‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 4)Chapitre 6 sur 159 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

* ■ * 'tf

- ^î< *'r* te ‘h

- ■ ■ • -’ f V V'.iM . . -! ■ - '' • •'*..' ■•;- ■Œîî'’

3l!S' ■ "•.'■•^•'Cîkf^''^

'. ^ • .-; ■ -. ; .-Lis' ' . • ■ '‘- •■ «'.Ô ^ ,.v:v ,

î^i ' r4iP,

^ . .V " r . ^'w-vVr^y5r‘if.iÆ * ' . xWlCP^u .

.,• .f I,.: •■‘liw:'

fjr'f éîri.rv- ’.,;•< ’•

HC'î*' T * - •'“ ^ V- ’ ' ‘C- ■» ’d . »r J* V - (SF. . . «

Nous ne l’avons pas cherché, ce sujet rare, ce beau et riche sujet de pathologie littéraire. Mais, puisqu’il se présente à nous, nous nous faisons un devoir de l’observer. Toutefois, avant de rédiger quelques notes sur le cas surprenant qu’il nous offre, avertissons les lecteurs très choisis auxquels s’adresse cette plaquette que la nouvelle qui y est publiée pour la première fois ne nous servira nullement de pièce justificative. Bien que du marquis de Sade, elle n’est pas sadique; elle est au contraire fort innocente et ne porte aucune trace de la maladie mentale qui déshonora .

PAGES D'HISTOIRE ET DE LITTERATURE

son auteur. Voilà ce que nous avions hâte de dire. Maintenant, considérons le malade et la maladie.

Donatien-Alphonse-François de Sade, né dans Fhôtel de Gondé le 2 juin 1740 G était issu d’une ancienne et noble maison qui remontait à Foulques de Sade et à sa femme Laure de Noves, la dame austère chantée par Pétrarque, et qui, plus tard, s’allia à la maison de Gondé par mademoiselle de Maillé, nièce du cardinal de Richelieu. 11 passa son enfance en partie en Provence, où sa famille avait des terres, et en partie à Exeuil, en Auvergne, auprès de son oncle, le vicaire général de Toulouse et Narbonne, qui joignait à la galanterie d’un abbé de cour le savoir d’un homme de cabinet, et précéda de loin Fauriel, avec une spirituelle érudition, dans des recherches sur la poésie provençale. Le jeune marquis fit ses études au collège Louis-le-Grand qu’il quitta à quatorze ans, pour entrer dans les chevaulégers. De là, il passa comme sous-lieutenant au régiment du Roi, puis il fut lieutenant dans les carabiniers, fit la guerre en Allemagne et gagna sur le champ de bataille le grade de capitaine de cavalerie. 11 revint à Paris en 1766, et ceux qui le connurent alors se firent de lui l’idée d’un aimable libertin. Ses folies de jeunesse ne passaient pas ce qui était permis en ce temps-là à un jeune homme de famille. Toutefois, son père résolut d’y mettre fin en le mariant. 11 s’entendit à ce sujet avec son ami, M. de Montreuil, président à la Gour des aides, qui destina sa fille aînée au marquis. G’était

1. Cf. le Marquis de Sade, par Jules Janin, dans la Revue de Paris de 1834, t. XI, p. 321; La Vérité sur les deux procès criminels du marquis de Sade, par Paul L. Jacob, bibliophile, dans la Revue de Paris de 1837, t. .XXX VIII, p. 135. — Voir aussi la biographie Michuud.

LE MARQUIS DE SADE

une belle, honnête, pieuse et froide demoiselle. Sa sœur cadette, avec moins de rectitude dans l’esprit, avait plus de charme sur sa personne. Le marquis de Sade l’aima et déclara que c’était elle qu’il voulait épouser. Son père et M. de Montreuil, tous deux bien opiniâtres dans cette affaire, exigèrent, l’un qu’il se mariât, l’autre qu’il prît l’aînée. Après d’impérieuses sollicitations, le marquis céda. Un an après ce mariage forcé, la mort de son père le mit en possession d’une grande fortune et du titre de comte que portaient les aînés dans sa famille, mais qui, par une singularité inexpliquée, ne prévalut jamais, pour lui, sur celui de marquis que l’usage lui a conservé. 11 se jeta alors dans de furieuses débauches avec des roués, des hommes de lettres, des laquais et des merlans. Gela est ignoble, mais n’a rien de particulier.

Le premier acte, rendu public, qui révèle une aberration caractéristique du sens moral chez cet homme, date du 3 avril 1768. Ce jour-là, tandis que deux filles racolées par son valet de chambre l’attendaient dans sa petite maison d’Arcneil, il rencontra à Paris une femme du peuple nommée Rose Keller, à qui il offrit à souper et qui ne se fit pas prier. Quand Rentra avee elle dans la maison, les deux fdles étaient à table, couronnées de roses selon la mode grecque, remise en honneur par l’abbé Barthélemy. Mais, au lieu de la faire asseoir au ban({iiet, il la poussa dans un grenier avec l’aide de son valet, la mit nue, la lia, la fouetta au sang, et redescendit souper avec les deux créatures. Il était jour quand Rose Keller, folle de terreur, parvint à rompre ses liens et se jeta par la lucarne dans la rue oîi elle tomba nue, bleue de coups et ensanglantée par sa chute. On la

Page 1