute la t du 25 an 36 janvier les cloches sonnèrent

-arrêter un seul instant.

Enfin, ver heures du matin, Tévfiqne et tout le

clergé se rendirent à l'église Sun! Laurent, où le ceri.in disposé dès la veille sur un riche catafalque tout

■ >iit garni de franges d'or.

diacres et les évfiques prirent alors le catafalque sur

- ; et, pW ' de Florence, mitre en

têt* crosse en main, du cl cuantres qui disaient

! me de i tueur qui agitaient les i ii

lies qui jetaient des tieurs, s'avancèrent ii ' llemenl de l'église Saint-Laurent a la catbé iveui Itu où i lujourd Irai le 1 1 "

me grande multitude de peuple,

;|" milieu iti-ait les aveugles auxquels

i ue, les parais i Iques auxquels le saint

avall rendu le i .les poss. ; . nels le saint

avait rendu i

El tous i Ii

Or, il ail' ' ,,e pouvait pas

arrivant sur la place il se ' k peuple que,

mpulslon doi !■ ôvi ques et

ut un mouvement de

ir la l'i.i' d | .,■

•<<< cetti d aval! lieu le '.'c janvier, sem-

blalt un arbre mort. Mais \.

touché l'arbre qu'au infime In ianl l'arbn e couvrit de 111 ouva Irenl aussitôt, et en quelqu. g si

devlnri'in des f aussi frai

touffoi

dent Mors de grands cris l '

■ ' i her les feuilles, pour en cas

i bien qu'au bout d un Instant ce ne fui

qu un tronc dépouillé, et ce tronc lui-même fut scié à son tour, et du bois qu'il fournit on fit des tableaux d'autel : car autrefois, en se le rappella. presque tous les tableaux d'église étaient sur bois. Au reste, un de ces tableaux resta longtemps dans la chapelle du saint. 11 représentait saint Zanohbi entre ses élèves bien-aimés, saint Eugène et saint Crescent ; et aux pieds du digne évêque étaient écrits ces mots en caractères romains :

Facto de idtnri ,/H,/' floruit tempore beau Zanobbl,

C'est en mémoire de cet orme, qui fleurit ainsi que nous venons de le dire et qu'en un Instant le peuple dépouilla, que fut dressée la colonne de marbre encore debout aujourd'hui près du Baptistère Saint-Jean, et sur laquelle on lit l'inscription suivante :

.l/i/io ab Ini e Domlni tos (l).

Die S6 januarti, tempore

Imperatorts \rcadii, et Uonorll,

.l/i/io uitJcciriHJ, autnto mense.

Hum Se basUlca sanctl Lavrenttt

Ad majorent ecclesiam Florenttnam

lit sancti Zanobbtl, Horenltnorum

Eptscopi. fœrctro porlaretur,

Hic in loco lilmus arbor

.indu tune existais, quam cum

Pceretrum sanctl corports tetigisset.

Subito /rondes et flores

ttiracvXose produxlt, in cu)us

Mlraculi memoria Chrtstianl

Cives Florentlnl in loco sutdalse

Arborts Me banc columnam

Cum eruce in signo notabili erexerunt.

Mille ans venaient de s'écouler pendant lesquels, par des miracles successifs, le corps de Zanobbl avait continué de donner aux Florentins la preuve que son .une veillait sur eux. La vieille basilique avait disparu pour faire place au nouveau Dôme. Brunellescnl venait de couronner de sa pôle le monument d'Arnolfo di Lapo. Enfin Saune Mai iedes-Fleurs était érigée depuis 1420 en église métropolitaine par le pape Martin V, lorsque l'archevêque do Florence, Louis Scarapleri, de Padoue, qui avait commencé par être valet de chambre et médecin du pape Eugène IV, et qui depuis fut cardinal et patriarche, songea à tirer le corps de saint Zanobbl des catacombes de l'ancienne basilique le mettre dans un Heu digne de la haute renommée dont il jouissait. Malheureusement, pendant que l'on bâtissait la nouvelle cathédrale, les travaux fondamentaux du monument avaient tout bouleversé; et, comme trois ou quatre gét écoulées entre la première pierre posée par An et la dernier.' pierre posée par Brunellescbl, on axait complètement oublié en quel lieu de l'ancienne ' es les saintes reliques, dont.

comme on se le rappelle, la translation avait déjà eu lie Saint Luirent a Saint-Sauveur en l'an 429. En conséqn l'archevêque rassembla tout son clergé, espérant que ] les plus vieux chanoines de l'église 11 y en auiaii qui pourraient lin donner quelq renselgnemens. 't déclara dans

cette premii n assemblée que son intention était que la translation du rorps de saint Zanobbl eût lieu le 20 avril avait éti le digne an hevêque ;

qu ' cetie époque lustement. un conclli '■mblé

pour réunir défh I Eglise i recque a l'Eglise ro-

maine i être di venue momentanément le

séjour d pi rsonnages de la chré icnté En effet,

se trouvaient aloi ne I\ Jean

léologue. empereur des Gro s . Démétrius. son frère ; Joseph, le Constant inople. et tout le collège des cardinaux, des évfiqui arihevcq u el lanns istans pour une pareille fête. Aussi impierl aval que la translation se 1 1 ni leui départ.

Les plus vieux elant leurs souvenirs,

avaient cru pouvoir indiquer a peu près a l'ari I ne. pie i ..u. par tradition, ils . itendu dire dans

leur jeu se trouvait le rorps du saint. Mais

difficulté levé", il s'en présentait une autre: on craignait que .es grands courans d'»aux que ... profondes sou souterraine- \,. ■ i ] po lorsqu'il avait

idatlons de son monument, n'eussent, par leur

(I) U j i qu'en lit

Cl inrih lins 'li-.'iil 011

LA VILLA PALMIERI

humidité, putréfié le corps du saint. Or. quel scandale pour toute l'Eglise si ce corps, qui avait (ait tant de miracles. se présentait à la vue de tous fétide et corrompu i

On résolut donc, pour obvier à cet inconvénient, de s'assurer de la vérité d'abord ; puis, si le cadavre du saint était dans l'était où on craignait de le voir, d'en prévenir le pape, qui alors déciderait dans sa sagesse ce qu'il y avait a faire.

En conséquence, la veille du jour où la translation devait avoir lieu, le préposé de l'église, Jean Spinellino, homme grave et sur la discrétion duquel on pouvait compter, descendit dans les souterrains avec deux maitres de chapelle, deux prêtres munis de flambeaux, et quatre ouvriers armés de pioches. Les fouilles devaient être faites en deux endroits, d'abord sur une pierre marquée de la lettre S, que l'on présumait vouloir dire samlus, puis sous un autel où l'on croyait plus communément que le saint avait été enterré.

Les ■excavations commencèrent. Malgré le signe que nous avons dit. on ne trouva rien sous la pierre que quelques dépris de cercueil Là avait été autrefois une tombe, il est vrai ; mais la poussière était redevenue poussière, et il était impossible de séparer l'argile de l'argile. On abandonna donc cette première fouille, et l'on se tourna vers l'autel.

La ce fut autre chose : à peine le devant de l'autel fut-il enlevé que l'on aperçut dans la profondeur un cercueil de marbre. On ne douta plus que ce ne fût celui de saint Zanobbi. On le tira du caveau où il avait reposé mille ans. et on l'ouvrit.

Alors, non seulement il n'y eut plus de doute, mais l'identité du saint fut reconnue par un nouveau miracle. Lors de la première translation, on avait parsemé son corps de fleurs et de feuilles de l'orme qu'il avait ravivé en le touchant. Or. .-m- son corps, aussi intact que le jour de l'Inhumation, on retrouva ces feuilles aussi vertes et ces fleurs aussi fraîches que le jour où elles avaient été cueillies

A l'Instant le pape Eugène fut prévenu de l'événement, et se rendit, avec tout le collège des cardinaux, des évêques et des archevêques, dans les souterrains du Dôme, où il trouva à genoux autour du cercueil les ouvriers qui l'avaient exhumé, les prêtres qui tenaient les flambeaux, et le préposé Jean Spinellino, lesquels ne pouvaient croire à ".e qu'ils voyaient, et remerciaient le Seigneur qui avait daigne donner en présence du saint-père lui-même cette preuve que son esprit n'avait pas encore abandonné la terre.

Le lendemain, la translation des reliques eut lieu; et. après huit jours d adoration sur le maitre-autel. le corps du saint fut transporté dans la chapelle souterraine qui lui avait été destinée.

Aujourd'hui encore, outre les reliques du saint que l'on adore dans la cathédrale, on conserve trois choses révérées comme sacrées : son anneau épiscopal, propriété de la famille Girolami : le buste d'argent qui renferme un os de sa tête, et le chapeau que portait habituellement le saint, fait . en forme d'un chapeau de cardinal. I.e chapeau se conserve dans l'église de San-Giovanni-Batista, dite délia Calza, et située près de la porte Romaine. Il jouit toujours d une grande réputation, et journellement les malades renvoient chercher, comme on envoie chercher à Rome le saint Bambino d Ara-Cœli.

Le buste est au Dôme : le 25 mai de chaque année on apporte des bouquets de roses qui. sanctifiés par son contact. deviennent pour tout le reste de l'année un remède certain contre les douleurs rhumatismales, les affections des yeux, et surtout les maux de tête.

Quant à lanneau de saint Zanobbi, il fit vers la fin iu quinzième siècle, c'est-à-dire cinquante ans environ après les événemens que nous venons de raconter, un voyage en France par lequel nous terminerons cette légende.

e bon roi Louis XI était fort malade ; et comme il avait déjà grandement usé du crédit de Notre-Dame-d'Embrun, de saint Michel et de saint Jacques, ses patrons habi- ' tuels. il eut la crainte, s il s .adressait a eux, que lises prière- antérieures, et dégoûtés de lui rendre service par -u d'exactitude à remplir les promesses qu'il leur avait ils ne le laissassent dans l'embarras. Il songea alors ai Zanobbi qui sans doute, ayant moins entendu parler de lui. serait peut-être plus disposé a lui rendre service, et s'adressa a Laurent le Magnifique pour qu'il obtint de la famille Girolami qu elle lui envoyât son anneau.

Laurent accepta 1 ambassade et mena la négociation à bien : la famille Girolami consentit a se séparer momentanément de la précieuse bague, et elle fut envoyée en France par l'entremise du chapelain de la famille, qui fit serment de ne point la perdre de vue une seconde et de ne point s'en dessaisir un seul instant. En effet, le chapelain suspendit l'anneau à son cou avec une chaîne d'or, et pendant toute la route ne s en sépara ni jour ni nuit.

Arrivé a la frontière, le chapelain trouva Tte qui

devait le • l travers la France Jusqu'au Plessls-lès-

Tours C'est la que le vieux roi, abandonné de ses médecins,

ne croyant plus aux saiins français, attendait l'anneau miraculeux dans lequel résidaii sa dernière espérance.

Quoique le chapelain fût hal - massives construc-

tions de la Florence populaire, quoiqu'il eut parcourt sombres corridors du Palais-Vieux, quoiqu'il eût sondé les nous épais du palais de Côme, in vi i Larga, et du palais Strozzi, place de la Trinité, il ne put s'empêcher de frémir en franchissant ces ponts-levis. en traversant ces herses, en s'engageatrt dans ces chemins couverts qui détendaient les .ii,< ii ils de. Flessis-lès-Tours. Ajoutons que les autres objets «lui s offraient à chaque pas sur son chemin n'étaient pas de nature à le rassurer: c'étaient dans la forêt qu'il venait de traverser des squelettes de pendus, dont les os cliquetaient au vent, et dont les corbeaux se disputaient les derniers débris : c'étaient dans les salles basses le bourreau Tristan et ses deux acolytes ; c'était, à la porte de la chambre royale, l'ex-barbier Olivier Le Daim, qui venait d'être fait comte ; c'était enfin derrière tout cela le vieux tigre mourant, et, tout mourant qu'il était, capable de faire jeter le pauvre chapelain dans quelque cage de fer pareille a celle du cardinal La Balue. si l'anneau de saint Zancbbi ne produisait pas l'effet qu'il en avait espéré.

Aussi, en voyant tout cela, le pieux messager aurait-il bien voulu n'avoir jamais quitté Florence; mais il était trop tard pour reculer : il était venu jusque-là, il fallait aller jusqu'au bout.

Olivier Le Daim ouvrit la porte, et le chapelain vit à

terre, couché sur un lit de cendres s enveloppé d'une

robe de moine, les yeux ardens de fièvre, celui devant qui la France tremblait, et qui tremblait lui-même devant 'a mort. Au premier aspect, on eut dit qu'il ne restait au royal agonisant cpie le temps de dire un Pater avant le mourir, tant il était maigre, hâve et livide. Mais Louis XI n'était pas un de ces rois qui meurent ainsi tant qu'il leur reste un angle de la vie auquel ils peuvent se cramponner, et qui quittent la terre au premier appel de Dieu. Non, il avait mis toute son espérance dans saint. Zanobbi ; il s'était répété vingt fois, cent fois, mille fois, dans ses veilles fiévreuses et dans ses terreurs nocturnes, que, si l'anneau arrivait avant qu'il fût mort, il était sauvé. A la vue du chapelain, il sentit donc ses forces revenir, et, sans l'aide de personne, se relevant sur ses deux genoux :

— Venez vite à moi, mon père, dit-il, venez vite. Vous êtes un digne homme, et Zanobbi un grand saint. Où est l'anneau? Où est l'anneau?

Alors, le chapelain tout tremblant s'approcha du roi. lui présentant le message dont l'avait chargé Laurent ; mais ce n'était pas une lettre du Magnifique qu'attendait Louis XI ; aussi 1 écarta-t-il si violemment, qu'elle alla tomber 1è l'autre côté de la chambre, et se cramponnant à la main du prêtre :

— C'est l'anneau que je demande, dit-il ; n'as-tu pas l'anneau, prêtre maudit ?

— Si fait, sire, si fait, se hâta de répondre le chapelain ; et tirant de sa poitrine l'anneau miraculeux il le montra à Louis XI, qui se précipita dessus et le baisa ardemment, faisant en même temps avec lui des signes de croix multipliés.

Puis, ce premier mouvement de joie passé, Louis XI demanda au chapelain qu'il lui confiât l'anneau ; mais celuici lui dit alors à quelles conditions formelles, lanneau lui était envoyé. C'était ce que lui expliquait dans sa lettre Laurent le Magnifique.

Le roi ordonna à Olivier Le Daim de ramasser la lettre et de lui en faire la lecture : Olivier obéit, et Louis XI l'écouta d'un bout à l'autre, secouant la tête du haut en lias en signe d'adhésion, et de temps en temps se retournant pour baiser l'anneau et pour faire encore avec lui le signe de la croix.

Puis on porta le roi dans son lit, le chapelain tenant la chaîne, et le roi tenant 1 anneau. Et comme le roi ne voulait t quitter lanneau et que le chapelain ne voul.it pas quitter la chaîne, le chapelain s'assit au chevet du c il resta trois jours et trois nuits, buvant, mangeant et dormant â la même place. Car pepdant ce I ne et ces trois nuits ie malade ne voulut point quitter la bague, ne cessant de la baiser, de faire des signes de croix avec elle, et de prier le bienheureux saint Zanobbi de lui rendre la santé.

Or, au bout de trois jours, le bon roi Louis XI était, sinon guéri, du moins hors de danger.

Alors il rendit la liberté au chapelain, lui fit force cadeaux, et ordonna que son orfèvre particulier exécutât, pour renfermer la bague miraculeuse, un des plus riches reliquaires qui eussent jamais été

Et le chapelain revint à FI ra iortant non seule-

ment l'anneau du saint, sur lequel il avait fait, si bonne icore le reliquaire donné par Le bon xi. lequi l i ■ lue, du pi > i qu en tira

la famille Girolami, elle fonda au Dôme un canonicat.

SAINT JEAN GUALBERTI

En sortant de Florence par la porte de San-Bentto, et en suivant la route qui monte à la charmante église de ce nom, le promeneur aperçoit à droite, et au point où cette route se divise en deux branches, un petit monument en forme de tabernacle. Ce monument renferme une peinture représentant un chevalier qui. tout couvert de fer, armé de pied en e nue à la main, s'apprête à frapper

un homme sans armes, agenouillé devant lui, demandant grâce. Au second plan s'élève un crucifix. Voici l'histoire de ce crucifix, de cet homme sans arme et de ce chevalier armé :

Il y avait dans les environs de Florence, vers la fin 1u dixième siècle, un noble homme que l'on appelait le chevalier de Petrojo, parce qu'il habitait un de ses châteaux qui portait ce nom. Ce château, fief de l'Empire, concédé à lui et à sa descendance, est situé sur le chemin de Rome, à dix milles environ de la ville

Ce chevalier de Petrojo. dont le vrai nom était Gualberti, ne s'était pas retiré dans ce château sans des motifs sérieux que nous allons indiquer.

Le chevalier de Petrojo avait deux fils : l'un (c'était l'aîné; se nommait Hugo, l'autre de cadet) s'appelait Giovanni. Ces deux fils étaient L'espoir de sa maison, qui, puissante Jusqu'alors, promettait d'atteindre encore un plus haut degré de splendeur, car une vieille parente du chevalier, jugeant que ces Jeunes gens seraient un jour la gloire de leur race, avait laissé a Hugo et à Giovanni toute sa fortune, qui était Immense, à l'exclusion d un de ses neveux nommé Lupo, qui lui paraissait donner de moins beUes espérances.

Elle avait cependant posé cette condition, qu'en cas de mort des deux Jeunes gens, cette fortune reviendrait à celui qui, sans eux, en eût été le propriétaire naturel. Quoi qu'il en soit, par suite de ce legs, messire Gualberti se trouvait un des plus nobles et des plus riches seigneurs de Florence. L'alné de ses fils avait quinze ans, et le cadet neuf ; tous deux étalent élevés en Jeunes seigneurs destinés aux armes : aussi, bien que sortant à peine de l'enfance. Hugo promettait-Il de marcher dignement sur les traces de ses ancêtres; H manœuvrait un cheval, maniait une épée et lançait un faucon de manière a faire envie à plus d'un chevalier qui avait le double de >■ Monter a cheval, courir les

tournois, oltelcr. comme on disait à cette époque, étaient ses seuls plaisirs ; et son père, messire Gualberti. le poussait fort à tous ces exercices, lui disant que, lorsqu'un chevalier savait ces trois choses et prier Dieu, Il n'ignorait rien de ce qu'un noble homme doit savoir.

Or, Il arriva qu un Jour Hugo projeta, avec plusieurs Jeunes seigneurs de ses amis, une grande chasse au sanglier dans les Maremmes. La chasse au sanglier se faisait ordinairement en grande i ompagnie ; car. comme on le sait, elle n'est pas exempte de quelques dangers; le sanglier, forcé et tenant aux chiens, s'attaquait à lépieu. et c'était alors une lutte corps â corps dans laquelle l'homme n'était pas toujours le vainqueur.

Le Jeune Hugo se faisait une grande fête de cette chasse ; et Iorsqu 11 vint prendre congé de son père. Il avait un certain air triomphant qui fit sourire le bon chevalier. Son père ne lui en m pas moins la leçon sur la manière d'attaquer l'animal ou de l'attendre : mais Hugo, qui avait déjà mis à mort une vingtaine de monstres de la même espèce, écouta les recommandations de son père en souriant : et, comme il tenait son épée à la main. Il fit avec cette arme deux ou trois évolutions qui prouvaient que le plus habile chasseur D'aval! rien a lui apprendre sur ce sujet.

Trois Jours après, cette affreuse nouvelle arriva à messire Gualberti. que son fils, s'étant emporté à la poursuite d'un énorme sanglier, avait été tué par lui en le tuant lui-même, et retrouvé mort près du sanglier mort. Le désespoir d* messire Gualberti fut profond. Ce fut néanmoins celui d'un homme craignant le Seigneur. Il leva les deux mains au ciel: Dieu me l'a donné. dit-Il; Dieu me l'a ôté... le saint nnm *l béni. Puis 11 fit rapporter le corps

qu ou aralt mis dans un cercueil, et le lit déposer dans 'e caveau de la famille.

bientôt di i\ bruits M :) dit

que le même Joui , d aralt vu deux hommes masqués, dont l'un était Lut . fuir grande course de cheval

ù travers les Mai mmi Ces nommes venaient du point précis

où le cadavre du jeune Hugo avait été retrouvé. L'homme blessé s'était même trouvé si faible en arrivant aux environs de Volterra, qu'il avait été obligé de s'arrêter dans la malson d un paysan, qui lui avait donné un verre de vin. Son compagnon alors l'avait gourmande sur sa faiblesse, l'avait fait remonter à cheval ; et tous deux, repartant au grand galop avaient disparu par la route de Sienne.

Alors messire Gualberti avait fait venir deux médecins

Je Florence, les avait conduits au caveau de sa famille,

ivrant lui-même le cercueil de son premier-né. Il

avait déroulé le linceul qui l'enveloppait pour mettre au jour

les blessures qui avaient causé sa mort.

Les médecins sondèrent les blessures, et reconnurent qu'elles avalent été faites, l'une avec une épée. l'autre avec un poignard. Au premier abord, on avait pu s'y tromper et croire que les défenses du sanglier les avaient "faites ; mais, en y regardant de plus près, la véritable cause de la mort du Jeune Hugo se révélait clairement. Il n avait pas été tué par accident dans sa lutte avec une bête sauvage, mais frappé avec Intention par des assassins.

Quels pouvaient être ces assassins? Voilà ce qu'ignorait entièrement messire Gualberti Sur qui devait tomber la vengeance? C est ce qu'un miracle de Dieu pouvait seul révéler. Dieu permit que le miracle s'accomplit.

Trois mois après cet assassinat, comme messire Gualberti venait de faire la prière du soir, recommandant â Dieu le seul fils qui lui restait, on frappa â la porte du palais. Les serviteurs allèrent ouvrir, et rentrèrent avec un moine. Le moine s'approcha de messire Gualberti, et lui dit qu'un malheureux, qui était sur le point de mourir, avait une révélation ù lui faire.

Messire Gualberti se leva aussitôt, et suivit le moine.

Le moine le conduisit dans une de ces petites rues de Florence qui sont situées du côté de Porta-alla-Crcce, et qui donnent par un bout sur les remparts. Arrivé là, il ouvrit la porte d une maison de pauvre apparence, monta deux étages, et Introduisit messire Gualberti dans une chambre tapissée d armes de différentes espèces, où, sur un grabat tout ensanglanté gisait un homme presiue à l'agonie.

Au bruit que firent en entrant le moine et messire Gualberti, H se retourna.

— Est-ce le jM-re? demanda-t-il

— oui. dit le moine.

— Alors qu il se hâte, dit le mourant ; car vous avez bien tardé, et Je ne sais pas si j aurai la force d'aller jusqu'au oout.

— Dieu vous la donnera, dit le moine.

El il fit signe à messire Gualberti de s'asseoir au chevet du lit.

Alors le moribond se souleva. Il fit d'abord promettre à messire Gualberti que son pardon lui serait accordé, quelque chose qu'il eût à lui révéler.

Alors il lui raconta tous les détails de la mort de son Dis : l assassin était le purent déshérité auquel, en cas de mort des deux enfans. la fortune devait revenir, et l'homme qui allait mourir était son complice.

Messire Gualberti Jeta un cri d'horreur, et se recula virement. Mais le mourant lui fit signe qu'il n'avait pas tout dit. — Le lendemain on devait assassiner Giovanni comme on avait déjà assassiné Hugo ; le sbire avait même reçu d'à de Lupo la moitié de la somme promise. C'est ce qui avait tout perdu. Il était allé boire au cabaret avec quelquesun- de ses camarades; là il s était pris de dispute, el reçu un coup de couteau Aussitôt, comme 11 était connaisseur en pareille matière, et iju il avait senti pénétr-r le coup à fond, il s'était fait reporter (liez lui. avait i chercher un moine, et s'était confessé. Le moine lui avait dit que c'était non à lui mais au père du jeune homme assassiné de l'absoudre II avait donc couru chercher messire Gualberti, et l'avait amené près du lit du moribond.

ire Gualberti n'avait qu'une parole. Il avait promis de pardonner, il pardonna. D'ailleurs, il songea à part lui que le vrai coupable n'était pas celui qui avait déjà reçu la punition de son crime, mais bien l'homme qui avait tout conduit 11 dit donc au sbire de mourir tranquille, et qu'il ■ vengeance pour plus puissant que lui. Alors 11 urna chez lui pensif et a pas lents, tandis que le moine aidait le meurtrier à mourir.

ire Gualberti avait été dans son temps un puissant

chevalier, qui n'eût craint homme qui fût au monde; mais

il avait vieilli, l'âge avait appesanti ses bras ; 11 songea que

s'il allait présenter le combat au meurtrier d Hugo, qui

était alors dans toute la gloire de la Jeunesse, 11 pouvait

être tué dans la lutte, et laisser ainsi son petit Giovanni

sans défense. Il résolut donc de prendre un autre parti. Ce

nt dit le sbire des Intentions du meurtrier lut

ttger qu'il fallait avant tout soustraire le Jeune

us rien dire à personne de la dé-

te gu'il avall faite, il quitta donc Florence le lende-

i château de retrojo, et emmena

ni avec lui. Outre le désir de sauver son fils, Il en

LA VILLA PALM1EHI

un autre: c'était île faire de Giovanni le vengeur d'Hugo

Malheureusement Giovanni ne semblait destine en rien par la nature a un pareil but: c'était un enfant doux, bon patient, miséricordieux, et dont on pouvait dire, comme de ,|ne la compassion était sortie en même temps que lui du venue de sa mère lui outre, au lieu d'être porte. me l'était son frire aîné, vers tous les plaisirs violens, il n aimait, lui, ciue la lecture, la contemplation, la prière et jamais i! n était plus heureux que lorsque, dans quelque chapelle cet née, au milieu île la solitude, sous l'œil de Dieu, il feuilletait quelque beau missel aux pages enluminées, ou quelque vieille Bible représentant Dieu le Père en costume d'empereur.

Me — ne Gualberti pensa que son lils était encore en âge e pour ainsi dire refait et repétri : aux livres mystiques ji substitua les livres de chevalerie; aux miracles du ■ne, les grandes actions des hommes. Il lui donna à ne de Tours. Luitprand, le moine de Saint-Gall . et celte belle e*, jeune organisation se prit bientôt d'admiration pour les hauts faits d'Alboin et de Charlemagne ne elle s était prise d amour pour les souffrances de Jésus-Chris;

lit le point où messire Gualberti voulait 1 amener. i il le vit arrivé a cet état d'exaltation guet rière, il lui fit faire une armure complète pour sa taille ; il l'habitua i en supporter r>eu a peu le poids, d'abord pendant quelques nistans, ensuite pendant des journées tout entières. ie il était un maitre habile en fait d'armes, il exerça chaque matin son élève à la lance, a l'épée et à la hache. Il lui fit monter successivement tous ses destriers, depuis le cheval le plus doux jusqu'au cheval le plus emporté de ses écuries A 1 âge de quinze ans, Giovanni non seulement avait acquis toutes les qualités guerrières de son frère, mais encore, soumis régulièrement chaque jour a un exercice Qui avait développé ses forces, il était devenu vigoureux gomme un homme de trente ans.

Pendant tout ce temps messire Gualberti n'était pas revenu une seule fois a Florence, et n'avait quitté son château que pour faire, avec son fils, et toujours suivi d'une " nombreuse et bien armée, de petites courses dans les environs aussi avait-on complètement oublié qu'il s'appelait messire Gualberti, et on ne l'appelait plus, comme nous l'avons déjà dit, que le chevalier de Petrojo,

En outre, tous les matins, le chapelain disait une messe

basse pour l'âme de messire Hugo Gualberti, traîtreusement

assassine^ et tous les matins le père, la mère et le frère du

défunt assistaient a .etie messe, mêlant leurs prières â

de l'homme de Dieu; puis, le jour anniversaire de

-~inat, on tendait la chapelle de noir, et l'on disait

une grand'messe qu'entendaient non .seulement les assis-

habituels, mais tous les paysans qui relevaient du

domaine de Petrojo.

inni avait donc atteint l'âge de quinze ans. Son père, Qtti avait vu s'opérer nu grand changement dans son corps, iua qu'il se faisait un changement non moins grand dans son esprit : le jeune homme paraissait, chaque matin, en écoutant la messe mortuaire, en proie â des idées plus que la veille. Après la messe, il demeurait pensif toute la journée. Souvent son père le surprenait dans la salle d'armes où il passait |:, moitié de sa vie. non pas maniant d.- épées ou des haches ordinaires, mais s exerivec quelqu'une de ces armes gigantesques que les ■us disaient avoir appartenu a .es chefs barbares -lus des plateaux de l'Asie, au quatrième et au cinsiocle sur Hs i races d'AIai de. de Genseric et d .-■- ttila. l'eu de casques si bien trempés qu'ils fussent, résistaient a >up d épée donné par Giovanni, et il n'était pas de boui lieis qui ne volassent en éclats s.uts un coup de masse par lui.

Messire Gualberti voyait toutes ces choses et remerciait lai; re qu'il suivait surtout avec la plus grande ati était ce pli de la pensée qui se creusait chaque utage ni front du jeune homme; c'était ce frémisqni aurait par tout son corps lorsque le matin le

l'i içait les prières sacramentelles: c'était cette

'I cait son visage iliaque fois qu'il voyait

Pleurer i m :re ci -a mère pleurait souvent, car elle con- | mari et quoiqu'il ne lui eût fait aucun aveu. ,!~ inconnus .ï tout le monde, n'étaient point un secret pour elle.

situation se prolongea jusqu'au septième anniver-

de la iinirt d iiugo. Cette fols Giovanni écouta la

i me ave. plus de recueillement et de tristesse

que d'habitude Seulement, la messe Unie, il retint

Messire Gualberti, et ayant laissé sortir t. .m le monde.

l demeura seul avec lui.

Messin ' ' rti, qui n'avait pas perdu de vue Giovanni tendant tout le temps qu'avait duré l'office, se douta de ce lui allait se passer; le fils et le père échangèrent un regard,

lv s lia A PALJ II

et tous deux comprirent que l'heure solennelle attendue par l'un était arrivée pour l'autre.

Messire Gualberti tendit la main à son fils, qui la baisa respectueusement; puis Giovanni se relevant aussitôt:

— .Mon père, lui dit le jeune homme, vous devinez les questions que j ai à vous faire ?

— Oui, mon fils, répondit le vieux chevalier, et me voilà prêt a y répondre.

— Mon frère a été traîtreusement assassiné ? demanda Giovanni.

— Hélas ! oui, répondit le père.

— Dans quel but?

— Pour s'emparer de sa fortune.

— Par qui ?

— Par Lupo, votre cousin à tous deux.

Le jeune homme tressaillit, car parmi les souvenirs de ?a jeunesse il se rappelait qu'il avait un sentiment cl antipathie pour un seul homme, et cet homme c'était Lupo.

— Tant mieux, dit-il, j'aime mieux que ce soit par lui que par un autre.

— Et pourquoi cela? demanda le père.

— Depuis que je me connais, j'ai détesté cet homme, moi qui ne déteste personne ; et il m'en coûtera moins de le tuer que de frapper un autre.

— Tu le tueras donc? s'écria le vieux chevalier avec un cri de joie et en serrant Giovanni dans ses bras.

— N'est-ce pas dans cet espoir que vous m'avez élevé, mon père? demanda le jeune homme, comme s'il eût été étonné d'une semblable question.

— Oui, oui, sans doute, mais je doutais que tu m'eusses deviné.

— Depuis un an seulement, c'est vrai; jusqu'alors j'avais vécu machinalement. J'avais regardé sans voir, j'avais écouté sans entendre. Il ne faut pas m'en vouloir, mon père : jusquelà j'étais un enfant, aujourd'hui je suis un homme.

— Ainsi donc, tu le tueras? s'écria une seconde fois le vieillard.

Le jeune homme étendit les bras vers le crucifix.

— Sans pitié, sans miséricorde, comme il a tué ton frère?

— Par ce crucifix, je le jure, mon père, s'écria Giovanni.

— Oh ! bien, bien, s'écria le vieijlard, tout est dit, me voila tranquille, et mon fils sera vengé.

Et tous deux sortirent" de l'église, le cœur aussi léger et la figure aussi joyeuse que s'ils ne venaient pas de commettre une action sacrilège; et pourtant c'était une action sacrilège que ce serment de vengeance prêté devant l'autel du Dieu de la miséricorde. Mais telles étaient les âpres idées d'honneur de cet âge de fer, que presque toujours les sen timens religieux pliaient devant elles

Cependant, à cette joie qu'avait éprouvée messire Gualberti avait presque immédiatement succédé une grande inquiétude : Lupo avait trente-huit ans. il était dans toute la force de l'âge: Giovanni en avait seize; c'était encore un enfuit. Aussi le lendemain du jour où s'était passée la scène que nous venons de raconter, le père vint-il trouver son fils dans la salle d '.armes où il s'exerçait, et lui fit-il promettre de passer encore toute une année sans rien tenter contre Lupo. Giovanni se débattit un instant, mais, vaincu par les prières de son père, il promit ce que son père demandait.

L'année se passa donc, comme les précédentes, à entendre la messe mortuaire, à s'exercer aux armes, et à faire des courses dans les environs du château ; puis l'année écoulée, le jeune homme rappela à son père qu'il avait dix-sept ans. Mais le vieillard secoua la tête.

Il n'est pas encore temps, accorde-moi une autre année. Le jeune homme résista plus violemment encore qu'il n'avait fait la première fois ; mais, comme la première fo'.s. il céda enfin, et accorda à son père l'année que celui-ci demandait.

Cette année s'écoula comme les autres: la force de Giovanni s était tellement accrue qu'elle était devenue pro verbiale. Cependant cette force ne rassurait pas encore son père: aussi, quand 1 année fut terminée, Giovanni demanda congé au vieillard pour aller combattre Lupo: il le vit hésiter encore. Alors, devinant quel cloute retenait s m 0 i il tira le gantelet de fer qu'il portait; posant sa main nue sur un bloc de mticigno, c'est-à-dire sur un granit des plus durs que l'on connaisse, il appuya sans apparence d'effort, et la pierre, se creusant comme de la glaise, garda l'empreinte de sa main (1).

Se retournant aussitôt vers le vieillard : — Voyez, dit-il. Messire Gualberti comprit que l'heure était venue, et. sans faire aucune autre observation, il embrassa son fils et lui permit de faire ce qu'il voudrait. Giovanni, qui était tout arme comme d'habitude, remit sun gant, se lit amener son cheval, sauta dessus, et, piquant des deux, prit, suivi d'un

(H Pu temps .le Franchie, qui :. deril !.. Vie .1.' saint Joan Gualberti, n mollirait encore cette pierre ;. l'abbaye .le Montescalari.

le neuvième jour anin son frère Huf

Arrivé a San-Miniati l église.

ouilla devant le maitre-autel. et 8 .; sur le seuil de 1 '• pour regarder Florence, qu'il i puis neuf

ans Enfin, après un . mplatlon

que tout enfant au cœur ! i mère, H remouta

er, il suivit l'étroil chemin qui de la I Flot ence.

A l autri ainie venai'

mme lui, : le drap et de ve-

lours litre arme qi ind Giovan

rès, il leva la tête,

■ ma tellement des

pieds à la i iure en rendit nu son. Quoiqu'il y

Lupo il avali m h i:

ne un voya

, au ••. qui : 'i.i ce ca qu'il ai . n i ii i ont Inua loni son cbei

deux A mesure

itude i i aveuglement, il ai

implice (li 1, quand I, .

fut pli

aucune ini i

, du sus de

u Lupo, a mol "

inda Lup i étonné et e d'un tabei nai le dans lequel éti

,-lle du uni avait i m e.

imme, qui Je suis : :

bien : que tu as

aujourd'hu Je veux, je

ma vi.

i >mi rainte,

rouva Il la poin sur sa poitrine.

Alors

■ N du jeune nomme, il lui demai

â lui

lui sans ml

un te; -,• retrouva de l'autre

qu'il entoura bras.

il au nom du i Giovanni ndanl s,,n épée vers l<

lui dit-il. puisque tu dem I e au nom

u qu i! eraJ

i irist, qui ai Ini lin

en s i tr n f ■ qu'il pardonna I V, celte vi m un instant mue! el

I npo :

de u pauvre frère Hugo

que lu as

1er toul trembl el qui

ne pou pris si

n n'eut plus de doute amené lui

r vers Flo

er lui tu "ti- rver mi sur la

Il lui dll de I .

pciL Is non

iUi lier une arme morl .■II le S i ayanl demandé

iui venait et ajouta qu'il

i il avail i-

nu, lit a l'Instant même au

château de ! i il trouva Guaiberti, qui. depuis le

départ de son enfant tant dans le cœur d'un ]" i

l'emporte sur tout autre sentiment, n avait lias ^ iûté une minute de i i a peine eut-il aperçu le bon abbé que,

m qu'il venait lui annoncer la mort de son lils. il se sentit prés de défaillir. Mais l'abbé s'empressa de dire à m. -sire Guaiberti comment son fils avait rencontré le meurtrier de son frère, comment il avait voulu selon messe, sans pitié ni miséricorde, et comment enfin, sur -•ne du Christ, il lui avait pardonné, -ire Guaiberti vivait en une sainte époque, où l'on i aux mira, le- ; et. quoiqu'il vit 1 esi érance de la moisa vie lui t- bappei rôles qu'il avait

and et miséricordieux! Que le nom

du SeiL'Il. ■ ,1 !

:idant il rés dut de tenter un el nie pour dé

tourner Giovanni de se faire moine. Giovanni était le seul

et en lui -i Giovanni

pronon il partit donc pour San-Mlniato avec

sa femme. M nni avait été trop profondément tou-

arrière : il supplia ses

i ce que

ceux-ci purent obtenir de lui. c'est qu il ne prononcerait

ji- de vingt et un ans Ce pauvre père

.-lierai l

tlon.

Il n'en fut < au lieu de charn I i

vannl - : i

el unième aiinéi qui le séparaient a t

■uni. ayant donné au couvent :

tes les vertus chrétiennes, fut élu abb lati

fut lui qui fonda, sur la place même d'Aguabella, l'abbaye de La Vallombreusc il y mourut nue telle odei i Grégoire XII le canoni-

que Clément VIII t sou nom dans le calendrier.

Peu de joui aient que n

ute la \ille de Florence, conduite par l'assassin \ qui marchait pieds nus. ceint d'une corde et la tête couverte

i uleux pour le se de la Trinité, où on l'an d'hul.

il au tabernacle, il resta vide ju laqmlle le grand-duc Léopold II y fit inture

i suiva

mpus agit.

Alilin I'

Qui Ique en\ le

lut de me ci en i hemin Je voulais

Il m ipagnous . la faim use \ illa M ,//i ,.n di Julien, si tous ir y offrait ; les

peine

•i que Benvenuto Cellini vint

lui ni i - une si (.-i 11 r.i'iut lui

donner uni 1er.

nique non- nu - i

Iranquill, n ■ et qui nous attend.i un in i la villa Palmlerl,

Ile où

lant la r>,

i inmes

oix et

LA VILLA PALMIER1

Irais omDrages, racontent les graveleuses nouvelles du Déca-

Je dis qu'une tradition populaire indique cette maison comme la i Boccace, attendu que je ne veux pas

prendre sur mo ilité dune affirmation; on

cru. c est vrai, et cette cro il du pitto-

resque a la villa Palmieri. déjà fort jolie celte ■ • tais martel en tète aux savans

fouillé les bibliothèques; compulsé les registres, grignoté les manuscrits, et ils cuit fini par découvrir que I i

a l'époque de la peste Bi

était à Rome, dit l'un, et a Venise, dit l'autre. 11 est vrai

que Boccace dit positivement qu'il était à Florence; mais,

probabilité, c'est Boccace qui se trompe, et ce

sont l iui ont raison. Ne croyez donc pas cem

liront que la villa Palmieri esl la villa du Déca-

iénienr c'est une race bien poétique que ci vans

Au moins sur Careggi il n'y a pas de doute. C'est bien là

que son mo et Laurent le Magnifique;

1 qu'a été on peut visiter la

'iice. d'autant plus qu'il y a des éti-

- les champ

me le Vieux sur les dessins de • •'.lozzi ; il y avait al o 't.' L'Italie

-sjque, une rage de latin et de gri une liydropholiie i Dante était pros-

crit une seconde fois: c'était le - ,i roi d'être

nt. tantôt exilé.

Les Grecs venu- de Constantinopl ■ el 1 - statues tirées des fouille • avaient opère ce miracle : puis les Dp

it : la morale de la mythologie >mmode que .elle de 1 Evangile, et 1 de Lena, l'enlèvement d'Europe, la séduction de Danaé. l'une chambre a cou , nt de

ooins de ce qui s'y passait, que ia Mi ou le re Le vi devenir las

il toit ei du

' cet âpre escalier de l'exil dont parle

celui qu'il éiendit vers eux fut d'un accès facile et

iiargê d'ans et de bénédictions,

i peinture et a l'architecture l'impul-

•■ qui a changé le caractère de l'une et de l'au-

qui les a faites magnifiquement copistes

internent originales.

1 'lès richessi out de son père : bien

1 '■■ ni1 encore sur I i ur de l'antiquité :

eaii iamais

permis ie sévère arithméticien de la Via Larga; Laurent

de lui tous le- .us les lati-

Ermolao Barbaro, les Ange Poli

de La Mirandole, li Ficino les .Michèle

i ; Laurent enfin rétablit a la villa (

ces du jardin d'A, adème ; et un de ces académiciens avant

trt que, le 17 novembre de chaque année, les d de Plat. .n célébraient a Athènes la naissance de ce 1 philosophe, il institua un pareil anniversaire, qui fut nuée à la villa Careggi, à grand renfort le musiciens et. de discussions philosophiques gf dis roulaient plus particu sur l'im-

■ de l'âme, cet éternel objet de discussion; el ceux Liem ie P1' psyi holo-

ique étaient presque toujours Marsilio Ficino et Mi un sur un pareil sujet tant qu'ils seraient vivans 1 positive que le premier dos deux nu le- nouvelles ri, S- ( itvemi. les amis fur

nP»îf ceU" 'lui drv«it '-e premier approfondir ce ■*6re ' [ ' ' ; ' 'fique lui-même. Un matin

coup fort indisposé, d'une forte fièvre eomil étan alors en s,.!, ;', '!." '■' » Partit aussitôt pour sa belle \

avec lui un médecin fort en rénu il Pierre L-oni. ,1e S]

u Ma

- ie le mal,-,,

^Vn" "ll"e Particulière, qui des déconi, 'uvnl a l'empirique les trésors de I lurent il y

plein, î mains, ce qui n'empêcha i ,jai-

\, rrde " i'"'s mal; ce que voyant le Magnifique

i a oublier l'Olympe, les douze grands dl ne Aristote, pour se faire lire l'Evangile et ie peu , son salut

'TL8" fa,iSant de pe,i,s vers ™ ae»w Omhrone. mmandant des si tout en

PI'V°°. Laur ni l

laissé fatre une foule ae

saient pas que de lui char) - iet -, bien qu'au

moment de mourir, il ., ,,,

.ublié pendant sa vie. >>u auquel il n'avait peu-,' au

pour en rire avec les e-prits loris nui i

Or, Laurent hésita loi cet homme surtout, il lui coûtait dé

le connaissent déjj c'était p un républicain sévère, qui eût voulu ramener Flore aux mœurs

le; ., était, religieusement, tu, :

t sa vie dans le jeune et c re, ne

promettait pas d'être plus , ,ir les autres q\i

pour lui-même. Du fond de son cloître il avaii t dans la double corruption artistique et qu il avait exercée sur Florence, et du fond de son génii il

l'avenir l'Italie conquise et Florence i

Voilà l'homme qu au moment de mourir envoyait cher, Laurent.

Le !iI ,, ,,- ar il pensait bien qu'il

allait se passer entre lui et Laurent une de ces scènes d où dépendent non seulement la perte ou le salut d'U)

je ou la Liberté dune ' ,, ;

11111 au bruit de ses -,,,, I l, - puis fil ,

t son père Cosme le Vieux, Poli:

qui causaient au chevel de son lit. A pein rent-ils sortis par une porte, qi; I que le moine entra.

Savrm,:,-, ,le s'approcha du lit du moribond, fixant sur lui int : et dans ce regard Laurent lut un livre tout ce qui se ,

— Mon père, dit-il, je vous ai envoyé chei

de la gra, du S igneur, et ne voulant recevoir l'aboli que de

— Je ais qu'ui ,,iciit Savo:

un plus pauvre que moi encore que I C- que vous délierez sur la terre sera délié d ciel

— Je puis donc espérer que le ciel me pardonnera mon père? demanda Laurent.

— Oui. le ciel te pardonnera, dit le moine ; oui. je me

rant de sa miséricorde, dit le prophète; mais , conditions, entends-tu bien, Laurent?

— Et ces trois conditions, quelles sont-elles? demanda le moribond.

— La première, c'est que tu fera- profession de > i aval que de mourir.

— Oh ! cela bien volontiers, mon père, s'écria Laui. ,,

''•moin et garant, que je meurs dans p, roj apostolique et romaine.

— La seconde, continua Savonarole. c'est que tu ren tout le bien que. dans tes banques et dans o- usures tu

injustement gagné ou retenu Laurent hésita quelques minutes; puis, faisan u effort sur lui-même:

h bien! dit-il, il sera fait comme vous le désirez mon aurai pas le temps de fane cette restitution moimême mais je donnerai l'ordre qu'elle soil faite api

— La troisième, reprit l'enthousiaste, la troisième ""*■ ;" la liberté à Florence, et que tu remetti république dans le même état d'indépendance où ton ,

vise.

11 se fit un..- contraction terrible sur la figure du mourant puis enfin, surmontant toute crainte:

s écria Laurent, jamais; il , m,m

"' donnera, mais je ne détruirai pas a un

générations : les Médi : ,i„,--

de Florence.

-Ce-, bien, dit ie prophète, ie n , d'avance ce que '■'■pondrais: c'est bien meurs damne, et que les lues dans la sagesse du Seigne,, ire comme au ciel.

't' mot a sa mena,.- er -,, ■ Laurent fit un geste pour le r'app lue Poiitien et Pic de La Mirandole rentr, 'lue du moribond, ils le trouvèrent tenant, entr, bras un Christ richement sculpté qu'il venat

raUle. et dont u baisait i, .,, les ,.„..

"s Laurent était mort, sans qu'il eu autre chose que de prier, depuis le moment on lavait quitte, jusqu'au moment ou il avait rendu le derlupir.

mort. Nous avons dit que Laurent avait pour caéde, m , ,

' lue Lauren -, riait d'expirer se fnt-il "i. que le médecin craignant qu'on ne lui fit quelque essaya ufuir; i ,,, a,

■ "" Médlois' "'iteurs du .Magnifiq,,

leti ren ui ureux et le prêt Ipltèren! aans un puits.

La 1. 1. .1-1 de Laurent fut un signal de deuil pour toute

l-Italli Machiavel, qu'on n'accusera pas à tousiasme

p0ur les puissans de ce monde, la regard nme le signal

aalheurs qui devaient fondre i seulement sur Flo-

ls -in la Péninsule toul entière el -mime Vir- ,u temps de César, raconte les prodiges nul raccompagnèrenx.

Un de ces prodiges, le pins miraculeux de tous, est sans

contredit ce te nous allons dire .1 uni est constaté par

le récit des témoins oculain par une date antérieure

aux êvénemens qu'il préd

Laurent ai lit pour familier de sa maison un certain Carrière, musicien et Improvisateur, qu'il faisait ordinairement t quand il était couché, et gui le distrayait en chantant sur son luth. Cet homme avait ses en i, heuri près du Magnifique; mais depuis que la maladie de Laurent avait pris un caractère sérieux, on né de lui cet homme que l'on regardait comme

„, [ffon La nuit qui suivit la mort 'le Laurent. Car-

in h ne lorsqu'il entendit ouvrir la porte di a

qu'il Mt venir .1 lui un spectre qu'il recoi

1 r celui de Laurent; il était vêtu de r, avait le visage

triste el un manteau déchiré. Cardiere trappe de terreur, ,., : bou ii- pour appeler; mais le spectre lui lu -il'iii

de -e taire el d'une voix lente ei s 'de, que cependant le

mu li n 11 reconnu! bien pour être celle de son maure, il lui

ni ta d'aller prévenir Pierre, son liK que de grands

malheurs le menaçaient lui e! -a famille e1 qu'entre autres malheurs 11 devait se préparer à un prochain exil; puis,

cette recommandation achevée, le spectre s'évi ult sans

(jue Cardiere pût voir par ou 11 aval! disparu.

Le pauvre Improvisateur se trouvait dans une singulière position il connaissait Pierre pour un jeune homme d'un caractère brutal el emporté qui, - il prenait mal lavis pouvait l'envoyei rejoindre Leoni de Spolète Or, ayant toul pesé el iyan( reconnu qu'il avait encore plus peur du

rivant que du 1 1 du moins il résolut, Jusqu'à nouvel

ordre de garder l'avis 1 • lui seul D'ailleurs au bout de

ie< juin en y mettant de la bonne volonté Cardiere r Lit pi rvenu S se faire accroire .1 lui-même qu'il av. m été

dupe de quelqi rreur de- sens, et que la prétendue appa-

ion n'avail jamais existé qui dans son esprit.

lai Cardiere ne devait pas en être quitte ainsi: une

nuit sa porie -ouvrit de nouveau, le même -1 'e s'avança

de son pas muet, puis de la même voix lente et sombre, mais avei le feu de la colère dans les yeux, 11 lui répéta la

même préd n ci lui renouvela le même ordre Mais

icite fois, el pour que l'improvisateur ne prit pas ce qu'il

1 ; m 1 p n de son Imagination, le spectre ajouta à

n 1 1, ,111.1ml itloi \ 'eux souffle! ; après quoi.

comme la première lois, le spectre sembla se dissoudre et .1 paru! en ruinée Cette fois 1 ardiere résolu! de ne plus plaisanter avec son

1 on ii passa la nui! en prières e! 1 ■ venu

m chez Uli bel Inge 1 iarol tl qui étal! e ■e à

époque u nue homme de dix iep ans : et, comme

il savait que Laurent av. m eu u 'ande amitié pour lui,

le m i, ' onservait une grande r< ais-

en! i lui 1 lia 1 e qui éta 11 passé Mlchel-

\n.'i lui donna I seil d iller toul dire à Pierre de Mé-

dlcls

Cardlei étal i I lorem e il ortll aussitôt de la ville el pril la route di la villa Careggl \ mon .,- 1 hemln, il 1 11

1 mie troupe de cavaliers si iposanl de belles daines

rieurs, au milieu desquels il rec ml 1

de Médii 1- Uors 11 s'avanç; leune homme lui dl-

sanl que - H roulai! bien rester un instant à l'écart avec lui, d aval! des choses de la plus haute Importance à lui ■ a nlquei I croyant 1

I "III' || I ,'lrl ,|. [i , ,. . , ,,| |,„ ,,,,. 1

or. mêmes 1 1 - mu n était 1 in, son ut dll de

parler toul haut, attendu qu'il n'at ia di ecrets pour

I Honorable compagnie ivei 1 iquelle il se trouvai! Car dlere Ini Ista alors avei toul le res] 1I1 mais ci mn

II in nue ■ 1 montai 1 u

ni lui ordonnait impérativement de dlri tout haul ce

' alors d n hésita 1 il davantage et ra

les deux apparitions telles qu'elles s'étalent pi que les prophéties du spei tre M 1

'i " iiiai que de falri 1 1 Plei n

Bernardo 1 101 Izio qui fut de rdinal

1 ni que tOUte 1 Btte hl qu'une

Invention di 1 irdiere pour se donner de 1 Imj ance, lui

d ■ la ' ommeiii il se faisait que Laurel . lien d ap

l'i'iii a son Bis aval! 1

In ' caPle joueur de luth ■ ■ EUE lui I 11

6 n pondu on ■ la . 1 Mo ir texplli able pour

qu'il me de lui chercher une explication; qu'il

atrai 1, rite, toute la vérité rien que la vérité, el

que c'était a Pierre à croire ou u ne pas croire, et dans 1 un ou l'autre cas a agir comme bon lui semblerait.

Pierre de Médias continua sou chemin, en disant a cardiere qu'il le remerciait de sa peine, et qu'il prendrait en considération un avis qui lui venait par un si recommanda ble ambassadeur.

Mais, comme on le comprend bien. Pierre de Médicis avait oublié dès le même soir, dans une de ces orgies qui lui étaient si habituelles, la recommandation et celui qui la lui avait faite.

Quatre ans après, la prédiction du .Magnifique s'accom plit : Charles VIH traversa les Alpes, et Pierre de Mi el sa famille furent 1 basses de Florence, où ils ne rentrèrent ,;,i,. ,i,m- la personne du due Alexandi

Mais ce n'esl pas toul : puisque nous en sommes aux re venants, reprenons 1 histoire de Michèle Mercati et de Marst lin Fil Ino ou nous 1 avons lais-ee.

Les deux amis, on se le rappelle, apn - ! 1 - 1

fonde discussion sur l'immortalité de lame, s'étaient | que le premier qui mourrait viendrait donner à l'autre des nouvelles de la mort. Ce fut Marsillo Ficino qui paya le premier le tribu! de I humanité; il trépassa en 99 à la villa (areggi OÙ il aval! coutume de demeurer même api mort de Laurent

Pendant ce temps, Michèle Menait était a Sail-Minm Monte. 011 il achevai! un travail dont il était occupe depuis trois ans.

Or, le soir même de la mort de Marsillo Ficino, comme a Ta lueur d'une lampe il veillait courbé sur son manuscrit il entendit le galop d'un cheval qui allait sans cesse se rapprochant Arrive devant la maison qu'il habitait, le galop s'arrêta, puis il entendit le bruit de trois coups fi a intervalles égaux par le marteau de la porte; et malgré lui. a ce bruit inattendu, il tressaillit de tout son corps

Alors, comme 11 était tout emu de crainte sans savoir don lui venait cette émotion, il alla ouvrir sa fenêtre, et vit a la porte un cavalier arrête ; il était monté sur un cheval blani était drapé dan- un linceul comme dans un manteau, et te nui 1.1 tête levée attendant que Michèle Mercati ouvrit

fenêtre.

Dès que la tendre mt ouverte ie cavalier cria trois fois 1 [je es! ' elle es! elle es! puis il repartit au galop e! dis paru! au bout de la rue opposé a celui par lequel il etan venu.

C'était l'esprit de Marsilio Fii Ino qui venait s'acquitter de la promesse, et annoncer u Michèle Mercati que son àme était immortelle.

Aujourd'hui, quoique distraite du domaine de la couronné et appartenant à un simple particulier, monsieur Orsi, M villa bâtie par l'o-nie l'Ancien, la maison favorite de Lan rent le Magnifique l'Académie platonicienne du quinzième siècle, es! conservée ave, un religieux respect dan- son an cienne distribution \ gauche en entrant sous l'impluvium, que dans son amour pour l'antiquité Cosme avait fa! tir tout auioiii- de la n intérieure, esl le puits où se

précipita ou plutôt où fui précipité le malheureux le Spolète \u premtei et; droi du

la chambr ; iprès la -.eue que is avons racoi

tre lui et Savon noie, expira Laurent le Magnifique; la chambre qui sui ■ celle où nmiirul son grand-père Cosme

le Vieux; enfin la [errasse entourée cl lo lu pla

rond peint 1 fresques dan- : di loges Vatii ânes 1 s]

la même où si 1 a embl lii l'Ai adémle 1 latonii lenne

plendid du lieu 1 éb br 1 entouré de Poil len de Pic d ■ La Mirandolc d l'a : arhan di Mit

n 1 ei de Marsilio 1 1 mnivei le la nalssai

philo- iphe H rait leur dieu.

\ 1 ei ' irdln sotii deu; de 1

originaux 1 1 don 1 avei le joueur de luth

listr lire la 1 mblée ; l'un esl monte

sur un lin ' 11 un hibou ; tous deux

sont hideux à vu â leur

uni .m qui semble n'avoir pas la foi la i" a ter

le jardin, avec ses allées en 111 prési

! asse de tenir en li>mp< Inte npu par des

sons -i des Médicis a conservi

classique dessin 1 1 rme a 'tenu, pu- \ son extréi son! di le laurii 1- touffus dan- I épaisseui

es de verdure, Mirai

ciliés pal des fonl il esl vrai que dans les gran les

le l'été le- malheureuses naïades suh I il rom

inune aux déesses des eaux é 1 leurs sourd

plu ne ' Ile dont le Jardl

nier les gratifie

le NlcolettO

endanl du irdlnler di ; La villa d avec ses rii lies ■

nirs Florence, el un air

toujours trais, même au milieu de 1 été qulns

dire onie a douze ci - par an.

LA VILLA PALMIERI

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