Voir p. 116 de l’édition Charavay
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HENRIETTE D’ANGLETERRE
chevalier de Lorraine, se plaignit bien haut. Mais on récusera le juge et le témoin.
Au côté d’un mari sot, jaloux et tracassier, la vie d’Henriette fut frivole, sa vie, mais non son âme. Elle avait dans l’esprit plus d’étendue et de solidité que n’en feraient soupçonner les jolis riens et les dangereuses fantaisies de sa première jeunesse. Elle devinait les hommes avec une rare pénétration. Nous avons vu qu’elle reconnut fort bien le vrai fonds égoïste et médiocre de Louis XIV. Elle savait exactement que penser de « la fausse capacité^ » de Villeroi. Elle savait placer sûrement sa confiance. Sa discrétion, attestée par Bossuet et par madame de La Fayette, la rendait propre aux affaires. Si elle y faillit une fois, à notre connaissance, en montrant à un homme sans foi, mais si séduisant, des lettres confidentielles du roi d’Angleterre, elle avait du moins alors l’excuse d’une extrême jeunesse et d’une grande inexpérience. Le premier aumônier de Monsieur, Daniel de Gosnac, évêque de Valence, la considère, dans ses Mémoires^ comme une personne fidèle et très sûre.
L’évêque de Valence, ambitieux et honnête, avait le caractère de ces grands serviteurs des princes, de ces fiers domestiques dévoués à leur maître et hautains avec lui, gens qu’on vit à l’œuvre sous Henri IV et Louis XI II, et qui se faisaient rares depuis lors. 11 s’obstina longtemps à faire de Monsieur un homme d’Etat. Par là, il déplut au Roi, qui n’aimait pas à voir son frère si bien conseillé, et il déplut à Monsieur dont il contrariait la paresse et les vices. Mais Henriette entrait dans les projets de ce poli-
1. Lettre à madame de Saint-Chaumont, Cosnac, loc. cit., p. 407.
PAGES D’HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
tique en camail et elle le mettait dans la confidence de ses propres affaires. Elle ne put faire qu’il ne fût chassé par Monsieur et exilé dans son diocèse par le Koi, mais elle continua de correspondre avec lui. Une grande affaire l’occupait, le rétablissement du catholicisme en Angleterre. Elle prenait en main avec les deux rois cette vaste intrigue et elle comptait y employer l’évêque de Valence, pour qui elle avait déjà obtenu, sans le nommer, le chapeau de cardinal. Tout cela resta en projet et en imagination, mais Henriette, par le voyage de Douvres, prit une grande part à la diplomatie de son temps.
Louis XIV, voulant détacher Charles II de la triple alliance, choisit pour médiatrice entre les deux rois de France et d’Angleterre la duchesse d’Orléans, « lien naturel » de leur union U Madame passa à Douvres et y rencontra comme par hasard Charles 11 son frère. Elle rapporta de ce voyage un traité secret qui servit de base à des négociations que l’éditeur du petit livre de madame de La Fayette n’a pas à suivre.
Au milieu de ces occupations. Madame souffrait beaucoup de l’humeur jalouse et tracassière de son mari. On dit même que le voyage de Douvres avait pour elle un autre intérêt que celui des deux couronnes et qu’elle poursuivait en le faisant un but secret et domestique qui ne fut point atteint, celui d’obtenir de son frère un asile à la Cour d Angleterre pour y vivre séparée de son mari. On trouvera, dans notre texte, entre crochets et en italiques, plusieurs fragments des Mémoires de mademoiselle de Montpensier qui, mis bout à bout, donnent une