Lettre de Louis XIV, septembre
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HENRIETTE D’ANGLETERRE
idée des chagrins qui gâtèrent les dernières années de la vie de Madame.
Mais on n’y trouvera rien qui se rapporte aux deux Bérénice^ écrites, l’une et l’autre en 1669. Madame de La Fayette, à supposer qu’elle eût terminé son histoire, n’y aurait peut-être pas parlé du tout de cette élégante espièglerie de Madame, qui imagina d’inspirer en même temps au vieux Corneille et à Racine l’idée de la même tragédie et qui s’y prit avec assez d’adresse pour que chacun des poètes ignorât quel sujet traitait l’autre. Ce sujet était galant; il y fallait représenter Louis XIV sous le nom de Titus et Marie Mancini sous celui de Bérénice. Car c’est bien cela et cela seul qu’on peut voir dans Vinvitus invitam dimisit. Et il est impossible, au contraire, d’y rien trouver qui rappelle les sentiments d’Henriette pour le Roi. On a reproché à Madame d’avoir fait courir au vieux Corneille une fâcheuse aventure et causé une mauvaise pièce. L’aventure fut fâcheuse en effet pour Corneille ; quant aux défauts de sa pièce, ils ne peuvent être imputés au sujet. On a dit qu’il était trop galant, mais il n’y avait pas de sujets trop galants pour Corneille et les autres poètes du Palais-Cardinal. Ceux-là ne séparaient point l’héroïque du tendre. D’ailleurs l’auteur vieilli de Cinna faisait depuis quelque temps de mauvaises pièces sans que Madame s’en mêlât. Attila est de 1667 et Pulchérie de 1672. La tragédie de Tite et Bérénice^ venue dans l’intervalle, ne vaut ni plus ni moins. Madame ne devinait peut-être pas que la Bérénice de Corneille, démodée avant que de naître, attesterait le déclin d’un illustre vieillard, tandis que la Bérénice de Racine serait une élégie belle comme l’amour, noble
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comme la douleur et touchante comme la vie. Au contraire, si, caressée par les louanges délicates que le plus jeune et le mieux doué des deux poètes lui avait données^, si, se rappelant les larmes qu’elle avait versées en écoutant Andromaque^ elle désira que le duel^ préparé par sa ruse spirituelle se terminât à l’avantage de Racine, on ne la blâmera pas d’avoir mis ses souhaits du côté de la poésie la plus humaine, la plus touchante, la plus vraie et la plus belle. Je ne parle ici des Aqxix Bérénice que pour rappeler que Madame avait l’esprit très cultivé. « On savoit, lui dit Racine, en 1667, dans l’épître dédicatoire à' Andromaque^ on savoit que Votre Altesse Royale avoit daigné prendre soin de la conduite de ma tragédie. Gela veut dire, non qu’elle aida véritablement le poète, mais que, parfois, au milieu des divertissements, elle s’occupait de beaux vers et de hautes pensées. Bossuet nous apprend que, dans un âge un peu plus avancé, elle se plaisait aux livres d’histoire.