Lettres de Guy Patin, Paris, 1846, in-8®, t. II, p
HENRIETTE D’ANGLETERRE
mêloit dans toute sa conversation une douceur qu’on ne trouvoit point dans toutes les autres personnes royales. Ce n’est pas qu’elle eût moins de majesté; mais elle en savoit user d’une manière plus facile et plus touchante; de sorte qu’avec tant de qualités toutes divines, elle ne laissoit pas d’être la plus humaine du monde. On eût dit qu’elle s’approprioit les cœurs, au lieu de les laisser en commun, et c’est ce qui a aisément donné sujet de croire qu’elle étoit bien aise de plaire à tout le monde et d’engager toutes sortes de personnes^. »
C’est bien ainsi qu’elle nous apparaît : intelligente, délicate, douce et hère, hdèle aux amis, faible et désarmée contre les flatteries et les caresses, humaine. Ce dernier mot dit beaucoup, et contient, à mon sens, la plus belle louange qu’on puisse donner à une princesse, c’est-à-dire à une personne que les mœurs publiques et privées tiennent en dehors de la sympathie et de l’humanité. L’évêque de Valence ajoute à ce portrait moral un portrait physique galamment tracé et qui sent le hn connaisseur. C’était le temps des Retz et des Chanvallon :
« Pour les traits de son visage, on n’en voit pas de si achevés ; elle avoit les yeux vifs sans être rudes, la bouche admirable, le nez parfait, chose rare! car la nature, au contraire de l’art, fait bien presque tous les yeux et mal presque tous les nez. Son teint étoit blanc et uni au-delà de toute expression, sa taille médiocre mais hne; on eût dit qu’aussi bien que son âme, son esprit animoit tout son corps. Elle en avoit jusqu’aux pieds, et dansoit mieux que femme du monde.