Dictionnaire de Furetière, au mot galanterie
et les clames. D’autres disoient que ces choses extérieures ne snffîsoient pas, et que ce mot de galant avoit bien une plus grande étendue, dans laquelle il embrassoit plusieurs qualités ensemble; qu’en un mot, c’étoit un composé ou il entroit du je ne sais quoi^ ou de la bonne grâce^ de l'air de la Cour, de l’esprit, du jugement, de la civilité, de la courtoisie et de la gaieté, le tout sans contrainte, sans affectation et sans vice. Avec cela, il y a de quoi faire un honnête homme à la mode de la Cour. Ce sentiment fut suivi comme le plus approchant de la vérité, mais on ne laissoit pas de dire que cette définition étoit encore imparfaite et qu'il y avoit quelque chose de plus dans la signification de ce mot, qu’on ne pouvoit exprimer; car pour ce qui est, par exemple, de s'habiller galamment, de danser galamment, faire toutes ces autres choses qui consistent plus aux dons du corps qu’en ceux de l’esprit, il est aisé d’en donner une définition; mais quand on passe du corps à l’esprit et que, dans la conversation des grands et des dames et dans la manière de traiter et de vivre à la Cour, on s’y est acquis le nom de galant, il n’est pas si aisé à définir; car cela présuppose beaucoup d’excellentes qualités qu’on auroit bien de la peine à nommer toutes, et dont une seule venant à manquer suffiroit à faire qu’il ne seroit 'çXus galant^. »
Le bon Vaugelas s’attarde; pour faire vite, disons avec Saint-Evremond que l’air galant « est ce qui achève les honnêtes gens et les rend aimables’® ».
1. Remarques sur la langue française, utiles à ceux qui veulent bien lire et bien écrire. 1647, in-4®.
2. Daus le Trévoux, au mot galant. Voir aussi La Bruyère : « Une femme galante veut qu’on l’aime, etc., etc. »
HENRIETTE D'ANGLETERRE
Madame était née « avec des dispositions galantes », dit la comtesse de La Fayette; Madame était « naturellement galante », dit Fabbé de Choisy. Cela veut dire que Madame était polie, enjouée, agréable et qu’elle aimait à se montrer telle, en toute rencontre, à ses risques et périls, bien entendu. Les galants et les galantes avaient leurs modèles, leurs parangons, dans les princes et les princesses des tragédies et des romans; c’était leur affaire d’accorder des sentiments délicats et quasi héroïques avec les brutalités de la vie et les fragilités de la nature.
.Madame aurait aimé à entretenir avec le Roi un commerce de ce genre, mais il lui échappa vite, par l’effet de sa complexion amoureuse et faute de s’en tenir aux plaisirs de l’esprit. Elle trouva, par contre, en M. de Guiche un homme entêté de galanterie. M. de Guiche, fds du maréchal de Gramont, était un compagnon de jeunesse de Monsieur qu’il traitait avec un sans-façon dont on peut juger par ce que la grande Mademoiselle rapporte d’un bal donné à Lyon, en 1658, par le maréchal de Villeroi.
« Le comte de Guiche, dit-elle, y étoit, lequel, faisant semblant de ne pas nous connoître, tirailla fort Monsieur dans la danse et lui donna des coups de pied au cul. Cette familiarité me parut assez grande; je n’en dis mot, parce que je savois bien que cela n’eût pas plu à Monsieur, qui trouvoit tout bon du comte de Guiche^. »
M. de Guiche qui, avec une jolie figure et un esprit cultivé, donnait dans tous les travers à la mode, se faisait devant les dames la mine d’un vrai berger et d’un parfait héros de roman. C’est par là qu’il plut à la jeune princesse
l. Mémoires de mademoiselle de Montpcusier, coll. Petitot, t. 111, p. 389.