Méditations. — Commentaires du Génie
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PAGES D’}IISTOIRE ET DE LITTERATURE
l’ode à M. de Bonald, désireuse sans doute de ménager à un jeune inconnu, sans fortune et sans état, la protection d’un homme illustre.
Je ne rappellerai ici aucune autre circonstance du mémorable séjour d’Aix. Nous n’avons sur cette époque d’autre source que Raphaël^ où la vérité et la fiction coulent trop mêlées. Au mois de septembre 1816, Julie, de retour à Paris, écrivait au baron Mounier la lettre que voici :
Ne vous lassez pas, monsieur, de voir de mon écriture. Ma pauvre tête est si faible que les idées dans lesquelles mon cœur n’est pour rien sont fugitives comme l’ombre et ne laissent pas plus de traces qu’elle. Je ne me rappelle pas ce que vous avez bien voulu me dire relativement au général Dijesa. Faut-il encore une fois copier la demande de mon neveu, y joindre la lettre de M. de Vaudreuil ‘ et la lui renvoyer directement? Ou bien auriez-vous un moyen pour qu’elle lui fût remise de manière à ce qu’il la remarquât et qu’on pût avoir une réponse? Ce serait un vrai service. Je n’espère aucun succès de nos tentatives; mais rien ne m’étant plus insupportable que l’incertitude, je serais bien aise d’en sortir. Si l’influence des Princes est telle qu’on la dit, ne ferais-je pas bien de tâcher de faire apostiller le mémoire de Loménie par Monsieur? Je crois que M. de Vaudreuil ne se refuserait pas à le lui demander et vous savez peut-être qu’il est très aimé de ce bon Prince. Ce qui décourage, c’est la prestesse qu’il faut mettre à toutes ces démarches avec la presque certitude d’arriver toujours trop tard. Veuillez une dernière fois me donner votre avis.
Puisque je vous écris, laissez-moi, monsieur, vous parler de votre charmante femme. Oh ! non, ce n’est pas le désir de dire une chose agréable qui me fait parler de l’impression qu’elle a faite sur moi. Comment n’être pas touchée de ses grâces, émue par le son de sa voix et pénétrée de son doux accueil? Quand elle m’a dit, avec ce sourire d’une mère adorable, qu’elle avait eu l’envie de m’envoyer
1. J. -H. François de Paule de Rigaud, comte de Vaudreuil, né à Saint-Domingue, le 2 mars 1741 ; pair de France, le 4 juin 1814, et lieutenant général en septembre suivant. — Il avait été, sous l'ancien régime, gouverneur des îles françaises Sous-le-Vent.
L’ELVIRE DE LAMARTINE
son enfant le matin, je ne puis vous dire ce qui s’est passé en moi. Mon cœur s’est gonflé et j’aurais eu le besoin de lui dire avec des larmes que j’étais indigne de tant de bontés, mais que, si elle me permettait de continuer avec elle des rapports auxquels je tiens à présent comme à ceux que j’ai avec vous, je les mériterais un jour. La crainte de paraître exagérée ou sensible hors de propos fait retenir comme cela beaucoup de mouvements qu’au fond je crois bons, mais auxquels on ne peut se laisser aller qu’avec d’anciens amis. Comprenez celui-là, monsieur, et qu’il vous fasse perdre le souvenir de tous les autres.
Cette lettre est écrite à une date décisive de la vie de Julie, qui vient de laisser à Aix M. de Lamartine. Sa santé n’est pas meilleure; elle est toujours occupée à solliciter pour des proches, pour les gens qui l’entourent; elle met toujours dans l’amitié une exaltation étrange. Elle n’a pas changé. La lettre suivante nous intéressera davantage. Madame Charles l’écrivit à une date que l’on ne saurait fixer précisément, mais qu’il faut renfermer entre les mois de janvier et d’avril 1817. Alphonse de Lamartine était alors à Paris depuis la fin de décembre 1816, et elle le voyait tous les jours.
C'est à grand’peine que le jeune poète avait pu faire ce voyage. Ses parents étaient alors dans une gêne étroite. Pour obtenir le peu d’argent qui lui était nécessaire, il lui avait fallu recourir à la ruse. Il avait prié son ami de Virieu de l’appeler à Paris.
Écris-moi, lui avait-il dit, dans ta première lettre, que tu m’engages à venir à Paris, que tu pourras peut-être m’être utile, m’aider à me caser dans quelque bonne sous-préfecture, cela engagera beaucoup mon père à me donner les moyens d’y aller en effet*.