‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 86 sur 283 · de tombeaux presque tous · texte numérisé non relu

de tombeaux presque tous

1 ' I L'artiste qui a fa il [c tombeau .1 sculpté deux petites mains sur lo «oussin île marine .pu soutient la tète d'Othon.

quables. soit sous le rapport de l'art, soi: a ,ause des restes Illustres aui leur ont été confiés, soil enfin à cause des particularités qui se rattachent à la mort de ceux qu'ils renferment. Les tombeaux gothiques dignes de Quelque attention sont ceux du pape Félix V et d'Othon de Granson, à la Statue duquel les mains manquent.

Vfoici la cause de cette mutilation:

En 1393, Gérard d'Estavayer, jaloux des soins que rena sa femme, la belle Catherine de lîelp, le sire Othon de Granson, prit le parti, pour se venger de lui et pour ululer la véritable cause de cette vengeance, de l'accuser d'être l'auteur d'un empoisonnement dont le comte Amédée VIII, de Savoie, avait manqué d'être victime. Eu conséquence, il fit solennellement sa plainte par-devant de Joinville. bailli de Vaud, et, la renouvelant avec de grandes formalités devant le comte Amédée VIII, il offrit à son ennemi le combat, à outrance, comme témoignage de la vérité de son accusation. Othon de Granson, quoique affaibli par une blessure encore mal fermée, crut de son honneur de ne point demander un délai et accepta le défi : il fut donc convenu que le combat aurait lieu le 9 août 1393. à Bourg en Bresse, et que chacun des combattants serait armé d une lance, de deux épées et d'un poignard ; il fut convenu, en outre, que le vaincu perdrait les deux mains .1 moins qu'il n'avouât, si c'était Othon, le crime dont il était accusé, et, si c'était. Gérard d'Estavayer, la fausseté de l'accusation.

Othon fut vaincu: Gérard d'Estavayer lui cria d'avouer qu'il était coupable : Othon répondit en lui tendant les deux mains, que Gérard abattit d'un seul coup.

Voilà pourquoi les mains manquent à la statue comme elles manquent au cadavre, car elles furent brûlées par le bourreau, comme étant les mains d'un traître

Lorsqu'on ouvrit le tombeau d'Othon. afin de transporter ses restes dans la cathédrale de Lausanne, on trouva le I squelette revêtu de son armure de combat, casque en tète et éperons aux pieds ; la cuirasse, brisée à la poitrine, indiquait l'endroit où avait frappé la lance de Gérard.

Les -tombeaux modernes sont ceux de la princesse Catherine Orlov et de lady Strafford Canning : lord Strafford obtint, a cause de sa profonde douleur, que sa femme fût enterrée dans le temple. Il écrivit à Canova pour lui com- 1 un tombeau, recommandant au sculpteur de faire le plus de diligence possible. Le tombeau arriva au bout de 'unq mois, le lendemain du jour où lord Strafford venait de :onvoler en secondes noces.

De là, JL Pellis, notre savant et aimable cicérone, nous offrit de nous faire voir la prison pénitentiaire : en sortant, nous admirâmes la merveilleuse vue que l'on découvre dii plateau de la cathédrale, au-dessous de laquelle Lausanne, couchée, éparpille ses maisons, toujours plus distantes les unes des autres au fur et à mesure qu'elles s'éloignent du centre ; au delà de ces maisons, le lac bleu, uni comme un miroir: à l'un des bouts de ce lac, Genève, dont les toits et les dômes de zinc brillent au soleil, comme les courjoles dune ville mahométane ; enfin, à l'autre extrémité, la gorge sombre du Valais, que dominent de leurs arêtes neigeuses . la Dent-de-.Morcles et la Dent-du-Midi.

Ce plateau est le rendez-vous de la ville ; mais, comme il

est exposé a l'occident, il y vient toujours, de la cime des

monts couverts de glace qui bornent l'horizon, un vent

aigu, dangereux pour les enfants et les vieillards. Le conseil

I d'Etat vient de décider, en conséquence, qu'il sera fait sur

le versant méridional de la ville, une promenade destinée à

la vieillesse et à l'enfance, qui, faibles toutes deux ont

: toutes deux besoin de soleil et de chaleur. Cette promenade

coûtera cent cinquante mille francs : ne dirait-on pas une

! décision des éphores de Sparte?

La Suisse na ni galères ni bagnes, mais seulement des

maisons pénitentiaires. C'était l'une d'elles que nous allions

; visiter; ainsi, les hommes que nous allions voir, c'étaient

, des forçats. Nous y entrâmes avec cette pensée ; mais cela

mblait si peu a nos prisons de France, que nous nous

crûmes tout simplement dans un hospice.

Les détenus étaient en récréation, c'est-à-dire qu'ils pouvaient se promener une heure dans une belle cour qui leur est consacrée ; nous les vîmes par une fenêtre, causant par groupes. On nous fit remarquer que quelques-uns avaient des habits rayés vert et blanc, et portaient une espèce de ferrement au cou : ceux-là étaient les gai-riens.

Nous allâmes a une fenêtre en face, et nous vîmes dans un jardin des femmes qui se promenaient: c'était le jardin des Madelonnettes et du Saint-Lazare vaudois. I Nous visitâmes ensuite les petites chambres isolées dans lesquelles couchent les détenus ; c'étaient de jolies cellules dont les grilles faisaient seules des prisons : chaque cellule' ■était garnie des meubles nécessaires à l'usage d'une per-

",' Quelques-unes même av.,,,,, t une petite bibliothèque

car il est loisible aux détenu, de consacrer a la lecture les heures de la récréation.

Le but do ces maisons pénitent!; est pas seulement

',''"'1'1' ae !:l s°' "'«' ^s individus qui pourraient lui p, r-

er préjudice: elles ont encore pour résulta! d'amélioré' le moral de ceux qu'elles séquestrent En général, nos jeun« condamnés français sortent des prisons ou es plus

corrompus qu'ils n'y sont entrés; les cond mdols

au contraire, en sorteni meilleurs.

Voici sur quelle base logique le gouvernement a fait reposer cette amélioration. J La plus grande partie des crimes a pour cause la misère; re dans laquelle l'individu est tombé vient de ce ne connaissant aucun état, il n'a pu, à l'aide de son Travail se créer une existence au milieu de la société. Le séquestrer de cette société, le retenir emprisonné un temps plus ou moins long et le relâcher au milieu d'elle ce n'est pas le moyen de le rendre meilleur c'est le priver' de la liberté, et voila tout ; rejeté au milieu du monde dans la même position qui a causé sa première chute, cette même position en causera naturellement une seconde ■ le seul moyen de la lui épargner est donc de le rendre aux hommes qui vivent de leur industrie sur un pied égal au leur c'esta-dire avec une industrie et de l'argent,

En conséquence, les maisons pénitentiaires ont pour premier règlement que tout condamn, qui ne saurait pas un état en apprendra un à son choix; et, pour second que les* deux tiers de l'argent que rapportera cet état, pendant la détention du coupable, seront pour lui. Un article, ajouté depuis, complète cette mesure philanthropique Tl autorise les prisonniers à laire passer un tiers de cet argent à leur père ou a leur mère, à leur femme ou à leurs enfants.

Ainsi la chaîne de la nature, violemment brisée pour le condamne par un arrêt juridique, se renoue à des relations nouvelles. L'argent qu'il envoie à sa famille lui prépare au milieu d'elle un retour joyeux. L'intérieur, dont son cœur a tant besoin, après en avoir été si Ions-temps privé lui est ouvert, puisque au lieu d'y revenir flétri, pauvre et nu le membre absent de cette famille y rentre lavé du crime passé par la punition même, et assuré de sa vertu à vnir par l'argent qu'il possède et l'état qu'il a appris.

Plusieurs exemples sont venus à l'appui de cette merveilleuse institution, et ont récompensé ses auteurs. Voici des notes copiées sur le registre de, la maison qui attestent ce résultat :

« B ... né en 1807 à Bellerive. — garçon meunier, — pauvr; — il a volé trois mesures de méteil, et a été condamné à deux ans de fers. — Son bénéfice, à la fin de son temps outre les secours envoyés à sa famille, était de soixantedix francs de Suisse (cent francs de France à peu près). Il est sorti, de plus, tisserand très habile, »

Au-dessous de ces lignes, le pasteur du village où retournait B... a écrit de sa main :

« Lors de son retour à Bellerive, ce jeune homme, extrêmement humilié de sa détention, se cachait chez son père, et n'osait sortir de la maison. Les jeunes gens du village allèrent le prendre un dimanche chez lui et le conduisirent au milieu deux a l'église »

« L..., prévenue de divers vols, — trois ans de réclusion : — elle est sortie dans de bonnes dispositions, et est allée dans sa commune, où, sur les renseignements favorables qui étaient parvenus dans son village, relativement à son excellente conduite pendant sa détention, les jeunes filles sont allées à sa rencontre, et après, l'avoir embrassée, l'ont ramenée au milieu d'elles dans le village. — Son bénéfice, cent treize francs de Suisse (cent quatre-vingts francs do France environ). — Fileuse, et sachant lire et écrire. »

« D..., condamnée à dix ans de réclusion pour infanticide sans préméditation ; — entrée, ne sachant rien, — so i, , ustruite, — excellente ouvrière en linge, avec un bénéfice do neuf cents francs de Suisse (mille deux cent cinquante francs de France à peu près). Aujourd'hui goût Tnante dans une des meilleures maisons du canton. »

N'y a-t-il pas quelque chose de patriarcal dans ce gouvernement qui instruit le coupable tte jeunesse qui lui pardonne? N'est-ce pas la sublime devise fédérale mise en pratique: Un pour tous, tons pour un?

Je pourrais citer cent exemples pareils inscrits sur le registre d'une seule maison pénitentiaire. Que l'on consulte. les registres de tous nos bagnes et de toutes nos prisons, et je porte le défi, même a M. Appert, de me citer quatre faits qui balancent moralement ce que je viens de rapporter.

ALEXANDBE DUMAS ILLUSTRE

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Ure la neuvième partie de

la vie d un homme.

In s en IS16, par une de ces belles nuits qu'on

i a faites pour la Suisse seule, une barque

isement, laissant derrière elle un sillage

brillante pai s brisés de la 'une: elle cinglait vers

les murs bis : de Cnillon, et toucha au

rivagt >usse, sans bruit, comme un cygne qui

il un homme au teint pâle aux yeux

ouvert et hautain ; il était enveloppé

d un grand manteau i naît ses pieds, et cependant

i .ait cru il rement. Il demanda à voir

le cachot de Bonnivard ; il y resta seul et longtemps, et.

on rentra après lui dans le souterrain, on trouva,

sur le pilier même auquel avait été enchaîné le martyr, un

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