‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 4)Chapitre 38 sur 159 · Lettre du 29 avril · texte numérisé non relu

Lettre du 29 avril

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fils du grand Condé. Elle faisait subir son impérieuse influence au Roi son mari, Jean-Casimir, qui l’aimait. C’était un cardinal et un jésuite relevé de ses vœux, assez bon homme, raisonnable et prudent. Sous son règne, les Suédois avaient occupé Varsovie, mais il les en avait chassés à la tête des Palatins en 4660 : l’union, si rare, de la noblesse et du Roi avait sauvé la Pologne; mais, dans l’automne de 1663, Jean-Casimir franchissait le Dnieper, pour combattre les Moscovites et sa propre armée qui s’était tournée contre lui avec Lubomirski.

Le comte de Guiche et son jeune frère le comte de Louvigny arrivèrent à Varsovie au mois de novembre. Voici en quels termes Marie de Gonzague instruisit de leur arrivée le maréchal de Gramont leur père :

« Ce 46 novembre [4663].

« Mr le comte de Guiche est si résolu d’aller trouver le « roy par delà le Boristène, qu’il voudroit partir dès « aujourd’huy, s’il n’estoit retenu par la foule des banquets « que tout le monde lui veut faire. 11 vous escrira le destail « de seluy que M. Rey lui a fait il y a deux jours, où le « vin de Tocaie ne fut pas oublié. M. le comte de Louvigni « s’en est trouvé un peu incomodé. Je leurs doneray des « gardes pour les premiers affin qu’ils n’en boivent plus « tant, se vin estant d’une forse extraordinaire.

« Jusques astheure, ils ont gagné le cœur de tous les « Polonois qui les on veus. Seluy que j’avois envoyé « quérir pour les conduire est arrivé et il se rancontre « encore une ocasion très sure. Le palatin de Sandomirie,

HENRIETTE D’ANGLETERRE

« ne pouvant, à cause de sa maladie, aler à l’armée, donne « toutes ses compagnies, qu’il avoit gardés pour lui servir « d’escorte, à son nepveu le duc de Aisniowicj qui i va, « tellement qu’avec selles de Niesabitouski, qui est le nom « de selui qui est isy lieutenant de la segonde compagnie « d’hussards du Roy, ils feront près de huit cens chevaux, « et avec tous les soins que je prans pour toutes les autres « comodités dont ils auront besoin, je suis asurée qu’ils « oront des difficultés et peines extrêmes et ils n’ariveront « qu’à Noël. Je ne fais point de doute que le roy Monsei- « gneur ne les resoive de la manière qu’ils méritent. Je « ne croi pas qu’il se rancontre d’occasion avec le Mos- « covitte qu’environ ce tans là, parse qu’il sera besoin de la « gelée, autrement les terres seroient trop humides dans « se tans isy. Ils veulent s’attacher avec M. Garneski, lequel « je priray bien fort pourtant de ne leur point permettre « de s’hasarder. Tout se qu’il y a de gens de condition, ils « les ont visité et l’archevesque i a envoié; s’il estoit en « santé, il i seroit venu lui mesme. S’estoit l’évesque de « Varmie^ en France qui se resouvient de toutes les sivi- « lités qu’il a reseus de vous à Paris. Mr le Nonse leur « envoia demander audianse. Mr le comte de Guiche me « consulta dessus se qu’il devoit faire. Je luy conseillé de « ne la pas refuser, me fondant sur ce que Mr de Lumbres, « aiant demandé en France coume il se comporteroit avec « lui et ne lui aiant point esté fait de response là dessus « à ce qu’il m’a dit, j’ai creu que s’estoit une chosse qu’on « traittoit de rien, et, si Mr de Lumbres m’avoit voulu

1. Ermeland, en latin Varmia, petit pays dans le palatinat de Marienbourg, qui appartint à la Pologne de 1466 à 1772. L’évêque avait le titre de Prussix regise primas.

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« croire, il n’oroit point désisté de le visiter, me persua- « dant que vostre roy qui est si habile et si diligent « n’oroit point manqué de lui comander de rompre tout « comerse s’il avoit jeugé que sela fût de son intérest. « Dessus se fondement, j’ai creu que, s’ilrefusoit l’audianse « de se nonce, que les Polonois s’en scandaliseroient « grandement. S’est dont moi qui suis chargée de toutes « leurs conduitte et je me fortifie de plus en plus que « j’orai trouvé les vrais sentimans du Roy son maistre. « Ils partiront lundy. Je suis assuré qu’ils seront fort « diligens de vous escrire par toutes les ocasions. Pour « moi, je n’en manquerai pas une, quand j’en saurai des « nouvelles, de vous les faire sçavoir. J’asure isy madame « la duchesse de Gramont leur mère que tant qu’ils seront « en Pologne, je tiendrai sa place auprès d’eux. Si la « poste du Roy arive devant que sette letre se ferme, je « vous manderai toutes les nouvelles. Je me trouve un « peu mal depuis six jours.

« Mon cousin Monsieur le Mar*^ duc de Gramond. »

Quatre mois plus tard, Marie de Gonzague mandait au maréchal la belle conduite de ses fils. Voici la lettre qu’elle lui écrivit à ce sujet :

« Ce 14 mars [ 1644].

« La pene ou j’estois le dernier ordinaire de n’avoir « point des nouvelles de l’armée n’est pas diminuée pour « en avoir resu puisque vous aprendrés des lettres que « je vous anvoie que le roy et toute l’armée s’alloient

HENRIETTE D’ANGLETERRE

cc joindre à selles de Lithuanie pour ensuitte prendre les « résolutions que l’on jugera à propos sur l’aproche de « deux généraux moscovittes. Vous croirés facilement « l’inquiétude où je me trouve de l’événement d’une bataille « qu’aparament l’on voudra et qu’on sera aubligé d’ha- « sarder et qui me paroist absolument nésessaire pour « finir sette guerre. Quand vous saurés se que les contes « de Guiche et de Louvigni ont fait à deux assaut qui ont « esté donné à une plase que j’aurois bien voulu qui n’eust « point esté assiégé, vous aurés grand sujet de remersier « Dieu de se qu’il les a conservés, l’aisné ayant esté suivi « de son cadet dans tous les lieux les plus périlleux, à la « grande admiration des Polonois. Le roy Monseigneur ne « se peut lasser de m’en dire du bien. 11 les fît appeller « plusieurs fois sans qu’ils voulussent rien escouter. Je ne « vous puis dire combien ils mettent en réputation la « nation fransoise et sur tout leur roy, auprès duquel on « dit qu’il a esté nourri. Mes soins pour eux ogmentent a ancore mes penes, craignant que, si on vient à quelque « combat, ils ne se hasardent trop. Les Polonois ont acous- « tumé toujours de battre les Moscovittes avec bien peu « de perte, mes qui peut savoir se que Dieu a résolu sette « fois isi. Pour moi, je suis d’un naturel à prendre tou- « jours toutes chosses au pis et je souffre bien souvent en « imagination se qui n’arive jamés. Plusieurs croient que « les Moscovittes n’hasarderont pas une bataille, n’aiant « dans tous leurs péis que se qu’ils ont ramassé de troupes « et qu’ils conduisent par forse, et qu’en présance des deux « armées, ils demanderont à tretter, et je veux croire a que le roy Monseigneur acseptera le parti le plus doux.

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