M. LacazG-Duthiers ajoute
avec un aplomb qui melfrra"ru?rutrrort^^^^^^^^ et les débitent
l’envie d’en citer un exemple. ^ réception. Je ne puis résister à
» D. — Comment respirent les animaux?
” n ~ poumons, des branchies, des trachées.
» U. — gu est-ce qu’une trachée?
le. mê.e. '^"a * ,Ll TV
POUR LE LATIN
serieuse 1 etude des langues vivantes; enfin, on s’est efforce de donner un caractère pratique à l’enseignement secondaire.
11 faut bien reconnaître qu’on n’a pas réussi. Nos bacheliers ès lettres sont-ils mieux armés pour le combat de la vie depuis qu on a mis dans leur tête quelques termes de chimie? Non. Les éléments d’une science exacte ne sont d’aucune utilité à ceux qui ne poussent pas cette science assez avant pour en faire la synthèse ou pour en tirer des applications industrielles. Auront-ils plus d’expérience parce qu ils apprennent l’histoire universelle depuis l’âge des cavernes jusqu’à la présidence de M. Jules Grévy? J en doute. L’histoire, telle qu’on la leur enseigne, n’est qu un insipide catalogue de faits et de dates. 11 vaudrait peut-être mieux embrasser moins de temps, s’en tenir aux âges modernes et les étudier avec toutes les circonstances qui en révèlent l’esprit et la vie. Mais comment faire connaître la vie d’un peuple à des enfants qui ne savent pas meme ce que c est que la vie d’un homme? Je ne dis rien de la géographie, qui fut longtemps l’objet des espérances les plus superstitieuses. Elle n’est une grande science qu à la condition d’en absorber plusieurs autres, telles que la géologie, la minéralogie, l’ethnographie, 1 économie politique, etc., etc., et ce n’est point de cette façon qu on 1 entend au lycée. On l’y réduit à un exercice de mémoire long et stérile.
Je ne vois guère, dans toutes ces notions, que la connaissance des langues vivantes qui ait un intérêt pratique. On ne peut nier qu’il ne soit avantageux de savoir 1 anglais et l’allemand. Cette connaissance est utile au négociant et au législateur, comme au soldat et au savant. Mais il reste à savoir si l’enseignement secondaire
LA VIE LITTÉRAIRE
doit avoir pour unique objet l’utile. Il est bien général pour cela.
Non, le beau nom d’humanités qu’on lui donna longtemps nous éclaire sur sa véritable mission; il doit former des hommes et non point telle ou telle espèce d’hommes; il doit enseigner à penser. La sagesse est de se tenir satisfait s’il y réussit et de ne pas lui demander beaucoup d’autres choses en plus.
Apprendre à penser, c’est en cela que se résume tout le programme bien compris de l’enseignement secondaire.
C’est pourquoi je regrette infiniment les méthodes d’après lesquelles on enseignait autrefois le latin dans les classes de lettres; car, en apprenant le latin de la sorte, les élèves apprenaient quelque chose d’infiniment plus précieux que le latin : ils apprenaient l’art de conduire et d’exprimer leur pensée.
Je lutte contre la nécessité. Qu’on veuille excuser cette vaine obstination. Je porte aux etudes latines un amour désespéré. Je crois fermement que, sans elles, c’en est fait de la beauté du génie français. Le latin, ce n’est pas pour nous une langue étrangère, c’est une langue maternelle; nous sommes des Latins. C’est le lait de la louve romaine qui fait le plus beau de notre sang. Tous ceux d entre nous qui ont pensé un peu fortement avaient appris à penser dans le latin. Je n’exagère pas en disant qu en ignorant le latin on ignore la souveraine clarté du discours. Toutes les langues sont obscures à côté de celle-là. La littérature latine est plus propre que toute autre à former les esprits. En parlant ainsi, je ne m’abuse pas, croyez-le bien, sur l’étendue du génie des compatriotes de Cicéron; j’en vois les limites. Rome eut des idées simples, fortes, peu nombreuses. Mais c’est par cela
POUR LE LATIN
même qu’elle est une incomparable éducatrice. Depuis elle, l’humanité conçut des idées plus profondes; le monde eut un frisson nouveau au contact des choses, il est vrai. Il est vrai aussi que, pour armer la jeunesse, rien ne vaut la force latine.
Voyez Hamlet, c’est tout un monde immense. Je doute qu on ait jamais fait quelque chose de plus grand. Mais que voulez-vous qu’un écolier y prenne? Gomment saisira-til ces fantômes d’idées plus insaisissables que le fantôme errant sur l’esplanade d’Elseneur? Gomment se débrouillera-t-il dans le chaos de ces images, aussi incertaines que les nuées dont le jeune mélancolique montre à Polonius les formes changeantes? Toute la littérature anglaise, si poétique et si profonde, offre de semblables complexités et une telle confusion. J’en dirai autant de la littérature allemande, pour toutes les parties qui n’ont été inspirées ni par Rome ni par la France. Je relisais hier le Faust de Gœthe, le premier Faust, dans la belle traduction, aujourd’hui sous presse, de M. Gamille Benoit. G’est un riche magasin d’idées et de sentiments ; c’est mieux encore : c est un laboratoire où la substance humaine est mise au creuset. Pourtant, que de brumes dans cette œuvre du plus lumineux génie de toute la Germanie! On y marche à tâtons par des sentiers tortueux, le regard aveugle de météores. Gela non plus ne sera jamais classique pour nous. Maintenant, ouvrez les histoires de Tite- Live. Là tout est ordonné, lumineux, simple; Tite-Live, ce n’est pas un génie profond; c’est un parfait pédagogue. Il ne nous trouble jamais; c’est pourquoi nous le lisons sans vif plaisir. Mais comme il pense régulièrement! Qu’il est aisé de démonter sa pensée, d’en examiner à part toutes les pièces et d’expliquer le jeu de chacune! Voilà
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pour la forme. Quant au fond même, quy trouve-t-on? Des leçons de patriotisme, de courage et de dévouement, la religion des ancêtres, le culte de la patrie. Voilà un classique! Je ne parle pas des Grecs. Ils sont la fleur et le parfum. Ils ont plus que la vertu, ils ont le goût! J’entends ce goût souverain, cette harmonie qui naît de la sagesse. Mais il faut convenir qu’ils ont toujours tenu peu de place dans les programmes du baccalauréat.
Et voici que le latin est devenu, dans nos lycées, semblable au grec. Voici qu’il n’est plus qu’une vaine ombre ]ouet d’un souffle léger. ’
L’enseignement secondaire se dépouillera de plus en plus de cette incomparable splendeur qu’il tirait de son apparente inutilité. Puisque cette transformation est necessaire, puisqu’elle correspond au changement des mœurs, il ne serait pas bien philosophique de s’en affliger outre mesure. Si je suis inconsolable, la raison me donne tort; la nature n’est jamais du parti des inconsolables. Lest toujours une attitude un peu sotte que celle de bouder l’avenir. Les nations ont l’instinct de ce qui leur est convenable et la France nouvelle trouvera peut-être 1 enseignement dont elle a besoin pour ses enfants Et nous autres, cependant, si ce plaisir égoïste nous est permis, nous nous réjouirons d’avoir été appelés les derniers au banquet des Muses et nous murmurerons ces vers d un docte poète, Frédéric Plessis, en nous refusant touteom, par un sentiment pieux, à croire à l’entier accomplissement de la menace prophétique qu’ils contiennent ;
Les siècles rediront que, d’Athène et de Rome,
Au stérile Occident l’art fécond est venu.
Et ceux qu’autour de nous la voix du jour renomme enront dès demain pour l’avoir méconnu.
POUR LE LATIN
Dans la route banale où leur foule s’engage Ils trouvent la fortune et l’applaudissement; Mais la noble pensée et le noble langage Par eux ne seront pas foulés impunément.
Propos de rentrée