Cosnac, loc. cil., pp. 420-’i
2. Mémoires de madame de Motteville, collect. Petitot, t. XXXVllI, p. 317.
HENRIETTE D'ANGLETERRE
Elle était blonde avec des yeux bleus c’est un libelle qui nous l’apprend, un libelle d’assez bon ton, dont nous parlerons dans un autre paragraphe. Voici le portrait qu’on trouve dans ce petit écrit, intitulé : La Princesse ou les amours de Madame.
« Elle est d’une taille médiocre et dégagée, son teint, sans le secours de l’art, est d’un blanc et d’un incarnat inimitable, les traits de son visage ont une délicatesse et une régularité sans égale, sa bouche est petite et relevée, ses lèvres vermeilles, ses dents bien rangées et de la couleur des perles; la beauté de ses yeux ne se peut exprimer : ils sont bleus, brillans et languissans tout ensemble; ses cheveux sont d’un blond cendré le plus beau du monde; sa gorge, ses bras et ses mains sont d’une blancheur à surpasser toutes les autres 2. »
Gela donne dans le joli et dans le fade; mais le libelliste était journalier, comme Madame; il avait ses heures heu-
1. Choisy dit, il est vrai, que les yeux de Madame étaient noirs. Mais les yeux bleus, ceux surtout qui sont d’un bleu de saphir, et ce sont les plus beaux, paraissent noirs quand la pupille est dilatée. Voici d’ailleurs, si peu qu’il vaille, le portrait tracé par l’abbé : « Jamais la France n’a vu une princesse plus aimable qu’Henriette d’Angleterre, que Monsieur épousa : elle avoit les yeux noirs, vifs et pleins du feu contagieux que les hommes ne sauroient fixément observer sans en ressentir l'effet; ses yeux paroissoient eux-mêmes atteints du désir de ceux qui les regardoient. Jamais princesse ne fut si touchante, ni n’eut autant qu’elle l’air de vouloir bien que l’on fût charmé du plaisir de la voir. Toute sa personne étoit ornée de charmes; l'on s’intéressoit à elle et on l’aimoit sans penser que l’on pût faire autrement. Quand quelqu’un la regardoit, et qu’elle s’en apercevoit, il n’étoit plus possible de ne pas croire que ce fût à celui qui la voyoit qu’elle vouloit uniquement plaire. Elle avoit tout l’esprit qu’il faut pour être charmante, et tout celui qu’il faut pour les affaires importantes, si les conjonctures de les faire valoir se fussent présentées, et qu’il eût été question pour lors à la Cour d’autre chose que de plaire. »
[Mémoires de Choisy, collect. Petitot, t. LXIII, pp. 38.5-386.)
2. T.a Princesse ou les amours de Madame, dans L'Hist. amoureuse des Gaules, 1754, t. 1 1, p. 119.