‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 4)Chapitre 25 sur 159 · La Princesse, loc. cit., p · texte numérisé non relu

La Princesse, loc. cit., p

HENRIETTE D’ANGLETERRE

naturellement fins. De là, cet aspect tour à tour grêle et empâté qu’on voit à ses portraits.

Je l’ai dit tout à l’heure : cette blonde était ce qu’on appelle journalière. Son charme, tout d’expression, était insaisissable pour des artistes qui, comme ceux de son temps, ne se permettaient ni le croquis rapide, ni la touche légère, et qui ne se proposaient pas de saisir la nature en un moment par un coup d’adresse et d’esprit.

Une gravure de Claude Mellan^ nous montre Henriette encore très jeune, au temps où, dédaignée par Louis XIV, elle paraissait sans éclat à la Cour. Mellan nous représente, dans sa manière un peu lâche, une jeune fille de seize ou dix-sept ans avec de beaux grands yeux, un nez rond, de grosses lèvres, la mâchoire inférieure trop saillante, des joues lourdes, un visage à la fois chétif et bouffi, un air intelligent et bon. C’est bien ce qu’avec une grosse gaieté Louis XIV nommait « les os des saints Innocents ». Sur le cou, ceint d’un collier de perles, une guimpe transparente est jetée. Ce collier de perles se retrouve sur tous les autres portraits de la Princesse.

Une peinture de Van der Werff^, reproduite par plu-

1. Buste. « Madame Henriette-Anne, Princesse de la Grande-Bretagne. CM del. » Nous reproduisons ce portrait ci-contre. (Édition Charavay, p. xxni.) Des épreuves postérieures portent « Henriette- Anne d’Angleterre, duchesse d’Orléans, née à Exeterle 16 juin 1644, morte à Saint-Cloud le 30 juin 1670. Cl. Mellan G. del. et sc. »

2. « Henriette d’Angleterre, dernière fille de Charles !*■■, Roy de la Grande- Bretagne, et de Henriette-Marie de France, née à Excester, le 15 juin 1644, accompagna la Reine sa mère, lors qu’elle se sauva par mer en France. A Paris, chez L. Boissuin. » Non Signé.

Le même : « Van der VVerff pinxit. J. Audran sculpsit. »

Plus récemment les graveurs Tavernier et Dieu ont donné chacun une copie très

PAGES D’HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE

sieurs graveurs, notamment par J. Audran, rappellerait la gravure de Claude Mellan, si le nez, beaucoup plus droit, la bouche mieux faite et la joue plus pleine ne • composaient pas un ensemble incomparablement plus agréable. D’ailleurs même air de bonté intelligente. Le buste, pris dans un corps très raide comme on en portait alors, est richement orné d’orfèvrerie avec perles et grosses pierreries. C’est à peu de chose près le costume de presque tous les autres portraits. « Elle était étincelante de pierreries », dit le libelliste.

Un portrait, signé ; Grignon seuls. nous montre une figure sensiblement différente : le nez est gros, mais les yeux relevés sur les tempes et les lèvres retroussées aux deux coins s’accordent avec les mèches folles et les boucles en coup de vent de la chevelure pour composer une physionomie vive, rieuse, mutine et moqueuse. Et, bien que la gravure soit dure et noire, Henriette y paraît gentille et plaisante. Si l’on veut, ces portraits forment, malgré leurs dissemblances, une famille, dont le caractère commun est l’air de jeunesse et de sympathie.

Tout différent est l’aspect des autres figures que nous avons sous les yeux. Le graveur anonyme de 1663 2, Joul-

infidèle de ce portrait de Van der Werff. On le trouve reproduit à l’eau forte, en tête de ce volume, par M. Boulard fils.

1. De face. « Henriette d’Angleterre, duchesse d’Orléans, dernière fille de Charles I®' du nom, roy de la Grande-Bretagne, et de Henriette-Marie de France,. nasquit à Exceter le 15 juin 1644, accompagna la reine sa mère lors qu’elle se sauva par mer en France, espousa Philippe de France, duc d’Orléans, frère unique du Roy. »

2. De trois quarts. Elle porte une guimpe empesée et montante, le costume est sévère. C’est ainsi que la reine accouchée aurait voulu voir Madame à ses relevailles (v. p. 70). Au fond, une draperie dont un coin soulevé laisse voir à gauche une chasse eu forêt.

HENRIETTE D’ANGLETERRE

lain*, Desroches* et F. Schouten®, sans bien s’accorder pour les détails, nous présentent tous un visage régulier, plein, avec un air de maturité; ni expression, ni caractère propre : ce n’est pas là cette princesse à qui l’on trouvait « un agrément extraordinaire ».

Le musée de Versailles possède trois portraits anciens d’Henriette d’Angleterre. Le meilleur* a été reproduit dans l’ouvrage de Gavard par une mauvaise gravure qui n’en donne pas la moindre idée. La Princesse y est représentée avec de beaux yeux d’un bleu sombre, un nez sans beaucoup de caractère mais qui peut, à la rigueur, mériter le compliment que l’évêque de Valence fit à l’original, une bouche retroussée aux coins avec une expression plus gaie que tendre et une jolie gorge sous une guimpe transparente. Elle tient sur ses genoux un petit chien qui porte galamment à l’oreille un pompon de soie rouge.

Le même petit chien avec le même pompon à l’oreille figure sur un autre portrait® conservé dans l’attique du palais et que le catalogue donne pour être de l’école de

1. De trois quarts, cr Henriette d’Angleterre, dnchesse d’Orléans. »

Page 1