SCÈNE II Les Mêmes; ROSE
EUPHÉMIE, rentrant.
C’est la modiste.... Entrez donc!
PAULINE
Bonjour, mademoiselle Rose.
JULIETTE
Mademoiselle Rose, est-ce que vous m’apportez mon canotier?
LE MANNEQUIN D'OSIER
ROSE
Mademoiselle Juliette, je ne vous l’avais pas promis pour aujourd’hui. Vous l’aurez samedi sans faute. Je viens chercher les plumes pour le chapeau de votre mère. Madame Bergeret m’avait dit qu’elle m’apporterait les plumes ce matin. Je l’ai attendue jusqu’à présent, mais il fallait que j’aille chez madame Dellion, et...
JULIETTE
Maman est allée chez vous; elle y est peut-être.
ROSE
Elle trouvera visage de bois, car j’ai fermé la porte en m’en allant.
JULIETTE
Attendez un moment : elle ne tardera pas à rentrer.
EUPHÉMIE
Faut que je mette le couvert.
JULIETTE
Rangez donc ce balai; vous êtes d’une négligence, Euphémie !
PAULINE, contemplant le balai qui s’étale.
Il a l’air farouche, ce balai. Je me figure que les balais des sorcières étaient semblables a celui-ci, chauves et les crins tourmentés.
JULIETTE
C’est le vieux balai; il n’y a pas de quoi se moquer.
LE MANNEQUIN D’OSIER
Non, c’est le neuf. Le vieux n’a plus de crins. Il sert à laver le carreau avec un torchon.
JULIETTE
Vous êtes sûre, mademoiselle Rose, que maman n’a pas passé chez vous, ce matin?
ROSE
J'en suis sûre. Je n’ai pas quitté le magasin.
Nouveaux bruits dans la cuisine.
EUPHÉMIE, mettant le couvert.
C’est la bouillotte qui se sera renversée. (La demie sonne.)
ROSE
Onze heures et demie. Je m’en vais.
JULIETTE
Mademoiselle Rose, qu’est-ce qu’on porte cette année?
ROSE
Des petits tricornes garnis de fleurs, des chapeaux bergère... C’est très seyant. Je vous en montrerai qui sont tout à fait comme a Paris. J ai tous les modèles. Excusez-moi, je ne peux pas rester; il faut que j aille chez une cliente.
JULIETTE
Des chapeaux bergère, est-ce qu’on les garnit de dentelles?
ROSE, s’en allant.
Si on veut. Bonjour, mesdemoiselles. Dites bien à votre mère de m’envoyer les plumes. (Elle son.)
LE MANNEQUIN D'OSIER