‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 4)Chapitre 52 sur 159 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

PAGES D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE

d’y renvoyer simplement le lecteur; mais on est en droit de demander au plus récent éditeur de V Histoire d’ Henriette d’ Angleterre un précis de l’état actuel de la science relativement à la question controversée de la mort de Madame; c’est pourquoi nous croyons devoir nous approprier les principaux arguments fournis par M. Littré. Le lecteur voudra bien tout d’abord lire attentivement la relation qu’il trouvera aux pages 123 et suivantes de ce volume; qu’il remarque ensuite :

1° Que l’eau de chicorée^ fut apprêtée par une femme sûre, madame Desbordes, cette première femme de chambre « qui était absolument à Madame ».

2® Que madame Desbordes but de la même eau de chicorée et ne fut pas incommodée. (Madame de La Fayette dit bien qu’on lui en apporta un verre, mais il n’est pas croyable qu’elle ait bu avant la princesse, et on ne voit pas qu’elle ait bu après 2.)

3° Que, si le poison n’était pas dans la bouteille, il n’était pas non plus dans le verre, car madame Desbordes n’aurait pas versé à boire à la Princesse dans un verre enduit sur

1. Madame de La Fayette dit que cette eau était dans une bouteille. Saint-Simon dit qu’elle était dans un pot. Cela n’a l’air de rien et pourtant trahit l’arrangement. ü’Effîat pouvait jeter très vite le poison dans un pot. Le couler dans une bouteille était plus difficile et plus long. On risquait d’être surpris pendant l’opération. La métamorphose de la bouteille en pot a donc son intérêt.

2. Lefèvre d’Ormesson dit, dans son journal : « Les dames qui étoient avec elle (Madame] avaient bu de cette même eau et ne l’avoient point trouvée si mauvaise. » (T. Il, p. 593.) Mais Lefèvre d’Ormesson ne fut pas témoin et madame de La Fayette l’était. Ce qui est rapporté à ce sujet dans une lettre de Bossuet, citée par Floquet, est encore moins croyable, car la lettre elle-même est véhémentement soupçonnée d’être fausse. « Monsieur, est-il dit dans cette lettre. Monsieur qui avoit donné à boire à Madame de .Meckelbourg, qui s’y trouva, acheva de boire le reste de la bouteille pour rassurer Madame. » On voit dans la relation de madame de La Fayette qu'il était lui-même peu rassuré et nullement disposé à tenter une épreuve de ce genre.

HENRIETTE D’ANGLETERRE

les bords d’une substance inconnue ou contenant au fond quelque poudre.

4° Que Madame, ayant bu, se prit le côté et dit : « Ah ! quel point de côté! Ah! quel mal! » il faudrait donc supposer un poison capable de causer instantanément une vive douleur à l’estomac sans procurer a la bouche et à la gorge une sensation appréciable; or, il n’y a pas de poison semblable. Les alcalis et les acides concentrés brûlent la gorge ; l’arsenic et le phosphore ne causent point une douleur immédiate. Quant aux poisons foudroyants, comme ceux de Locuste L on n’en peut parler à propos d’une patiente qui subit neuf longues heures de torture.

Toutefois, ces preuves négatives ont, malgré leur force, un vice de nature. Elles sont insuffisantes par cela même, qu’elles sont négatives. Ce n’est pas assez de dire comment Madame n’est pas morte; il faut dire, s’il se peut, comment elle est morte.

Si l’on interroge les médecins qui firent l’autopsie, ils répondent que Madame mourut « d’une trop grande effusion de bile », ce qui ne veut rien dire du tout. Mais quand ils disent qu’ « il sortit du ventre une vapeur fétide » et qu’ils trouvèrent « l’épiploon tout mortifié et gangrené, les intestins tendant aussi à mortification et putréfaction », ils indiquent clairement les effets d’une inflammation du péritoine. 11 est acquis, par cela seul, que Madame mourut d’une péritonite.

Recherchons maintenant la cause et la nature de cette atroce douleur au côté qui suivit immédiatement l’ingestion du verre d’eau de chicorée et qui se renouvela (il est utile

Page 1