IX IV
PAGES D’HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
ils étaient affligés. Les gens du commun disaient plus simplement, en passant devant le bâtiment neuf de la rue de Sèvres : « C’est l’hospice des incurables. » Et ils donnaient le nom qui a prévalu. Madame de La Sablière vint partager là avec les sœurs grises le service des malades, et elle accomplit son humble office avec le naturel qu’elle gardait en toutes choses et tout l’élan d’un cœur vrai.
Ce fut une grande surprise dans les ruelles quand on apprit que la savante était devenue infirmière. « Voilà la route que Dieu avait marquée à cette jolie femme! » s’écria, à cette nouvelle, madame de Sévigné qui se faisait vieille et devenait sermonneuse.
Ce serait trop dire que la maîtresse rebutée de La Fare, dès qu’elle eut noué à sa taille le tablier de serpillière, trouva la paix du cœur et goûta les joies du renoncement. Mais peu à peu les révoltes et les troubles s’apaisèrent dans le travail régulier de la retraite et de la pénitence. Cette femme qui avait regardé si avant dans la science et dans la volupté ne voyait désormais plus rien sur la terre qu’un crucifix au chevet d’un malade qui avait été l’artisan de cette réforme, l’âge, l’abandon, la maladie, et aussi le grand moine qui du fond de sa solitude régissait tant d’âmes du siècle. Les lettres de madame de La Sablière à Rancé marquent dans leur monotonie les progrès de cette âme qui dans la pénitence comme dans la faute ne s’arrêtait pas en chemin.
Pendant qu’elle soignait les pauvres, le monde qu’elle avait quitté suivait son train. La Fontaine, reçu de l’Académie, donnait, devant cette assemblée, des louanges à sa protectrice absente et logeait encore chez elle où elle ne
MADAME DE LA SABLIÈRE
logeait plus. Ghaulieii gagnait la goutte à souper. La Pare faisait des petits vers et se mariait.
Madame de La Sablière, après treize années de pénitence, malade depuis longtemps d'un cancer au sein, décéda dans son humble logis de la rue aux Vaches, âgée de soixante-trois ans, en 1693, le sixième jour de janvier. Elle fut enterrée le septième par le clergé de Saint- Sulpice.
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