Correspondance, t. II, p
PAGES D’HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
M. de Virieu fit ce qu’on lui demandait et l’artifice réussit. La bonne mère s’imposa tous les sacrifices pour que son fils ne manquât pas cette occasion d’entrer dans la diplomatie. Elle vendit une charmille, et l’amoureux partit à la fin de décembre. M. de Virieu lui donna l’une des deux chambres qu’il habitait dans l’ancien hôtel de Richelieu, rue Neuve-Saint-Augustin. Madame Charles présenta à son mari le jeune ami d’Aix. Lamartine vit le vieux physicien. Il le vit avec ces yeux qui adoucissaient et vaporisaient tout, et il en fît plus tard, dans Raphaël^ un portrait qui pèche par un excès d’abondance et de suavité. Je le réduis ici aux traits essentiels.
Les traits de cet homme illustre, dit le pseudo-Raphaël, étaient réguliers comme ces lignes pures des profils antiques que le temps décharné un peu sans les altérer. Ses yeux bleus avaient le regard adouci mais pénétrant d’une vue usée qui regarde à travers une brume légère. Sa bouche était fine... enjouée... Ses cheveux, éméchés par l’étude et par l’âge, avaient la souplesse et les inflexions d’un duvet de cygne. Ses mains étaient effilées et blanches'...
Au risque d’interrompre la suite d’une correspondance qui maintenant touche à sa fin, nous rechercherons si l’on peut saisir plus exactement que n’a fait Lamartine l’aspect de cet aimable homme que quelques lettres retrouvées nous ont fait connaître et aimer.
La ville de Gluny garde dans son musée un portrait au pastel du physicien Charles; c’est un ouvrage de Pasquier, membre de l’Académie roy^ale de peinture. Ce [)ortrait vient du frère de Charles qui était, en son vivant, curé de Saint-Paterne, à Orléans. Je ne l’ai pas vu. Mais