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peu de mots de Nyssia, de Candaule et de Gygès ». Je l’en crois, mais ne l’en loue pas excessivement.
Il semble, par contre, qu’il n’a pas connu un endroit de Nicolas de Damas où celle que notre Gautier, d’après Hérodote, appelle Nyssia est nommée Trydo, ce qui est plus rude.
On voit par ce que nous venons de dire qu’il ne fallait pas songer à faire une restitution de la Sardes préhistorique. Les matériaux font défaut pour un tel ouvrage, et Gautier fut bien inspiré de suivre son imagination et sa fantaisie.
Je vous parlais tout à l’heure de bijoux ou amulettes lydiens qui peuvent remonter aux temps quasi fabuleux du dernier Héraclide et du premier Mermnade. Pour dire plus exactement, ce ne sont pas ces objets qui nous restent, mais un moule en serpentine dans lequel on les coulait. Ce moule est conservé au Louvre^. Grand comme la paume de la main, il est couvert de figures en creux parmi lesquelles on voit une femme nue, ou plutôt une déesse, Istar ou Anahit. Ses mains s’approchent de ses seins dans un geste hiératique par lequel elle rappelle qu’elle est la très maternelle et la très féconde. Sa nudité expressive et grossière confirme cette idée. Elle est parfaitement hideuse. Son sexe, indiqué par une toison triangulaire, exactement bouclée en étages, comme la barbe des rois assyriens, offre évidemment une signification générale et religieuse. Elle est l’amante universelle et tranquille. Et l’ouvrier qui essaya de la
1. Cf. Salomoa Reinach, Esquisses archéologiques, in-8®, p. 44 et suiv,, et Perrot et Chipiez, loc. cil., t. V, p. 300. — Le moule eu serpentine y est représenté dans sa grandeur réelle.
LE ROI C AND A U LE
former, d’après son rêve divin, sut à peine donner à sa Vénus très sainte un corps humain reconnaissable. Ces caractères féminins se lisent comme un rébus. Or la belle Nyssia du roi Gandaule devait cacher sous sa robe des idoles d’or semblables à celle-là. Au temps où l’on coulait des figures telles que cette Anahit du Louvre, la vie avait un goût que nous ne pouvons sentir, des formes que nous ne pouvons imaginer.
11 n’est pas besoin d’indiquer aux curieux et aux connaisseurs, à qui cette édition est destinée, les transformations que l’habile écrivain français a fait subir au récit du vieil Hérodote. Théophile Gautier a fait sienne l’histoire de Gygès en y introduisant un sentiment de la beauté plastique tout à fait étranger à l’historien grec^, et en y composant des paysages, des architectures et des mobiliers d’un goût que nous pouvons déjà préciser et définir en disant que c’est le goût antique qui commence à Quatremère de Quincy, à Ottfried Millier, à l’architecte Hittorf, que Mazois vulgarisa dans son Palais de Scaurus et qui aboutit, sous Napoléon III, au genre Gampana. Le Roi Candaule du peintre Gérôme, que la photographie a fait connaître, est un monument caractéristique de ce style, qui semblait tout grec dans sa nouveauté, et que nous commençons à trouver mêlé de style Louis-Philippe et de style second Empire. Ge n’est pas ce mélange qui nous le rend moins intéressant. Plus archéologue, Théophile Gautier eût été moins aimable.
1. M. Georges Radet (p. 1.^1) veut voir dans le vrai Candaule un archéologue, un dilettante et un esthète. Il m’est impossible d’entrer sur ce point dans les vues de ce savant. Il est dommage qu’il n’ait pas écrit la préface qui m’a été demandée. Il comprend un peu Candaule comme Gautier l’a compris.
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Le Roi Camiaule fut publié clans la Presse les l®', 2, 3, 4 et 5 octobre 1844. Ce récit entra, en 1845, dans les Nouvelles de Théophile Gautier, qu’il n’a plus quittées depuis.
M. Michel Carré a tiré du Roi Candaule le sujet d’un opéra en deux actes, mis en musique par M. Eugène Diaz, qui fut représenté par le Théâtre-Lyrique, le 6 juin 1865. Le livret du Roi Camiaule n’a pas été imprimé^.
La présente édition, publiée par M. Ferroud, avec sa magnificence coutumière, a été illustrée par M. Paul Avril. On estime justement les délicates merveilles dues à la pointe de cet habile artiste, M. Paul Avril a interprété la pensée de Gautier en une suite d’eaux-fortes élégantes et d’une suavité délicieuse. Le grand Théo y eût reconnu les images de ses rêves.
1. Histoire des œuvres de Gautier, par le vicomte de Spœlberch de Lowenjoul (Charles de Lowenjoul). Charpentier, 1887, t. I, p. 275.
M. le vicomte de Spœlherch de Lowenjoul cite la lettre suivante de Victor Hugo à Théophile Gautier, relative au Roi Candaule. Cette lettre lui a été communiquée par M. P. Lalanue :
4 octobre 1844.
« Vous êtes un grand poète et un charmant esprit, cher Théophile, je lis votre Roi Candaule avec bonheur. Vous prouvez avec votre merveilleuse puissance, que ce qu’ils appellent la poésie romantique a tous les génies à la fois, le géuie grec comme les autres. Il y a à chaque instant dans votre poème d'éblouissants rayons de soleil. C’est beau, c’est joli et c’est grand.
» Je vous envierais de toute mon âme si je ne vous aimais de tout mon cœur.
» V ICTOR HüOO. »