Un sottisier lui fait dire aux dames
. je n’ai point d’armes
Pour vous servir, comme le prond Saucourt.
Je ne commente point. Voyez aussi la chanson citée plus loin page 100.
PAGES D’HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
ceinturé comme son esprit, tout le reste en bandits^. »
Mademoiselle de Scudéry et le comte de Bussy- Rabutin, excellents juges, nous apprennent qu’il poussait l’affectation en écrivant jusqu’à se rendre incompréhensible : « Gomme il est fort obscur dans ses lettres, je n’ose assurer ce qu’il veut dire. — C’est proprement un entortillement d’esprit que ses expressions, et surtout dans ses lettres; il n’est presque pas possible d’entendre ce qu’il écrit. »
Il s’agit de lettres d’amitié. On peut croire que ses lettres d’amour étaient plus inconcevables encore et que l’ithos et le pathos n’y manquaient pas. Madame, jeune comme elle était, dut les trouver fort belles, car la jeunesse est portée à admirer ce qu’elle ne comprend pas; et il est croyable qu’elle put les lire sans rougir, tant elles étaient hors de la nature. Si ces miraculeuses épîtres sont perdues*, il reste, pour nous en donner une idée, la lettre de Don Quichotte à Dulcinée du Toboso. M. de Guiche travaillait sur ce modèle et ce qui prouve qu’il y faisait effort, c’est qu’il écrivait fort bien dès qu’il ne se surveillait plus. Nous avons de lui des Mémoires concernant les Provinces- U nies et une Relation du Passage du Rliin^ qu’on lit avec le plaisir que donne un style vif, clair et facile. La relation, il la fit au galop et n’eut point le temps de la gâter. Quant aux Mémoires, il ne les écri-
1. Lettre du 15 janvier 1672. Elle écrivait trois mois auparavant : « Le comte de Guiche est à la Cour tout seul de son air et de sa manière, un héros de roman, qui ne ressemble point au reste des hommes, o (Lettre du 7 octobre 1671.^
2. Les deux lettres qu’on trouve pour la première fois dans l’édition de 1754 de V Histoire amoureuse des Gaules (t. II, pp. 120 et 148) sont apocryphes. Voir Appendice I, à la fin de l’édition Charavay.
HENRIETTE D’ANGLETERRE
écrivit pas pour ses contemporains. Un tel détachement porte souvent bonheur aux écrivains, et c’est à cette disposition d’esprit qu’on doit de bien aimables chefs-d’œuvre.
D’ailleurs, il s’oubliait parfois. « J’ai vu deux fois ce comte (de Guiche) chez M. de La Rochefoucauld, dit madame de Sévigné; il me paroit avoir bien de l’esprit, et il étoit moins surnaturel qu’à l’ordinaire i. » Elle dit ailleurs, en parlant de lui : « Nous avons fort causé », ce qui, de la part d’une telle femme, est, en quatre mots, un assez joli compliment
Nous avons vu ce qu’était la galanterie de cour au XVII® siècle et ce que pouvait être, en particulier, celle de M. de Guiche. Lisez, ainsi avertis, le roman (c’est le mot) qu’il eut avec Madame et que je ne raconterai pas, parce que ces notes sont destinées à faciliter la lecture du livre que je publie et non à la rendre inutile. Vous verrez, dans ce livre, qu’au mois d’avril 1662 M. de Guiche quitta la Cour pour aller se battre en Lorraine d’où il partit pour la Pologne. Ce voyage va nous arrêter un moment, et, bien que je n’aie pas du tout l’intention d’écrire la vie ni même une partie de la vie de M. de Guiche, j’introduis cet épisode dans mes notes pour le plaisir de publier deux lettres intéressantes. M. de Guiche donc partit pour la Pologne à la fin de 1663. Il portait son épée de gentilhomme à ce peuple catholique dont la Reine était cette Marie de Gonzague qui. Française de naissance et de sentiments, s’efforçait, malgré les Palatins, d’assurer la survivance de la couronne de Pologne au duc d’Enghien,