SCÈNE ÏV
[p. 32 7, l, 8 de la présente édition :]
...je serais peut-être... Au fait... que serais-je bien?
MADAME BERGERET
Je ne sais pas ce que vous seriez; mais, dans tous les cas, vous auriez une tenue, et vous n’en avez pas.
BERGERET
Pas plus que cet illustre général à qui il en coûta si cruellement d’être mal mis. Invité à dîner chez un homme riche, il se présenta dans un costume sordide. La maîtresse de la maison, qui ne le connaissait pas, l’envoya fendre du bois dans la cour.
JULIETTE
Qui est-ce?
xiv. — 70
BIBLIOGRAPHIE
BERGERET
Philopoemen. Mais il n’importe!
J’ai rencontré madame Mazure : elle avait un chapeau neuf, un chapeau énorme.
[p. 330, l. 15 de la présente édition :]
BERGERET
Il est joli, ce trumeau. C’est tout ce qui reste de la décoration de ce pavillon qui dépendait de l’hôtel bâti sous Louis XV par le fermier général Pauquet de Sainte-Croix.
PAULINE
Papa, est-ce que le gros Silène est le portrait du fermier général?
MADAME BERGERET
Quel gros Silène?
PAULINE
Le Silène du trumeau.
MADAME BERGERET
Il y a un Silène? Je ne l’avais pas remarqué.
BERGERET
Pauquet de Sainte-Croix, pour qui fut bâti l’hôtel ruiné et déchu dont ce pavillon n’était qu’une humble annexe...
MADAME BERGERET, interrompant et comme à elle-même.
Une jolie bicoque! Quand je pense à ce que nous aurions pu avoir en plein cœur de la ville et dans une maison neuve ! Il faut vraiment aimer les murs lézardés et les escaliers vermoulus.
Il y a le jardin.
BIBLIOGRA PHIE
MADAME BERGERET
Tiens, dans un faubourg, c’est bien le moins.
BERGERET, qui est resté en suspens, continue.
... Pauquet volait de l’argent au roi qui lui en volait aussi. De cette façon s établissait alors l’équilibre des finances. Il n’était pas Chevalier de Saint-Louis. Il porterait aujourd’hui la croix de Commandeur. Il avait les jouissances de l’argent; il en aurait maintenant les honneurs. Car l’argent est devenu honorable. C’est notre unique noblesse. Et nous n’avons détruit les autres que pour mettre à la place cette noblesse, la plus oppressive, la plus insolente et la plus puissante de toutes. — On s’est fait un plaisir de reconnaître Pauquet de Sainte-Croix dans ce gros Silène, mais ceci n’est pas son portrait.
PAULINE
Vois comme elle est jolie, la couronne de raisins que cette nymphe noue sur sa tête!
[p. 333, l. 1 de la présente édition :]
PAULINE
Oui, maman. Alors tu étais un petit enfant très gai, mon pauvre papa 1 Et tante Zoé, comment était-elle, tante Zoé, quand elle était jeune?
BERGERET
D abord elle était jeune, et c’est beaucoup. Je ne serais pas étonné de cioire que la jeunesse est la plus belle des vertus; elle les contient toutes et les répand toutes. Quand on vieillit on a des qualités, sans doute, mais usées, cassées, ébréchées, raccommodées, rafistolées, repeintes, revernies. Enfin, ce n est plus ça. Ta tante Zoé, de beaucoup mon aînée, a consacré sa jeunesse à m’apprendre les fables de La Fontaine et à seconder notre mère dans le gouvernement d’un ménage modique. A la mort de mon père, elle nous a quittés, jeune et sérieuse, pour se placer en Russie, comme institutrice dans une famille princière. Après vingt ans, elle est revenue en France, non pas riche assurément, mais ayant la vie assurée.
Monsieur Bergeret casse une noisette.
BIBLIOGRAPHIE