‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 89 sur 283 · MATER · texte numérisé non relu

MATER

FIL. PIEXTTSSIMO.

Tarnade était restée place forte et importante sous les empereurs, puisque la légion Thébéenne, commandée par saint Maurice, et forte de six mille six cents soldats, s'y trouvait en garnison lorsque Maximm voulut la faire sacrifier aux faux dieux, et que, ferme dans la foi naissante, elle préfera le supplice à l'abjuration. Bientôt après, comme ces vierges païennes qui adoptaient le christianisme, Tarnade, baptisée du sang des martyrs, change de nom et s appelle Agaune: l'époque précise de ce changement remonte â la fin du IVe siècle, puisque la carte théodosienne, qui parut vers l'an 380, lui conserve encore son ancien nom. et que. dix ans aprê^. saint Martin étiquetait le reliquaire où étaient les ossements des Thébéens : « Reliques de* martyrs d'Agaune. >• Du reste, la conversion de Tarnade remonte encore plus haut que l'époque que nous indiquons ici, puisque, s'il faut en croire une inscription qui est devenue la devise de sa maison de ville, elle était chrétienne depuis l'an 5s. Chrùtiana sum ab anno ss.

L'étymologie du mot Agaune a fort occupé 1 érudition des savants du moyen âge; le moine d'Agaune fait dériver ce mot du latin Acaunut, qui dériverait lui-même du mot celtique Agnun. lequel veut dire pays de rochers. D'autres pensent que ce fut saint Ambroise, allant en ambassade près -de l'empereur Maximin a Trêves, et passant vers l'an 385 a Tarnade. qui détermina ce changement, avant de donner au lieu où les Thébéens avaient été mis à mort un nom relatif à leur martyre. Or. ce saint prélat nous apprend, dans une de ses lettres, que le lieu où Samson termina sa vie, en écrasant avec lui les Philistins sous les ruines du temple, porte le nom d Agaunus du grec AgCn. Festu6, dans son vocabulaire, donne la signification de ce mot : Agùn était, selon lui. la victime que les empereurs immolaient avant d'entreprendre leurs expéditions, afin de se rendre les dieux favorables : saint Jérôme dit toujours Anones martyrum, lorsqu'il parle des combats des martyrs: enfin, on appelait \gaunistici certains donatistes fanatiques qui cherchaient à se faire donner la mort : c'est donc, selon nous, en faveur de cette dernière version que cette importante question doit être décidée.

Quoi qu'il en soit, vers le IXe siècle, on joignit le nom du chef de la légion massacrée au nom qui exprimait le massacre Agaune s'appela Saint-Maurice d'Agaune, puis, enfin, il a fini de nos jours par ne plus s'appeler que Saint-Maurice.

Les miracles opérés par les reliques des martyrs les mirent en telle réputation, que ceux des évèques des Gaules qui manquaient de saints dans leur diocèse en envoyaient chercher â Agaune: bientôt, les curés, jaloux du privilège de leurs supérieurs, poussèrent l'indiscrétion Jusqu'à demander pour leur église, l'un un bras, l'autre une jambe; les saints ossements, quelque nombreux qu'ils fussent, eussent probablement disparu jusqu'au dernier dan"; ce pillage, si l'empereur Théodose n'eût rendu un édlt qui défendait, sous les peines les plus rigoureuses, d'ouvrir leurs tombeaux De cette manière on sauva de la déprédation un millier de martyrs et plusieurs bouteilles de leur sang Karl le Grand, pour conserver ce précieux dépôt, fit cadeau A . 'Saint-Maurice d'une fiole d'agate que le trésor de la ville

a conservée jusqu'à nos jouis II lui donna en même

une table d'or pesant soixante inarcs et enricli

niants, destinée a la communion : elle servit a faire les

lu voyage en terre samtu d'Amédée III, comte d voie.

Je ne suis étendu sur les souvenirs antique- Maurice, vu qu en sortant de la ville il le d

emporter un souvenir moderne, et j'ai onime

Htuels, que par poli de leurs vieux a ms

A peine som de Saint-Maurice, j'aperçus, en jet u à ma droite, le petit ermitage de Notre-Dame de Bes ou plu la hauteur de huit cents pieds

paroi d'un rocher. On y monte par un petit se parapet, large en quelques endroits de moins de ilr pouces. Il e- ; ar un aveugle.

Mille pas et a la droite de la grande

après dix minute- de marche, on trouve la petite cli de Véroliez, bâtie à la place, même où saint Maurice a le martyre. A l'époque où cet événement eut lieu, le i passait au pied du petit monticule sur lequel eut lieu le supplice, et la tète du saint, détachée du cerps, roula jusque dans le fleuve, où elle disparut.

Il était trois I de l'après-midi, et je voulais arriver à

Martigny pour diner. Je désirais consacrer quelque temps la cascade de Pissevache. qu'on m'avait vantée comme une des merveilles de la Suisse. En effet, après un heure et. demie de marche, en tournant un coude, je l'aperçus de loin se découpant sur son rocher noir, comme un fleuve de lait qui se précipiterait de la montagne. L'eau est toujours une admirable chose dans un point de vue : c est à un paysage ce qu'une glace est à un appartement ; c est le plus animé des objets inanimés; mais une cascade l'en. sut tout : c'est véritablement de l'eau vivante ; on est tenté de lui donner une âme. On s'intéresse aux efforts écu qu'elle fait en se heurtant contre les rochers; on é sa voix bruyante qui se plaint quand elle tombe : on gémit de sa chute, dont ne la console pas l'écharpe brillante que lui jette en passant le soleil : puis enfin on la sur intérêt, dans son cours plus tranquille au milieu de la vallée, comme on suit dans le monde l'existence paisible d'un ami dont le matin a été agité par de violentes passions.

Pissevache descend d'une des plus belles montagne Valais, nommée Salant; sa chute est d'environ quatre cents pieds.

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