Édit. Chéruel, 1856, t. III, p. 180 et suiv
HENRIETTE D'ANGLETERRE
en lui-même de graves difficultés \ ne dispense en aucune façon l’historien d’interroger les faits. Les relations de la mort de Madame sont fort nombreuses et suffisamment concordantes. On possède en outre deux procès-verbaux d’autopsie*.
A l’aide de ces documents, M. E. Littré, doublement préparé aux explorations de ce genre par ses connaissances médicales et par sa rigoureuse méthode de critique historique, a recherché si vraiment Madame avait été empoisonnée. La dissertation de ce savant, inspirée par une bonne foi parfaite et conduite avec le zèle d’un esprit curieux et sincère, aboutit à une négation formelle. On la trouvera dans le volume intitulé Médecine et Médecins^ et, comme les personnes les plus étrangères à l’érudition pourront se plaire à ces pages ornées de littérature et empreintes de cette sagesse affectueuse qui est le propre du vénérable vieillard qui les a écrites, notre désir serait
1. Saint-Simou dit, par axemple, qu’un garçon de la chambre de Madame fit l’eau de chicorée, et madame de La Fayette, qui était de la maison et savait comment tout s’y passait, dit précisément que madame Desbordes, première femme de chambre de Madame, prépara l’eau de chicorée. 11 fallait que Saint-Simon fût bien mal renseigné sur Madame, car il dit dans ce récit qu’elle « étoit d’une très bonne santé ». La lettre de Guy Patin qu’on a lue plus haut, le sentiment de monsieur Vallot sur la mort de Madame (ms. de Conrart, t. Xlll), l’abominable propos de Monsieur, pendant le voyage de Flandre (voir p. 120 de notre édition), prouvent que Madame n’avait pas même les apparences de la santé. Mademoiselle de Montpensier qui la vit après le voyage de Douvres fut effrayée ; « Elle (Madame) entra chez la reine comme une morte habillée, à qui on auroit mis du rouge, et comme elle fut partie, tout le monde dit, et la reine et moi nous nous souvînmes que nous avions dit : « Madame a la mort peinte sur le visage. » (Mémoires de mademoiselle de Montpensier, collection Petitot.)
2. Voir «dition Charavay : note I de la page 123. Lisez cette note en mettant une virgule au lieu d’un point à la ligne 5 (entre t. III et Vahbé Bourdelot).
3. 1872, in-8“, pp. 429 et suiv. Cette étude avait d’abord été publiée dans la Philosophie positive, en septembre-octobre 1867. M. Littré a mis Valet pour Vallot et le chevalier du Temple pour le chevalier Temple.